ARCHIVÉE - L’épave d’un avion témoigne de l’histoire des bombardiers Halifax

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Article de nouvelles / Le 15 décembre 2015

Par Chris Charland 

Un pan – de vastes pans, en fait – de l’histoire de l’Aviation royale canadienne (ARC) repose partiellement enfoui dans la vase, à environ 17 m sous l’eau, à proximité de la côte de la Suède.

C’est par hasard que le bombardier Halifax de l’ARC a été découvert par le groupe d’exploration historique en mer appelé Havsresan (« Voyage en mer » en français), commandité par la prestigieuse université suédoise Lund. L’aéronef a été identifié comme étant l’avion Halifax Mk II du 405e Escadron de l’ARC, matricule HR871.

C’est à ce moment qu’entre en scène le Canadien Karl Kjarsgaard, ancien capitaine avec ancienneté d’Air Canada, fondateur et gestionnaire de projet du groupe de renommée internationale Halifax 57 Rescue (Canada). En mai 2015, les Suédois lui ont demandé de venir en Suède pour agir à titre de conseiller pendant les activités d’exploration de l’avion abattu. En effet, M. Kjarsgaard avait à son actif de nombreuses récupérations réussies d’appareils Halifax, dont le NA337, fièrement exposé au Musée national de la Force aérienne du Canada à la 8e Escadre Trenton, en Ontario. Un projet conjoint de récupération est en cours de planification par le groupe Havsresan et l’équipe du Halifax 57 Rescue (Canada), et des rapports d’étapes sur la récupération possible de l’historique appareil Halifax de l’ARC sont publiés en anglais sur le site Web du groupe Halifax 57 Rescue (Canada).

405e Escadron

Le 405e Escadron « Vancouver » a été le premier escadron de bombardiers de l’ARC à opérer outremer. À cette époque, l’Escadron était basé à Gransden Lodge, dans le comté de Bedfordshire, en Angleterre, sous le commandement du légendaire colonel d’aviation John Emilius « Johnnie » Fauquier d’Ottawa, Ordre du service distingué, Croix du service distingué dans l’Aviation. Le 405e Escadron faisait aussi partie du célèbre Groupe no 8 (Pathfinder Force), commandé par le dur et sérieux colonel d’aviation australien Don Bennett, Commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique, Ordre du service distingué.

Le bombardier Halifax

Le « Halibag » ou « Hallie », comme on surnommait affectueusement le Handley Page Halifax, fut le premier bombardier lourd quadrimoteur de l’ARC. C’est à bord d’avions de cette classe qu’un grand nombre de jeunes Canadiens ont participé à leur première opération. Jusqu’à l’introduction de l’Avro Lancaster, le Halifax fut la bête de somme de l’ARC.

Le Halifax HR871 était un bombardier Mk II de série IA, un de 47 aéronefs (HR837 à HR880) construits dans les installations de la société Handley Page à l’aérodrome Radlett, dans le comté de Hertfordshire. L’appareil HR871 était propulsé par quatre moteurs à piston Rolls Royce Merlin V-12 de 1 390 ch refroidis par liquide. Les escadrons de l’ARC ont utilisé diverses versions du Halifax, qui est resté en service jusqu’à la fin de la guerre.

Les escadrons suivants de l’ARC ont utilisé le Halifax pour mener des opérations :

  • 405e « Vancouver »
  • 408e « Goose »
  • 415e « Swordfish »
  • 419e « Moose »
  • 420e « Snowy Owl »
  •  424e « Tiger »
  • 425e « Alouette »
  • 426e « Thunderbird »
  • 427e « Lion »
  • 428e « Ghost »
  • 429e « Bison »
  • 431e « Iroquois »
  • 432 « Leaside »
  • 433e « Porcupine »
  • 434e « Bluenose »

Plusieurs unités de conversion lourde de l’ARC ont utilisé le Halifax en Angleterre : les unités no 1659, no 1664 « Caribou » et no 1666 « Mohawk ».

Soixante-dix pour cent des 10 659 Canadiens tués au combat alors qu’ils étaient au service du Bomber Command de la Royal Air Force prenaient place à bord de bombardiers Halifax.

Halifax HR871

Le bombardier Halifax Mk II a été utilisé par le 405e Escadron du mois d’avril 1942 au mois de septembre 1943; il a alors été remplacé par le bombardier Avro Lancaster Mk I et III.

Durant son service, l’appareil HR871 portait le code LQ-B : les lettres LQ correspondant à l’identificateur d’escadron et le B, à la lettre d’appel radio de l’aéronef.

Dans la nuit du 2 au 3 août 1943, le Bomber Command a dépêché une force composée de 740 bombardiers, soit 329 Avro Lancaster, 235 Handley Page Halifax, 105 Short Stirling, 66 Vickers Wellington et 5 de Havilland Mosquito. La ville portuaire de Hambourg, en Allemagne, était leur objectif. La campagne de bombardement interarmées britanno-américaine contre Hambourg, surnommée Opération Gomorrah, avait commencé le 24 juillet 1943. Les Britanniques bombardaient la nuit, les Américains, le jour.

La nuit du 2 au 3 août allait être la dernière de l’opération. Au-dessus de l’Allemagne, les équipages ont frappé un violent orage qui a contraint de nombreux avions à rebrousser chemin. D’autres équipages ont poursuivi leurs tirs sur les cibles de rechange qui leur avaient été attribuées. Au moins quatre avions sont tombés, victimes de l’accumulation de givre, de la foudre et de turbulences infernales. L’opération, très coûteuse, a donné peu de résultats. Trente appareils ont été perdus, soit 13 Lancaster, 10 Halifax, 4 Wellington et 3 Stirling – 4,1 % de la force dépêchée cette nuit-là.

L’équipage du Halifax HR871

L’équipage de l’appareil « B » pour Baker, lors de son dernier vol, était composé du pilote, le sergent John Alywyn Phillips, membre de la Réserve des volontaires de la Royal Air Force (RVRAF), du sergent H. C. McLean, mécanicien de bord (ARC), du sergent de section G. W. Mainprize, navigateur (ARC), du sergent V. A. Knight, viseur de lance-bombes (RVRAF), du sergent R. A. Andrews, radiotélégraphiste à terre (RVRAF), du sergent W. H. King, mitrailleur dorsal (ARC) et du sergent L. D. Kohnke, mitrailleur de queue (ARC). Les membres de l’équipage ont décollé de Gransden Lodge à 22 h 58.

Au cours du trajet vers Hambourg, à environ 6 400 m d’altitude, l’aéronef a essuyé l’orage susmentionné. Le givre a commencé à s’accumuler sur les gouvernes du Halifax, ralentissant son mouvement et rendant son contrôle plus en plus difficile. L’équipage n’aurait eu aucune chance d’échapper à des chasseurs de nuit ou à des canons antiaériens, et le sergent Phillips a donc rapidement décidé de se débarrasser de l’équipement de désignation d’objectifs. Quelques minutes plus tard, la pointe avant de fuselage du Halifax a été frappée par un éclair. Les deux moteurs internes ont été coupés, la radio est devenue inutilisable et plusieurs instruments essentiels ont cessé de fonctionner. Provisoirement aveuglé par l’éclair éblouissant, le sergent Phillips a momentanément perdu le contrôle du bombardier lourd. Après avoir recouvré la vue et un certain contrôle de l’appareil, le pilote a dû soupeser le risque de tenter de traverser l’impitoyable mer du Nord pour rentrer en Angleterre à bord du bombardier abîmé. Il a décidé de diriger plutôt l’appareil vers le nord dans l’espoir d’atteindre la Suède, un pays neutre.

Survolant la mer Baltique à un peu moins de 1 219 m d’altitude, il a établi un contact visuel avec un phare et les lumières d’un certain nombre d’habitations à Falsterbo. L’avion a survolé Ringsjön et Vombsjön. Le sergent Phillips a mis le cap sur le sud-ouest pour ramener l’avion au‑dessus de la mer Baltique. Il a équilibré les commandes, puis donné à l’équipage l’ordre de sauter en parachute. L’appareil se trouvait à proximité de Flyinge, la plus grande et la plus connue des stations d’élevage de chevaux de la Suède. Un par un, les membres de l’équipage se sont élancés dans le ciel obscur.

Internement

C’est vers 2 h 15 UTC, au moment où l’avion se trouvait à environ 914 m d’altitude, que le sergent Phillips a sauté. Il a été lentement emporté par le vent jusqu’à ce que sa descente s’achève abruptement dans le champ d’un agriculteur près d’Esarp. Il a atterri sur le dos d’une vache peu méfiante qui n’a, hélas!, pas survécu. Le sergent Phillips a ramassé son parachute et est parti vers l’inconnu. Au bout de quelque temps, il a fait signe à un chauffeur de camion à lait et a réussi à le persuader, malgré son manque d’enthousiasme, à l’amener à Malmö, où il a terminé son périple aux mains de la police. Les autres membres de l’équipage ont été ramassés, puis amenés vers les casernes de l’armée à Revingehed. Ils ont été soumis à l’interrogatoire habituel des officiers du renseignement de la force aérienne. L’équipage a beaucoup hésité à révéler quoi que ce soit, et en fin de compte, les Suédois ne leur ont soutiré aucune information utile.

Quand les interrogatoires ont été terminés, tous les membres de l’équipage sont montés à bord d’un train en direction de Falun pour y être internés. Ils ont été rapatriés en Angleterre par groupes au cours du mois de janvier 1944.

Après-guerre

Originaire de Swansea, au Pays de Galles, le sergent Phillips, aujourd’hui âgé de 93 ans, profite de la vie avec son épouse Mabel. Il vit à Kingston upon Hull (simplement appelée Hull), dans le Yorkshire de l’Est. Au cours du printemps et de l’été 1943, il a rédigé un fascinant récit des opérations de bombardement en temps de guerre intitulé Valley of the Shadow of Death. Il est aujourd’hui le seul survivant de tout l’équipage.

Le sergent Phillips est excité d’apprendre qu’on a découvert son avion. « Si vous trouvez le poste de pilotage du Halifax », a-t-il dit en souriant à Karl Kjarsgaard, « je veux que vous me rapportiez mon coussin ».

En effet, le sergent Phillips avait fait fabriquer un coussin sur mesure afin de se donner quelques centimètres de plus sur le siège du pilote. Ce qui lui manquait en hauteur, cependant, il avait à revendre en bravoure.

Chris Charland, historien adjoint principal de l’Aviation royale canadienne et membre du conseil d’administration du Halifax 57 Rescue (Canada), est conseiller en recherche historique à la 14e Escadre Greenwood.

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