Flotter dans le ciel, une sensation incroyable

Article de nouvelles / Le 16 novembre 2017

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Par le colonel honoraire Dan Hennessey

Un colonel honoraire fait le grand saut accompagné de l’élite canadienne.

Le concept de décoller à bord d’un avion et de ne pas attendre qu’il se pose pour en débarquer peut paraître étrange pour bien des gens, mais pour moi, c’était un rêve que je chérissais depuis belle lurette.

Dans un avion commercial, et même à bord des aéronefs militaires dont j’ai été passager à titre de colonel honoraire du 14e Escadron de génie construction de l’Aviation royale canadienne, ce besoin ne s’est heureusement jamais manifesté. C’est en côtoyant les SkyHawks que j’ai compris qu’ils le faisaient d’une manière complètement différente.

J’étais heureux d’apprendre que le Spectacle aérien international du Canada atlantique allait se tenir à la 14e Escadre Greenwood, les 26 et 27 août 2017, et que les Snowbirds, équipe de voltige aérienne, et les SkyHawks en faisaient partie. J’ai tenté ma chance et envoyé un message aux SkyHawks afin de leur dire que le colonel honoraire que je suis serait honoré s’ils acceptaient d’attacher son vieux corps à celui de l’un des meilleurs parachutistes au pays pour s’aventurer dans un monde que seul un petit pourcentage de gens ont exploré.

 Les SkyHawks, équipe de parachutisme des Forces armées canadiennes, est la seule équipe militaire de spectacles de parachutisme au Canada. Soutenue par l’Armée canadienne, l’équipe est basée à la 8e Escadre Trenton, en Ontario, au Centre d’instruction supérieure en guerre terrestre de l’Armée canadienne. Les militaires des SkyHawks occupent une variété de postes dans l’Armée de terre, la Marine et la Force aérienne, tant dans la Force régulière que dans la Réserve.

L’adjudant-maître Mike Welsh, du 14e Escadron du génie construction, ancien militaire du Régiment aéroporté, m’a confié qu’il n’a pas regretté une seconde du temps qu’il a passé accroché à un parachute, malgré l’usure inévitable qu’a subi son corps au fil du temps. Il m’a encouragé à faire preuve de persévérance dans ma démarche. Toutefois, après quelques échanges, ma demande s’est officialisée. Malgré l’enthousiasme que suscitait chez moi ce projet, sa réalisation restait incertaine.

Le sergent Zack Jacob, sous-officier chargé des relations publiques de l’équipe des SkyHawks, a commencé à me poser des questions pour faire suite à ma demande. J’étais heureux d’apprendre que le sergent Jacob faisait partie du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry. Puisque j’avais déjà participé à une activité visant à rendre hommage à trois militaires de ce régiment qui ont consenti le sacrifice suprême, j’avais noué une bonne relation avec l’unité.

La première question du sergent Jacob portait sur mon âge. Quand on a plus de 50 ans, un médecin doit confirmer par écrit qu’on est apte à faire le saut. Ma femme s’en est occupée. Elle a dit à notre médecin de famille : « Dan a besoin d’une lettre de suicide! »

La prochaine question était la suivante : « Quels sont votre taille et votre poids, Monsieur? » Ma réponse déterminerait quel instructeur ferait le saut avec moi en tandem. Il ne serait pas sage de répondre par un mensonge : « Ah, je mesure 6 pieds 4 et je pèse 138 livres. » L’instructeur s’apercevrait de mon mensonge lorsque nous filerions vers le sol à une vitesse transsonique. J’ai donc préféré dire la vérité.

À la mi-août, le directeur général du spectacle aérien devait approuver mon projet. Colin Stephenson a répondu à ma demande en m’envoyant le message suivant : « Donnez-moi un coup de fil demain et nous pourrons en discuter ». J’avais le cœur gros; je m’attendais à une discussion somme toute agréable, mais qui aboutirait au refus de ma demande. Toutefois, M. Stephenson était d'avis qu’il s’agissait d’une merveilleuse idée.

La matinée du 24 août était splendide; on ressentait une légère brise et le ciel était d’un bleu magnifique. Je suis arrivé à Greenwood 90 minutes avant de rencontrer l’équipe, mais j’avais une belle vue de l’aéronef dans lequel j’allais embarquer pour faire le saut. C’était le Skyvan, avion préféré des SkyHawks, qu’ils appellent affectueusement le « grille-pain volant ».

Plus tard, l’équipe est arrivée et nous nous sommes dirigés vers le lieu du saut.

Je devais d’abord signer un abandon de recours judiciaire, puis assister à une séance de révision préalable au saut. J’étais fasciné par la méthode de l’équipe : les SkyHawks ont répété tous les scénarios possibles ainsi que chaque mesure à prendre pour rectifier la situation à la sortie de l’aéronef.

J’ai aussi appris que j’allais sauter en tandem avec le sergent Jacob. Ce militaire, qui avait effectué près de 400 sauts cette année seulement, est un présentateur, un instructeur de parachute en tandem ainsi que le sous-officier chargé des relations publiques de l'équipe : je savais que j’étais entre bonnes mains.

La première étape de la préparation consistait à enfiler le harnais relié au harnais de mon partenaire de saut en tandem. Ensuite, on m’a expliqué comment le sergent Jacob et moi allions nous attacher dans l’espace restreint de l’aéronef, et quelle serait notre posture lorsque nous sauterions de l’aéronef et pendant la chute libre. Nous avons aussi parlé de la façon dont nous allions sortir de l’aéronef. En réalité, c’est comme faire une promenade, mais avec un grand pas à la fin! Enfin, nous avons parlé de la manière dont je devais me placer en vue de l’atterrissage.

L’aéronef Skyvan a décollé, et je regardais mon altimètre s’approcher de l’altitude de saut de 3 810 mètres. J’ai eu l’occasion d’observer les membres de l’équipe de saut, et j’ai constaté qu’ils forment une grande famille. Ils se taquinaient et se disaient des plaisanteries. À certains moments, l’un d’eux scrutait l’un de ses confrères du regard pour ensuite ranger une sangle qui pendait ou pour serrer une attache.

Le sergent Jacob m’a tapé dans le dos et m’a indiqué qu’il était temps de nous attacher. La rampe arrière s’est ouverte, et tout le monde dans l’aéronef s’est dirigé vers elle. Un à un, tous les membres de l’équipe sont disparus dans le ciel bleu. Lorsque j’ai entendu « Go! », j’ai fait de même.

C’était la sensation la plus invraisemblable que j’ai ressentie de toute ma vie.

Nous avons fait un tour de 360 degrés et avons repris la position de chute dans des vents d’une puissance similaire à ceux d’un ouragan. Puis, je me suis souvenu de la posture que je devais prendre. Même si notre vitesse moyenne atteignait 209 kilomètres à l’heure, nous semblions immobiles.

Une fois tout réglé en vue de la descente, j’ai vu un membre des SkyHawks tenant un appareil-photo devant moi : il me demandait de mettre les pouces en l’air et de faire un grand sourire. Puis, un autre membre s’est rendu à mon niveau pour filmer une vidéo.

Nous avons chuté librement pendant 45 secondes, mais pour moi, c’était fini en un clin d’œil! La voilure de parachute s’est ouverte à 1 828 mètres, se déployant complètement à 1 463 mètres.

J’ai pu constater combien le paysage était magnifique, et j’ai compris pourquoi on peut devenir accro du parachutisme. La sensation de flotter dans le ciel est incroyable. Nous nous parlions comme si nous étions au sol. Lorsque je regardais vers le bas, je voyais la zone d’atterrissage; elle paraissait si petite de l’altitude où nous nous trouvions. Le sergent Jacob m’a ensuite demandé si je souhaitais prendre les commandes du parachute, et j’ai « sauté » sur l’occasion de diriger notre chute en tirant doucement sur l’élévateur. Nous avons fait un tour complet, ce qui m’a donné autant de sensations fortes que n’importe quel manège à bord duquel je suis monté.

C’est à ce moment que nous devions nous préparer à notre arrivée au sol, la zone d’atterrissage s’élargissant à toute seconde qui passait.

L’atterrissage s’est fait en douceur : nous nous sommes laissés glisser, en position assise, sur le gazon, jusqu’à ce que nous nous immobilisions.

« Est-ce que je viens réellement de vivre ça? » me suis-je demandé.

Cette expérience restera à jamais gravée dans ma mémoire. J’ai lancé à l’équipe à la blague que la prochaine fois que j’embarquerai dans un avion commercial, le personnel navigant aura de la difficulté à me garder à bord de l’appareil!

Dan Hennessey est colonel honoraire du 14e Escadron de génie construction de l’Aviation royale canadienne, qui fait partie de la 14e Escadre Greenwood, située à Bridgewater, en Nouvelle-Écosse.

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