Nous partions pour une grande aventure! L’escadron était déployé à Aviano (Italie) pour une affectation de six mois avec l’OTAN. Les équipages navigants comme les équipes au sol s’étaient entraînés avec détermination, et nous étions prêts. Nombre d’entre nous n’avait jamais été déployé à l’étranger, mais nous avions hâte d’accomplir notre mission.
Nous sommes arrivés dans le théâtre des opérations, et nous étions à peine installés lorsque l’affectation s’est métamorphosée en opération. La cadence a augmenté; davantage d’aéronefs ont été déployés et les bombardements ont commencé. On effectuait des vols jour et nuit; un quart de travail de douze heures succédait à une période de repos de douze heures. Je n’avais jamais été témoin d’un mois d’avril aussi pluvieux. Nous ne pouvions utiliser qu’un seul abri renforcé pour aéronef, car il nous semblait que tous les chasseurs des forces de l’OTAN étaient rassemblés à la même base.
La quantité de munitions croissait au fur et à mesure que le nombre d’aéronefs augmentait. On a eu recours à la bombe à guidage laser (BGL) GBU 12, mais on a constaté que son rendement était limité. On a donc opté pour une ancienne bombe non guidée de 500 livres : la MK 82. À un moment donné, il nous a semblé que les chargeurs avaient « largué » plus de bombes que les pilotes. Comme les périodes d’escale devaient être très courtes, on a donc décidé de garder le plus de munitions possible, des bombes GBU 12 comme MK 82, dans la zone de dispersion.
Pendant l’opération, on a préconisé l’emploi d’une nouvelle arme dans le théâtre : la bombe GBU 10 : une BGL de 2000 livres. Comme la GBU 10 est une arme beaucoup plus grosse, il fallait également tenir compte du contenu explosif net dans l’équation. En plus de toutes les armes chargées sur les aéronefs, il y avait des bombes dans l’aire d’entreposage, sur des remorques ainsi que sur des palettes placées sur la pelouse. Nous avons respecté tous les échéanciers, réussi de nombreuses missions et assuré le bon déroulement des opérations, jour et nuit. C’était tout un spectacle, mais était-ce bien?
À la base, lorsque nous utilisons des armes réelles, nous suivons les consignes d’armement de l’Escadre. Ces consignes indiquent clairement les points de chargement désignés, l’espacement entre les aéronefs et la quantité de munitions qui peuvent se trouver sur place à un moment donné. Donc, pourquoi ces procédures avaient-elles changé lors de notre affectation à Aviano?
Il est important de souligner que l’opération en question se tenait deux ans après le regroupement des techniciens de la Force aérienne (1997), que de nombreux militaires étaient déployés pour la première fois et que l’attitude générale reflétait le fait que nous étions dans le théâtre des opérations. Nombre de militaires croyaient que les consignes changeaient lors d’une opération, mais c’est faux. La présence de la sécurité des explosifs est justifiée, et de nombreuses études ont mené à l’élaboration des tableaux des distances de sécurité indiquant la quantité de munitions pouvant se trouver dans un endroit à un moment donné.
Après de longues discussions, un plan a été mis en place, et des limites ont été établies relativement au contenu explosif net pouvant se trouver dans notre zone. Comme nous ne pouvions pas changer l’espacement entre les aéronefs, il a fallu en tenir compte dans notre plan. Le seul abri renforcé pour aéronef disponible a été converti en abri pour le personnel, et aucune munition ne s’y trouvait. Il servait aussi de refuge pendant les orages. Le risque qu’un accident lié aux explosifs se produise a été considérablement réduit.
Que ce soit à la base d’attache ou en déploiement, il faut s’assurer de la sécurité des armes aériennes.
