Commémoration de la « Grande Évasion »

Galerie d'images

Article de nouvelles / Le 22 mai 2014

Par Joanna Calder à partir de dossiers fournis par Sara Keddy

Vous avez sans doute entendu parler de la Grande Évasion et vous avez peut‑être vu le film hollywoodien de 1963 mettant en vedette Steve McQueen dans le rôle d’un officier de l’Aviation américaine appelé Virgil Hilts – le « Roi du frigo » (The Cooler King). En outre, si vous avez vu le film, vous pensez sans doute qu’il raconte une histoire britannique et américaine.

Or, ce n’est pas le cas. Il s’agit d’une histoire britannique et canadienne. Il n’y avait aucun américain dans le complexe Nord du Stalag Luft III près de Sagan (aujourd’hui Zagan), en Pologne, quand l’évasion massive a eu lieu. En fait, la plupart des officiers emprisonnés là appartenaient à la Royal Air Force (RAF), à l’Aviation royale du Canada (ARC), à la Royal Australian Air Force (RAAF), à la Royal New Zealand Air Force (RNZAF) et à la South African Air Force (SAAF). D’autres venaient de pays tels que la Grèce, la Norvège, les Pays-Bas, la Tchécoslovaquie, la Lituanie, la Pologne, la Belgique et la France.

Dans la nuit du 24 au 25 mars 1944, 76 hommes ont réussi à sortir de l’enceinte en empruntant un tunnel dont le nom de code était « Harry ». Après la Grande Évasion, 50 des fugitifs ont été assassinés illégalement et clandestinement par la Gestapo sur l’ordre direct d’Hitler. Six d’entre eux étaient Canadiens. Seulement trois des évadés ont pu s’en tirer et retourner dans leur pays natal; les autres ont tous été capturés et retournés au camp de prisonniers.

C’est pourquoi le commandant de l’ARC, le lieutenant-général Yvan Blondin, et d’autres Canadiens se sont rendus à l’emplacement du Stalag Luft III, le 24 mars, en compagnie de représentants d’autres pays alliés, pour souligner le 70e anniversaire de la Grande Évasion.

Le lieutenant‑général Blondin a parlé à l’assemblée et déposé une couronne à l’endroit où « Harry » rejoignait la surface, à l’extérieur des limites du Stalag Luft III.

Parmi les autres participants à la cérémonie, il y avait le colonel d’aviation David Houghton de la RAF, attaché militaire britannique; le major-général Jan Sliwka, chef de l’Inspectorat de la Force aérienne polonaise; le commodore de l’Air (à la retraite) Charles Clarke, président de l’Association des prisonniers de guerre de la RAF; M. Daniel Marchewka, maire de Zagan; M. Robin Barnett, ambassadeur de la Grande-Bretagne en Pologne; et le vice-maréchal de l’Air Stuart Atha, commandant du 1er Groupe de la RAF. Des représentants militaires du Canada, de la République tchèque, de la Grèce, de la Nouvelle-Zélande, de la Lituanie, de l’Afrique du Sud, de la Grande-Bretagne, de la France, de la Slovaquie, de l’Australie, de la Norvège et de la Belgique ont lu les noms des disparus.

Plusieurs autres Canadiens ont aussi assisté à la cérémonie, y compris des membres des familles du capitaine d’aviation Keith Ogilvie et du lieutenant d’aviation Gordon Kidder, qui appartenaient tous deux à l’ARC. Le premier s’est échappé du Stalag Luft III, mais il a été capturé de nouveau et il a ensuite servi dans l’ARC pendant 18 ans après la guerre. Le second a été repris lui aussi, mais il a compté parmi les 50 aviateurs alliés assassinés par la Gestapo.

Le lieutenant-colonel Mike Adamson et l’adjudant-chef Mario Roussel, membres du 405e Escadron de patrouille maritime (les « Pathfinders »), basé à la 14e Escadre Greenwood (Nouvelle-Écosse), faisaient partie du contingent de l’ARC. Ils ont rendu hommage à l’audace et à la bravoure d’un des leurs, le capitaine d’aviation James Chrystall « Jerry » Wernham, membre du 405e Escadron de l’ARC, qui avait été exécuté par la Gestapo.

« Ils ont pris très au sérieux le devoir qui leur incombait de s’échapper, a expliqué le lieutenant-colonel Adamson. Beaucoup avaient essayé en solo et en équipe de deux, mais c’est l’audace de l’effort des officiers du Stalag Luft III qui fascine : pendant deux ans, ils ont creusé un tunnel, en se débarrassant de la terre, en fabriquant des pompes d’aération, etc. Leur ingéniosité a été remarquable.

« Ils s’attendaient à être repris, mais leur objectif consistait à accaparer le plus de ressources ennemies possible. On a estimé que l’effort de guerre allemand a été privé de la contribution d’un million de soldats allemands qui avaient dû se mettre à la poursuite des évadés. L’évasion a donc eu un effet. »

L’idée de construire des tunnels pour s’échapper du Stalag Luft III a été conçue par le commandant d’aviation de la RAF Roger Bushell, au printemps de 1943. Un de ses plus importants co-conspirateurs était le capitaine d’aviation de l’ARC Wally Floody, de Chatham (Ontario), qui a ensuite mérité le titre d’architecte de la Grande Évasion.

Le capitaine d’aviation Floody avait travaillé dans l’industrie des mines à Kirkland Lake (Ontario), avant de s’enrôler, ce qui lui a conféré les compétences et les connaissances techniques voulues dans le camp de prisonniers pour faire les levés et les dessins nécessaires au creusage des tunnels. Selon l’article nécrologique rédigé à son sujet, son rôle dans le projet était tellement précieux que les officiers alliés qui dirigeaient le camp lui ont interdit de participer à une tentative d’évasion antérieure avec l’équipe d’épouillage.

« Nous avons besoin de toi pour la construction des tunnels », lui avait-on dit.

Peu avant l’évasion, on l’a transféré dans un camp voisin, soit celui de Belaria, avec plusieurs autres membres clés du comité de l’évasion. Les gardiens allemands étaient devenus méfiants, mais ils n’ont pu trouver « Harry ». Le capitaine d’aviation Floody a donc survécu à la guerre; il a témoigné aux procès de Nuremberg, il a fondé l’Association des prisonniers de guerre de l’Aviation royale du Canada et il est plus tard devenu conseiller sur le plateau de production du film « La Grande Évasion ». Le roi George VI l’a aussi fait officier de l’Ordre de l’Empire britannique pour « son courage et son dévouement au devoir ».

Des dizaines d’hommes ont peiné pour construire trois tunnels d’évasion. C’était un travail dangereux et difficile, et les structures étaient extrêmement complexes tout comme les systèmes électriques et de ventilation dont elles étaient munies. Les prisonniers sont devenus experts dans l’art de chiper puis de réutiliser divers matériaux : par exemple, les cannettes de lait en poudre ont été transformées en canalisations d’aération. D’autres ont contrefait de faux papiers d’identité et confectionné des vêtements civils à partir d’uniformes et de couvertures. D’autres encore ont soudoyé des gardiens allemands et obtenu ainsi des matériaux illégaux. Des dizaines ont monté la garde pendant l’exécution des travaux et des dizaines d’autres ont joué le rôle des « pingouins » qui répandaient le sable extrait du tunnel dans tout le camp en utilisant des sacs spéciaux qu’ils dissimulaient dans leur pantalon et qu’ils ouvraient ensuite grâce à un cordonnet coulissant pour laisser le sable couler doucement sur le sol.

Un des tunnels appelé « Dick » a été jugé dangereux, et l’on en a abandonné la construction. Celui dont le nom de code était « Tom » a été découvert par les gardiens du camp en septembre 1943. Tous les efforts ont dès lors été concentrés sur l’achèvement de « Harry », qui devait aboutir dans les bois, à l’extérieur de l’enceinte du camp.   

Cependant, le tunnel n’a pas tout à fait abouti dans les bois, de sorte que la tentative d’évasion a été découverte après que seulement 76 des 200 hommes désignés pour y participer eurent réussi à sortir.

Après la découverte de Harry et le meurtre de 50 des évadés, les prisonniers du Stalag Luft III ont recommencé à creuser, mais le quatrième tunnel, appelé « George » avait un but différent. Les prisonniers craignaient que, si leur camp était envahi par les forces soviétiques, les gardiens allemands ou les soldats de l’Armée rouge « donneraient libre cours à leur colère en s’en prenant aux "kriegies" [prisonniers] », de dire l’auteur Ted Barris.

« Nous avons décidé de stocker [des armes et du matériel] dans le tunnel George afin d’en faire notre réserve, notre dernière porte de secours, en quelque sorte pour après l’occupation soviétique », déclare le lieutenant d’aviation George Sweanor dans le livre de Ted Barris.

On ne s’est jamais servi de George, car les Allemands ont évacué le camp avant l’arrivée des forces soviétiques, emmenant du coup les prisonniers dans la brutale et meurtrière « Longue Marche » avant de les réinstaller dans d’autres camps. En 2011, des archéologues ont excavé le tunnel George et ils y ont trouvé des artéfacts tels qu’une radio construite par des prisonniers, une lampe, des outils de creusage et une canalisation d’aération intacte fabriquée avec des cannettes de lait en poudre vides.

«  [La chance d’assister à la cérémonie de commémoration, au Stalag Luft III] a été le clou de ma carrière de 32 ans, à n’en pas douter; qui n’a pas entendu parler de « la Grande Évasion »?, de dire l’adjudant-chef Roussel. « L’honneur et le privilège d’être sur les lieux mêmes et d’être témoin de cet anniversaire... j’étais là sous la pluie et dans le froid, et le train a fait entendre son sifflet plaintif en passant, pendant la cérémonie. C’était comme si nous remontions 70 ans en arrière.

« C’était presque surréel. Vous respirez le même air que les évadés et vous foulez le même sol : c’est alors que vous comprenez que vous êtes vraiment au Stalag Luft III! Cette expérience m’a enseigné une belle leçon d’humilité. »

LES ÉVADÉS

Ceux qui ont retrouvé leur terre natale

Le sergent Per Bergsland, RAF (Norvège)
Le sous-lieutenant Jens Müller, RAF (Norvège)
Le capitaine d’aviation Bram « Bob » van der Stok, RAF (Hollande)

Ceux qui ont été exécutés

Le lieutenant d’aviation Henry « Hank » Birkland, ARC
Le capitaine d’aviation Edward Gordon Brettell, RAF
Le capitaine d’aviation Leslie George « Johnny » Bull, RAF
Le commandant d’aviation Roger Joyce Bushell, RAF
Le capitaine d’aviation Michael James Casey, RAF
Le commandant d’aviation James Catanach, RAAF
Le capitaine d’aviation Arnold George Christensen, RNZAF
Le lieutenant d’aviation Dennis Herbert Cochran, RAF
Le commandant d’aviation Ian Kingston Pembroke Cross, RAF
Le sergent Haldor Espelid, Aviation royale norvégienne
Le capitaine d’aviation Brian Herbert Evans, RAF
Le lieutenant Nils Fuglesang, Aviation royale norvégienne
Le lieutenant Johannes Gouws, SAAF
Le capitaine d’aviation William Jack Grisman, RAF
Le capitaine d’aviation Alistair Donald Mackintosh Gunn, RAF
L’adjudant Albert Horace Hake, RAAF
Le capitaine d’aviation Charles Piers Hall, RAF
Le capitaine d’aviation Anthony Ross Henzell Hayter, RAF
Le capitaine d’aviation Edgar Spottiswoode Humphreys, RAF
Le lieutenant d’aviation Gordon Arthur Kidder, ARC
Le capitaine d’aviation Reginald « Rusty » Kierath, RAAF
Le capitaine d’aviation Antoni Kiewnarski, RAF (Pologne)
Le commandant d’aviation Thomas Gresham Kirby-Green, RAF
Le lieutenant d’aviation Wlodzimierz A. Kolanowski, Aviation militaire polonaise
Le lieutenant d’aviation Stanislaw Z. « Danny » Krol, RAF (Pologne)
Le capitaine d’aviation Patrick Wilson Langford, ARC
Le capitaine d’aviation Thomas Barker Leigh, RAF
Le capitaine d’aviation James Leslie Robert « Cookie » Long, RAF
Le capitaine d’aviation Romas « René » Marcinkus, RAF
Le lieutenant Clement Aldwyn Neville McGarr, SAAF
Le capitaine d’aviation George Edward McGill, ARC
Le capitaine d’aviation Harold John Milford, RAF
Le lieutenant d’aviation Jerzy T. Mondschein, RAF (Pologne)
Le lieutenant d’aviation Kazimierz Pawluk, RAF (Pologne)
Le lieutenant d’aviation Porokoru Patapu « Johnny » Pohe, RNZAF
Le sous-lieutenant d’aviation Sotiris « Nick » Skanzikas, Aviation royale grecque
Le lieutenant Rupert J. Stevens, SAAF
Le lieutenant d’aviation Robert Campbell Stewart, RAF
Le lieutenant d’aviation John Gifford Stower, RAF
Le lieutenant d’aviation Denys Oliver Street, RAF
Le capitaine d’aviation Cyril Douglas Swain, RAF
Le capitaine d’aviation Henri Albert Picard, RAF (Belgique)
Le lieutenant Bernard W. M. Scheidhauer, Armée de l’air de la France libre
Le lieutenant d’aviation Pawel « Peter » Tobolski, Aviation militaire polonaise
Le capitaine d’aviation Arnost « Wally » Valenta, RAF (Tchécoslovaquie)
Le capitaine d’aviation Gilbert William « Tim » Walenn, RAF
Le capitaine d’aviation James Chrystall Wernham, ARC
Le capitaine d’aviation George William Wiley, ARC

Le commandant d’aviation John Edwin Ashley Williams, RAAF
Le capitaine d’aviation John Francis Williams, RAF

Ceux qui ont été renvoyés au Stalag Luft III

Le capitaine d’aviation R. Anthony Bethell, RAF
Le capitaine d’aviation Bill Cameron, ARC
Le capitaine d’aviation Richard S. A. « Dick » Churchill, RAF
Le lieutenant-colonel d’aviation Harry Melville Arbuthnot « Wings » Day, RAF
Le major Johnnie Dodge, Armée britannique
Le capitaine d’aviation Sydney Dowse, RAF 
Le capitaine d’aviation Bedrich « Freddie » Dvorak, RAF 
Le capitaine d’aviation Bernard « Pop » Green, RAF 
Le sous-lieutenant d’aviation Bertram « Jimmy » James, RAF
Le capitaine d’aviation Roy B. Langlois, RAF
Le capitaine d’aviation H. C. « Johnny » Marshall, RAF 
Le capitaine d’aviation Alistair T. McDonald, RAF 
Le lieutenant Alastair D. Neely, Royal Navy 
Le capitaine d’aviation T.R. Nelson, RAF 
Le capitaine d’aviation A. Keith Ogilvie, RAF 
Le capitaine d’aviation Desmond Lancelot Plunkett, RAF 
Le lieutenant Douglas A. Poynter, Royal Navy 
Le sous-lieutenant d’aviation Paul G. Royle, RAF 
Le capitaine d’aviation Michael Shand, RAF (le dernier à sortir de « Harry »)
Le capitaine d’aviation Alfred B. Thompson, ARC
Le capitaine d’aviation Ivo P. Tonder, RAF 
Le commandant d’aviation Leonard Henry Trent, RNZAF 
Le capitaine d’aviation Raymond L. N. van Wymeersch, RAF (France)

Avec l’aide des dossiers de Sara Keddy, rédactrice au journal The Aurora, 14e Escadre Greenwood (Nouvelle-Écosse). Lecture recommandée : The Great Escape: A Canadian Story, par Ted Barris

Date de modification :