Des artistes des FAC guident l’évolution de l'art militaire

Article de nouvelles / Le 29 mars 2018

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L’exposition du Groupe 7 du Programme d’arts des Forces canadiennes au Musée canadien de la guerre se déroule jusqu’au 2 avril 2018.

Par Ruthanne Urquhart

De nos jours, quand on pense à l’« art militaire », c'est souvent la photographie qui vient à l'espirit.

Des photos jaunies et craquelées d’aviateurs de la Grande Guerre posant fièrement devant leurs machines de bois, de fil de fer et de toile qui les conduiraient au combat parmi les nuages. Leurs élégantes écharpes blanches et leurs jodhpurs bien propres rentrés dans leurs bottes luisantes ne révélaient rien du sang, de la boue et de la suie à venir. On se représente aussi, de cette époque, les immenses peintures de héros, de généraux et de batailles qui couvrent les murs de musées et de galeries aux plafonds élevés.

Des photos en noir et blanc et des photos colorisées de la Seconde Guerre mondiale et, plus tard, d’aéronefs canadiens alignés sur les pistes d’aérodromes de l’Angleterre et du sud de la France, de la Corée du Sud et de l’Italie. Des chasseurs agiles et de lourds bombardiers, réparés et préparés par des équipes au sol travaillant sans relâche pour que les pilotes et les équipages puissent poursuivre le combat au-dessus de la Manche et de l’Afrique du Nord, dans le Nord et au-dessus des Balkans.

Des photographies numériques jaunies, cette fois non pas par le temps, mais par le sable et la poussière qui tourbillonnent dans l’air afghan, de terrains d’aviation de la coalition, où des Canadiens subissent des attaques aériennes, et de l’extérieur du périmètre, où des moteurs grippés donnent du fil à retordre au personnel de piste comme aux équipages aériens. Des photographies aussi de rampes de soute abaissées abritant les cercueils, habillés du drapeau national, de militaires canadiens qui rentrent chez eux.

Ces images, nous les avons dans la tête. Chacune d’elles fixe un moment dans le temps aussi clairement que si nous avions été là. Chacun des détails de ces photos relie celles-ci, et nous, à ce moment.

L’art militaire peut aussi être moins clair; il peut ne pas figer un moment dans le temps, mais saisir quelque chose de plus grand, quelque chose qui transcende ce moment, cette guerre. L’art militaire a le pouvoir d’exprimer des concepts plus vastes, plus poussés et plus longs que la photographie. De plus, les artistes militaires actuels utilisent des médias qui vont au-delà de la photographie et qui, souvent, l’ont précédée de longue date.

Mark Thompson, originaire d’Ottawa, un des artistes militaires intégrés à l’Aviation royale canadienne, crée des peintures à base de verre et des sculptures. Dans le cadre du Programme d’arts des Forces canadiennes (PAFC), il s’est rendu au Koweït, où les missions nocturnes des jeunes pilotes canadiens de CF-18 Hornet ont frappé son imagination et l’ont profondément impressionné. L’une de ses premières expériences au Koweït a été un vol de nuit au-dessus de puits de pétrole en feu; il a dit de cette sortie qu’elle avait changé sa vie.

L’œuvre « Book of War » de M. Thompson est une installation sur table présentée dans le cadre de l'exposition d’art militaire contemporain qui se déroule actuellement au Musée canadien de la guerre, à Ottawa, en Ontario. Cinq livres ouverts, sertis dans le verre, sont alignés côte à côte le long de la table; dans le verre de chaque livre passe une vidéo d’un chasseur à réaction CF-188 dans différentes conditions : de jour, par infrarouge, de nuit, etc.

Le Musée canadien de la guerre a choisi la pièce « Hard Rain » (Une lourde pluie) comme signature de son exposition. Cette œuvre se compose de trois rangées de cinq bombes, dans des tons de bleu et serties dans le verre, en train de tomber. Les tourbillons blancs qui parcourent le verre imitent les nuages au travers desquels les bombes passent tandis que le fond noir est une boucle vidéo qui se déplace de haut en bas.

Nancy Cole est l’autre artiste militaire intégrée à l’ARC cette année. Née à Summerside, à l’Île‑du‑Prince‑Édouard, elle a grandi dans des bases militaires. Artiste en textiles chevronnée, Mme Cole a été intégrée à la base des Forces canadiennes et 19e Escadre Comox, en Colombie‑Britannique, dans le cadre du PAFC. L’art militaire qu’elle a produit par la suite a pris la forme de deux grandes pièces textiles piquées à la main.

L’installation de Mme Cole au Musée canadien de la guerre est intitulée « Night and Day » (La nuit et le jour). La première pièce de cette paire est toute noire et comporte un groupe de petits points rouges, en haut à droite; elle représente la sombre fonction guerrière des CF-18 affectés à l’opération Impact en Syrie. Chaque point rouge comprend une fine ligne rouge, tortueuse ou en boucle, qui irradie vers l’extérieur et représente des gens, au sol, fuyant au passage des CF-18. L’autre pièce est blanche et présente un groupe comparable de points, aussi en haut à droite. Elle illustre l’autre face du spectre des tâches des CF-18 : les spectacles aériens, les survols, les relations publiques empreintes de bonne humeur. Ces points n’ont pas de ligne rouge; on suppose que ces gens se tiennent debout, en groupe, et observent les avions en souriant.

L’art militaire des temps anciens était, en fait, une entreprise multimédia. Il s’agissait de planchers en mosaïques faites de glaise, de verre et de pierres précieuses dans des bâtiments publics et gouvernementaux; il s’agissait de sculptures et de bas-reliefs dans des résidences et jardins de nantis. Et il s’agissait de couvre-sols tissés à motifs complexes qui réchauffaient la pierre sous-jacente et de tapisseries murales qui protégeaient les habitants des courants d’air.

Dans le cadre des fouilles archéologiques d’aujourd’hui, l’un des trésors les plus précieux qu’on puisse découvrir est souvent un sol de mosaïque composé de tessères, de petits blocs de céramique, de verre et de pierre. La mosaïque d’Alexandre, qui date environ de l’an 100 avant l’ère chrétienne, en est un bon exemple. Ce plancher de mosaïque de Pompéi, qui fait 2,72 m sur 5,13 m, illustre une bataille entre les armées d’Alexandre le Grand et de Darius III, roi des Perses.

La tapisserie de Bayeux, une broderie de fil de laine sur toile de lin réalisée au XIe siècle, fait presque 70 mètres de longueur sur 50 centimètres de hauteur. Elle représente la conquête de l’Angleterre, en octobre 1066, par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie.

L’art militaire

Mark Thompson, artiste verrier, et Nancy Cole, artiste sur textiles, redonnent vie à des traditions et des médias anciens de l’art militaire. L’Aviation royale canadienne est honorée qu’ils aient choisi d’intégrer à leurs œuvres son CF-18 Hornet, tant en image que par l’esprit.

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