De nouveaux cieux pour un oiseau jaune

Article de nouvelles / Le 28 mai 2014

Par le capitaine Trevor Reid

La nouvelle capacité de déploiement de l’ARC mise en évidence pendant un exercice péruvien.

Pour les équipages qui se servent du plus gros hélicoptère du monde affecté exclusivement aux missions de recherche et de sauvetage (SAR), le franchissement de grandes distances n’est pas rare. En fait, le CH-149 Cormorant bénéficie d’un rayon d’action de plus de 1 000 kilomètres, ce qui lui permet de transporter des équipages de l’Aviation royale canadienne (ARC) loin au-dessus de l’Atlantique ou profondément au cœur des montagnes de la Colombie-Britannique pour porter secours à des personnes en détresse.

Un exercice récent exécuté au Pérou a procuré à l’ARC l’occasion de faire voler le Cormorant plus loin que d’habitude, cette fois dans le ventre d’un avion de transport CC-177 Globemaster III. L’exercice sud-américain, appelé « Cooperación III », a mis l’accent sur le secours aux sinistrés et l’aide humanitaire et il a mis à l’épreuve la déployabilité nationale et internationale du Cormorant.

Le Globemaster provenait du 429e Escadron de transport de la 8e Escadre Trenton (Ontario), et le Cormorant, du 413e Escadron de transport et de sauvetage de la 14e Escadre Greenwood (Nouvelle-Écosse). Un CC-130J Hercules du 436e Escadron de la 8e Escadre et des équipages de la 9e Escadre Gander (Terre-Neuve‑et‑Labrador) et de la 19e Escadre Comox (Colombie-Britannique) ont aussi participé au déploiement.

« Cet exercice était important pour prouver notre capacité de transporter avec succès un Cormorant destiné à appuyer des opérations, a déclaré le colonel Jim Benninger, commandant de la Force opérationnelle aérienne au Pérou. C’est grâce à notre personnel des mouvements aériens et aux techniciens de l’IMP Aerospace and Defence, qui assurent la maintenance des hélicoptères en vertu d’un contrat, que tout cela a été possible. »

Grâce à l’ensemble de transport aérien (ETA) (un cadre hydraulique et mécanique monté sur roues), le CH-149 a pu être chargé en douceur puis transporté en dehors de l’Amérique du Nord pour la première fois.

Rendu au Pérou, le Cormorant a paru gigantesque à côté des avions SAR et de transport des autres unités multinationales qui prenaient part à l’exercice de deux semaines, lequel a fait intervenir 12 pays du Sistema de Cooperacion entre las Fuerzas Aereas Americanas (SICOFAA).

Aires de trafic et roues pour la route

À première vue, l’ETA a l’air d’un rudimentaire train d’atterrissage que l’on aurait tenté de fixer au Cormorant, mais c’est en fait le résultat d’un magnifique travail d’ingénieur. Il permet de charger et d’arrimer solidement un hélicoptère de 23 000 livres (10 433 kilogrammes) dans le ventre du gigantesque Globemaster en quelques heures seulement. Seuls l’empennage et les pales du rotor ont dû être retirés.

Avec le treuil de chargement du Globemaster et le système hydraulique de l’ETA, les techniciens, les arrimeurs et le personnel des mouvements aériens ont délicatement remorqué l’hélicoptère à bord, en ajustant l’angle du Cormorant pour s’assurer qu’il passait bien sous le plafond de l’avion de transport, tout en veillant à ce que le nez ne heurte pas la rampe de chargement. Une fois l’appareil bien arrimé avec de grosses chaînes, et les pales du rotor bien immobilisées dans des coffres spéciaux, le Cormorant a été prêt à entreprendre son vol de 14 heures à destination de Lima.

Le déchargement du Cormorant à la Base aérienne de Callao, à Lima, le 20 avril, a nécessité encore plus de coordination, car le changement de température et le décalage horaire ont incommodé de nombreux membres de l’équipe.

« Nous avons rassemblé l’hélicoptère promptement », de dire Owen Collins, gestionnaire d’IMP Aerospace and Defence sur les lieux. « Nous n’avons pas pu obtenir un hangar tout de suite, car c’était le dimanche de Pâques, mais les gars ont retiré l’ETA et remis l’empennage en place par un temps venteux et chaud. Le lendemain, nous avons installé les pales, et, le jour suivant, l’appareil faisait déjà des essais fonctionnels en vol. »

Avec ses couleurs vives, le Cormorant comptait parmi les aéronefs les plus en évidence à l’exercice, mais ce sont les 60 membres de l’ARC qui ont donné tout son sens à la présence canadienne.

L’exercice, appelé Cooperación (Coopération), a été essentiel pour ceux qui travaillaient dans les centres multinationaux des opérations aérospatiales (CMOA) aux bases aériennes de Callao (Lima) et de Pisco, où les membres de l’ARC ont aidé d’autres équipes militaires à exécuter des missions de planification et d’attribution des tâches.

« Nous avons eu une magnifique occasion de collaborer avec des pays sud-américains et de voir comment leurs forces aériennes planifient et exécutent une grande mission d’aide humanitaire », a déclaré le capitaine Pawl Bienkowski, pilote de Cormorant dans le 103e Escadron de recherche et de sauvetage, basé à la 9e Escadre Gander (Terre-Neuve-et-Labrador), qui a travaillé au CMOA de la base aérienne de Callao.

L’ARC déploie régulièrement des unités à l’étranger, mais les techniciens en recherche et sauvetage et les employés d’IMP Aerospace and Defence ne travaillent d’habitude qu’au Canada. Quatre de ces techniciens ont participé à l’exercice et ont permis aux autres participants à l’exercice de bénéficier de leur expertise de premiers intervenants en faisant la démonstration de leurs compétences de sauveteur, au bout du câble d’un treuil, de même qu’au sol en prodiguant les premiers soins.

Exercice en cas de tremblement de terre : « Bienvenue au Pérou! »

Peu après le briefing général initial, l’heure est venue d’entrer dans le vif de l’action avec un exercice en cas de tremblement de terre. Les médias péruviens étaient présents pour voir des centaines de participants se diriger vers un lieu sûr pendant que les sirènes hurlaient.

Il n’y a pas à douter que les Péruviens prennent très au sérieux la menace que représentent les séismes et les tsunamis. Les mesures de protection civile sont évidentes partout. Des panneaux marquent les lieux de refuge dans les immeubles, les voies d’évacuation désignées depuis les régions côtières et les lieux de rassemblement sur les places publiques.

Maintenant que l’exercice avait officiellement commencé, des membres d’équipage ont volé à bord du Cormorant depuis Lima jusqu’à Pisco, en longeant la côte, pendant que le Hercules transportait les techniciens d’IMP, le personnel de soutien et l’équipement nécessaire pour soutenir les opérations de vol.

« Pisco a subi de lourds dommages lors du tremblement de terre de 2007, et c’est pourquoi l’exercice a eu lieu à cet endroit », a ajouté le colonel Humberto Schaefer, commandant du 51e Groupe aérien de l’Aviation péruvienne, basé à Pisco.

Le Cormorant et le Hercules ont été chaleureusement accueillis par les membres de l’Aviation péruvienne qui ont pris des photos du plus gros hélicoptère et du Hercules le plus moderne à participer à l’exercice; ils ont aussi serré la main des membres d’équipage.

Faire tourner les rotors et laver le pare-brise

« Il n’est pas facile d’enlever la poussière et le sable qui collent au pare-brise », a affirmé Robert « Willy » Wilen, technicien d’IMP, alors qu’il lavait le pare-brise du Cormorant à grands coups de brosse, après le troisième vol de l’exercice. Cela rappelait à tous, d’une façon intéressante, que la flotte écrivait un nouveau chapitre de son histoire en prenant part à l’exercice.

Certes, le Cormorant était impressionnant à voir au-dessus du sable brun rougeâtre des déserts entourant Pisco. La ville domine à peine de quelques mètres le niveau de la mer, mais le relief grimpe rapidement, de sorte que certaines collectivités sont installées à plus de 2 400 mètres d’altitude. L’humidité dans la région et l’altitude ont rendu difficiles les opérations de l’hélicoptère, mais celles-ci deviendraient essentielles en cas de véritable situation d’urgence.

« Ce sont dans des terrains de ce genre que le Cormorant fait voir ses atouts d’hélicoptère puissant et robuste », explique le capitaine Alexandre Sarazin, pilote de Cormorant dans le 413e Escadron. « Avec les trois moteurs de l’appareil (chacun développant une puissance de 1 725 ch), nous pouvons atterrir pour livrer des ravitaillements et effectuer un vol stationnaire même à des altitudes élevées pour hisser à bord, grâce au treuil, des personnes coincées dans des endroits dangereux. »

Dans le cadre de l’entraînement, des équipes SAR canadiennes ont travaillé avec des membres de l’Aviation péruvienne pour acheminer les secours, faire des évacuations sanitaires et s’exercer à hisser des personnes à bord dans le cadre d’un sauvetage, dans plusieurs villes des environs de Pisco, souvent dans des terrains de soccer transformés en centres de secours et d’aide aux sinistrés, aux fins de l’exercice.

« Nous avons démontré nos capacités aux Péruviens; dans un cas, nous avons hissé à bord un pompier qui jouait le rôle d’un blessé simulé. Cela ressemblait beaucoup aux opérations que nous menons au Canada », a déclaré le capitaine Sarazin.

« Les équipages qui participaient à cet exercice ont volé le long des deux côtes canadiennes, mais l’exécution d’opérations dans un terrain que l’on ne connaît pas comporte toujours des défis. »

Vu le nombre d’avions de transport circulant entre les deux bases, les équipages devaient avoir l’œil ouvert pour repérer les autres appareils et être prêts à réagir aux directives des contrôleurs de la circulation aérienne… en espagnol! Heureusement, la délégation comprenait plusieurs traducteurs qui ont volé à bord des aéronefs.

« Quand je traduis, je dois prendre en considération les différents dialectes parlés en Amérique du Sud, car la terminologie espagnole comporte parfois de petites différences qui peuvent poser des difficultés, mais dans l’ensemble, ce fut une tâche facile et enrichissante », de dire le capitaine Cristy Montoya, officier de la logistique dans le 430e Escadron tactique d’hélicoptères, basé a la Base des Forces canadiennes Valcartier (Québec), qui a servi d’interprète-traductrice pendant tout l’exercice.

De retour au pays

La participation du Canada à l’exercice a eu lieu dans le contexte de l’intensification des efforts diplomatiques entre notre pays et le Pérou. À peine une semaine avant l’exercice, le Président Ollanta Humala, avait rendu visite au Canada où il avait annoncé, avec le Premier ministre Stephen Harper, de nouveaux accords dans des domaines de la coopération en matière de défense, y compris celui des programmes d’entraînement.

Après le dernier débreffage sur l’exercice et l’enregistrement des leçons retenues à la faveur de ce dernier, les équipes de chargement ont commencé à préparer l’hélicoptère pour son vol de retour au Canada, dans le cadre d’une rotation de maintenance prévue des hélicoptères entre Comox et Greenwood.

« Les équipages du Cormorant ont prouvé à maintes reprises qu'ils sont en mesure de venir en aide à ceux qui en ont besoin au pays. Cet exercice nous a permis de montrer que nous sommes aussi à même de porter secours aux personnes en détresse à l'étranger, et les Canadiens peuvent en être fiers », d’affirmer le colonel Benninger.

L’amitié grâce au hockey

Outre le Canada, l’Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie, la République dominicaine, le Guatemala, le Mexique, les États-Unis, le Panama, le Paraguay et l’Uruguay ont pris part à l’exercice. Deux membres de la Force de défense de la Jamaïque ont aussi accompagné le contingent canadien à titre d’observateurs.

Malgré les horaires chargés, toute une gamme d’activités a aidé à susciter la camaraderie entre ces divers pays pendant les heures de relâche, et le passe-temps favori des Canadiens a été à l’honneur. La plupart des membres des forces aériennes en visite au Pérou n’avaient jamais vu un bâton de hockey, encore moins joué une partie, mais beaucoup se sont vite familiarisés avec le jeu avec un enthousiasme débordant, des membres de l’ARC étant là pour aider à piloter chacune des équipes.

« Il est important d’avoir des rapports avec d’autres forces aériennes au niveau professionnel », de dire le capitaine Eric Willrich, pilote de Globemaster dans le 429e Escadron, qui a aussi servi d’interprète pendant tout l’exercice.

« Mais lorsqu’il s’agit de travailler ensemble, il peut être tout aussi important de nouer des amitiés, et cela n’est possible qu’en conversant et en s’adonnant à des activités sociales avec ses homologues des autres forces armées. C’est ce que nous avons fait en partageant avec eux quelque chose de vraiment canadien : une partie amicale de shinny! »

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