Le 424e Escadron de transport et de sauvetage 'Tiger' est prêt

Article de nouvelles / Le 4 mai 2016

Par le capitaine David Lavallée

Le vent gronde et secoue la petite embarcation de pêche sur les eaux bouillonnantes, au large des côtes d'Igloolik au Nunavut. Le minuscule navire est presque invisible dans la pénombre grise de l'automne. Les deux personnes à bord serrent leurs vestes détrempées contre leur corps pour tenter vainement de rester au chaud.

Depuis près de 48 heures, la tempête sévit avec fureur, incessamment, et les pêcheurs n'ont plus rien à manger et pratiquement plus d'eau potable. La température est descendue en dessous de zéro; la pluie et l'eau de mer glaciales fouettent l'embarcation sans pitié. Ils savaient que leurs chances de survivre à cette épreuve étaient minces dès le départ, et elles s'atténuent d'heure en heure.

Au moment où tout semble perdu, ils entendent ce qui ressemble à un avion volant à basse altitude. Quelques minutes plus tard, ils aperçoivent deux hommes nageant dans leur direction en tirant un radeau pneumatique. Alors que les nageurs s'extirpent de l'eau pour monter dans l'embarcation, les pêcheurs éprouvés remarquent leurs vêtements de couleur orangé clair – la marque des techniciens de recherche et sauvetage (SAR) de l'Aviation royale canadienne. Ils hissent leurs fournitures à bord de l'embarcation et arriment le radeau pneumatique le long de celle-ci en disant : « Nous sommes du 424e Escadron et nous sommes venus vous aider. »

Il s'agit là d'un scénario fictif, mais qui reflète une des nombreuses situations dans lesquelles les hommes et les femmes du 424e Escadron de transport et de sauvetage basés à la 8e Escadre de Trenton en Ontario pourraient devoir intervenir.

« Une mission de recherche et sauvetage peut se dérouler en tout temps, la nuit ou le jour, » de dire le lieutenant-colonel Dany Poitras, commandant de l'escadron. « Nous n'avons pas le choix du scénario; nous nous contentons de nous assurer que nos gens sont bien formés et qu'ils sont prêts à intervenir. »

Le 424e Escadron, dont les membres sont qualifiés de « Tigers », a été désigné en tant qu'unité de transport et de sauvetage en 1968. Il tire son origine de la Seconde Guerre mondiale, lorsque le 424e Escadron joua le rôle d'unité de bombardement, puis est devenu un escadron de chasse après la guerre, avant d'acquérir son appellation actuelle. Le sobriquet de 'Tiger' lui a été donné quand la ville de Hamilton a adopté l'escadron, qui épousa alors le style du club de football de la ville, soit les Tiger Cats.

Bien que le 424e Escadron réalise toujours des missions de transport (principalement des voyages d'approvisionnement de la station Alert sur l'île d'Ellesmere au Nunavut), et que les autres unités de la 8e Escadre s'occupent principalement de transport, la mission première du 424e Escadron est la recherche et le sauvetage (SAR).

« La recherche et le sauvetage représentent un mandat très difficile, » déclare le lieutenant-colonel Poitras. « En même temps, il est aussi extrêmement enrichissant, puisque vous faites vraiment une différence dans la vie des gens. ».

Les Tigers ont la responsabilité d’offrir des services de recherche et sauvetage de première ligne dans la région de recherche et sauvetage (RSS) de Trenton aux côtés du 435e Escadron de recherche et sauvetage basé à Winnipeg. La RSS de Trenton englobe la masse terrestre comprenant l'Ontario, le Manitoba, la Saskatchewan, l'Alberta, les deux tiers du Québec, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut (à l'exception de la moitié sud-est de l'île de Baffin), la totalité de la baie d'Hudson, ainsi que la partie canadienne des Grands Lacs.

En un mot, cette région a une superficie de plus de 10 millions de kilomètres carrés, ce qui équivaut approximativement à la superficie de l'Europe et de la Russie occidentale, en plus de comprendre des terrains très diversifiés comme des eaux libres, des prairies, des montagnes, la forêt boréale dense, la toundra tourbeuse et les terres gelées de l'Arctique. « Le défi est toujours celui de la distance, » observe le major Jean-Paul Landry, commandant adjoint de l'escadron, qui précise qu'il est crucial d'atteindre les gens en détresse le plus rapidement possible.

Le territoire est vaste et entraîne une responsabilité énorme que les hommes et les femmes du 424e Escadron voient d'un œil sérieux. Pour intervenir dans les différents scénarios auxquels il peut se retrouver confronté, l'escadron fait appel à deux aéronefs très différents : le modèle H de l'avion à voilure fixe Hercules CC-130, ainsi que l'hélicoptère Griffon CH-146.

Les deux aéronefs présentent des avantages et des défis, mais leurs capacités respectives procurent au 424e Escadron la flexibilité qui lui permet d'intervenir lors de situations très variées de recherche et sauvetage. Le Hercules possède l'autonomie et l'endurance nécessaires pour les missions éloignées qui se déroulent souvent dans les endroits reculés dans le nord du Canada, alors que le Griffon peut être déployé rapidement pour prendre part aux missions rapprochées et, puisqu'il s'agit d'un hélicoptère, il peut voler en mode stationnaire, ce qui constitue un aspect important lors des opérations qui se déroulent au-dessus de l'eau.

Un exemplaire de chaque aéronef, et son équipage, sont placés en statut de disponibilité de 30 minutes (ce qui signifie que l'aéronef doit pouvoir se mettre en route vers l'endroit désigné dans les 30 minutes après avoir reçu un appel) au cours des heures de travail normales et en statut de deux heures le reste du temps. On ajuste cependant cette période de disponibilité afin que l'unité demeure en état d'alerte élevé au cours des saisons de pointe statistique, comme les mois occupés de l’été.

Les aéronefs sont évidemment de peu d'utilité sans les gens qui les pilotent et qui assurent leur soutien. L'escadron compte environ 200 personnes dans ses rangs, dont  des entrepreneurs civils. Le personnel de l'escadron va des équipages d’aéronef, qui sont aux commandes des aéronefs en vol, aux techniciens, qui s'occupent de l'entretien des cellules à terre, en passant par le personnel administratif qui s’assure que l’ensemble de l'escadron est une machine bien huilée.

Les techniciens de recherche et sauvetage, qu'on pourrait possiblement qualifier de membres les plus reconnaissables de l'équipe, sont des travailleurs paramédicaux qui ont également été formés pour sauter en parachute et se laisser glisser ou se hisser en rappel à partir des avions, et sont également formés pour survivre dans les conditions météorologiques extrêmes en plus d'assurer la survie de leurs patients. L'adjudant Aaron Bygrove est le responsable technique de l'escadron en matière de SAR, et doit s'assurer que les techniciens SAR sur la ligne de front jour après jour ont reçu la formation nécessaire et qu'ils sont prêts à s'acquitter de leurs tâches. Ayant servi au sein de la plupart des escadrons de SAR de l'ARC, l'adjudant Bygrove possède une expérience considérable sur la ligne de front et comprend les réalités de sa profession.

« Il est parfois difficile, enrichissant et même déchirant d'occuper les fonctions de techniciens SAR, » déclare-t-il. « Mais c'est notre passion. »

Même si l'escadron trouve ses origines dans le combat, ses principaux ennemis sont désormais le temps et les éléments, qui sont beaucoup plus pertinents dans les activités de recherche et sauvetage. En effet, les techniciens SAR ne peuvent s'acquitter de leurs tâches que s'ils parviennent à atteindre rapidement les gens qui ont besoin d'aide. Il arrive souvent que l'aéronef atteigne les gens en détresse sans difficulté, mais il est tout aussi fréquent que passer de l’acte de la « recherche » à celui du « sauvetage » soit extrêmement difficile, et il arrive parfois qu'on ne parvienne tout simplement pas à trouver les gens recherchés.  

Il est primordial d'atteindre la destination le plus rapidement possible et, une fois arrivés, les techniciens SAR doivent souvent composer avec des conditions difficiles, voire extrêmes, à terre, pour venir en aide aux gens qui en ont besoin.

Pour atteindre sa destination le plus rapidement possible, l'équipage doit faire les choses différemment de ce que ferait un escadron pour une mission autre que de recherche et sauvetage. Chaque vol demande habituellement plusieurs heures de planification. Cependant, on ne peut tout simplement pas se permettre un tel processus lorsque l'équipage doit être en vol en moins de 30 minutes. On élabore un plan rapide avant le départ, et toute planification additionnelle nécessaire s'effectue en cours de route.

En raison de telles exigences, la formation joue un rôle de premier plan dans la préparation du 424e Escadron en vue de réaliser sa mission de recherche et sauvetage. « Lors de la plupart des opérations quotidiennes de l'ARC, la formation et la planification du personnel reposent sur une tâche  ou une mission connue qu'il doit ensuite réaliser. Dans le domaine de la recherche et du sauvetage, nous nous entraînons toujours en vue d’un large éventail de types de mission, et nous ne savons jamais quand et où se déroulera la prochaine mission de SAR, » fait remarquer le major Landry. Par conséquent, l'escadron s’entraîne chaque fois qu'il ne participe pas de manière active à une mission.

« Nous arrivons à l'unité au début de chaque journée avec un plan d'instruction en tête, » dit-il. « Nous comprenons qu'on peut nous confier une tâche à n'importe quel moment et qu'on pourrait devoir délaisser abruptement un scénario d'instruction pour entreprendre une véritable mission de recherche et sauvetage. »

Les attentes à l'égard du 424e Escadron sont évidemment toujours élevées, mais à l'instar de chaque unité, il existe une limite aux ressources que l'escadron peut apporter dans le cadre de ses missions. La collaboration avec les partenaires de l'extérieur est essentielle, de sorte que le 424e Escadron participe régulièrement à des entraînements et à des travaux avec les garde-côtes du Canada et des États-Unis, l'Association civile de recherche et de sauvetage aériens (ACRSA), Sauvetage et recherche aériens du Québec (SERABEC), la Gendarmerie royale du Canada, ainsi que les services locaux de police et d'incendie afin de maximiser la capacité d'intervention lors des appels de recherche et sauvetage.

Responsable de cette vaste région à surveiller, le 424e Escadron poursuivra sa formation et continuera de répondre aux appels. « On ne peut trop insister sur la responsabilité en matière de recherche et sauvetage ou sur les défis qui en découlent. Cependant, les hommes et les femmes du 424e Escadron ont toujours été à la hauteur, » déclare le lieutenant-colonel Poitras. « Et nous continuerons de le faire, pour que d'autres puissent vivre, pour reprendre la devise lors des missions de recherche et sauvetage ». 

Sauvetage 491

Le 24 juillet 2014, on faisait appel aux aéronefs et au personnel du 424e Escadron afin de réaliser une mission de sauvetage difficile près de Wawa en Ontario. Un randonneur pédestre était tombé d'une falaise dans un endroit isolé et avait atterri sur une petite corniche surplombant une crevasse d'une profondeur de plus de 360 mètres. L'avion Hercules est arrivé le premier sur la scène, alors que la nuit tombait, et procéda au déploiement de deux techniciens SAR à environ 750 mètres de l'endroit où se trouvait le randonneur. Le Griffon de réserve (Sauvetage 491) fit son apparition peu de temps après, mais les conditions du terrain, combinées à la faible visibilité (malgré l'éclairage assuré par le Hercules) firent qu'on ne parvint pas à extraire le randonneur. Sauvetage 491 a déployé deux techniciens SAR qui sont venus prêter main-forte aux deux autres déjà sur place. Après une randonnée difficile en terrain accidenté, les techniciens SAR sont parvenus à atteindre le patient et à lui prodiguer du soutien et des soins médicaux qui lui ont sauvé la vie, en attendant qu’on puisse venir l'extraire.

Le matin suivant, Sauvetage 491 était de retour avec un nouvel équipage. Dans l'espace très exigu de la crevasse, l'équipage est parvenu à hisser le patient dans l'hélicoptère en toute sécurité, sur plus de 60 mètres, puis les deux techniciens SAR, avant de transporter le patient à l'hôpital de Sault Ste. Marie, en Ontario. Sauvetage 491 est ensuite retourné sur les lieux pour recueillir les deux autres techniciens SAR avant de retourner à la base.

Les conditions très difficiles ayant entouré cette mission couronnée de succès témoignent du besoin d'agir avec courage et persévérance et de travailler en équipe dans cet univers difficile que sont la recherche et le sauvetage, un besoin auquel le 424e Escadron répond jour après jour.

Le personnel du 424e Escadron ayant participé à cette mission de sauvetage était composé du commandant de l'aéronef, le capitaine David McGilvray; de l’officier tactique de vol, le capitaine Jean-Benoît Girard Beauseigle; du mécanicien de bord, le sergent Glenn Gallant; ainsi que des deux techniciens de SAR, l'adjudant Lee Bibby et le caporal-chef Brent Nolasko.

L'équipage du deuxième Griffon était composé du commandant, le capitaine Chris Hill; de l’officier tactique de vol, le capitaine Rob Landriault, ainsi que du mécanicien de bord, le caporal Ian Cleaton.

Les techniciens SAR du Hercules CC-30 étaient le caporal-chef Éric Beaudoin et le caporal-chef Oliver Willich.

Le capitaine David Lavallée est un officier des affaires publiques de la 1re Division aérienne du Canada/Région canadienne du NORAD.

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