Défense nationale
Symbole du gouvernement du Canada

Publications de DSV - Toutes les publications

2012 Numéro 1

Quand une autorisation n’en est pas une : règles de route pour un avion circulant au sol

Le 30 mars 2012

par le Capitaine Eric Martinat

Le Capitaine Martinat est un pilote instructeur qualifié de la 3e École de pilotage des Forces canadiennes à Portage la Prairie (Manitoba).

La mission des pilotes instructeurs qualifiés (PIQ) est d’enseigner à leurs élèves les compétences et les connaissances aéronautiques satisfaisant à la norme des pilotes de l’Aviation royale canadienne. Comme tout PIQ le confirmera, il n’est pas facile de réussir le cours d’instructeur de pilotage des Forces canadiennes. Une fois le cours terminé, l’enseignement pose de nouveaux défis, et notre confiance s’accroît chaque fois qu’un élève réussit son vol. C’est un travail gratifiant, jusqu’à ce qu’un problème survienne.

À la 3e École de pilotage des Forces canadiennes de Portage la Prairie, les élèves effectuent des vols de navigation à bord d’aéronefs multimoteurs pour se familiariser avec les aéroports de grande affluence. Les instructeurs sont rudement mis à l’épreuve dans un tel environnement de vol, alors qu’ils doivent gérer nombre de tâches comme surveiller les techniques de pilotage de l’élève, dispenser des leçons, se conformer aux autorisations du contrôle de la circulation aérienne et suivre une multitude de « règles de route » qui régissent les vols. Malgré toutes nos bonnes intentions, les choses ne se passent pas toujours comme prévu.

Au mois de novembre dernier, je suis arrivé à l’aéroport international de Calgary avec deux élèves à bord d’un bimoteur King Air C90. Alors que l’on roulait pour libérer la piste en service, le contrôleur au sol nous a donné l’autorisation d’effectuer le long trajet au sol pour nous rendre aux installations du concessionnaire des services aéronautiques de l’aéroport, où l’avion devait passer la nuit.

D’instinct, la plupart des pilotes savent qu’il ne faut pas rouler au sol dans une zone contrôlée d’un aéroport sans en avoir obtenu l’autorisation; c’est bien ce que prescrivent les consignes. En outre, s’il faut que l’avion traverse une piste, en service ou non, le contrôleur vous autorisera à le faire par des instructions bien précises. Si le contrôleur ne l’autorise pas à traverser la piste ou à attendre à l’écart de celle-ci, le pilote doit attendre à l’écart et demander l’autorisation de traverser la piste. Ce jour-là, à Calgary, le contrôleur avait donné l’autorisation de circuler jusqu’aux installations de Shell en passant par la voie de circulation A. C’était assez logique, mais une piste fermée se trouvait entre l’avion et le concessionnaire de services aéronautiques. Comme la piste était fermée à la circulation aérienne et qu’un NOTAM avait été publié à cet effet, nous avons allègrement roulé au sol jusqu’à notre destination.

Aerodrome ChartLe matin suivant, mes élèves ont examiné le NOTAM, constaté que la piste était toujours fermée et m’ont communiqué les renseignements. Le contrôleur au sol nous donna l’autorisation de rouler sur la voie de circulation A et, comme nous approchions de la piste fermée, j’avisais mes élèves de continuer, puisque la piste était toujours fermée. Alors que l’on continuait à rouler, j’ai eu le vague sentiment que la formulation de notre autorisation était peut-être un peu floue, c’est-à-dire que ses limites n’étaient pas bien précisées. J’ai donc demandé à l’élève d’arrêter l’appareil et de demander une autre autorisation de circuler au sol. Le contrôleur nous a répondu qu’il ne savait pas comment on était arrivé là, mais qu’il fallait immédiatement appeler la tour pour obtenir l’autorisation de décoller. Oups! Nous avons décollé sans autre incident, mais une plainte est arrivée une semaine plus tard. On nous avait vus rouler au sol sans autorisation à l’aéroport international de Calgary.

Plusieurs remarques du GPH 204A et de l’AIM insistent sur la protection des pistes en service, ce qui est tout à fait logique; il n’est pas question de laisser les avions rouler au sol librement, un peu partout et particulièrement sur les pistes en service. Toutefois, qu’en est-il des pistes fermées? La règle précise qu’il faut une autorisation pour traverser toute piste lorsque l’on circule au sol en direction de la piste de départ, ce qui correspond au présent scénario. Même s’ils ont obtenu l’autorisation de circuler au sol, si celle-ci ne précise pas qu’ils peuvent traverser une piste fermée, les pilotes doivent attendre à l’écart et demander l’autorisation de traverser cette piste. Même le Manuel sur la prévention des incursions sur piste de l’OACI stipule que, si l’autorisation permet de circuler au sol au delà d’une piste, elle doit comprendre une autorisation explicite de traverser la piste en question, même si la piste n’est pas en service.

La morale de cette histoire s’adresse à tous les pilotes : méfiez-vous d’une autorisation de circuler au sol qui vous laisse sur votre faim. Sachez que, même si une piste est fermée, vous devez demander une autorisation avant de la traverser. Si vous suivez un tel conseil, vous n’aurez jamais à vous poser la question!

D'autre articles