Décembre 1944 : Une histoire de Noël des « Alouettes »

Article de nouvelles / Le 23 décembre 2019

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Par la sous‑lieutenant Rachel Brosseau, aidée du lieutenant‑colonel Jody Edmonstone

C’était la veille de Noël, le 24 décembre 1944. Le sergent de section Jean Cauchy pilotait un bombardier Halifax qui effectuait un raid contre l’aérodrome de Düsseldorf, en Allemagne.

Touché par le tir antiaérien ennemi, le Halifax avait perdu un de ses moteurs. Pire encore, la soute contenait une bombe qui ne s’était pas décrochée pendant l’attaque. Tous les aviateurs voulaient rentrer à leur base pour Noël et pour participer au concert de Noël pendant lequel le sergent de section Cauchy devait chanter avec de nombreux membres de son équipage. Toutefois, le sergent Cauchy a dirigé l’avion endommagé chargé d’une cargaison dangereuse vers un autre endroit, tout en continuant d’être pris à partie par les tirs antiaériens ennemis.

Le jour du Souvenir en 2019

Jean Cauchy naît à Lévis, au Québec, en 1924 et s’enrôle dans l’Aviation royale canadienne en 1942. Il n’a que 18 ans et il vient d’apprendre que le bombardier à bord duquel son frère Louis servait dans la Royal Air Force (RAF) en tant que mitrailleur a été abattu pendant une mission effectuée au-dessus de la Forteresse Europe.

Il obtient son brevet de pilote après un entraînement d’un an et demi et, en janvier 1944, il est muté à la station de la Royal Air Force Tholthorpe, dans le Yorkshire, en Angleterre, pour se joindre au 425e Escadron, les « Alouettes ». Il accomplit six missions à bord d’un bombardier Halifax Mark III pendant la Seconde Guerre mondiale, avant d’être abattu à son tour le 5 janvier 1945. Les membres de son équipage et lui sont capturés par les forces allemandes. Ils passent le reste de la guerre au Stalag Luft I comme prisonniers de guerre, jusqu’à la libération du camp par les Alliés en mai 1945.

Après la guerre, le sergent de section (à la retraite) Cauchy retourne au Canada et obtient sa libération des forces armées. Il entretient des liens étroits avec le 425e Escadron, dont il est le colonel honoraire de 1998 à 2001.

En 2019, il ne peut pas se rendre à Bagotville, au Québec, base des Alouettes, pour assister à la cérémonie annuelle du jour du Souvenir; par conséquent, le lieutenant‑colonel Jody Edmonstone, commandant du 425e Escadron, l’adjudant‑maître Gino Côté, le capitaine Matt Stokes et Richard Girouard, historien de l’escadron, se rendent à Québec pour souligner le jour du Souvenir avec l’Alouette de 95 ans et 60 autres anciens combattants à la Maison Paul‑Triquet, résidence pour anciens combattants où vit le sergent de section Cauchy.

Après la cérémonie, le lieutenant‑colonel Edmonstone demande au sergent de section Cauchy s’il lui est arrivé de subir une panne de moteurs aux commandes d’un bombardier pendant la guerre. Au cours des deux heures suivantes, l’ancien combattant raconte une histoire étonnante.

Noël 1944

Noël approchait à grands pas à Tholthrope, explique le sergent de section Cauchy. Le capitaine‑adjudant de l’escadron a demandé à des volontaires de préparer des activités pour agrémenter la veille de Noël. Sachant que le sergent de section Cauchy était un passionné du chant, le capitaine‑adjudant lui a demandé de former un chœur d’escadron pour chanter des airs de Noël au cours du dîner de Noël et d’autres festivités. Un journaliste de Radio‑Canada devait être présent pour enregistrer le concert et le radiodiffuser au Canada le jour de Noël même. Comme le temps pressait, le sergent de section Cauchy a sans tarder constitué ce qu’il considérait comme un chœur de bonne tenue formé de militaires du 425e Escadron. Après quelques répétitions, il a estimé que tout le monde serait prêt pour le concert.

Alors que la veille de Noël approchait, le sergent de section Cauchy a appris que son escadron avait été chargé d’accomplir une mission de bombardement le 24 décembre. La plupart des membres du chœur participeraient au raid. Heureusement, c’était une attaque de jour contre Düsseldorf, de sorte qu’ils auraient le temps de rentrer pour les festivités et, surtout, pour donner leur concert.

Il faisait froid et le temps était clair; les conditions étaient idéales pour le raid. La formation de six bombardiers Halifax a pu se rendre au-dessus de sa cible sans difficulté et larguer ses bombes à 14 h 55. Le raid a été couronné de succès et a causé de lourds dégâts à l’aérodrome ennemi. Dans le journal des opérations du 425e Escadron, on lit ce qui suit : « [...] pistes de l’aérodrome ennemi criblées de cratères de bombe [...] objectif incendié. Un bon raid. Les bombes ont été bien concentrées, et le marquage a été bon. »

Quelques minutes plus tard, cependant, les choses se sont gâtées.

L’itinéraire de la formation était planifié de manière à lui faire éviter les régions connues où se trouvaient des batteries d’artillerie antiaérienne. À 15 h 02, l’avion du sergent de section Cauchy a été pris à partie par une batterie ennemie qui a lourdement endommagé son aile droite. Un des quatre moteurs est par la suite tombé en panne, mais l’avion a pu continuer de voler et maintenir son altitude, bien qu’à vitesse réduite. L’équipage a fait savoir qu’il y avait encore dans la soute une bombe qui ne s’était pas décrochée pendant l’attaque, ce qui a aggravé la situation. La bombe risquait d’exploser si les manœuvres de l’appareil étaient trop brusques, ou que ce dernier subissait d’autres dommages.

Aux commandes, le sergent de section Cauchy s’est mis à évaluer les différentes solutions possibles : retourner à Tholthorpe ou diriger l’avion vers une autre base. Les formations de bombardiers essayaient toujours de conserver leur intégrité; ainsi, les mitrailleurs pouvaient mieux les protéger contre les chasseurs ennemis. Cependant, comme la vitesse de son appareil Halifax diminuait, celui‑ci a pris du retard sur les autres, ce qui l’a rendu vulnérable à une attaque ennemie.

Dans la confusion, le navigateur du sergent de section Cauchy, le lieutenant d’aviation J. J. P. L’Espérance, s’est fait entendre sur l’interphone de l’avion pour donner au pilote un nouveau vecteur (direction et vitesse) et diriger l’appareil vers la base de la RAF Rivenhall, soit la base la plus proche. Celle‑ci était souvent employée par les avions qui avaient besoin d’un aérodrome de dégagement après un raid de bombardement. Après avoir de nouveau consulté le lieutenant d’aviation L’Espérance et même s’il voulait ramener tout son équipage à sa base pour les fêtes de Noël, le sergent de section Cauchy a compris que le dégagement vers Rivenhall était sans doute la solution la plus sûre pour l’équipage et l’avion. Il a donc orienté le bombardier endommagé vers le nouvel aérodrome.

Le bombardier a fait l’objet d’autre attaques de canons antiaériens à l’approche de la Manche, et le sergent de section Cauchy a effectué des manœuvres pour éviter de subir d’autres dommages, malgré les protestations du navigateur et d’autres membres d’équipage : tous étaient très inquiets à cause de la bombe encore présente dans la soute. Si elle se dégageait, tout le monde y passerait! L’équipage adressait des cris au sergent d’avion Cauchy par interphone pour qu’il réduise le plus possible les manœuvres, et il a finalement fermé l’interphone pour faire taire ses compagnons angoissés. Il devait se concentrer sur le pilotage de l’avion pour rendre le vol aussi stable que possible de manière à ne pas secouer l’énorme bombe et à la faire exploser prématurément, tout en évitant d’être touché par la tirs antiaériens. La situation avait l’air d’un dilemme sans issue!

Après avoir franchi la côte européenne et échappé aux batteries antiaériennes, le sergent de section Cauchy a dû surmonter une nouvelle épreuve, soit celle de poser le bombardier Halifax sans faire exploser la bombe. Il devait le faire en douceur, sinon ce serait la catastrophe. Pour reprendre les mots du sergent de section Cauchy, il s’est dirigé vers la piste et a exécuté le meilleur atterrissage de sa vie en se posant en douceur douceur sur la piste gazonnée, à Rivenhall.

La tour de contrôle lui a demandé d’aller garer le bombardier loin des autres avions et des bâtiments, à cause de la bombe suspendue. Poussant un soupir de soulagement, le sergent de section Cauchy a éteint les trois moteurs qui restaient, et l’équipage a quitté l’avion. Tous étaient arrivés à destination sains et saufs.

À Rivenhall à temps pour Noël

Les membres de l’équipage se sont rendus à la station et ont constaté qu’il n’y avait pas grand monde, car beaucoup de militaires étaient en permission pour Noël. Cependant, il y avait près de la base un pub qui était ouvert, et ils y sont allés avec plusieurs équipages d’autres formations qui s’étaient eux aussi posés à cet aérodrome de dégagement.

Après une mission très stressante, les équipages ont été heureux de se faire servir par la propriétaire, « une belle rouquine anglaise ». Les équipages ont dégusté quelques verres jusqu’à ce que le sergent de section Cauchy et le lieutenant d’aviation L’Espérance décident de trouver un endroit où célébrer la messe de minuit. Ils ont erré ici et là jusqu’à ce qu’ils découvrent non loin de là une église catholique romaine. Ils ont frappé à la porte, en dépit des conditions de blackout, ce qui signifiait que toutes les lumières de l’endroit étaient dissimulées ou éteintes pour priver les bombardiers ennemis de tout repère la nuit. Un prêtre est venu ouvrir la porte et leur a demandé ce qu’ils faisaient là. Ils lui ont demandé si une messe de minuit allait avoir lieu. Interloqué, le prêtre s’est mis à rire et leur a expliqué que l’endroit était assujetti à des conditions de blackout, qu’il n’y avait pas eu de messe de minuit depuis des années et qu’il n’y en aurait sûrement pas une cette nuit‑là non plus.

Résignés, les deux aviateurs sont retournés au pub pour rejoindre leurs amis. Comme il n’y avait ni personnel de cuisine ni repas, des membres du personnel de service à la base s’étaient efforcés de trouver de la nourriture pour les équipages ayant été déroutés vers leur base. Après une recherche poussée, ils n’ont rien trouvé d’autre que du spam tiré des rations individuelles. C’était loin d’être le festin de Noël que les équipages avaient espéré, mais ils ont fait contre mauvaise fortune bon cœur en cette veille de Noël au pub, en présence de leur bienfaitrice aux cheveux roux et avec de la bonne bière anglaise et du spam au goût douteux.

Quelques jours plus tard, le sergent de section Cauchy et son équipage ont rallié la base de la RAF Tholthorpe. Sans tarder, il a retrouvé le journaliste de Radio‑Canada et lui a demandé si le chœur avait pu chanter sans lui et certains des autres membres et comment l’enregistrement s’était déroulé. Le journaliste lui a répondu qu’à la dernière minute, un chœur avait été formé; il avait essayé de chanter des airs de Noël, mais malheureusement, le résultat n’avait pas été très bon. Mise à part la piètre qualité des voix de ce chœur impromptu, l’enregistrement a été terrible à cause de la mauvaise acoustique de la pièce. Par conséquent, Radio‑Canada n’avait pas diffusé le concert de Noël au Canada.

Toujours membre des Alouettes

À la fin de la magnifique histoire racontée par le sergent de section (à la retraite) Cauchy, les Alouettes ont bien ri : personne n’aurait pensé que la question « Vous est-il arrivé de subir une panne de moteurs aux commandes d’un bombardier pendant la guerre? » aurait donné lieu à ce remarquable récit sur l’esprit de Noël en temps de guerre et sur l’excellence de nos aviateurs.

Note de la rédaction : En 2011, le sergent de section (à la retraite) Cauchy a reçu la mention élogieuse du ministre des Anciens Combattants en raison des efforts qu’il avait déployés afin d’« encourager les jeunes à fêter le jour du Souvenir » et de son souci d’« améliorer le bien‑être des anciens combattants dans sa collectivité ».


 

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