ARCHIVÉE - Durée de vie prévue : la DVP et l’ARC

Cette page Web a été archivée dans le Web

L'information dont il est indiqué qu'elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n'est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n'a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.

Galerie d'images

Article de nouvelles / Le 6 mars 2015

Par l’Aviation royale canadienne

Un outil de gestion pour un succès supersonique!

À quoi correspond l’échec?

Si vous êtes en première année et que vous apprenez l’alphabet, vous pouvez essuyer un échec en épellation. Écrire la lettre « a », à la place du « o » dans le mot « bol » est évidemment une faute, mais cela ne pose aucun danger réel.

Toutefois, lorsqu’il s’agit des opérations vol de l’Aviation royale canadienne (ARC), un échec peut représenter un risque véritable de faire tomber l’avion du ciel et d’entraîner de possibles pertes de vie. Pour prévenir ce scénario apocalyptique, l’ARC fait preuve d’une très grande rigueur dans l’utilisation d’un outil de gestion de son matériel, appelé « durée de vie prévue » – ou DVP – dont elle se sert pour toutes ses flottes d’aéronefs.

« La DVP est un concept simple et complexe à la fois, utilisé pour la gestion d’actifs importants, comme les aéronefs », explique le lieutenant-colonel Don Hamilton, directeur – programmes aériens, à l’ARC. « En ce qui concerne les actifs majeurs, la DVP consiste essentiellement à déterminer l’utilité opérationnelle et la valeur économique prévues d’un actif, lors de son acquisition.

« Pour les aéronefs, la DVP comporte une préoccupation supplémentaire : assurer le maintien de leur navigabilité, laquelle revêt une dimension technique bien réelle. »

Situé au 11e étage du Quartier général de la Défense nationale à Ottawa, le bureau du lieutenant-colonel Hamilton fait le suivi des données sur la DVP des aéronefs, des importants dispositifs principaux de mise à la terre et de tous les projets d’équipement primordiaux de l’ARC. S’il ne portait pas les vêtements bleu pétrole de l’aviation, le colonel féru de calculs pourrait probablement enfiler un sarrau blanc, se pencher sur des piles de papier quadrillé et aligner les équations dans son laboratoire de mathématiques. Mais au lieu de cela, il surveille l’état de la flotte pour connaître la durée de vie prévue de ses aéronefs et assurer la planification stratégique du remplacement ou des projets de prolongation de la vie utile de l’équipement.

« Nous nous posons toujours les questions suivantes : ‟Combien de temps souhaitons-nous faire voler cet appareil? Quel est l’état actuel du métal des flottes? L’avionique est-elle désuète?” Mais, surtout : ‟Combien d’argent sommes-nous prêts à dépenser pour procéder à la révision des aéronefs et prolonger leur durée de vie?” », poursuit-il.

 « À un certain point, il nous faut aussi calculer le ‟rendement du capital investi” sur nos aéronefs, exactement comme pour nos véhicules personnels. C’est à ce moment-là qu’une série de ministères et d’organismes publics s’impliquent. La clé est essentiellement de prévenir toute perte de vie, tout en assurant la capacité opérationnelle.

« Nous tentons délibérément de prévoir le moment où l’aéronef pourrait présenter des défaillances. Afin d’éviter que cela se produise, nous procédons à la mise à niveau routinière des structures et de l’avionique de toute notre flotte. »

Ainsi, trois types de facteurs clés exercent une influence sur la durée de vie prévue d’un aéronef – c’est-à-dire le temps qu’il demeurera en service – et ces facteurs sont de nature économique, technique et opérationnelle.

DPV : la perspective économique

Les facteurs économiques sont les premiers à prendre en considération dans la gestion de la DPV. Par conséquent, il faut comprendre que lorsque vous faites l’acquisition d’un système pour effectuer une tâche, vous vous attendez à ce qu’il fonctionne pendant un certain temps avant de devoir penser à le remplacer. Si ce que vous achetez est onéreux et que vous devez trouver du financement pour procéder à l’achat, vous espérez que la durée de vie de votre système sera plus longue que le temps qu’il vous faudra pour rembourser l’emprunt.

Vous pourriez imaginer l’achat d’une nouvelle voiture, par exemple. Si votre budget est serré et que votre prêt-auto s’échelonne sur sept ans, vous espérerez que votre nouvelle voiture durera plus de sept ans. À titre de propriétaire du véhicule, vous devrez être en mesure de le conduire et d’assumer les dépenses liées à son fonctionnement, comme l’essence et les assurances. Il vous faudra également veiller à son entretien et aux réparations.

Du point de vue économique, la DVP permet de vous assurer que vous obtenez une valeur pour la somme dépensée. Elle établit également un « point de décision » pour vous permettre de déterminer s’il est plus logique sur le plan économique de remplacer votre article que de continuer à payer pour assurer son fonctionnement.

Au fur et à mesure que votre voiture prend de l’âge, il pourrait arriver que le coût des réparations dépasse ce que vous êtes prêt à payer. Si tel est le cas, vous commencerez très vite à réfléchir au fait qu’il serait peut-être plus avantageux de faire l’achat d’une nouvelle voiture dont les caractéristiques novatrices répondent à vos besoins.

Un autre élément à considérer concerne les frais liés à la propriété, c’est‑à‑dire les pièces de rechange ou l’expertise pour réparer une technologie plus ancienne qui sont plus difficilement accessibles. Lorsque les pièces et le savoir-faire se font plus rares, le système du libre marché entre en jeu et il devient encore plus coûteux d’assurer le fonctionnement de vos actifs majeurs.

DVP : la perspective opérationnelle

Le deuxième facteur visant à déterminer la DVP réside dans le fait de savoir si votre important actif comble toujours toutes vos attentes. Si on prend bien soin d’un article, on s’attend à ce qu’il dure longtemps. Toutefois, pendant cette période, vos besoins peuvent changer et vous devrez alors prendre la décision de le garder ou de le remplacer.

Pour poursuivre avec l’analogie de la nouvelle voiture, le rutilant camion que vous avez acheté lorsque vous étiez célibataire ne répond peut-être plus à vos besoins une fois que vous avez des enfants et êtes marié. De plus, comme la technologie moderne ne cesse d’évoluer, vous souhaiterez peut-être demeurer à l’avant-garde et profiter de nouveaux composants, au lieu de continuer à utiliser une technologie désuète.

Le terme « obsolescence » est souvent utilisé, dans de telles situations : une chose peut très bien remplir le rôle pour lequel elle a initialement été conçue, mais ne plus être adaptée aux éléments dont elle a besoin pour assurer son fonctionnement. En ce qui concerne les aéronefs, cela peut se produire avec les systèmes de contrôle du trafic aérien et la manière dont les systèmes de navigation et de communication fonctionnent désormais.

Bien que nous ayons comparé le fait de détenir un actif majeur à celui de disposer d’une voiture, cette comparaison ne convient pas à tous les points de vue. Lors de l’acquisition d’un aéronef, nous devons aussi assurer les capacités de soutien, tel que des terrains d’aviation, des bâtiments, des hangars, des ateliers de réparation, des établissements de formation, des simulateurs, ainsi que des opérateurs et des techniciens qualifiés.

Vous pouvez facilement acheter ou vendre votre véhicule en sachant que des mécaniciens sont disponibles lorsque vous en avez besoin. Autre préoccupation du même genre : si vous avez un petit garage, vous n’achèterez probablement pas un gros VUS qui ne peut y entrer.

Lorsque tous les éléments sont en place pour soutenir un important actif, mais ce dernier doit être changé, toutes les capacités de soutien peuvent elles aussi devoir être remplacées.

DVP : la perspective technique

Lorsqu’un aéronef entre en service, il s’accompagne généralement de directives très détaillées sur la manière de l’utiliser et l’entretien qu’il requiert. Le manufacturier de l’aéronef – ou le fabricant d’équipement d’origine (FEO) – fournira le plan d’entretien devant être suivi pour éviter et corriger les défaillances des composants.

Vous trouverez des recommandations analogues dans le manuel du propriétaire lorsque vous faites l’acquisition d’une nouvelle voiture. Pour assurer son bon fonctionnement durant sa durée de vie planifiée, vous devez réparer certaines pièces usées ou endommagées, remplacer certains éléments régulièrement, comme l’huile moteur ou les courroies de distribution, afin de prévenir les dommages qui pourraient survenir si ces articles se brisaient pendant l’utilisation du véhicule.

Le plan d’entretien des aéronefs est rigoureusement suivi pour réduire la probabilité que des composants éprouvent des défaillances en vol et soient à l’origine d’un accident. Si vous ne suivez pas le plan d’entretien recommandé par le fabricant de votre voiture, vous risquez de provoquer un accident ou d’abandonner votre véhicule en panne en bordure de la route.

Le programme de navigabilité s’étend au-delà du plan d’entretien et permet d’assurer que les aéronefs de l’ARC et leurs composants soient construits, utilisés et entretenus en fonction des contrôles d’un système au sein duquel du personnel qualifié et autorisé effectue les tâches requises afin d’assurer que des degrés de sécurité acceptables soient toujours maintenus.

Si on s’assure d’attribuer aux composants d’un aéronef une durée de vie sécuritaire et de les remplacer le moment venu, il en est de même avec la durée de vie des flottes d’aéronefs.

Cette durée de vie sécuritaire, qui est évaluée en nombre d’années ou en nombre d’heures de vol depuis le début des opérations de la flotte, résulte souvent de l’analyse et de l’expérience du fabricant d’équipement d’origine. Les prototypes ou les systèmes opérationnels, qui font l’objet de recherches et d’analyses ou d’inspections détaillées visant à vérifier les effets de la corrosion ou la contrainte des matériaux, sont souvent compris dans les programmes d’entretien des aéronefs. En raison des charges impliquées dans la dynamique de vol et de la pressurisation, les structures de métal doivent être surveillées afin d’éviter les défaillances entraînées par la fatigue des éléments.

D’un point de vue technique, attribuer une DVP à un aéronef requiert une évaluation de ses principales structures. Lorsque la flotte approche de sa fin de vie utile, un examen minutieux et une étude de son état sont menés, de façon à mieux étayer les décisions sur lesquelles repose la DVP prévue initialement. La DVP pourra peut-être faire l’objet d’une prolongation, à la suite de l’expérience acquise pendant la vie utile de la flotte, ou des efforts ciblés pourront être déployés pour aborder les risques spécifiques que présente un projet de prolongation de la DVP pour certains composants. Ainsi, on a dû remplacer d’importants composants structuraux, tels que les ailes et l’empennage (comme la queue de l’avion), sur plusieurs aéronefs plus âgés au sein de la flotte de l’ARC afin de leur permettre de continuer de fonctionner et de se voir attribuer une nouvelle DVP.

DVP : nombreux organismes

« C’est un long processus auquel participent les représentants de nombreux organismes, outre ceux de l’ARC », mentionne le colonel Ian Lightbody, directeur – besoins aérospatiaux, au Quartier général de la Défense nationale. « Ces personnes comprennent le sous-ministre adjoint (matériel), des scientifiques et des ingénieurs, le vice-chef d’état-major de la Défense, du personnel civil et des entrepreneurs, des techniciens d’aéronefs et des officiers du génie aérospatial de la Défense nationale. »

Natif de Montréal, le colonel Lightbody est bien placé pour le savoir : après avoir obtenu son diplôme en génie physique, il a accumulé cinq périodes d’affectation aux vols opérationnels du CH-124 Sea King – qui est en service depuis plus de 50 ans au sein des Forces armées canadiennes. On ne peut rien lui apprendre au sujet de la prolongation de la durée de vie du CF-188 Hornet, du CP-140 Aurora et du CC-130 Hercules, effectuée au cours des dernières années.

« Si vous investissez suffisamment d’argent dans un aéronef, vous pouvez continuer de le faire voler, mais, à un moment donné, il ne sera plus rentable ou efficace sur le plan opérationnel », dit-il.

Par conséquent, la durée de vie prévue équivaut à savoir à quel moment ce point de décision sera atteint.

Date de modification :