Quand on demande à Craig Smith comment se portent les relations interraciales en Nouvelle-Écosse, il répond : « C’est à vous de me le dire! ».
Le sergeant Smithm était le conférencier invité d’une activité organisée à l’occasion de la Journée de la diversité du commandant de la 14e Escadre Greenwood, le 12 avril dernier. Le Colonel Jim Irvine l’avait invité à rencontrer le personnel de la base et à parler de ce que signifie pour lui la diversité.
« Mes parents voulaient acheter une maison à Halifax en 1968, mais les voisins ont lancé une pétition pour empêcher une famille noire d’emménager sur leur rue. Pour certains d’entre nous, cette époque n’est pas si lointaine », a fait remarquer M. Smith.
« Il y a deux ans, on a brûlé une croix dans la région. Lorsqu’il est question de diversité, on ne doit jamais se reposer sur ses lauriers. Aussitôt qu’on arrête pour se féliciter d’un succès, le changement cesse », a-t-il affirmé.
Le sgt Smith a déployé énormément d’efforts dans sa vie personnelle et sa carrière pour voir un changement s’opérer – de son travail et de ses écrits en tant que bénévole de la collectivité jusqu’à son travail récent à titre d’analyste des services de police interculturels de la GRC en Nouvelle-Écosse.
« J’ai été chanceux, a-t-il expliqué aux travailleurs de Greenwood rassemblés au mess Annapolis. Comme mes frères et sœurs, je jouais au hockey sur gazon dans le parc Halifax Commons, tout le monde jouait au baseball et au basketball. Maman restait à la maison et Papa était facteur. Côté finances, nous étions différents et nous le savions, mais à l’école, il y avait autant de noirs que de blancs. Ce n’est qu’à l’école secondaire que je me suis rendu compte que j’avais été ségrégé dans mes études : personne dans mes livres d’école ne me ressemblait. »
Après la naissance de sa première fille en 1986, le sgt Smith a cherché partout à Halifax une poupée noire avec laquelle elle pourrait jouer. Quand il s’est joint à la GRC en 1996, à l’âge de 35 ans, il avait confiance en lui et en ses moyens, mais il a rapidement constaté à l’école de formation que la GRC même ne prêchait pas par l’exemple. Encore aujourd’hui, parmi les 18 000 agents de la GRC, seulement 600 sont noirs.
Alors, comment améliorer les choses? « Si vous voulez changer les choses, vous devez vous affirmer et parler ouvertement, et c’est tout ce que je voulais faire, a expliqué M. Smith en parlant de ses livres sur les défis et les réalisations historiques des Afro-Canadiens. Chacun d’entre nous peut être un moteur du changement au sein de son organisation. Et quand tout un groupe de personnes travaille ensemble, les changements sont grands. »
Le sgt Smith a parlé des préjugés et des stéréotypes, des idées préconçues qui vont au-delà des opinions de certaines personnes sur l’orientation sexuelle, les croyances religieuses, la culture et les déficiences physiques et mentales.
« En 2012, d’un point de vue organisationnel et compte du besoin de rendre des comptes, l’ignorance n’est plus une excuse, a déclaré M. Smith. Nous ne pouvons pas changer l’opinion que les gens ont envers ceux qui sont différents d’eux. Toutefois, nous devons filtrer les influences qui touchent notre travail, nos interactions avec les autres et notre comportement. »
« Les blagues sexistes, les propos racistes, les commentaires homophobes – nous devons établir les bases dans notre environnement de travail et déterminer ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. »
Il est particulièrement important pour les membres des Forces canadiennes de comprendre les différences. Bon nombre des participants ont levé la main quand M. Smith leur a demandé s’ils avaient séjourné dans d’autres pays ou s’ils avaient vécu des situations où ils avaient fait partie d’une minorité au cours de la dernière année.
Le Lieutenant-colonel Jason Major a fourni un exemple qui a donné matière à réflexion à ceux qui l’entouraient : « En 2009, j’ai suivi une formation au Collège d'état-major à Toronto et ma famille est venue vivre avec moi pendant cette période. Quand j’ai raccompagné mes enfants à l’école pour leur première journée, j’ai constaté qu’ils étaient les seuls enfants blancs dans leur classe. Ce fut une année d’apprentissage et de nouvelles expériences que nous considérons comme positives pour notre famille. » Il a parlé de l’utilité de la formation sur la diversité qu’il a suivie au sein des Forces canadiennes et a vivement conseillé à ses collègues de transmettre ces connaissances et de parler de ces expériences à leur famille et à leur collectivité le plus souvent possible.
Le Colonel Jim Irvine a remercié le sgt Smith pour son exposé et a rappelé à l’auditoire qu’il est important de porter un regard sur son passé, mais aussi sur son avenir. « Ouvrez les yeux et voyez les personnes telles qu’elles sont et non telles que vous pensez qu’elles sont. »

