Le commandant de l’ARC parle de la préparation de la Force aérienne en vue de l’an 2030

Article de nouvelles / Le 26 mai 2017

Discours prononcé par le lieutenant-général Michael Hood

Le 11 avril 2017, le lieutenant-général Mike Hood, commandant de l’Aviation royale canadienne, s’est adressé aux membres de l’Association des industries canadiennes de défense et de sécurité (AICDS) à l’occasion de la « journée de la Force aérienne » de l’organisation. Voici le discours qu’il a prononcé.

Mesdames et Messieurs, c'est un grand honneur d'être parmi vous aujourd'hui.

Je suis enchanté d’avoir l’occasion de m’adresser à vous aujourd'hui à titre de commandant de l’Aviation royale canadienne.

D'abord, je veux parler de la fin de semaine qui vient de se terminer. J'ai eu le grand privilège de faire partie de la délégation canadienne à la crête de Vimy [en France le 9 avril 2017]. Et je peux vous dire que je n’ai jamais été aussi fier d'être Canadien que dimanche dernier.

La fin de semaine a commencé à la Colline 70, où un monument a été érigé pour souligner une bataille qui a depuis été oubliée, mais qui a été tout aussi difficile pour notre pays. Notamment, Billy Bishop a abattu trois avions à la Colline 70.

Il y avait beaucoup d'aviateurs canadiens dans le Royal Flying Corps et dans le Royal Naval Air Service. Les meilleures estimations sont à plus de 20 000 Canadiens en service, et plus de 1 400 aviateurs y ont perdu la vie. En fait, les préparatifs de la bataille de la crête de Vimy, du 4 au 9 avril, représentent les balbutiements de la puissance aérienne et le moment où l'aviation a commencé à jouer un rôle important dans la progression des campagnes terrestres. Les Alliés ont perdu 75 avions et 105 militaires au cours des quatre jours qui ont précédé la bataille de la crête de Vimy.

J'étais très, très heureux de voir, comme bon nombre de vous l'ont vu [à la télévision], le vol de cinq avions inspirés d'appareils Nieuport 11 et Sopwith [au-dessus du monument du Canada à Vimy]. Nous avons transportés ces avions au moyen d’un CC-177 Globemaster.

Fait intéressant, j'assistais au spectacle aérien d'Abbotsford en 2015, où un très vieil ami qui faisait partie du 434e Escadron était présent avec son avion d’époque, et il m'a raconté qu’ils allaient se rendre à la crête de Vimy et y faire un passage à basse altitude. Et je me suis dit, wow! c'est plutôt impressionnant. Bonne chance, parce que j'imagine que ce sera assez difficile. Mais ça m'a intéressé, et je me suis certainement engagé. Je lui ai promis de l'aide et c’est ce que j’ai fait. Je sais que certaines personnes de l'industrie ici présentes l'ont aussi appuyé. Mais je peux vous garantir que voir ces avions survoler la crête de Vimy a été un grand moment de fierté pour le commandant de l'ARC.

Le capitaine Brent Handy est pilote de CF-188. Il fait partie des Snowbirds depuis de nombreuses années et travaille à Moose Jaw [431e Escadron de démonstration aérienne] comme instructeur des normes sur le Tutor. Je voulais qu'un de nos officiers en service puisse voler à Vimy. Brent Handy avait de l'expérience dans le pilotage d’avions pourvus d'un atterrisseur arrière parce qu’il possédait un Pitts Special. Il les a rejoints sur place. C'était plutôt spécial, en plus d'être une fin de semaine qui rend fier d'être Canadien.

Mais, assez parlé du passé. Parlons du futur et d'une des raisons pour lesquelles je suis ici avec vous.

Ceux d'entre vous qui ont eu l'occasion de m'entendre par le passé ont sans doute remarqué que je dis souvent que mon rôle le plus important est de préparer l'Aviation royale canadienne de 2030, établissant aujourd'hui les conditions de notre succès en 2030. Nos missions et nos rôles changeront-ils? Quelles seront les difficultés, la situation financière du gouvernement, et quels problèmes le monde devra-t-il surmonter? De quel équipement aurons-nous besoin? Notamment, de quelles compétences et capacités humaines aurons-nous besoin? Il m’incombe de former, d'entraîner et d'équiper la Force aérienne du futur.

Mais, j'ai réfléchi beaucoup cette année : qu'en est-il du succès de l'industrie aérospatiale canadienne en 2030? Je crois qu'il s'agit d'un élément essentiel pour ma réussite et pour la réussite de l'Aviation. C'est pourquoi j'ai l'intention de renforcer encore davantage cette relation afin de déterminer comment nous pouvons travailler de plus près pour assurer la défense de notre grande nation. Je ne crois pas que l'Aviation puisse réussir indépendamment de la réussite des entreprises représentées ici aujourd'hui.

On nous demande souvent de préciser l'ordre d’importance des trois services du Canada. Je sais que vous savez autant que moi à quel point la puissance aérienne est importante pour la réussite du Canada. Mais on me pose néanmoins souvent cette question, ce à quoi je réponds habituellement : la Terre est couverte à 75 % d'eau et à 30 % de terre, mais à 100 % par l'air et l'espace. Alors, je laisse les gens choisir par eux-mêmes, mais je suis d’avis que c'est plutôt évident.

Je crois sincèrement que le rôle le plus important de l'ARC est d'être garante de la souveraineté canadienne. Nous seuls possédons les moyens de surveiller l’entièreté du territoire et de l'espace aérien au Canada et d'y intervenir. Nous le faisons avec une vitesse et une agilité sans pareilles. C’est la raison pour laquelle le système d’alerte du Nord et notre force de chasse revêtent une si grande importance. C'est pourquoi nous demandons des réservoirs qui permettent une grande autonomie à nos Chinook de modèle F. C'est pourquoi nous continuons à élargir la capacité opérationnelle du Globemaster en ce qui concerne les opérations dans l'Arctique. C'est pourquoi l'Aviation royale canadienne a le plus haut taux de sa force en état de préparation élevé parmi les trois services, un fait assez méconnu. C'est pourquoi notre intégration opérationnelle à la force aérienne américaine et au NORAD est si importante.

Garants de la souveraineté canadienne. La géographie, la souveraineté et l'histoire du Canada font partie intégrante de l'histoire de l'ARC et son histoire de puissance aérienne. C'est ce qui dicte notre doctrine, nos rôles et notre compréhension de nos responsabilités en notre qualité de garants. Pour protéger la souveraineté canadienne dans le monde d'aujourd'hui et de demain, nous devons faire trois choses : nous devons assurer la puissance aérienne, nous devons investir, et, surtout, nous devons innover.

J'ai beaucoup parlé du travail qui consiste à assurer la puissance aérienne et la puissance aérienne en formation avec nos partenaires gouvernementaux, nos alliés et l'industrie. Nous devons continuer d’être agiles et intégrés  et d’avoir la portée de puissance cruciale aux opérations des Forces armées canadiennes. La puissance aérienne!

Pour ce qui est de l’investissement, je crois que le gouvernement investit. L'ARC est en croissance et nous commençons à assurer des capacités de premier ordre. Mais la tendance doit se poursuivre.

Et, surtout, nous devons innover. C'est là un secteur qui m'intéresse tout particulièrement. Nous devons innover et encourager un esprit innovateur dans l'Aviation royale canadienne et chez ceux qui nous permettent de réaliser nos missions.

C’est vrai, nous avons un magnifique héritage d'innovation, tout comme le Canada d'ailleurs. Et si vous ne l'avez pas encore lu, je vous recommande fortement un livre extraordinaire appelé Ingenious, publié le mois passé. Écrit par le gouverneur général et Tom Jenkins, tout nouveau colonel honoraire du 409e Escadron de Cold Lake, ce livre est une collection des innovations canadiennes brillantes qui ont amélioré notre pays et le monde. Je crois que si vous le feuilletez, vous serez surpris du nombre d'inventions qui sont d'origine canadienne. Cet ouvrage explore les conditions de l'innovation et illustre clairement que les Canadiens étaient, sont et continueront à être des innovateurs et pionniers.

Certains excellents exemples de l'ARC s'y trouvent aussi. Je veux que l'ARC soit de nouveau un chef de file en matière d'innovation au Canada. En voici quelques exemples : en 1917, le Royal Flying Corps est venu au Canada pour recruter et former des Canadiens en vue de la Première Guerre mondiale, et nous avons inventé des skis à fixer aux avions. Pour ceux que ça intéresse, nous allons célébrer le centenaire du Royal Flying Corps Canada à Borden, au mois de juin.

Dans les années 1940, l'Université de Toronto a été pionnière dans le domaine de la médecine aéronautique. Wilbur Franks a développé la combinaison anti-g. À la fin des années 1940, le moteur à réaction le plus puissant de son époque, l'Orenda, est issu des recherches canadiennes pour découvrir le rendement des moteurs à réaction dans les climats froids, ce qui a mené à la fondation de l'entreprise A.V. Roe.

Mais l'innovation va au-delà de la technologie pure. Bon nombre d'entre vous reconnaissent sans doute le colonel Chris Hadfield de l'ARC. Eh, bien, en 2013, il a été pionnier dans le domaine des communications au sujet de l'espace, et selon moi, il a inspiré une génération de Canadiens à faire comme lui. Je vois l'Aviation royale canadienne comme la voie vers l'espace, le chemin vers les étoiles. Et je suis fier de dire que, parmi les 32 candidats qui participent encore au processus de recrutement d'astronautes, huit font partie de l'Aviation royale canadienne. [Note de la rédaction : depuis la présentation de l’exposé, le nombre d’astronautes candidats est passé à 17; les huit militaires de l’ARC font toujours partie de la course.]

Bon nombre d'entre vous ici savent que, l'an passé, l'ARC a pris en charge la fonction de l'espace. Et j'ai été surpris d'apprendre que c'est un des secteurs dans lesquels, parmi les alliés du Groupe des cinq, à l'exception des États-Unis, le Canada est un chef. Nous sommes des innovateurs. Je veux faire ce rapprochement autant que possible.

Nous devons accélérer l'exploration et la mise en œuvre de moyens novateurs de répondre à nos besoins en matière de puissance aérienne. Voici mon raisonnement : c'est excellent pour la défense et l'ARC, c'est excellent pour la souveraineté canadienne, c'est excellent pour l'industrie et pour les établissements universitaires.

Nous devons être attirants pour la génération du millénium, notre public cible de recrutement actuel. Ce sont des chercheurs d'emploi. Ils sont attirés par les organisations qui sont ouvertes au changement, qui encouragent les idées et qui cherchent les meilleurs employés.

Nos alliés innovent et l'interopérabilité parmi nos alliés les plus proches reste la clé de notre succès opérationnel. Nos adversaires innovent aussi. Les acteurs étatiques et non étatiques deviennent de plus en plus habiles sur le plan technologique. Par conséquent, il y a trois façons, je crois, dont nous pouvons créer les conditions propices à la réussite innovatrice : sur les plans intellectuel, pratique et institutionnel. Laissez-moi vous parler quelques minutes à ce sujet.

Sur le plan intellectuel. Nous avons un proverbe dans l'Aviation : les bonnes idées n'ont pas de grade. Et nous essayons vraiment d’établir une culture d’innovation. Tous les mois, nous diffusons un article [par courriel] au moyen duquel nous invitons tous les militaires de la Force aérienne à nous envoyer leurs commentaires. Nous avons des conversations assez animées. Chacun, de nos plus jeunes aviateurs à moi-même, tend à commenter, et nous créons les conditions propices au débat.

Nous vérifions les vecteurs tous les mois. Je l'appelle l'Œil du dragon, où n'importe qui dans l'Aviation peut avoir dix minutes. Nous organisons une téléconférence avec tous les généraux ici, à Ottawa, les commandants des divisions aériennes à Winnipeg, et moi-même et nous prenons le temps d'écouter les propositions. Peut-être achèterons-nous votre entreprise ou une portion de celle-ci. Ou peut-être que nous investirons et intégrerons vos idées à notre programme. Nous commençons à voir des résultats.

 Nous parlons de maîtrise de la puissance aérienne, nous avons créé des bourses et des possibilités de stages et d’études de troisième cycle dans plusieurs organisations, nous avons placé du personnel dans la School of Public Policy de l'Université de Calgary et d'autres groupes de réflexion. Nous tentons d'élargir la perspective des gens.

Nous devons recruter ce talent, y compris dans la Réserve de l’ARC, un secteur que nous faisons grossier afin de nous aider à surmonter nos difficultés. Nous devons encourager l'innovation de façon pratique en côtoyant les chefs de file de l'innovation technologique canadienne. Si vous passez par Waterloo, visitez Communitech; vous verrez qu’il s’agit d’un laboratoire d'innovation, un centre d'innovation [comme vous le verrez]. L'ARC y participe. Nous travaillons aux côtés de bon nombre d'entreprises en démarrage canadiennes, des entreprises de l'industrie et de l'enseignement du Canada qui sont à l'avant-plan de l'innovation technologique. Nous utilisons des pratiques recommandées en matière d'innovation : accepter plus de risque, échouer rapidement, passer à la prochaine bonne idée. Alors nous tentons d'appuyer les entreprises canadiennes en démarrage dans un rapport étroit et symbiotique, et j'ai hâte de voir les résultats de ce travail.

Nous cherchons à accroître la participation de nos partenaires de l'industrie aérospatiale. À plusieurs reprises au cours des 18 derniers mois, j'ai dit au public de l'industrie et aux parlementaires que nous devons encourager la technologie canadienne et investir dans elle; c'est une occasion de mettre le Canada d'abord. J'ai utilisé l'exemple de l'Aurora. C’est un aéronef plus vieux, mais nous terminons tout juste le Bloc 3 et, bientôt, nous procéderons à la modification du Bloc 4. Il s’agit du plus important outil de guerre anti-sous-marine, créé à l'aide d'investissements de Recherche et développement pour la défense Canada et du Sous-ministre adjoint (Science et technologie) en collaboration avec certains de vous, qui êtes présents. Voilà qui a permis de créer une capacité de premier ordre.

Maintenant, je me dis qu’il faut commencer à penser à la suite. À plusieurs reprises, j'ai mentionné que je vois la possibilité d'un aéronef canadien, peut-être le Q-400 ou le C-Series. Mais personne n'a composé mon numéro pour me demander comment explorer cet avenir avec moi. Alors peut-être que quelqu'un dans la salle le fera.

Finalement, parlons de nos besoins organisationnels. Pour être à la tête de l’innovation, pour revenir au point où l'ARC était chef de file de l’innovation, qui avait créé les conditions propices pour la création de la combinaison anti-g, ou du moteur Orenda, et l'Avro Arrow. Nous devons formuler une stratégie d'innovation pour créer la souplesse nécessaire afin d’accueillir les résultats d'idées intellectuelles et pratiques que ce travail engendre. Nous devons le faire de concert avec le gouvernement et l'industrie. Vous le savez tous : le gouvernement a un programme très axé sur l'innovation, et je vous assure que nous soutenons entièrement cette approche. Il y avait un très fort thème d'innovation dans le budget fédéral du mois passé en vue de faire du Canada un chef de file mondial comme économie d'innovation. Le gouvernement a demandé comment nous pouvons faire du Canada un pays plus novateur. Voici ce que je vous demande : comment pouvons-nous rendre l'Aviation royale canadienne plus novatrice? Comment pouvons-nous, l'ARC et l'industrie, travailler de concert pour profiter de ce programme d'innovation gouvernemental? Nous devons trouver des façons de faire des essais ensemble sans risquer de perturber les processus établis et contractuels. Nous devons trouver des moyens d'être agiles dans cet espace.

Je ne manque pas de secteurs où nous pouvons procéder à des essais et à des évaluations opérationnels pour appuyer les partenaires gouvernementaux et l'industrie. Vous savez, je suis ouvert à pas mal toutes les idées qui nous permettront d'avancer ensemble. Si je peux donner la priorité à une solution canadienne, je crois que cela fait partie de mon mandat en tant que commandant de la Force aérienne.

Et l’avenir alors. Puisque le rôle central de l'ARC porte sur la souveraineté et que son raisonnement repose sur l'innovation, que lui réserve l’avenir? Mais, depuis la « journée de la Force aérienne » qu’a tenu l’AICDS l'an passé, l'ARC a publié un document essentiel pour nous guider sur la voie vers 2030 et au-delà : le futur concept opérationnel aérien qui confirme de nouveau les rôles et les concepts opérationnels.

Nous sommes donc à l'aube d'une nouvelle politique et franchement, je ne m'attends pas à ce que les rôles fondamentaux de la défense changent considérablement. Ils n'ont pas vraiment changé depuis mon enrôlement en 1986. La mission principale de l'ARC est d'offrir aux FAC une puissance aérienne pertinente, réactive et efficace pour surmonter les difficultés d'aujourd'hui, et ce sera encore le cas à l'avenir. Nous défendrons le Canada et nous resterons garants de la souveraineté canadienne. Nous défendrons l'Amérique du Nord en coopération avec notre plus proche partenaire, les États-Unis. Et bien sûr, nous continuerons de contribuer à la paix et à la sécurité dans le monde, qui sont liées directement à la défense continentale et nationale.

Alors, peu importe la mission ou l'opération exacte qui pourrait découler de la politique, dans tous les cas, nous aurons encore besoin de rester agiles et intégrés et de disposer de la portée de puissance nécessaire à la réalisation des objectifs du gouvernement.

Puisque notre mentalité est axée sur le vol en formation, nous continuerons d’atteindre la réussite opérationnelle avec les autres services, les organismes gouvernementaux et non gouvernementaux, nos partenaires et alliés étrangers, peu importe les développements à court terme, le budget, les cellules, les heures de vol et l’effectif. Je ne crois pas que le concept de base changera. Et nous devons continuer à travailler ensemble pour prouver que nous pouvons augmenter le potentiel de la puissance aérienne canadienne. Et l'encouragement actif et la mise en œuvre de la pensée novatrice seront essentiels à cet effet.

Gardez en tête la souveraineté et l'innovation, qui sont des pierres angulaires. J'attends de vous que vous nous aidiez à atteindre un plus grand succès dans nos missions de puissance aérienne tout en protégeant la souveraineté canadienne. Faisons des essais ensemble et trouvons des technologies novatrices, des façons de penser, des approches pour la puissance aérienne avancée. Les gens seront toujours essentiels à cette réussite et ils constituent la fondation de tout ce dont j'ai parlé. La force et la réussite réelles de l'ARC en 2030 seront déterminées par les aviateurs et aviatrices fiers et dévoués qui appuient leurs familles.

Le discours ci-dessus a fait l’objet de modifications afin d’en réduire la taille et d’en faciliter la lecture.

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