L’histoire de William Barker, VC : « Ils ont bien failli m’avoir »

Article de nouvelles / Le 17 novembre 2016

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Par Wayne Ralph

Si vous aviez demandé à Billy Bishop, VC, qui était son héros, il aurait répondu William Barker. Les deux militaires n’ont jamais servi ensemble pendant la Grande Guerre et, bien qu’ils aient fondé une entreprise d’aviation au Canada et aux États‑Unis qui a existé pendant trois ans, ils n’étaient pas des amis proches. Les deux hommes provenaient de classes sociales différentes et avaient des personnalités aux antipodes. Néanmoins, Barker est tombé amoureux de la riche cousine de Bishop, Jean Kilbourn Smith, qu’il a mariée. Jean était une fille unique semblable au personnage de Daisy Buchanan, la femme que Jay Gatsby a aimée sans jamais pouvoir partager sa vie avec elle dans le roman Gatsby le Magnifique, publié en 1925.

Bishop a mentionné le nom et l’histoire de Barker dans chacun des discours qu’il a prononcés et dans chacun des articles et livres qu’il a écrits. Il appelait le fermier originaire de Dauphin, au Manitoba, le « chasseur aérien le plus redoutable de tous les temps ». Pour Bishop, les réalisations de Barker étaient d’autant plus remarquables qu’il avait passé son enfance en campagne.

En 1918, Barker a mérité la réputation de Canadien ayant reçu le plus de décorations liées au combat de la Première Guerre mondiale. Même à ce jour, il demeure le héros de guerre le plus décoré. Les historiens de l’aviation britannique estiment que son Sopwith Camel, numéro de série B6313, est l’avion de combat qui a connu le plus de succès dans l’histoire de la Royal Air Force (RAF). Cet avion a permis à son seul pilote d’obtenir 46 victoires au cours d’une période de 11 mois. Barker a mené son dernier combat à bord d’un Sopwith Snipe, le 27 octobre 1918, obtenant quatre autres victoires, qui lui ont valu la Croix de Victoria, mais subissant aussi de nombreuses blessures par balle graves. Barker estimait que cet affrontement ne figurait pas parmi les moments les plus glorieux de sa carrière, se contentant d’affirmer que son avion avait été abattu et qu’il avait été grièvement blessé.

En 2011, en Angleterre, la petite‑fille d’Arthur Stanton Waltho, pilote du 28e Escadron, le même que Barker, a trouvé une lettre écrite par ce dernier pendant son séjour à l’hôpital. Voici comment l’aviateur a décrit sa convalescence :

« Oui, mon vieux, ils ont bien failli m’avoir. Pour l’instant, mon bras gauche restera raide; pendant longtemps, ils envisageaient l’amputation. J’ai dû être touché par une balle explosive parce que l’articulation de mon coude a complètement disparu. Ma blessure à la hanche droite s’est infectée, mais je crois qu’ils ont la situation en main. La balle, une traceuse, est entrée au-dessus de ma fesse gauche et est ressortie juste au-dessous. Une autre a traversé ma cuisse droite et est ressortie par ma fesse droite. Vois‑tu, je dois rester couché sur ces blessures, étant donné que je suis sur le dos et que mon bras est suspendu au plafond... Oui, Waltho, je trouverais agréable de recevoir la VC, mais crois‑moi, je jetterais toutes ces décorations dans le feu pour retrouver la santé. J’ai souffert la pire des agonies... Écrire la présente lettre m’a demandé bien des efforts... Je n’ai pas envoyé de lettre aussi longue à la maison encore. »

« P.-S. Je t’écris à 4 h 30 du matin. C’est l’heure à laquelle ils nous réveillent après que nous soyons restés réveillés pendant la majorité de la nuit. Cela dit, je suis toujours heureux quand les lumières s’allument. »

Quand Barker a perdu la vie aux commandes d’un Fairchild KR21, le 12 mars 1930, l’Angleterre, la France et les États‑Unis ont transmis leurs condoléances. L’armée des États-Unis a affecté une garde d’honneur à ses funérailles d’État à Toronto, auxquelles 50 000 personnes ont assisté et qui étaient les plus grandes à avoir eu lieu dans cette ville. Toutefois, Barker a été enterré dans la crypte de la famille de sa femme, la famille Smith, sans indicateur public.

En 2011, les petits-enfants de Barker ont payé la construction d’un monument approprié à l’extérieur de la crypte du cimetière de Mount Pleasant. Il s’agit d’une reproduction en bronze de l’hélice d’un Sopwith Snipe installée sur un socle en granite. Tous les ans, le 11 novembre, des militaires de l’Aviation royale canadienne (ARC) se recueillent autour du monument pendant une cérémonie de dépôt de couronnes pour célébrer la journée et les réalisations du premier directeur par intérim de l’ARC.

© Wayne Ralph. La traduction et la reproduction du texte ci-dessus ont été autorisées par Wayne Ralph et la Revue Airforce, publication dans laquelle a d’abord paru le texte (numéro 2, volume 40).

Wayne Ralph est l’auteur de la biographie Barker VC: The Life, Death and Legend of Canada’s Most Decorated War Hero, publiée en 1997, puis republiée dans une nouvelle édition en couleur en 2007. 

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