ARCHIVÉE - Des aviateurs canadiens s’échappent de la Norvège occupée

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Article de nouvelles / Le 25 septembre 2015

Par le second officier (à la retraite) George Deeth

Il y a 71 ans, le 26 septembre 1944, un bombardier Vickers Wellington Mk XIV, avec à son bord six membres d’équipage canadiens, décolla d’Écosse en vue d’effectuer une patrouille anti‑sous‑marine de routine le long des côtes norvégiennes, alors sous occupation allemande.

En dépit de conditions météorologiques défavorables, le feu vert avait été donné pour la réalisation de cette opération; l’avion atteignit la zone de patrouille le matin à 3 h 30. Après quelques heures de patrouille, le moteur droit de l’appareil prit feu en raison d’un défaut de fonctionnement. L’équipe décida alors de se diriger vers les îles Shetland, la terre alliée la plus près.

Mais très vite, il devint clair que les conditions météorologiques allaient rendre difficile la traversée de la mer du Nord avec un seul moteur. L’équipage essaya désespérément d’alléger l’appareil en larguant du matériel, des munitions et une partie du carburant. Cependant, l’opération endommagea une valve et engendra une fuite permanente du réservoir. Sachant qu’il serait bientôt à court de carburant, l’équipage n’eut d’autre choix que de se rabattre en territoire ennemi pour y tenter un atterrissage d’urgence. Aux environs de 6 h, l’avion s’écrasa en terrain accidenté dans la commune d’Os, dans le Hordaland.

L’équipage sortit miraculeusement indemne de l’écrasement; toutefois, de nouveaux dangers le menaçaient. Le contingent allemand responsable de la région, établi à proximité du lieu de l’atterrissage, avait été alerté très rapidement. Ainsi, 4 000 soldats allemands furent déployés pour boucler la péninsule où l’avion ennemi avait atterri.

Les membres d’équipage qui, entre‑temps, avaient réussi à atteindre une grotte dans les collines avoisinantes, comprirent rapidement que sans l’aide de la population locale, ils ne pourraient échapper à l’étau allemand. Ils réussirent finalement à entrer en contact avec une femme indirectement liée au mouvement de la Résistance norvégienne, la Milorg. Trouver aussi rapidement une personne prête à les aider était vraiment un coup de chance. En effet, personne n’ignorait que le soutien d’activités ennemies conduisait directement au peloton d’exécution.

Les résistants escortèrent discrètement l’équipage canadien des collines jusqu’au bord de la mer, où ils avaient amarré deux canots. Sachant que les bateaux allemands allaient patrouiller frénétiquement le long des côtes pour prévenir l’évasion des Canadiens, les hommes de la Milorg avaient soigneusement enveloppé de chiffons les tolets des avirons des canots afin que ces derniers passent inaperçus.

Protégés par un voile de brume, les canots croisèrent plusieurs bateaux de patrouille allemands, ainsi qu’une sentinelle qui semblait occupée à lire le journal. Afin de franchir un pont gardé par un soldat allemand, un des résistants débarqua et engagea la conversation pendant que les canots glissaient silencieusement sous le pont. Le groupe arriva finalement à une cachette temporaire, un hangar à bateaux précédemment utilisé par les Allemands. Ce hangar était situé sur l’île de Strøno, à 400 mètres au large de la garnison allemande. Les soldats de la Milorg savaient que les Allemands ne songeraient jamais à chercher les pilotes canadiens dans leur périmètre immédiat.

Au cours des deux jours suivants, la Milorg prépara le transfert vers une cachette à plus long terme. Il s’agissait d’une petite cabane en rondins dans les montagnes. Cela supposait une traversée de 30 kilomètres lors de laquelle il faudrait remonter 2 fjords et, vraisemblablement, croiser plusieurs patrouilles et fortifications allemandes. C’est en les cachant sous une bâche dans la cale à poissons d’un bateau à moteur de 6,4 mètres que la Milorg fit traverser l’un des fjords aux Canadiens jusqu’à un endroit nommé Hattvik. Par chance, aucun des patrouilleurs allemands qu’ils croisèrent ne les contrôla.

Après la traversée du fjord, l’équipage trouva momentanément refuge dans un autre hangar à bateaux, qu’un officier allemand utilisait pour ses rendez‑vous avec sa petite amie norvégienne. Heureusement, le jour précédent l’atterrissage forcé, l’officier avait été déployé pendant quelques semaines dans le cadre d’autres missions. La Milorg avait su profiter de l’occasion et s’était procuré la clé du hangar.

Escorté par le chef de la Milorg et l’agente du renseignement britannique Helen Mowinckel Nilsen, l’équipage passa Lonningdal et continua vers la cabane le jour suivant. Après une longue ascension sur des chemins escarpés, les Canadiens arrivèrent finalement à la cabane, où ils allaient passer une semaine.

Les terres environnantes rappelaient fortement la région de Muskoka en Ontario. Sachant que les membres de l’armée de l’air norvégienne installés à l’aéroport de Toronto Island en Ontario avaient baptisé leur campement « Little Norway » (Petite Norvège), l’équipage donna à la cabane le nom de « Little Canada » (Petit Canada). Encore aujourd’hui, les habitants de la région continuent à lui donner ce nom et le drapeau canadien est toujours visible à la fenêtre.

Les Canadiens étant temporairement installés en lieu sûr et isolés du reste du monde, la Milorg travailla dans l’ombre pour organiser leur évasion définitive. De concert avec l’unité du renseignement de Londres, il fut décidé que deux messages codés seraient diffusés dans la partie norvégienne des nouvelles de la BBC pour signaler le début de l’opération. Le premier – « Garder les boulettes de viande au chaud » – serait transmis 24 heures avant que l’équipage ne doive se rendre au point de rendez‑vous. Le second – « Il pleut dans les montagnes » – serait émis la nuit de l’arrivée du bateau venant les récupérer.

Le jour de l’évacuation, une semaine après l’arrivée de l’équipage à « Little Canada », celui‑ci et un groupe de combattants du réseau de la Milorg prirent le chemin inverse à flanc de montagne. Le premier arrêt prévu devait leur permettre de prendre un repas rapide dans une ferme utilisée par la Milorg. Arrivés à quelques centaines de mètres de la ferme, ils constatèrent que des soldats allemands étaient en train de la fouiller. Observant la scène à couvert, soulagé d’avoir échappé à la patrouille, l’équipage loua encore une fois sa chance.

Pour préparer l’opération, la Milorg avait saboté les communications téléphoniques allemandes et bloqué l’une des routes principales au moyen de blocs de pierre. Elle avait également posté des sentinelles à des endroits stratégiques afin de prévenir le groupe de la présence de toute patrouille allemande.

Le groupe traversa le fjord et prit la direction de la côte extérieure sur un bateau de pêche du nom de « Snogg ». Il croisa, en plein jour, plusieurs navires et sous‑marins allemands et saluait au passage les marins. Ignorant leur identité, ces derniers leur rendaient leurs salutations. Qu’à aucun moment les Allemands n’aient arrêté les fugitifs pour un contrôle était en soi un coup de chance incroyable. De telles inspections étaient alors fréquentes, et le renforcement de la présence allemande rendait un tel contrôle encore plus probable.

Le « Shetland Bus »

 Le « Shetland Bus » (Bus shetlandais) fut organisé dans le secret en 1941. Cette flotte de petits bateaux de pêche passa inaperçue, établissant un lien entre les îles Shetland, en Écosse, et la Norvège occupée, et assurant le transport d’agents, dont des agents du renseignement, ainsi que d’armes et de réfugiés entre ces deux endroits. En 1942, alors que la flotte était bien établie, on la renomma la « Norwegian Naval Independent Unit » (unité indépendante de la marine norvégienne), mais elle continuait de mener ses opérations en secret. À l’automne 1943, les marins intrépides de cette unité gagnèrent leurs galons lorsque la petite flotte devint officiellement la « Royal Norwegian Naval Special Unit » (RNNSU) [unité spéciale de la marine royale norvégienne].

Les bateaux effectuaient leurs traversées pendant la nuit et, la plupart du temps, en hiver, étant donné qu’en cette saison, la probabilité de rencontrer des bateaux ou des avions ennemis était grandement réduite. Même si les capitaines et les membres de leurs équipages connaissaient bien les eaux et le temps en mer, la traversée de la mer du Nord sans phares, en hiver, présentait des risques, notamment celui de se faire repérer.

Les bateaux avaient l’apparence de bateaux de pêche, et les membres de l’équipage, de pêcheurs, ce qu’ils étaient en réalité. Toutefois, même si ces marins transportaient avec eux des mitrailleuses dissimulées, quelques traversées se terminèrent mal, et plusieurs bateaux furent perdus.

La RNNSU fut finalement équipée de 3 chasseurs de sous‑marins, soit les navires norvégiens de Sa Majesté Vigra, Hessa et Hitra. Leif Andreas Larsen, capitaine du Vigra, mena 52 opérations en Norvège sans être repéré par les Allemands, et il devint l’officier de marine le plus hautement décoré de la Deuxième Guerre mondiale.

En tout, le Shetland Bus transporta 192 agents et 383 tonnes d’armes en Norvège, et permit la sortie de 373 réfugiés.

Après une traversée angoissante, l’équipage accosta sur un petit îlot appelé « Ospøy », où il attendit le bateau qui devait les conduire en Grande‑Bretagne. Le navire qui vint les chercher était le navire norvégien de Sa Majesté Vigra, un chasseur de sous‑marins dont le capitaine était Leif Larsen; celui‑ci devint le plus célèbre capitaine du « Shetland Bus » (Bus shetlandais), une flotte norvégienne de petits bateaux de pêche qui assurait le transport d’agents, d’armes, de radios et d’autres composantes d’équipement entre les îles Shetland (Écosse) et la Norvège.

Le 13 octobre, l’équipage canadien arriva sain et sauf en Grande-Bretagne. Son pénible périple était enfin terminé.

L’équipage canadien et les hommes de la Milorg se retrouvèrent à plusieurs reprises après la guerre, et se remémorèrent avec émotion leur opération de sauvetage réussie. En 1979, Harvey Firestone, artilleur du Wellington, rencontra un ancien soldat allemand qui avait fait partie du groupe mis à leur recherche. Le soldat raconta à M. Firestone qu’il avait passé quatre malheureux jours à les traquer en vain, le tout sous cette pluie qui fait la réputation de la côte ouest de la Norvège.

En mai 2014, Heather Deeth, la petite‑fille du second officier George Deeth, s’est rendue sur les lieux de l’écrasement à Os. Avec l’aide de Bjarne Øvredal, le petit‑fils de Haldor Øvredal, un membre de la Milorg, Mme Deeth a suivi les pas de son grand‑père et repéré le « Little Canada ». La cabane est toujours là, mais en fort mauvais état. M. Øvredal dirige maintenant les efforts visant à restaurer et à préserver la cabane de manière à en faire un site historique pour les générations futures.

L’article, adapté d’un récit, et les photographies qui l’accompagnent sont une courtoisie de la famille Deeth et sont tirés du site Web http://sixsacksofpotatos.deeth.ca/.  (en anglais seulement)

Rendez‑vous sur le site http://www3.telus.net/Norway-2004/  (en anglais seulement) et joignez‑vous à l’ancien sergent de section Harvey Firestone, également membre de l’équipage du bombardier Vickers Wellington Mk XIV, et aux membres de sa famille, qui ont visité la Norvège pour souligner le 60e anniversaire des événements décrits dans le présent récit.

Dans l’ouvrage Nødlanding (atterrissage d’urgence), Arnfinn Haga, un enseignant norvégien réputé principalement reconnu pour ses livres au sujet de la résistance pendant l’occupation allemande en Norvège, de 1940 à 1945, raconte plus en détail l’histoire des six aviateurs canadiens; en outre, il s’attarde au mouvement de la Résistance norvégienne, la Milorg, qui a rendu leur évasion possible. En 2003, M. Haga s’est vu décerner la King’s Gold Medal of Merit (médaille du mérite de Sa Majesté, en or) pour ses écrits sur la Deuxième Guerre mondiale. Lors de la remise de la médaille, Svein Alsaker, gouverneur du comté de Hordaland, a déclaré ceci : [traduction] « Grâce à vos livres, vous avez rendu hommage aux gestes altruistes et courageux d’un bon nombre de gens. Vous avez également relaté, pour les générations à venir, des chapitres de notre histoire militaire qui suscitent la fierté ».

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