Le Musée du CF-104 Starfighter, un projet motivé par la passion

Article de nouvelles / Le 2 août 2017

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Par Martin Zeilig

« Le Musée canadien du Starfighter, dont l’ouverture est prévue pour la mi-2018, vise à préserver la mémoire du CF-104 Super Starfighter, de ses pilotes et de son personnel d’entretien, et de chacune des personnes qui ont travaillé à une base aérienne où l’on utilisait ce chasseur. »

Voilà ce que nous apprend le site Web du musée, mais le projet vise un objectif beaucoup plus grand.

« Nous tentons de sensibiliser le grand public au rôle que joue le Canada dans l’OTAN depuis la Guerre froide jusqu’à aujourd’hui », explique Steve Pajot, conservateur et directeur des opérations du musée, qui est situé dans un hangar privé de l’aéroport St-Andrews, à 25 kilomètres au nord de Winnipeg, au Manitoba. « Nous croyons que les gens ne comprennent pas que nous étions effectivement en guerre, et que des personnes ont perdu la vie, y compris des pilotes et d’autres membres du personnel. »

L’entrevue avec M. Pajot a eu lieu pendant une visite du musée, par un chaud matin typique des Prairies. M. Pajot se trouvait en compagnie de Russ Johnson, collègue du musée qui est bénévole, tout comme lui. À l’aide d’autres bénévoles, MM. Pajot et Johnson travaillent à restaurer un vieux CF-104 Starfighter piloté par des militaires de l’Aviation royale canadienne avant d’être vendu à l’armée danoise, il y a bien des années.

Un CF-104 Starfighter est monté sur un piédestal à l’extérieur du portail de la 17e Escadre, sur le chemin Air Force Way. Le F-104 Starfighter de Lockheed est un avion d’interception supersonique monomoteur, bien qu’il ait principalement servi d’avion d’attaque. Conçu initialement par Lockheed pour la United States Air Force (USAF), il a finalement été utilisé par des alliés des États-Unis partout dans le monde et produit par plusieurs autres pays de l’OTAN.

Les forces aériennes de plus d’une douzaine de pays ont utilisé le Starfighter de 1958 à 2004; son équipe de conception a été menée par Kelly Johnson, qui a par la suite dirigé et soutenu la création du SR-71 Blackbird et d’autres avions chez Lockheed. Selon Wikipédia, le F-104 aurait établi plusieurs records mondiaux, dont ceux de vitesse et d’altitude.

Le CF-104 Starfighter de Canadair (CF-111, CL-90) constituait une version modifiée du F-104 de Lockheed, et a été construit au Canada par Canadair, sous licence. Il a servi principalement comme avion d’attaque au sol, malgré son rôle prévu d’intercepteur, jusqu’à son remplacement par le CF-18 Hornet de McDonnell Douglas dans les années 1980.

Selon M. Pajot, ceux qui ont piloté et aimé l’avion l’appelaient le « Silver Sliver » ou, plus communément, le « Zipper ». « L’ARC a longtemps eu une équipe de voltige aérienne qui s’appelait les "Deadeye Zips" », dit M. Pajot. « L’USAF a toujours appelé le Starfighter "Zipper", en raison de sa vitesse. »

« C’est quelque chose que je voulais faire parce que je me souvenais d’avoir vu l’avion quand j'étais petit », explique M. Pajot. Puisque son père faisait partie de l’ARC, il éprouve une fascination pour les Starfighter depuis sa plus tendre enfance. Il se souvient d’avoir observé les CF-104 Starfighter aux longs nez effilés rouler à toute vitesse sur les pistes de la 4e Escadre Baden-Soellingen, en Allemagne, et à la base des Forces canadiennes Cold Lake, en Alberta.

M. Pajot précise qu’on a acheté l’avion en restauration d’un courtier américain, ancien officier de la United States Air Force.

Pour sa part, M. Pajot est un mécanicien d’Air Canada à la retraite. En compagnie de son frère aîné Darryl, ancien pilote de CC-130 Hercules de l’ARC, et leur père Phillip, il a bâti un modèle de Starfighter à l’échelle mesurant 3,05 m il y a quelques années; celui-ci se trouve maintenant exposé au Musée national de l’Aviation à la 8e Escadre Trenton, en Ontario.

« L’avion a été expédié par conteneur maritime du Danemark, puis par camion jusqu’au musée », ajoute-t-il.

M. Pajot dit passer au moins huit heures par jour, quatre jours par semaine, à travailler à la restauration de l’avion. « En ce moment, je dois assembler le poste de pilotage. M’occuper de cet avion est ma passion. »

En plus du Starfighter aux ailes courtes qui ressemble à un missile, le musée possède un modèle du simulateur de vol opérationnel et tactique CAE F-104 de Canadair, un avion à turboréacteur à postcombustion Orenda J79-OEL-7 (moteur du Starfighter canadien) monté séparément, ainsi qu’un siège éjectable.

L’Orenda J79-OEL-7 est capable de créer 15 800 livres de poussée à l’aide du système de postcombustion. « Il s’agit d’un avion des années 1960 conçu pour mener des attaques nucléaires, explique M. Pajot. Il pouvait traverser des zones de forte turbulence sans coup férir. Nous voulons illustrer le rôle joué par le Canada à l’apogée de la Guerre froide, dans les années 1960. »

M. Pajot indique que 37 pilotes canadiens ont perdu la vie aux commandes de cet avion. « Je ne considère pas la restauration de ce chasseur comme un passe-temps, car une fois qu’elle sera terminée, je n’aurai plus de passe-temps, insiste-t-il. C’est ma passion. Quand j’aurai terminé l’avion, je n’entreprendrai pas la restauration d’un autre appareil; je me concentrerai plutôt sur la gestion du musée lui-même. »

L’ouverture officielle du musée devrait avoir lieu à la mi-2018, mais les gens peuvent déjà prendre rendez-vous afin de visiter l’établissement dès aujourd’hui. Pour en savoir plus, rendez-vous au site Web du musée, au http://www.canadianstarfightermuseum.ca/ (en anglais seulement). 

L’article précédent a paru pour la première fois dans l’édition du 28 juin 2017 du Voxair. Sa publication dans le présent site Web a été autorisée.

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