L’exercice Southern Breeze : c’est en forgeant qu’on devient forgeron

Article de nouvelles / Le 3 mars 2017

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Par le capitaine Mathew Strong

La livrée iconique orange, jaune et rouge des spécialistes en recherche et sauvetage de l’Aviation royale canadienne perce le ciel de Miami, en Floride, depuis le 6 février, dans le cadre d’un exercice de perfectionnement de leurs compétences en opérations de sauvetage sur l’eau et au-dessus de l’eau.

L’exercice Southern Breeze qui se déroule à la station aérienne Miami de la United States Coast Guard à Opa Locka, en Floride, termine cette fin de semaine.

Pendant l’exercice, des pilotes, des techniciens en recherche et sauvetage (tech SAR), des mécaniciens de bord et des techniciens d’aéronefs des quatre unités de SAR dotées du Griffon CH-146 (les 417e, 439e et 444e Escadrons de soutien au combat et le 424e Escadron de transport et de sauvetage) venus parfaire leur adresse dans cet environnement de sauvetage unique et exigeant, et s’assurer que leur matériel est prêt pour une éventuelle intervention dans une situation où des vies humaines sont en jeu.

Effectuant une moyenne de six missions par jour, les militaires sont très occupés. Tout au long de chaque exercice, chacun met l’épaule à la roue pour atteindre les objectifs souhaités.

« On maintient le rythme tout au long des exercices; il y a bien quelques petits pépins à gauche et à droite, mais rien que nos techniciens ne peuvent résoudre. La météo est excellente, et les prévisions sont tout aussi bonnes. Cela facilite le déroulement d’opérations d’une telle envergure », déclare le major Steve Siket, commandant du 439e Escadron de soutien au combat et commandant de la Force opérationnelle aérienne de l’exercice Southern Breeze.

L’environnement de Miami, en Floride, offre aux unités l’occasion d’effectuer un nombre extrêmement élevé de séquences de sauvetage en un très court laps de temps, ce qui permettra à chaque membre de l’équipe de donner le meilleur de lui-même quand viendra le temps plus chaud au Canada.

« Une fois l’exercice terminé en Floride et toutes les équipes de retour à la maison, le dégel du printemps sera tout juste commencé ou sur le point de l’être, ce qui veut dire une augmentation de la circulation maritime le long des côtes et dans les voies d'eau intérieures », explique le major Siket.

« Pour certains d’entre nous, il peut s’écouler quatre mois, voire plus, avant un premier sauvetage sur l’eau ou au-dessus de l’eau. Compte tenu de la complexité de ces interventions, nous voulons être prêts autant que faire se peut dès le début de la saison. »

Il décrit le facteur appelé « érosion des compétences », en ajoutant que « même si les vols réguliers se poursuivent au cours des mois d’hiver au Canada, il est impossible d’y exercer régulièrement les compétences pointues nécessaires aux opérations de sauvetage sur l’eau ou au-dessus de l’eau. »

Les participants

Environ 120 militaires (jusqu’à 50 en tout temps) et trois hélicoptères CH-146 Griffon participent à l’exercice. Le personnel et l’équipement affectés à l’exercice proviennent des unités suivantes :

  • le 439e Escadron de soutien au combat, de la 3e Escadre Bagotville, au Québec
  • le 417e Escadron de soutien au combat, de la 4e Escadre Cold Lake, en Alberta
  • le 444e Escadron de soutien au combat, de la 5e Escadre Goose Bay, à Terre-Neuve-et-Labrador
  • le 424e Escadron de transport et de sauvetage et l’Équipe d'évaluation et de normalisation du transport de la 8e Escadre Trenton, en Ontario

C’est en forgeant qu’on devient forgeron

À l’instar du musicien qui n’a pas touché son instrument depuis des semaines ou des mois, les pilotes, les tech SAR et les mécaniciens de bord doivent s’exercer afin de demeurer au sommet de leur art.

C’est pourquoi un environnement propice à de nombreux vols et exercices de sauvetage est si important pour la formation. En répétant sans cesse les mêmes gestes, en groupe, les membres des équipages assimilent les particularités de chacun et savent comment leur voisin réagira en situation réelle.

Au début, le nouvel équipier peut éprouver de la difficulté à positionner l’hélicoptère pour descendre un tech SAR dans l’embarcation immobile. S’ajoute à cela le risque que l’embarcation bouge, en eaux agitées, avec mauvaise visibilité ou en pleine nuit, et on peut comprendre aisément l’importance de bien connaître ses coéquipiers dans le plus grand nombre de scénarios possibles, sans oublier que ces opérations doivent se dérouler le plus rapidement possible.

« Par exemple, le tech SAR, lorsqu’on le descend vers une personne en détresse, est soumis à des refroidissements éoliens extrêmes causés par la déflexion d’air des pales du rotor de l’hélicoptère. L’opération est dès lors beaucoup plus exigeante et dangereuse pour le tech SAR, et également pour la victime », explique le capitaine Rob Hannam, pilote du 417e Escadron de soutien au combat qui prend part à l’exercice.

« En répétant nos tactiques le plus souvent possible, nous accélérons notre séquence de sauvetage, ce qui se révèle avantageux pour les tech SAR, mais également pour les personnes à qui nous venons en aide, » affirme-t-il.

Les eaux tempérées de Miami permettent aux équipages de SAR d’effectuer plusieurs sauvetages en mer sur une période de temps prolongée. Si nous menions un exercice semblable dans les eaux canadiennes à ce temps-ci de l’année, même avec les meilleures combinaisons étanches, les tech SAR ne pourraient pas répéter sans danger les séquences de sauvetage plus de quelques minutes à la fois, espacées par des périodes de repos relativement longues afin d’éviter l’hypothermie.

« Le climat plus tempéré du sud des États-Unis est essentiel pour nous, non seulement pour peaufiner nos techniques, mais également pour acquérir et roder des habiletés qu’il nous est impossible de développer à la maison », confirme le major Siket.

Mentorat et partage des idées

La flotte des hélicoptères CH-146 Griffon de SAR constitue l’une des plus petites dans une grande flotte d’hélicoptères extrêmement diversifiée.

Les pilotes, mécaniciens de bord, tech SAR et techniciens des trois escadrons de soutien au combat et du 424e Escadron, après avoir terminé leur formation générale sur les CH-146 et dans leur domaine respectif, suivent une formation à l’interne en vue des opérations à bord des hélicoptères Griffon configurés pour les opérations de SAR.

C'est là qu’intervient l’Équipe d'évaluation et de normalisation du transport et du sauvetage (EENTS) qui veille à l’uniformisation dans l’ensemble des flottes de l’ARC, y compris celle des hélicoptères Griffon de SAR.

« La collectivité de SAR du Griffon est extrêmement spécialisée et de taille relativement modeste », confirme le sergent Jerry Whyte, mécanicien de bord en SAR à bord du Griffon actuellement affecté à l’EENTS, à la 1re Division aérienne du Canada à Winnipeg.

« Lorsqu’un pilote débutant ou un mécanicien de bord termine son cours sur les aéronefs à la [base des Forces canadiennes] Gagetown [au Nouveau-Brunswick], il connaît les rudiments de la cellule, mais il doit être encadré et suivre une formation continue dans l’escadron pour atteindre le niveau opérationnel de SAR. »

En 14 ans comme mécanicien à bord de Griffon, le sergent Whyte a vu défiler de nombreux équipages dans la collectivité, mais dans l’EENTS, il constate la difficulté que posent les fluctuations de personnel avant tout au sein de la collectivité de SAR du Griffon.

« Cet exercice est l’une des méthodes particulières qui nous permettent de miser sur le mentorat. Même si les qualifications pour le sauvetage dans l'eau et au-dessus de l’eau ne sont pas exigées pour tous les escadrons de SAR dotés du Griffon, il est essentiel que tous les pilotes, tech SAR et mécaniciens de bord soient à tout le moins exposés à ce type d’opérations dans la mesure du possible », explique-t-il.

Cette année, et possiblement au cours des prochaines années, les membres du personnel des quatre escadrons de SAR dotés du Griffon peuvent se retrouver à Cold Lake, en Alberta, ou à Goose Bay, à Terre-Neuve-et-Labrador, où ces compétences ne sont pas nécessaires. Tous les ans, ou tous les deux ans, un changement de personnel s’effectue au sein de la communauté. Un militaire peut être muté à Trenton, en Ontario, où il doit posséder les qualifications sur l’eau et au-dessus de l'eau, ou à Bagotville, au Québec, où ces compétences ne sont nécessaires qu’à l’occasion.

Comme le soulignent le major Siket et le sergent Whyte, l’exercice Southern Breeze sert à tout le moins d’initiation aux difficultés à surmonter, si bien que l’interchangeabilité est l’un des atouts de l’exercice.

« Au cours de la première semaine d’exercice, tous les mécaniciens de bord présents possédaient les compétences en SAR, mais au fil du déploiement, certains mécanicien de bord de Griffon ne possédant que des aptitudes générales se présenteront à Opa Locka et côtoieront des mécaniciens de bord formés en SAR pour s’initier à la préparation de cabine et au hissage de personnes dans l’eau et au-dessus de l’eau, s’y exercer et, avec un peu de chance, devenir des experts dans ce type d’opérations », dit le sergent Whyte.

Les planificateurs d’exercice font de leur mieux pour mettre à contribution des équipages complets (un commandant de bord, un lieutenant d’aviation, un mécanicien de bord et un tech SAR) de chacun des quatre escadrons prenant part à l’exercice, mais cette année, en raison de la dotation prioritaire des unités d’appartenance, cela était impossible. Il a donc été décidé d’envoyer une combinaison d’équipages complets et mixtes en Floride.

L’avantage ajouté des équipages mixtes est que les nouveaux coéquipiers sont exposés aux tactiques et aux méthodes enseignées aux côtés de membres expérimentés, d’où la valeur ajoutée de l’instruction.

L’avenir

L’avenir de la collectivité de SAR utilisant le CH-146 Griffon est tributaire des principaux thèmes de l’exercice Southern Breeze : instruction et mentorat réalistes et intensifs.

Les militaires de l’ARC qui comptent sur les équipages de SAR utilisant le CH-146 Griffon tout comme le public canadien peuvent dormir l’esprit tranquille en sachant qu’en cas de besoin, ce groupe de professionnels hautement qualifiés est prêt à intervenir où et quand ça compte.

 Pour que d’autres puissent vivre!

 

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