Escadrons formés en vertu de l’article XV du Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique

Article de nouvelles / Le 1 mars 2016

Le tout premier des escadrons de la série 400 de l’Aviation royale canadienne a vu le jour le 1er mars 1941, il y a 75 ans, directement en vertu de l’article XV du Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique. Ces escadrons de la série 400 forment encore aujourd’hui la base même de l’ARC.

Par le major Bill March

Le Canada et le Royaume-Uni avaient entamé des négociations sur l’instruction du personnel navigant de nombreuses années avant le début de la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, lorsque les hostilités ont commencé en septembre 1939, la nécessité de parvenir à une conclusion satisfaisante devint urgente.

William Lyon Mackenzie King, premier ministre de l’époque, avait adopté une approche distinctement politique, car l’unité nationale et les finances étaient au centre de ses préoccupations, tout comme le niveau de contribution à la guerre qui serait acceptable de la part du Canada. Toutefois, vers la fin de novembre, lorsque tout semblait avoir été réglé, un problème inattendu survint en raison de l’immensité du programme d’entraînement.

La majorité des finissants du programme étant Canadiens, comment seraient-ils traités une fois outre-mer?

Aux yeux des Britanniques, et de certains Canadiens, la puissance aérienne du Commonwealth était indivisible et mieux servie par la Royal Air Force (RAF). Ils envisageaient un processus semblable à celui suivi lors de la Première Guerre mondiale, selon lequel les dominions avaient fourni à la RAF du personnel navigant, et plus tard des équipes au sol.

Norman McLeod Rogers, ministre de la Défense nationale de l’époque, ainsi que des officiers supérieurs de l’Aviation royale canadienne (ARC) soutenaient cependant que, contrairement à la guerre précédente, le Canada possédait maintenant sa propre force aérienne et que les Canadiens exigeraient que des unités de l’ARC, gérées par les finissants canadiens du Programme, prennent part au combat outremer.

Toujours méfiant de possibles pertes et du coût global des engagements de l’ARC outremer, le premier ministre Mackenzie King avait insisté que des changements soient apportés au Programme quant aux unités nationales. Tout empiètement sur la souveraineté du Canada ou tout ce qui avait des allures de soumission à la Grande-Bretagne devait être résolu avant qu’il ne donne son accord au Plan.

Un compromis de dernière heure a donné lieu à la signature, le 17 décembre 1939, de l’entente relative au Programme d’entraînement aérien du Commonwealth.

Entre autres, ce compromis comprenait l’inclusion de l’article XV au document final. Les signataires convenaient donc que :

« Le Gouvernement du Royaume-Uni s’engage à ce que les élèves du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, une fois leur entraînement terminé, soient identifiés en fonction de leur dominion respectif, soit en organisant des unités ou des formations distinctes pour les dominions, soit de quelqu’autre manière; les méthodes à employer devant faire l’objet d’une entente avec les gouvernements des dominions intéressés. Le Gouvernement du Royaume-Uni prendra l’initiative de pourparlers entre les gouvernements à cette fin. »

La Grande-Bretagne convenait de défrayer les coûts des unités nationales créés par l’entremise du Programme, le gouvernement des dominions étant responsable de combler toute différence de solde ou d’allocation. Bien que le libellé de cet article ait permis à l’entente relative à l’instruction d’être finalisée, il ne faisait que reporter à une date ultérieure la résolution des problèmes ayant trait aux unités nationales et à l’identification.

Le Programme a vu sa taille et sa portée augmenter de beaucoup en réaction au succès des Allemands en Europe durant l’été 1940. Les premiers membres du personnel naviguant, précurseurs de ce qui deviendrait une vague constante, sont arrivés en Angleterre à la fin de l’année. Du point de vue du gouvernement canadien, qui avait déjà affecté trois escadrons de l’ARC outremer (soit les nos 1, 110 et 112), le moment était venu de régler les détails de la formation des unités nationales constituées des finissants du Programme d’entraînement aérien du Commonwealth. Ayant reçu des directives fermes de la part du premier ministre Mackenzie King, James Ralston, qui avait remplacé Norman McLeod Rogers comme ministre de la Défense nationale en juin 1940, s’est rendu en Angleterre le 18 novembre 1940.

Naturellement, les Britanniques s’inquiétaient un peu que les Canadiens exigent la formation de ce qui équivaudrait à une force aérienne distincte payée principalement par les contribuables britanniques. La première réunion eut lieu le 13 décembre au Air Ministry, et James Ralston, selon les recommandations de diplomates canadiens à la Maison du Canada, tenta d’obtenir la création d’au moins 25 escadrons de l’ARC (bien que les Britanniques en défraieraient les coûts et que les équipes au sol proviendraient de la RAF). On consulterait le gouvernement canadien pour les questions importantes de politiques liées à l’emploi de ces unités, mais les enjeux administratifs courants et les questions d’ordre opérationnel relèveraient directement de la RAF.

Le ministre Ralston voulait également développer un mécanisme qui permettrait d’aviser le dominion lorsque les Canadiens participaient à des opérations, et voulait qu’il existe une forme de supervision nationale lors d’opérations d’envergure. Enfin, il proposait que le personnel naviguant canadien excédentaire par rapport au nombre convenu d’escadrons (25) soit regroupé dans des unités de la RAF (Canada).

La position du Canada, en grande partie, cadrait avec ce que souhaitaient les Britanniques. Bien qu’ils n’aient pas été disposés à regrouper les aviateurs excédentaires canadiens pour former des escadrons de la RAF (Canada), pour des raisons de souplesse opérationnelle, ils ont accepté les propositions canadiennes en y apportant seulement quelques petits changements. Ainsi, le 7 janvier 1941, James Ralston et Sir Archibald Sinclair, secrétaire d’État britannique de la force aérienne, ont signé une entente ratifiant la formation d’escadrons dans le cadre du Programme d’entraînement aérien du Commonwealth.

Conformément à l’article XV du programme, l’accord Ralston-Sinclair stipulait que les pilotes et le personnel navigant seraient intégrés dans 25 escadrons de l’ARC, qui seraient formés sur une période de 18 mois. Ce nombre s’ajoutait aux trois unités de l’ARC déjà en Angleterre. La RAF assumerait le coût de ces « escadrons de l’article XV » et fournirait les équipes au sol jusqu’à ce qu’elles puissent être remplacées par des équipes canadiennes.

Reconnaissant le nombre limité d’officiers expérimentés de l’ARC, les deux parties se sont entendues pour que des membres du personnel de la RAF commandent les escadrons de l’ARC jusqu’à ce que des Canadiens qualifiés puissent les remplacer. Le personnel excédentaire de l’ARC porterait l’uniforme de l’ARC, mais travaillerait pour la RAF, au besoin.

Doté d’un numéro de la série 400 (tous les escadrons de l’ARC outremer ayant été rebaptisés pour éviter toute confusion avec les unités de la RAF), un premier escadron, l’Escadron no 403 (Coopération de l’Armée) a été formé à la station Baginton de la RAF, à Warwickshire. D’autres escadrons de l’ARC formés outremer en vertu de l’article XV ont suivi, et servi dans tous les commandements importants de la RAF. Toutefois, les questions liées à l’identité nationale, au traitement réservé aux Canadiens qui servaient au sein de la RAF et à la prétendue « canadianisation », soit la dotation complète des unités de l’ARC avec des Canadiens, est restée une source de tension entre les deux forces aériennes et les deux gouvernements.

Néanmoins, la coopération relative à la mise sur pied des escadrons de l’article XV a permis à l’ARC de contribuer de manière considérable aux opérations de combat partout dans le monde.

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