ARCHIVÉE - « C’est avec un profond regret… » : la mort du sergent Leslie Alexander Burk, membre de la 1re Escadrille de l’ARC

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Article de nouvelles / Le 14 octobre 2015

par Richard Mayne, Ph.D.

La bataille d’Angleterre a atteint son paroxysme le 15 septembre 1940, et l’on en célèbre tous les ans l’anniversaire à la mi-septembre, mais elle s’est poursuivie jusqu’à la fin d’octobre 1940.

Le 20 septembre, l’Aviation royale canadienne a célébré le 75e anniversaire de sa participation à la bataille d’Angleterre.

L’emplacement de la cérémonie principale – qui a compris des défilés aériens d’avions d’époque et modernes, des hommages rendus par des dignitaires canadiens et étrangers et, aspect primordial, le défilé de vétérans – a été idéal. Étant donné que cette lutte épique livrée dans le ciel du sud de l’Angleterre pendant l’été 1940 avait pour but de défendre la démocratie occidentale, il convient, au Canada, que la commémoration nationale ait eu lieu devant ce qui est sans doute le plus puissant symbole de notre démocratie, soit le Parlement canadien.

Bien que les pertes subies par le Canada au cours de la bataille d’Angleterre puissent paraître légères dans le contexte des batailles de la Seconde Guerre mondiale (un peu plus de 20 pilotes tués et un nombre moindre de soldats morts ailleurs qu’au combat), l’histoire d’un seul de ces derniers, le sergent Leslie Alexander Burk, constitue un rappel saisissant expliquant pourquoi sa mort a tant importé pour l’ARC que pour le Canada.

Burk est né le 7 août 1905, à Lochlin, une petite ville près de Minden, dans la région de Haliburton (Ontario). C’était un Canadien typique. Il se disait intéressé par la chasse, la pêche, l’agriculture, les embarcations à moteur et « l’évolution des aéronefs et des automobiles ». Il mesurait cinq pieds et six pouces et demi (1,68 mètre), avait un teint moyen, les yeux bleus et les cheveux bruns et il pesait 130 livres (59 kilogrammes). Après avoir obtenu son diplôme d’études secondaires, Burk s’est inscrit à une école technique de mécanique pour préparer sa carrière.

Burk s’est engagé à servir son pays en s’enrôlant dans l’ARC le 16 juillet 1929. Conjuguant sans doute sa passion pour les aéronefs et son grand intérêt pour les automobiles, il a décidé de servir l’ARC à titre de chauffeur de véhicules motorisés. Sa carrière a été impressionnante : il a d’abord été aviateur de 2e classe, puis il a été promu aviateur de 1re classe le 1er avril 1930 et aviateur-chef en octobre 1931.

Burk s’est qualifié à titre de préposé aux aéronefs, puis comme mécanicien de moteurs; pendant cette période, ses évaluations de rendement ont constamment fait état de la qualité exceptionnelle et supérieure de son travail et l’ont décrit comme étant « un mécanicien de moteurs de première classe et un chauffeur compétent au volant de tous les véhicules légers qui s’intéressait à son travail et manifestait beaucoup d’enthousiasme et d’efficacité dans l’exécution de toutes ses fonctions ».

Le 1er avril 1938, Burk a été promu caporal, et c’est ainsi qu’il a été affecté à l’unité avec laquelle il se rendrait outre-mer et dans laquelle il allait perdre la vie au service de son pays.

Burk a continué à gravir rapidement les échelons à titre de sous-officier. Pendant qu’il servait à Trenton (Ontario), l’aviateur-chef Burk s’est retrouvé dans une situation plutôt inhabituelle : en effet, les deux principaux sous-officiers (un adjudant et un sergent) sont tombés malades en même temps, de sorte qu’il a dû prendre la direction de l’atelier de réparation des véhicules motorisés. Il s’est très bien tiré d’affaire.

Sachant reconnaître les qualités de chef chez ceux qui les possédaient, le commandant de la base de Trenton, le lieutenant-colonel d’aviation A.E. Godfrey, a recommandé d’accorder une promotion immédiate à Burk. Comme il n’y avait aucun poste de caporal vacant dans son escadre, Godfrey a aussitôt précisé qu’il en existait un dans la 1re Escadrille de chasse. L’ARC a abondé dans le même sens et, le 29 août 1938, Burk s’est joint à cette unité à Calgary (Alberta) à titre de caporal. 

La 1re Escadrille, malheureusement encore dotée des biplans Siskin vétustes reçus au moment de sa formation en novembre 1937, a néanmoins constitué une bonne unité d’appartenance pour Burk – à telle enseigne que, dans l’année ayant suivi son affectation à Calgary, il a en fait été promu de nouveau. Au cours des cinq prochains mois, le sergent Burk a rempli ses fonctions de temps de paix en qualité de sous-officier supérieur dans la section des véhicules motorisés pendant qu’avec le reste de l’escadrille, il suivait de près la situation qui se détériorait en Europe et qui annonçait la guerre de plus en plus. 

La 1re Escadrille a déménagé à Saint-Hubert (Québec) peu après que le Canada eut déclaré la guerre à l’Allemagne, en septembre 1939. À la fin d’octobre, elle s’est rapprochée du théâtre de guerre quand elle a de nouveau déménagé, cette fois à Halifax (Nouvelle-Écosse), ce qui a éloigné Burk encore plus de sa femme, Elizabeth Smith Burk, et de ses deux filles Margret et Elizabeth, âgées respectivement de sept et de quatre ans. Comme bien d’autres familles des membres de l’escadrille, la sienne était restée à Calgary, car les forces armées n’étaient pas encore prêtes à les déménager, vu la grande incertitude qui régnait encore quant à l’endroit où l’unité aboutirait en fin de compte.

Ce fut là une bonne décision. La guerre en Europe tournait mal; à la mi-mai, les Britanniques ont demandé au gouvernement canadien d’envoyer une escadrille de chasse outre-mer. La 1re Escadrille était la seule à répondre aux exigences, et, par conséquent, le mois de juin 1940 a été fort occupé alors qu’avec le reste de son unité, Burk a pris le chemin de l’Angleterre.   

L’escadrille a tout d’abord été basée à Middle Wallop dans le Hampshire (Angleterre). Bordant la Manche, le Hampshire se trouve un peu à l’est du centre de la côte méridionale du pays. Située très à l’ouest de l’endroit où la principale bataille allait se livrer, l’aérodrome, utilisé par le 10e Groupe de la Royal Air Force, garantissait à la 1re Escadrille une paix relative, ce qui lui a permis de s’organiser et de s’entraîner avant d’être envoyée au combat.

Une partie des préparatifs comprenait la mise sur pied de la section des transports terrestres de l’unité. Burk a apporté une contribution déterminante à cette tâche, car il comptait parmi les membres de la section chargés d’aller chercher les véhicules de l’Escadrille à Sealand (Pays de Galles) pour les amener à Middle Wallop. Cela allait s’avérer une mission dangereuse. Middle Wallop a subi un raid près de l’aérodrome le 27 juin – une petite attaque au cours de laquelle quatre bombes seulement sont tombées près de la section des transports motorisés de l’Escadrille –, mais Burk qui fut le premier membre de cette dernière à survivre à une attaque ennemie.

Le registre des dossiers opérationnels de l’unité relate exactement ce qui s’est passé : « Le Sgt (sergent) Burk et l’aviateur Ross revenaient de Sealand avec un autocar et une voiture d’état-major. Sealand avait été bombardée la veille. Une bombe est tombée directement devant le mess des officiers, à 100 verges (91,4 mètres) du bâtiment où le Sgt Burk dormait. » Burk a survécu de peu à cette attaque, mais, malheureusement, sa chance s’est arrêtée là.   

Au début de juillet 1940, la 1re Escadrille a reçu l’ordre de déménager à Croydon où elle allait ensuite faire partie du 11e Groupe de la Royal Air Force. C’était le groupe qui allait essuyer le plus fort des combats au cours des jours suivants et, dans le cadre de ce déménagement, le sergent Burk a été chargé d’un convoi qui a quitté les lieux peut après le déjeuner, le 5 juillet. Burk, qui était le sous-officier supérieur du convoi, avait pris place dans le side-car d’une motocyclette. À un moment donné au cours du trajet, Burk et son chauffeur ont rebroussé chemin quand ils ont constaté qu’une autre motocyclette manquait dans le convoi.

La route qu’ils ont alors empruntée était étroite et sinueuse. Il n’est donc pas surprenant qu’au sortir d’un virage, la motocyclette de Burk se soit soudainement trouvée face à face avec un autocar civil. Le conducteur a donné un coup de volant, mais il n’a pas pu éviter la collision; Burk et son chauffeur ont tous deux été projetés dans un ruisseau qui longeait la route.

Aucun des deux hommes n’a été blessé grièvement. Par conséquent, le sous-officier du service médical affecté au convoi a immédiatement prodigué les premiers soins, puis il a aussitôt fait transporter les blessés à Croydon dans une voiture d’état-major. Là, on a décrit les blessures de Burk plus en détail : « Le Sgt Burk était très courbaturé, et sa jambe gauche était tellement enflée et douloureuse que l’on a dû l’aider à sortir de la voiture et qu’il a immédiatement été admis à l’hôpital. On a alors constaté qu’il avait subi de multiples contusions et écorchures à la cuisse et à la jambe gauches et qu’un vaisseau interne de la jambe gauche s’était rompu. »

Plus tard ce soir-là, Burk et son chauffeur reposaient confortablement quand un destin cruel est venu tout gâcher. Les deux hommes ont reçu une piqûre contre le tétanos en raison des nombreuses écorchures qu’ils avaient subies lors de la collision. C’était un traitement médical courant. À peine une minute plus tard, cependant, Burk était dans un état de détresse respiratoire aiguë, puis il est tombé dans le coma. Le personnel médical a fait tout ce qu’il pouvait pour le sauver en le branchant à un respirateur, mais à 2 h 30, le 6 juillet 1940, on l’a débranché du respirateur et on l’a déclaré mort.

La cause originale du décès du sergent Burk a été définie comme étant un choc anaphylactique dû à une injection d’antitoxine tétanique. Cependant, on a appris qu’il avait souffert d’une infection mineure des voies respiratoires supérieures dès son arrivée en Angleterre. Il n’est pas surprenant que Burk n’ait pas signalé cette maladie. Les équipes au sol de la 1re Escadrille travaillaient sans relâche pour maintenir les avions en bon état de fonctionnement, et les cas abondaient où les aviateurs effectuaient des heures de travail excessivement longues, dormaient près des avions pour ne pas s’en éloigner, ou omettaient même de signaler leur maladie pour rester de service. Pour Burk, toutefois, ce dévouement envers son travail a été coûteux; le coroner a conclu que cette infection avait contribué à causer sa mort.

Le sergent Leslie Alexander Burk a été inhumé dans l’enclos paroissial de l’église St. Luke, à Whyteleafe (Surrey), dans un cercueil drapé du drapeau britannique, le 8 juillet 1940. Tous les membres de l’escadrille qui n’étaient pas de service étaient présents, et cela a confirmé les opinions selon lesquelles la perte de Burk « n’a pas seulement été ressentie par ceux qui l’avaient connu, mais aussi, très profondément, par toute son escadrille. Les officiers et les aviateurs de son unité l’avaient en haute estime en sa qualité d’aviateur et l’aimaient beaucoup en tant qu’homme. »

La tombe du sergent Burk est marquée par une pierre blanche simple sur laquelle sont gravés une croix et les mots suivants (en anglais) : « Quand l’aube paraîtra et que les ombres fuiront, je sais que ton visage souriant nous verrons. »

Certes, l’escadrille a ressenti la perte de Burk, mais la douleur a été encore plus vive dans sa famille. Elizabeth Burk a été informée de la mort de son mari par des mots qui allaient devenir très familiers dans tout le Canada tout au long de la guerre : « C’est avec un profond regret… » C’est ainsi que le commodore de l’air G.V. Walsh, commandant de l’ARC en Grande-Bretagne, a commencé sa lettre de sympathie qu’il adressait à la veuve de Burk et qui allait inévitablement se terminer par l’annonce de la mort de son mari.

La mort de Burk a tout naturellement terrassé sa famille. Sa femme, qui n’avait alors que 30 ans, a fait ce qu’elle a pu pour affronter le malheur. Comme elle était alors en visite dans sa famille à Lochlin, elle a aussitôt fait savoir à l’ARC que plus rien ne la retenait à Calgary, car c’était la carrière de son mari dans l’Aviation qui les avait amenés dans cette ville. Elle a demandé si son ménage pouvait être déménagé à Lochlin, où elle pourrait miser sur sa famille élargie pour refaire sa vie. L’ARC n’a pas été indifférente à sa demande en soulignant que, si son mari avait survécu et était revenu au pays, il aurait eu droit à un déménagement payé par l’État. Elizabeth et ses deux filles ont donc pu rester près des membres de leur famille qui les ont aidées à surmonter leur chagrin.

Elizabeth avait de toute évidence le cœur brisé, et les lettres qu’elle a adressées à l’ARC ont traduit la douleur qu’ont ressentie tous ceux et celles qui, au pays, ont perdu à cette époque-là un être cher parti à la guerre. Qui pis est, ses deux filles allaient célébrer leur anniversaire dans un mois quand la nouvelle de la mort de leur père leur est parvenue. Il est clair, toutefois, qu’Elizabeth voulait faire l’impossible pour préserver la mémoire du disparu. Par exemple, après avoir lu un article dans le journal au sujet d’une veuve qui avait reçu la Croix d’argent après le décès de son mari, Elizabeth a écrit à l’ARC en disant : « J’aimerais vraiment obtenir la Croix en souvenir du sacrifice que mon mari a consenti en donnant sa vie pour cette noble cause. » Elizabeth s’ennuyait à n’en pas douter de son mari, mais elle a à coup sûr apprécié son sacrifice et les services qu’il avait rendus au pays, comme elle l’a précisé dans une autre lettre : « Je ressens une grande fierté quand je me rappelle que mon mari a servi l’Aviation pendant onze ans. »

Le sergent Burk n’est pas mort au combat, mais cela n’a aucunement réduit la valeur de son sacrifice. Son histoire est importante parce qu’elle met en lumière le rôle clé que les équipes au sol et le personnel de soutien ont joué dans les succès que la 1re Escadrille a remportés pendant la bataille d’Angleterre. Ils n’ont peut-être pas affronté directement le danger comme les pilotes le faisaient régulièrement, mais ils risquaient leur vie et assumaient un rôle déterminant pour faire en sorte que l’Escadrille fît sa part pour garantir la victoire.  

Le sergent Burk a certes incarné cette mentalité. En témoigne de façon éloquente le fait que non seulement il a été le premier membre de la 1re Escadrille à affronter directement le feu ennemi, mais aussi qu’il a fait fi d’une maladie qui allait finalement contribué à sa mort, de manière à éviter un congé de maladie qui l’aurait empêché de rester de service. Le coût de son dévouement a été élevé : Burk a laissé dans le deuil une famille qui l’aimait et dont la seule consolation a résidé dans le fait de savoir qu’il était mort pour défendre une noble cause : débarrasser le monde du fléau qu’était l’Allemagne nazie.

L’histoire relatant l’effet que le sacrifice de Burk a eu sur sa famille en est une parmi d’innombrables autres qui allaient s’écrire au cours des cinq années suivantes de la guerre. C’est pour cette raison que le cas du sergent Burk illustre bien pourquoi l’ARC commémore la bataille d’Angleterre. La 1re Escadrille a été la première unité de l’ARC à affronter l’ennemi au combat outre-mer, et la mort de Burk a été la première qui ait été enregistrée par une unité nationale canadienne en guerre (par opposition aux Canadiens qui ont servi pendant la bataille d’Angleterre dans des escadrilles britanniques, ou dans le Royal Flying Corps, au cours de la Première Guerre mondiale). Cela semble en faire le premier Canadien membre d’une unité de l’ARC outre-mer à donner sa vie pour protéger la démocratie si chère à notre pays.

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