Le tartan de l'ARC : Comment tout a commencé

Article de nouvelles / Le 6 avril 2017

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Par le commandant d’aviation Harold G. Williamson

Le 6 avril est le « Jour du tartan ». Voici l’histoire de l’un des tartans le plus célèbres au Canada.

L’un des tartans les plus populaires aujourd’hui au Canada contient beaucoup de bleu, un peu de marron et du blanc.

Vous le trouverez, sous forme de rideaux, dans les aéronefs de transport de la force aérienne et sous forme de tentures décoratives dans nombre de mess et de bureaux d’organismes. On le voit aussi sur de nombreux accessoires vestimentaires, notamment la cravate portée avec le blazer bleu et le pantalon gris familier.

Celui qu’on appelle aujourd’hui tartan de l’Aviation royale canadienne a été officiellement enregistré dans les archives de la cour le 15 août 1942 par Lord Lyon, roi d’armes de l’Écosse.

Le tartan de l’ARC et le premier corps de cornemuses de l’ARC ont vu le jour presque en même temps.

Tout a commencé à l’École de pilotage militaire no 9 à Summerside, à l’Île-du-Prince-Édouard, le 25 janvier 1942, lors d’un dîner militaire de type « Burns », soit une soirée à l’écossaise. À l’époque, c’était le colonel d’aviation Elmer G. Fullerton, Néo-Écossais d’ascendance écossaise, qui dirigeait l’établissement.

Deux cornemuseurs de Charlottetown ont annoncé le service du haggis traditionnel, préparé par un cuisinier francophone ayant le grade de sergent de section. Autant que je me souvienne, les cornemuseurs n’avaient rien d’inhabituel, mais il fallait certainement être d’ascendance écossaise (ou boire beaucoup de scotch) pour vraiment apprécier le haggis.

À cette époque, l’École de pilotage militaire no 9 disposait d’un corps de tambours et de trompettes volontaire dirigé par le sergent D.A. Engdahl, mécanicien de cellules d’aéronefs. J’étais président du comité du corps composé principalement de militaires d’ascendance écossaise. Le commandant a tellement aimé la prestation de nos cornemuseurs lors du dîner militaire qu’il a décidé que nous devrions essayer d’intégrer une ou deux trompettes à notre corps, une tâche bien difficile, comme nous allions le découvrir. Comme nous ne parvenions pas à trouver de cornemuseurs à la station Summerside, nous nous sommes tournés vers le commandement. Celui-ci a reçu l’autorisation de recruter deux cornemuseurs en tant qu’aviateurs affectés au service général (SG), si nous parvenions à en trouver. M. Brennan, éditeur du journal de Summerside, a informé le public que nous avions besoin de joueurs de cornemuse et de cornemuses et, parmi les nombreux candidats, nous en avons enrôlé deux. De plus, nous avons reçu plusieurs cornemuses en cadeau, prêtées pour la durée de la guerre. Nous étions finalement bien équipés.

Pas d’harmonie

Il n’a pas fallu attendre bien longtemps pour que les sons aigus de la cornemuse, le roulement des tambours et les notes des trompettes du corps de la station Summerside fassent concurrence au rugissement des avions d’entraînement Harvard multipliant les décollages et les atterrissages.

Nous avons bien essayé, mais nous ne sommes pas parvenus à harmoniser les cornemuses et les trompettes, et les tambours n’arrivaient pas à suivre le rythme changeant. C’est pourquoi le colonel d’aviation Fullerton a décidé qu’il fallait essayer de mettre sur pied un corps de cornemuses complet en costume traditionnel écossais. Dans la mesure du possible, leur costume serait aussi coloré que les tartans écossais, mais inspiré des couleurs de la force aérienne que sont le bleu clair, le bleu foncé et le marron.

Après de nombreuses recherches infructueuses dans les magasins et les catalogues, c’est le motif du tartan Anderson qui ressemblait le plus au motif proposé par le colonel d’aviation Fullerton, mais il manquait encore quelque chose. 

Le colonel d’aviation Fullerton a ensuite décidé de concevoir un tartan inspiré des couleurs qu’il avait choisies. Il a fait une esquisse de ses idées sur un bloc-notes au moyen de crayons rouges et bleus. C’était l’embryon du tartan populaire que nous connaissons aujourd’hui.

Quelques années plus tard, il y a eu une dispute juridique pour déterminer qui avait conçu le tartan. Pour ma part, je crois que c’est le colonel d’aviation Fullerton!

Un besoin de tisserands

Muni de cette esquisse, il a fallu que je trouve quelqu’un qui puisse tisser un échantillon. J’ai écrit aux chambres de commerce de plusieurs grandes villes, qui se sont toutes montrées très serviables, mais j’ai finalement contacté une entreprise à Gagetown, au Nouveau-Brunswick, qui possédait un petit atelier de tissage relevant du Programme fédéral-provincial de formation de la jeunesse.

Après beaucoup de discussions avec mademoiselle Muriel Laurence, qui dirigeait l’atelier, nous avons obtenu un petit échantillon inspiré de notre esquisse. Les tisserands ont également tissé un échantillon intégrant une ligne blanche au motif. Le colonel d’aviation Fullerton a aimé l’amélioration et a ordonné l’envoi d’un morceau de tissu plus grand par les voies appropriées au quartier général de la force aérienne aux fins d’approbation.

Le commandant de l’aviation et le directeur du personnel avaient discuté de la proposition faite par le colonel d’aviation Fullerton de former un corps de cornemuses et de concevoir un tartan distinct lors d’une visite antérieure à la station Summerside. Par conséquent, lorsque la soumission officielle est arrivée à Ottawa, ce n’était pas une surprise.

 Le 21 mai 1942, le Conseil de l’air a examiné l’échantillon et l’a accepté, apportant toutefois quelques modifications mineures aux tons de bleu. Il a également félicité l’École de pilotage militaire no 9 de son bel effort. Le 26 mai, un nouvel échantillon fondé sur les suggestions du Conseil de l’Air parvenait à Ottawa.

La réponse de Lord Lyon au vice-maréchal de l’Air Sully

 « J’ai reçu votre lettre datée du 13 juillet à laquelle vous avez joint un échantillon du tartan approuvé en vue de son utilisation par l’Aviation royale du Canada.

Malheureusement, aucune loi ne réglemente l’utilisation de tartans et il n’existe aucun registre officiel de la sorte, ce qui est bien dommage.

Selon toute l’autorité que je puis avoir en la matière, je suis ravi d’approuver le motif de tartan et de le classer dans nos archives. »

Le vice‑maréchal de l’Air John Alfred « Jack » Sully a ensuite demandé à Lord Lyon, roi d’armes de l’Écosse, d’enregistrer le tartan. Il n’existait aucun registre officiel, mais Lord Lyon a déclaré qu’il garderait dans ses archives l’échantillon qu’il avait reçu. Cela fait, le 15 août 1942, le tartan officiel de l’Aviation royale canadienne a vu le jour, devenant ainsi le seul tartan approuvé en vue de son utilisation par une force aérienne du Commonwealth.

Certains escadrons de l’aviation royale de l’Écosse ont eu le droit de former des corps de cornemuses et certains portaient le kilt en service. Ils n’ont toutefois pas utilisé de tartan spécial de la force aérienne. [Note de l’éditeur : Depuis la rédaction du présent article, d’autres forces aériennes, notamment la Royal Air Force et la United States Air Force, ont adopté des tartans. De plus, un registre a vu le jour en Écosse.]

Nous étions très fiers lorsque, en 1948, la Royal New Zealand Air Force a demandé à l’ARC de lui fournir des échantillons de son tartan. La même année, le Air Ministry a dit à un fabricant anglais de tartan qu’il n’existe pas de tartan de la force aérienne!

Le kilt fait de tartan n’est pas le seul élément de l’uniforme des cornemuseurs, loin de là.

Il y a les doublets, les bonnets Glengarry, les faux-bas, les guêtres et les sporrans, entre autres. C’est à ce problème que le colonel d’aviation Fullerton s’est attaqué ensuite. On a créé les doublets en découpant les doublures avant des vestes des aviateurs, puis on a obtenu les bonnets Glengarry en modifiant, au moyen de rubans et d’une plume de faucon, les chapeaux des tenues de service.

Madame Fullerton et les femmes des officiers ont tricoté des faux‑bas aux couleurs choisies. Les guêtres, les sporrans et les broches de Cairngorm, quant à eux, ont été achetés au moyen de fonds privés. Vers le milieu de l’été 1942, nos deux cornemuseurs étaient resplendissants dans leurs costumes, qui ont reçu l’approbation du quartier général de la force aérienne.

Plus tard, un uniforme plus raffiné a vu le jour et plus d’accessoires du costume traditionnel des Highlands ont été achetés au moyen de fonds privés.

Déménagement à Centralia

Le 5 juillet 1942, l’École de pilotage militaire no 9 a déménagé à Centralia, en Ontario. L’un de nos deux cornemuseurs est resté à Summerside, mais nous avons persisté dans nos efforts en vue de former un corps de cornemuses à notre nouveau domicile.

Le commandant a eu l’autorisation de recruter six autres cornemuseurs affectés au service général. Parmi eux figurait James Ross, de London, en Ontario, un Écossais qui, en plus d’être un bon joueur de cornemuse, avait de l’expérience comme professeur de cornemuse. Il a été accepté comme caporal et a certainement assuré le soutien technique au début du corps de cornemuses de la force aérienne. Entièrement vêtu du costume traditionnel écossais, il a été présenté au maréchal de l’Air George Mitchell Croil, lui-même Écossais, qui a approuvé le costume traditionnel.

De nouveaux problèmes sont survenus lorsque les tisserands nous ont informés qu’ils ne pouvaient plus remplir nos commandes. Ils nous ont recommandé les fournisseurs, l’entreprise Paton and Baldwin Limited, qui nous ont conseillé de communiquer avec le contrôleur de la laine de la Commission des prix et du commerce en temps de guerre. On a pris les dispositions afin que je rencontre le contrôleur personnellement à son bureau, à Toronto.

Après un accueil courtois, il a approuvé la mise en vente de plus de fil pour les uniformes des militaires du corps parce qu’ils faisaient partie des forces armées. C’était mon dernier effort au nom du corps de cornemuses, puisque j’ai reçu une nouvelle affectation par la suite.

Les dossiers montrent que le corps de cornemuses a grossi et, en juin 1943, 19 cornemuseurs et tambours ont reçu l’approbation de s’y joindre. L’unité est donc devenue un corps officiel et les dépenses antérieures faites par l’École de pilotage militaire no 9 lui ont été remboursées à même les fonds publics.

À l’automne 1943, le corps de cornemuses était complet. Il disposait désormais d’uniformes des Highlands faits du tartan de la force aérienne et d’une majorette de la Division féminine vêtue du kilt, du bonnet à poil et du doublet.

L’article ci-dessus a paru dans le no 4 (vol. 4) de la revue Airforce, publié en décembre 1980. Un article semblable a aussi paru dans l’édition d’octobre 1960 du magazine Roundel. Nous remercions Keith Williamson, fils du commandant d’aviation Williamson, de nous avoir raconté l’histoire de son père en l’étoffant de ses précieux commentaires.

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