L’Aviation royale canadienne : Partout, en tout temps

Article de nouvelles / Le 4 novembre 2014

Par le capitaine David Lavallee

Le plan de l’Aviation royale canadienne visant à disposer de forces en cas de déploiements à court préavis, où que ce soit dans le monde…

S’il y a une leçon à retenir de l’histoire, c’est que le monde peut‑être très instable.

Les conflits se sont pratiquement succédé tout au long de notre histoire. Ils peuvent surgir et s’amplifier très rapidement, menaçant la sécurité des gens pris au cœur des affrontements et celle des voisins des belligérants. Par ailleurs, notre planète se déchaîne parfois; pensons aux ouragans, aux tremblements de terre, aux éruptions volcaniques, aux inondations et à toutes les formes de catastrophes naturelles.

Habituellement, les militaires sont en mesure d’intervenir dans ce type de situations, et la rapidité de leur intervention peut faire la différence entre des vies sauves et des vies perdues. Pour les Forces armées canadiennes, intervention rapide et puissance aérienne fournie par l’Aviation royale canadienne (ARC) sont souvent synonymes. Cette intervention rapide se résume en une simple expression : disponibilité opérationnelle.

On peut décrire la disponibilité opérationnelle comme étant la capacité d’une organisation de :

  • disposer de forces suffisantes pour être en mesure de composer avec les situations pouvant survenir
  • s’assurer que ces forces sont bien entraînées et équipées pour exécuter les tâches qu’on doit leur confier
  • mobiliser rapidement ces forces
  • transporter les forces aux endroits où on a besoin d’elles
  • continuer d’approvisionner et de soutenir ces forces aussi longtemps que leur présence est nécessaire sur le terrain.

Bien que cela puisse sembler clair et net sur papier, parvenir à un niveau acceptable de disponibilité opérationnelle — puis de le maintenir — représente une énorme tâche qui concerne tous les échelons des forces armées.

L’ARC s’est montrée à la hauteur en étant toujours prête au cours de décennies d’opérations, peu importe s’il s’agissait de combats en temps de guerre ou d’aide humanitaire. La responsabilité des opérations quotidiennes de l’ARC, et de sa disponibilité opérationnelle, relève du Quartier général de la 1re Division aérienne du Canada (1 DAC), à Winnipeg (Manitoba).

« Lorsque surviennent des catastrophes naturelles ou que se déclarent des conflits armés, les forces militaires sont souvent en première et en dernière ligne pour assurer la défense et la protection des gens et des biens », affirme le colonel Michel Brisebois, responsable de la division de la planification et des exercices de la 1 DAC. « Nous comptons avant tout sur notre personnel pour maintenir notre disponibilité opérationnelle; toutefois, nos efforts doivent être ciblés et organisés si nous voulons la développer, l’atteindre et la conserver. »

L’ARC a toujours veillé à ce que ses forces soient entraînées et prêtes, mais les menaces pour la sécurité des Canadiens et des autres peuples dans le monde évoluent au fil du temps. L’ARC a restructuré sa capacité de disponibilité opérationnelle en 2012 en mettant en œuvre un plan de gestion de l’état de préparation associé à son concept de capacité expéditionnaire de la Force aérienne (CEFA).

Ce concept s’applique à deux lignes d’opérations (LO) de l’ARC : LO 1, « opérations délibérées » et LO 2, « opérations de contingence ».

C’est aussi le concept de capacité expéditionnaire de la Force aérienne qui définit la structure d’une force opérationnelle aérienne (FOA) – c’est‑à‑dire le cadre organisationnel du déploiement d’une puissance aérienne au pays et à l’étranger.

La structure de la FOA comporte deux éléments principaux. Le premier est un élément de commandement constitué du commandant de la FOA et du personnel de soutien, qui assurent la liaison avec ceux qui commandent l’ensemble des opérations.

Le deuxième élément est une escadre expéditionnaire aérienne (EEA) qui regroupe tous les éléments nécessaires aux opérations : un élément de commandement, doté d’un commandant et du personnel requis pour assurer le contrôle des opérations; des éléments de soutien des opérations et de la mission, afin que la force opérationnelle dispose des communications et du soutien logistique dont elle a besoin pour fonctionner; des détachements aériens comprenant les aéronefs essentiels à la mission.

La mise sur pied de la FOA qui appuie la LO 1 (opérations délibérées) incombe à l’escadre à niveau élevé de disponibilité opérationnelle désignée par l’ARC. La FOA qui soutient la LO 2 (opérations de contingence) est affectée en permanence à la 2e Escadre Bagotville (Québec).

Les deux escadres sont censées veiller à ce que tous les éléments de leur FOA soient entraînés et prêts à se déployer à court préavis. La tâche des détachements aériens qui seront assignés à une FOA donnée sera adaptée aux besoins particuliers de la mission. Par exemple : comme il faut une flotte de chasseurs pour effectuer la mission de police aérienne de l’OTAN dans les États baltes, un détachement de chasseurs CF-188 Hornet est assigné à la FOA en Lituanie.

À la suite d’une rotation annuelle, l’une des six escadres de l’ARC du Canada est désignée escadre à niveau élevé de disponibilité opérationnelle pour la LO 1 (opérations délibérées); les autres escadres lui apportent un soutien additionnel au besoin.

Deux raisons expliquent cette façon de faire. Premièrement, l’Armée canadienne maintient une posture de disponibilité opérationnelle similaire au Canada. Elle a divisé le pays en régions et, avec l’ARC, elle a établi un calendrier de façon à ce que leurs forces à haut niveau de préparation se trouvent dans la même région. Il est donc possible de déployer ces forces plus rapidement, en cas de besoin. Deuxièmement, l’ARC peut ainsi répartir le fardeau associé à la disponibilité opérationnelle élevée et éviter de surcharger une escadre en particulier.

De plus, le fait d’être en disponibilité pour répondre à des demandes à court préavis met le personnel et les ressources à rude épreuve – et le transfert de la responsabilité d’une escadre à l’autre permet d’atténuer ces effets.

Même les unités à haut niveau de préparation qui participent à une FOA d’opérations délibérées ont besoin d’un certain temps pour se déployer. Lorsque la présence de l’ARC est nécessaire aussitôt que possible, la 2e Escadre passe à l’action.

C’est la 2e Escadre qui est en mesure d’intervenir le plus rapidement, et sa raison d’être est de pouvoir, en permanence, mettre sur pied une FOA capable de se déployer à tout moment. Elle est prête à constituer les mêmes éléments de FOA : la 2e Unité de coordination de la composante aérienne s’occupe de la mise sur pied des éléments de base du quartier général de la FOA, tandis que le 2e Escadron de soutien expéditionnaire aérien voit à la mise sur pied des éléments de base de l’escadre expéditionnaire aérienne. Les détachements aériens adaptés à la tâche sont ensuite affectés à l’organisation.

« À la 2e Escadre, notre devise est : « À l’avant‑garde de l’ARC », et nous nous efforçons de maintenir notre niveau d’excellence et notre degré de motivation afin d’être prêts lorsque l’ordre de déploiement arrive », explique le colonel Erick Simoneau, commandant de l’escadre.

Aux yeux des dirigeants de l’ARC, la 2e Escadre est réellement le pivot de notre capacité à nous déployer rapidement dans des points chauds, au pays ou à l’étranger. »

La différence entre les deux FOA – et entre les lignes d’opérations délibérées et les lignes d’opérations de contingence – tient essentiellement à leur rapidité. Si le temps permet de déployer la FOA des opérations délibérées comme première force de l’ARC sur le terrain, c’est cette dernière qui part. Toutefois, la plupart du temps, le gouvernement du Canada exige une intervention très rapide en cas de crise, et la 2e Escadre entre alors en scène.

La 2e Escadre et sa FOA pourraient donc être considérées comme les « premiers intervenants » de l’ARC; la 2e Escadre maintient un niveau de disponibilité opérationnelle élevée afin de pouvoir intervenir dans un large éventail de missions : des missions de secours humanitaires, aux opérations d’évacuation de non-combattants, en passant par les opérations de l’ensemble du spectre. La 2e Escadre peut servir de FOA principale jusqu’à deux mois, et elle sera remplacée par la FOA des opérations délibérées lorsque cette dernière sera prête. La 2e Escadre peut également être appelée à fournir des renforts ou à assurer l’intérim pendant le transfert d’une FAO des opérations délibérées à une autre, s’il y a lieu.

Ce système fonctionne bien, et il a récemment été mis à l’épreuve dans des opérations telles que la mission d’aide humanitaire aux Philippines après le passage du typhon Haiyan, en 2013; le déploiement de chasseurs en Europe de l’Est à la suite de l’intervention de la Russie en Ukraine, en 2014; et l’envoi d’avions‑cargos pour transporter les fournitures et l’aide humanitaire en Iraq.

Pour réaliser un tel déploiement des forces, il faut que toutes les personnes qui y participent, du sommet à la base de la chaîne de commandement, sachent quoi faire et comment le faire – l’entraînement étant la clé du succès. Le plan de gestion de l’état de préparation précise ceux qui sont affectés au soutien des LO délibérées et de contingence, ceux qui sont responsables de la mise sur pied des LO délibérées, et la période d’engagement de l’escadre à niveau élevé de disponibilité opérationnelle désignée.

Par ailleurs, les unités désignées se servent du plan de gestion de l’état de préparation pour orienter leur entraînement en vue d’atteindre un niveau de préparation élevé. À la 2e Escadre, le 2e Centre de disponibilité opérationnelle expéditionnaire supervise l’entraînement de la FOA des opérations de contingence, et le concept de FOA dans son intégralité a été rigoureusement appliqué et évalué pendant les exercices.

Le plan de gestion de l’état de préparation s’est avéré efficace, car il a donné à l’ARC les moyens d’atteindre un niveau de préparation élevé pour les missions à court préavis. À mesure que nous avancerons, le défi consistera à nous assurer que le concept de FOA demeure assez souple pour satisfaire aux exigences des opérations, étant donné les ressources disponibles, et pour tenir compte des besoins des déploiements probables dans le contexte géopolitique.

« Nous déployons de grands efforts pour former notre personnel selon les normes les plus élevées », affirme le colonel Brisebois.

« Lorsque l’appel viendra, nous serons prêts. »


 

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