Le dernier pilote canadien ayant pris part à la bataille d’Angleterre célèbre ses 100 ans

Article de nouvelles / Le 13 octobre 2016

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L’ARC rend hommage au commandant d’aviation John Hart en offrant un défilé aérien.

Par Joanna Calder

Le commandant d’aviation (à la retraite) John Stewart Hart a célébré son 100e anniversaire le 11 septembre 2016.

En plus d’avoir franchi une étape importante remarquable de sa vie, il est aussi le dernier pilote canadien connu toujours en vie ayant servi pendant la bataille d’Angleterre. Pour souligner ces deux jalons extraordinaires de sa vie, l’Aviation royale canadienne a réalisé un défilé aérien en son honneur au-dessus de sa maison à Naramata, Colombie-Britannique, le 18 septembre 2016 dernier, jour de la commémoration de la bataille d’Angleterre.

Deux chasseurs CF-188 Hornet du 409e Escadron d’appui tactique, situé à la 4e Escadre Cold Lake, Alberta, sont passés au-dessus de la maison du commandant d’aviation Hart, à 14 h.

« Après le défilé aérien, M. Hart et sa famille nous ont rejoints près des aéronefs à l’aéroport [régional de Penticton] pour une visite, » explique le lieutenant-colonel William Radiff, commandant du 409e Escadron. « Toute sa famille, à l’exception de M. Hart, est montée à bord de l’aéronef pour voir comment il était fait. Quatre générations de la famille Hart se trouvaient près de l’aéronef, ce qui était très inspirant. M. Hart était très surpris de la petite taille des ailes du Hornet [et a indiqué] qu’il aimerait en faire l’essai. »

« Dimanche dernier, lors de son 100e anniversaire, il a volé à l’arrière d’un Harvard », continue le lieutenant-colonel Radiff. « Fidèle aux habitudes des pilotes de chasse, lorsqu’on lui a demandé comment s’était déroulé son vol, [il] a déclaré que la manœuvre s’apparentait à celle d’un camion de transport de bois et que ça n’avait rien à voir avec l’agilité du Spitfire! »

Le commandant d’aviation Hart s’est joint à la Royal Air Force (RAF) en 1939 et a volé à bord du Supermarine Spitfire pendant la bataille d’Angleterre, laquelle a changé le cours de la Seconde Guerre mondiale et empêché les nazis d’envahir le Royaume‑Uni.

« Le 409e Escadron est très honoré de pouvoir souligner le 100e anniversaire du commandant d’aviation Hart et de rendre hommage à son service militaire pendant ce conflit historique, » raconte le lieutenant-colonel Radiff au Penticton Western News.

Le commandant d’aviation Hart est modeste quant à son âge et à ses réalisations pendant la bataille d’Angleterre.

« Je suis simplement né à Sackville, [Nouveau-Brunswick], il y a 100 ans; j’ai simplement été accepté dans la RAF en 1939 et j’ai fini par piloter des Spitfires pendant la bataille d’Angleterre, et j’ai survécu, » dit-il.

« Je voudrais dédier cette reconnaissance à ceux qui ont combattu et qui ont perdu la vie, ainsi qu’à ceux qui ont survécu. Ne les oublions pas. »

Le lieutenant-général Mike Hood, commandant de l’Aviation royale canadienne, a vanté les mérites de l’ancien pilote de la bataille d’Angleterre.

« L’Aviation canadienne a beaucoup changé au cours des ans depuis que vous avez répondu à l’appel pour servir votre pays pendant la Seconde Guerre mondiale, » écrit-il dans une lettre destinée au commandant d’aviation Hart à l’occasion de son 100e anniversaire. « Cependant, les qualités qui demeurent sont la dévotion et le courage des gens qui servent leur pays avec fierté. Vous avez établi les bases solides représentant le devoir, l’honneur et le dévouement envers le Canada, bases sur lesquelles nous continuons à miser. 

« Au nom des aviateurs et des aviatrices de l’Aviation royale canadienne, je vous remercie pour vos états de service dans la RAF et je vous adresse mes meilleurs vœux pour l’avenir. »

Les propos du lieutenant-général Hood comportaient aussi un mot de reconnaissance pour le commandant d’aviation Hart lors de la commémoration du 75e anniversaire de la bataille d’Angleterre, qui s’est tenue sur la Colline du Parlement, à Ottawa, l’an dernier, et qui comptait de nombreux dignitaires, notamment le gouverneur général David Johnston. De plus, la biographie du pilote ayant servi lors de la bataille d’Angleterre faisait partie du livret souvenir de la cérémonie.

Le 10 octobre 1940, pendant la bataille d’Angleterre, le lieutenant d’aviation Hart a participé à la destruction probable d’un Junkers Ju88 et, le 29 octobre, il rapporte avoir détruit un Messerschmitt Me109 (aussi connu sous le nom de Bf109). Le 13 novembre, il a pris part à la destruction d’un Junkers Ju88. Au début de 1941, il travaille avec le 91e Escadron à Hawkinge, Angleterre, mais il retourne au 602e Escadron « City of Glasgow » et se joint ensuite à une unité d’entraînement opérationnel en tant qu’instructeur. Il dirige le 67e Escadron à Burma de mai à juillet 1943 et le 112e Escadron en Italie, d’avril à août 1945.

Il sert aussi avec le 614e Escadron, le 613e Escadron et le 54e Escadron.

Il reçoit la Croix du service distingué dans l’Aviation le 22 juin 1945, alors qu’il sert au 112e Escadron. Dans sa citation, on peut lire :

« Cet officier a pris part à de nombreuses sorties diversifiées, y compris bon nombre d’attaques de cibles fortement protégées, telles que des ponts routiers et ferroviaires, des postes d’armes, des centres de résistance et des transports motorisés. Tout au long de son service, il a fait preuve d’un habile leadership, d’une grande détermination et d’un sens du devoir. En avril 1945, le commandant d’aviation Hart a participé à une reconnaissance armée alors que onze locomotives ont été attaquées avec succès. Quelques jours plus tard, le commandant d’aviation Hart a effectué une autre sortie pendant laquelle plusieurs locomotives et camions ont été attaqués de manière efficace. Cet officier a toujours fait preuve d’une volonté remarquable et est un exemple à suivre par tous. » [trad.]

Le commandant d’Aviation Hart a été libéré de la RAF en 1946. Après la guerre, il a travaillé dans le domaine immobilier à Vancouver, en Colombie-Britannique, et a pris sa retraite en 1976.

John Hart se remémore le rôle qu’il a joué lors de la bataille d’Angleterre

Par Holly Bridges

John Hart est né à Sackville, au Nouveau-Brunswick, le 11 septembre 1916. Il a appris à piloter des avions au club de vol d’Halifax, en Nouvelle-Écosse. En janvier 1939, il s’est enrôlé dans la Royal Air Force (RAF) pour une affectation de courte durée, et en 1940, il a intégré la 7e Unité d’entraînement opérationnel, en Angleterre. Alors âgé de 24 ans, il s’est rapidement vu confier les commandes d’un Westland Lysander.

Après quelques affectations dans d’autres régions du pays, notamment au sein du 614e Escadron et du 613e Escadron, le lieutenant d'aviation Hart a été transféré du 54e Escadron au 602e Escadron « City of Glasgow » en Écosse. Il s’agissait d’un escadron d’avions de chasse bien établi qui s’est rapidement déplacé à Westhampnett, une piste d’atterrissage d’urgence sur le terrain d’aviation satellite de la station de Tangmere de la RAF, dans le sud-est de l’Angleterre, qui servait à repousser la Luftwaffe allemande. L’aérodrome était préparé en vue de la bataille d’Angleterre.

Contexte de la bataille d’Angleterre

Pour bien comprendre le rôle du lieutenant d’aviation Hart ainsi que des membres d’équipage aérien et du personnel de piste qui ont pris part à la bataille d’Angleterre, il est important de mettre les événements en contexte.

À cette époque, la machine militaire d’Hitler avait envahi l’Europe à une vitesse fulgurante. La bataille de France, comprenant l’invasion des Pays-Bas, du Luxembourg et de la Belgique, avait débuté le 10 mai 1940; la Pologne, le Danemark et la Norvège ayant déjà capitulé.

Au mois de juin, la France capitulait à son tour et les Alliés étaient forcés de quitter le continent. Quelques jours plus tard, Winston Churchill, le nouveau premier ministre de la Grande-Bretagne, avertit la Chambre des communes britannique sur la situation critique des Alliés :

« La bataille de France est terminée, celle d’Angleterre va bientôt commencer. ... Hitler sait qu’il devra nous vaincre sur notre île ou perdre la guerre. Nous devons par conséquent rassembler nos forces et accomplir notre devoir, nous comporter de telle manière que si l’Empire britannique et son Commonwealth existent toujours dans mille ans, les hommes pourront dire : “Ce fut leur heure de gloire”. »

Hitler planifiait désormais de lancer une offensive majeure sur la Grande-Bretagne. Pour réussir l’invasion, il devait dominer l’espace aérien sur la Manche et le sud-ouest de l’Angleterre. La Luftwaffe avait pour mission d’éliminer la RAF « au point où elle [serait] incapable d’opposer une force substantielle aux troupes d’invasion ».

Le lieutenant d’aviation Hart se prépare à servir

En prévision de l’importante bataille à venir, le lieutenant d’aviation Hart cessa de piloter le Lysander pour apprendre à voler sur le Supermarine Spitfire au sein du 54e Escadron. Le cours de conversion dura seulement une semaine, ce qui n’est rien si l’on compare avec ce qui se fait aujourd’hui, où les équipages aériens militaires s’entraînent pendant des mois sur de nouveaux aéronefs.

Une fois son cours terminé, il se passionna pour le pilotage des appareils Spitfire.

« Le Spitfire est un merveilleux aéronef à piloter », déclare-t-il. « Il est très maniable. Il suffit de penser à la manœuvre que vous souhaitez effectuer et il la réalise. Ça se fait tout seul, sans forcer. Vous ne faites qu’un avec lui. Vous devenez une partie de l’appareil. Il est aussi beau qu’agréable à piloter. »

Ce dont le lieutenant d’aviation Hart ne se rendait peut-être pas compte, c’est que le terrain d’aviation de la station de Tangmere de la RAF, à Westhampnett, où il était affecté, et les autres terrains d’aviation du même genre, comme ceux de Kenley, Croydon, Biggin Hill, West Malling, Horchurch, Hawkinge, Gravesend, Manston, Rochford, North Weald, Martlesham Heath, Stapleford Tawney, Debden et Northolt, seraient le théâtre des combats les plus acharnés de toute la bataille d’Angleterre.

Il occupait un poste dangereux, c’est le moins qu’on puisse dire.

Bon nombre des pilotes ou les « quelques rares » pilotes canadiens qui ont participé à la bataille d’Angleterre – « the Few », comme Sir Winston Churchill les appellera plus tard – furent les plus durement touchés pendant les attaques de la Luftwaffe dans son espace aérien vital au-dessus de la Manche et du sud-est de l’Angleterre. Nombre d’entre eux perdirent la vie lorsque leur avion s’est écrasé dans la tranquille campagne britannique. C’est notamment le cas d’Alex Trueman, pilote canadien et ami d’enfance du lieutenant d’aviation Hart, aussi originaire de Sackville. Le lieutenant d’aviation Trueman, qui a servi auprès du 253e Escadron de la RAF, fut abattu et tué le 4 septembre 1940. Cependant, même la perte de son ami n’a pas empêché le lieutenant d’aviation Hart de persévérer. Il n’a jamais laissé la peur l’envahir.

« Nous n’avions pas le temps d’avoir peur », explique-t-il. « Nous étions concentrés sur ce que nous faisions. »

Même si son aéronef avait été touché par un tir d’aéronef polyvalent bimoteur Junkers Ju88 le 30 septembre 1940 au-dessus de la Manche, le lieutenant d’aviation Hart réussit à faire atterrir son Spitfire en toute sécurité. « Je me trouvais seulement à 20 milles [32 kilomètres] et à 20 000 pieds [6 096 mètres] quand j’ai été touché », se souvient-il.

Il essuya également des tirs ennemis plus tard pendant la guerre, en Italie et en Inde, mais réussit chaque fois à poser son appareil en toute sécurité.

À cette époque, on faisait appel à des Canadiens ordinaires, comme le lieutenant d’aviation Hart et des centaines d’autres, pour accomplir des choses extraordinaires afin de gagner des batailles ainsi que pour préserver la paix et la liberté dont nous bénéficions aujourd’hui. Et pourtant, à l’entendre, son rôle dans la bataille menée par les forces aériennes alliées pour repousser la Luftwaffe et gagner la bataille d’Angleterre n’avait rien d’exceptionnel.

« Je sais que j’ai [la médaille de la bataille d’Angleterre] avec une étoile, mais je n’ai pas grand-chose à y voir », dit-il avec modestie. « Vous étiez affecté à un escadron et vous faisiez votre travail. »

Combien de personnes a-t-il tuées pendant la Bataille? « Pas autant que j’aurais voulu », répond-il sobrement.

Pilote de chasse un jour – pilote de chasse toujours   

Notes de l’éditeur : Le commandant d’aviation Hart est devenu le dernier pilote d’origine canadienne toujours en vie ayant participé à la bataille d’Angleterre lorsque le lieutenant d’aviation Percy Beake est décédé le 25 juin 2016 à Bath, Royaume-Uni, à l’âge de 99 ans. Ce dernier était né à Montréal en 1917 et ses parents d’origine britannique sont retournés au Royaume-Uni huit ans après sa naissance. Environ 100 pilotes canadiens ont servi lors de la bataille d’Angleterre; 23 ont perdu la vie pendant le conflit et environ 35 autres sont décédés plus tard pendant la guerre. En d’autres mots, moins que la moitié des pilotes canadiens ayant pris part à la bataille d’Angleterre sont revenus à la maison après la guerre.

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