Hollywood et le Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique

Article de nouvelles / Le 11 avril 2016

Par le major Bill March

Bien qu’à Hollywood, l’accent soit mis sur les réalités commerciales de la production de films, on veut aussi, au niveau le plus fondamental, raconter des histoires. Malheureusement, il semble que la guerre ait été une source d’inspiration fertile. La Seconde Guerre mondiale n’a pas fait exception, engendrant un nombre incalculable de films sur une myriade de sujets. Toutefois, les trois films dont nous traitons ici semblent être les trois seuls à avoir porté sur ou à avoir abordé le Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB).

Il n’est pas surprenant qu’il y en ait eu si peu. Le PEACB, avec son approche de l’entraînement des équipages semblable à une chaîne d’assemblage, a été une contribution vitale à l’effort de guerre, mais il lui manquait l’élément dramatique viscéral du combat. Le PEACB était aussi un programme étranger qui, malgré un certain prestige – réunissant des personnes de différentes patries pour combattre un ennemi commun – n’était définitivement pas américain et a donc suscité peu d’intérêt à Hollywood. Cela étant dit, au moins deux des films sont américano-centriques.   

Juste avant leur entrée dans la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis étaient un pays divisé. Une grande partie de la population, soutenue par la politique officielle du gouvernement, préférait se tenir à l’écart de ce qui était perçu comme une « guerre européenne ». Pourtant, il y avait aussi de nombreux Américains, souvent soutenus par la politique non officielle du gouvernement, qui étaient sympathiques aux efforts des pays combattant les puissances de l’Axe. De septembre 1939 à décembre 1941, un petit nombre d’Américains ont même traversé l’Atlantique pour se joindre à la Royal Air Force (RAF). Toutefois, le chemin de la guerre a mené quelque 9 000 citoyens américains dans l’Aviation royale du Canada (ARC) et le PEACB. Malheureusement, presque 900 d’entre eux ont perdu la vie tandis qu’ils portaient l’uniforme de l’ARC.

La sympathie envers le combat contre le fascisme, la participation de milliers de jeunes Américains et le caractère nouveau, exaltant, de la force aérienne ont créé un mélange attrayant à Hollywood, où on cherchait de nouvelles idées de films. Avec un script initial rédigé par des scénaristes canadiens et le soutien complet de l’ARC, les studios Warner Brothers ont convenu de produire un film qui mettait en scène le PEACB. Intitulé Les chevaliers du ciel (Captains of the Clouds), le film était le premier du studio en Technicolor et mettait en vedette James Cagney, Dennis Morgan, Brenda Marshall et Alan Hale père. Le maréchal de l’Air canadien W.A. « Billy » Bishop, y a même fait une apparition, jouant son propre rôle.

Le tournage s’est déroulé de juillet à août 1941. L’intrigue tourne autour d’un groupe de pilotes de brousse qui se portent volontaires pour se joindre à l’ARC après le déclenchement de la guerre. Diverses scènes militaires du film ont été tournées aux stations Uplands, Trenton, Jarvis et Mountain View de l’ARC (toutes en Ontario), la scène climactique ayant été filmée à la Station Dartmouth de l’ARC, en Nouvelle‑Écosse. Même si la première du film n’a pas eu lieu avant le 21 février 1942 – bien après l’entrée en guerre des États-Unis – celui-ci a été généralement reçu un accueil positif du public, à défaut de faire l’unanimité chez les critiques. Bien qu’il s’agisse sans conteste d’un film produit en temps de guerre comportant de fortes doses de patriotisme, il mérite définitivement le détour, surtout pour les scènes de vol où on voit des appareils (maintenant) anciens.

Contrairement à Les chevaliers du ciel, le deuxième film hollywoodien dont nous traitons aborde le PEACB de façon périphérique seulement. Intitulé Un Yankee dans la RAF (A Yank in the RAF), il met en vedette Tyrone Power et Betty Grable, a été produit par Twentieth Century-Fox et a été entièrement filmé en Californie.

Les scènes d’ouverture présentent des aéronefs cruciaux pour le PEACB qui sont remorqués au passage de la frontière canado-américaine afin d’éviter de contrevenir à la loi sur la neutralité en vigueur aux États-Unis. Apparaît ensuite Power dans le rôle d’un jeune et effronté pilote américain (y en a-t-il d’autres à Hollywood?) qui confond Trenton en Ontario avec Trenton au New Jersey et livre un aéronef directement à l’ARC.

Tourné avec le soutien complet de la RAF, le film raconte la manière dont Power se joint à la RAF pour des raisons égoïstes, mais trouve inévitablement l’amour (Grable) et son patriotisme avant la fin du film. Le film est sans doute encore plus empreint de patriotisme que le précédent dans son message pro-Alliés. Toutefois, nous avons droit à quelques numéros de chant et de danse de la part de Grable.

Cinquante ans se sont écoulés avant qu’une autre production commerciale traite du PEACB, celle-là d’un point de vue australo-canadien et non américain. Un temps pour aimer (For the Moment) raconte l’histoire d’une recrue australienne, incarnée par l’acteur plein d’avenir Russell Crowe, qui trouve l’amour et l’aventure au Canada pendant son entraînement de pilote.

Le gros du tournage a eu lieu en août et septembre 1992 aux anciens aérodromes du PEACB situés à Brandon et à Rivers, au Manitoba. De nombreuses séquences ont été filmées à l’aide d’appareils empruntés au musée du PEACB, à Brandon, ou bien à même le musée. Même si l’entraînement à la guerre cède l’avant-plan à la romance dans ce film, on représente bien l’aspect humain de l’entraînement aérien au Canada durant la guerre.

De plusieurs façons, il est regrettable que les cinéastes canadiens, voire étrangers, n’aient pas porté davantage attention au PEACB. Les trois films présentés ici sont ceux qui, à ma connaissance, ont au moins abordé le sujet de l’entraînement aérien au Canada durant la Seconde Guerre mondiale. Deux d’entre eux, à savoir Les chevaliers du ciel et Un Yankee dans la RAF, sont disponibles sur YouTube en version originale, mais vous devrez chercher un peu plus pour trouver un exemplaire d'Un temps pour aimer.

En attendant, si vous connaissez d’autres films commerciaux (sauf les documentaires) dans lesquels on aborde le PEACB, veuillez m’en informer à william.march@forces.gc.ca.

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