Les « Top Guns » du Canada

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Article de nouvelles / Le 31 octobre 2014

Par le Major Lawrence Golja

Modeste, crédible, facile d’approche. Voilà trois descriptifs qui caractérisent ceux qui ont subi et dépassé les épreuves du Cours d’instructeur – Armement de chasseurs (CIAC) de l’Aviation royale du Canada (ARC), qui se donne à la 4e Escadre Cold Lake, en Alberta.

Dans le milieu international des pilotes de chasse, la réussite d’un cours d’instructeur d’armement est considérée comme le zénith de l’emploi dans la puissance aérienne tactique. Un tel cours vise à offrir l’expérience de vol la plus intense que les candidats choisis vivront jamais, tout en constituant le plus grand défi d’apprentissage de leur existence. S’ils réussissent, au bout de six durs mois de vol, de breffages, de débreffages, d’examens et de critiques sur leur démarche, leur élocution et l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes à d’autres équipages aériens tactiques, ils auront gagné le droit de se dire instructeurs d’armement de chasseurs (IAC) canadiens.

La sélection pour le cours débute quand un pilote de CF-188 Hornet se présente à son premier escadron opérationnel. Pendant tout le processus de relèvement à la catégorie de navigateur prêt au combat (CRUG), le pilote devient un ailier compétent, apprenant comment demeurer en formation tout en faisant bon usage des nombreux capteurs et armes de l’aéronef.

Six mois après la réussite de son CRUG, il passe au relèvement à la catégorie de chef d’élément (ELUG). Dans le cadre de ce segment, il apprend, en classe et pendant les phases de vol, comment donner des breffages et des débreffages efficaces et comment diriger deux CF-188 dans l’environnement tactique.

Quelques élus sont alors inscrits au relèvement à la catégorie de chef de section (SLUG), où ils apprennent à diriger quatre CF-188 selon des scénarios tactiques. Pendant toute cette démarche, qui peut durer deux ans, des IAC à jour et qualifiés tiennent un rôle actif dans le processus des relèvements. Ils s’affairent constamment à apprécier, à classer et à évaluer tous les aviateurs de l’unité, y compris la prochaine génération d’IAC potentiels.

Le CIAC a toujours eu pour raison d’être la production et le maintien de quelques pilotes de chasseur au degré le plus élevé de compétence, d’aptitude à l’instruction et de connaissance poussée des systèmes et armes du CF-188. Ces pilotes sont les experts de l’instruction tactique de l’ARC. C’est grâce à eux que tous ceux qui réussissent leur CRUG, leur ELUG et leur SLUG satisfont à la norme établie par l’Équipe d’évaluation et de normalisation des chasseurs.

« Les instructeurs d’armement de chasseur sont considérés non seulement comme des meneurs en tactique au sein des escadrons opérationnels, mais aussi comme des mentors et des experts dans un espace de bataille tridimensionnel très complexe », affirme le Capitaine Stephen Latwaitis, officier d’évaluation et des normes des chasseurs. « Ils sont les titulaires de la norme, la personne vers laquelle se tournent leurs pairs et leurs supérieurs quand ils ont besoin d’avis et de recommandations en matière de tactique. »

Le CIAC se donne chaque année de janvier à, habituellement, six mois plus tard, au moment où l’instruction des candidats atteint son point culminant dans un scénario d’emploi parmi une grande force, qui prend la plupart du temps la forme d’une activité comme l’exercice Maple Flag. Les candidats sont choisis à la fin de l’été précédent, ce qui leur donne le temps de se préparer au défi qui les attend. Sur environ 80 à 90 pilotes de chasse prêts au combat au Canada, on n’en sélectionne habituellement pas plus de quatre, chaque année, pour le CIAC, en raison de la nature tactique difficile du plan de cours et des exigences élevées qu’il impose aux moyens, aux aéronefs et au personnel de soutien.

Le premier jour du cours, les candidats doivent déjà être capables de réussir un examen de leurs connaissances de base fondé sur l’un des nombreux manuels du parc de CF-188. Ils passent ensuite par trois dures semaines d’instruction à terre et de scénarios théoriques centrés sur les fondements de l’instruction, les techniques d’instruction, les tactiques, techniques et procédures (TTP) air-air, les systèmes d’arme air-air du CF-188, ses suites électroniques défensives, ses systèmes de réaction aux menaces surface-air et aux menaces air-air, et sur les TTP relatives aux menaces.

Nombre d’examens et d’exercices s’insèrent ici et là dans les trois semaines initiales de travail théorique pour confirmer l’intérêt réel des candidats. Pendant cette période, ils produisent également des projets de petite envergure pour un groupe de diplômés des années antérieures.

Ces projets comprennent un breffage de 45 minutes, sur un système ou une tactique de CF-188, qui amène le candidat à bien préparer et à bien donner un exposé d’instruction. Ces breffages sont évalués non seulement selon leur teneur, mais aussi selon l’efficacité de la prestation, le style de la présentation, toute l’expression corporelle du conférencier, son ton d’ensemble et sa réaction aux questions de l’auditoire.

Au terme de ces trois semaines intenses de théorie, les phases de vol commencent.

Les candidats effectuent des manœuvres de vol de base (un contre un), des manœuvres de combat aérien (deux contre un) et des tactiques de combat aérien (au plus huit contre un nombre inconnu d’adversaires), ainsi que des tirs d’artillerie air-air sur une cible remorquée.

Chaque mission, dans le cadre de chaque phase, est assortie d’un objectif adapté sur lequel le candidat doit subir un breffage, effectuer le vol et subir un débreffage. Les missions se compliquent graduellement, exigeant du candidat qu’il s’en remette à son expérience, à son savoir théorique et à son raisonnement cognitif pour trouver une solution tactiquement appropriée au problème qui se pose à lui.

Ses problèmes et difficultés peuvent être très divers, comme l’affrontement d’un adversaire inconnu dans un engagement un contre un ou l’apparition, pendant la mission, d’un nombre connu de menaces ou d’un type inconnu de menace. Il peut aussi s’agir d’une chose très simple, comme le retrait d’une capacité du CF-188 du répertoire normal du candidat pour voir comment il s’y adapte.

Les instructeurs, par exemple, peuvent enlever à l’appareil sa capacité Link 16 (lien de données) pour forcer l’occurrence de certains problèmes tactiques pendant la mission. Dans ces scénarios, les candidats doivent se montrer à la hauteur des circonstances et appliquer une solution convenable. S’ils ne trouvent pas le moyen de résoudre leur problème tactique, il leur incombe, au moment du débreffage, de discerner ce qui a mal tourné du point de vue tactique et de résoudre ce cas de telle manière qu’il ne se représente pas.

C’est au débreffage que l’IAC gagne son badge.

Les breffages prévol typiques sur les missions du CIAC durent une heure et demie, le vol dure deux heures et le débreffage dure tout le temps qu’il faut pour bien dégager la cause profonde des erreurs. Cela peut prendre plus de trois heures, selon l’efficacité du candidat. Une fois terminés le débreffage du candidat et l’évaluation de la mission, le pilote-instructeur informe les candidats sur leur rendement.

La partie air-air du CIAC compte depuis toujours de 20 à 25 missions. Pendant cette période, les candidats sont exposés à un environnement de menaces de plus en plus complexes et, sur le plan théorique, à tous les systèmes d’arme air-air que le CF-188 peut employer. En leur qualité d’experts tactiques et d’experts en armement, ils ont l’occasion de se servir de la plupart des armes air-air du CF-188, sinon de toutes, dans un polygone d’instruction contrôlé, contre des cibles sans personnel.

Une fois la partie air-air terminée, ordinairement en deux à trois mois, la partie air-surface commence, d’abord par la suspension des activités de vol au profit de la concentration sur les techniques d’instruction, les tactiques air-surface et les armes en milieu d’instruction. Les candidats assistent à des exposés sur le ciblage et sur l’emport jusqu’à des cibles fixes et mobiles, suivent une instruction théorique élargie sur les capacités des capteurs et systèmes d’arme air-surface du CF-188, des cours sur la façon de concevoir des attaques ayant certains effets sur certaines cibles, sur les procédures avancées d’appui aérien rapproché, sur l’intégration aux forces d’opérations spéciales, sur le renseignement, des exposés sur la surveillance et la reconnaissance, ainsi que sur les techniques de sauvetage et sur les menaces.

Les candidats sont tenus de créer leurs grands projets pendant cette période. À ce point de leur cours, on attend d’eux qu’ils aient produit un argument de niveau thèse sous la forme d’un document écrit et d’un exposé sur un sujet donné. La variété de ces sujets vise à élargir les tactiques connues relatives à des systèmes d’arme nouveaux ou n’ayant pas fait leurs preuves. C’est une partie très importante du cours car ces exposés servent souvent à l’élaboration des TTP à venir.

Une fois terminée la partie théorique air-surface, les candidats entreprennent leur phase structurée de vol air-surface. Ces missions sont principalement centrées sur les techniques d’instruction et sur l’emploi. Au départ, les candidats lancent des attaques air-surface théoriques au polygone Jimmy Lake de la 4e Escadre Cold Lake, en Alberta, ce qui leur permet de perfectionner leurs techniques de breffage-débreffage, en plus de raffiner leurs emports air-surface en piqué et leur emploi des systèmes dans un environnement contrôlé.

Au terme de la phase du polygone d’instruction, les stagiaires passent à la phase d’appui aérien rapproché. C’est alors que, la plupart du temps, ils collaborent avec une force d’opérations spéciales canadienne et avec des chargés du contrôle aérien terminal interarmées. Les pilotes sont exposés à des scénarios très dynamiques dans le cadre desquels ils doivent employer les capteurs et les armes du CF-188 à proximité immédiate de forces amies engagées dans un conflit à terre. Ils sont l’appui aérien du commandant des forces terrestres.

Après cette phase, ils passent à l’interdiction aérienne, qui est le dernier segment du cours.

Les candidats, à ce moment, ont été exposés à un niveau élevé et à une cadence rapide de menaces air-air et surface-air. Ils ont rencontré des menaces multiaxiales, assisté à des heures de breffages et de débreffages, vécu de longues journées et de brèves nuits. On attend maintenant d’eux qu’ils dirigent des missions toujours plus complexes de quatre CF-188 contre une menace sans cesse plus astucieuse et plus capable. Ces missions exploitent toutes les facettes de la mission véritable du CF-188 : engager des menaces dans l’environnement air-air, lancer des explosifs sur une cible donnée, en territoire hostile, et se battre pour rentrer à la base.

Les stagiaires entament cette phase dans ce que l’on appelle un scénario à quatre contre inconnu, où ils se voient attribuer une cible et des emplacements air-air potentiels. Ils doivent mener leur formation jusqu’à la cible, s’en prendre à elle et gagner, puis rentrer à la base.

Ces missions progressent lentement des quatre aéronefs au commandement de mission (CM).

Le segment de CM du cours se déroule dans le cadre d’un grand exercice d’emploi de la force (GXEF), comme Maple Flag, qui a lieu chaque année à la 4e Escadre Cold Lake. Lors de ces missions, les candidats sont chargés de mener un groupe d’aéronefs, y compris des formations multiples de chasseurs, d’aéronefs de transport, d’hélicoptères, de ravitailleurs en vol et d’avions d’alerte lointaine alliés. Leur responsabilité ultime consiste à planifier le déplacement sûr et efficace de plus de 100 moyens alliés vers une zone d’attente, à les faire pénétrer dans l’espace aérien d’un pays hostile et à les en faire sortir avec, dans l’idéal, très peu de pertes.

Ils sont responsables de l’exécution aéroportée de toute la séquence aérienne et, bien entendu, du débreffage général sur la mission, qui englobe toute leçon d’ensemble apprise et toutes les manières d’améliorer les choses. Pendant ces activités, les stagiaires ne sont pas seulement responsables de tout le déroulement, mais aussi du breffage/débreffage et de l’exécution de leur propre vol en formation de quatre ou huit CF-188 dans le cadre du déplacement général.

Quand ils terminent avec succès la phase du GXFE, ils se voient décerner la désignation d’instructeur – Armement de chasseurs.

Modeste, crédible, facile d’approche : trois qualificatifs qui ont servi d’introduction au présent article. Les diplômés de la Fighter Weapons School de la marine américaine (connue sous le nom de « Top Gun »), de la Weapons School de la United States Air Force et du Cours d’instructeur – Armement de chasseurs canadien jouissent d’une renommée mondiale pour leur habileté tactique, l’ensemble de leur savoir et leur compétence dans le poste de pilotage. Mieux encore, ils maintiennent la norme au sein de leur force de chasse respective. Ils sont considérés comme l’étalon auquel doivent se mesurer les autres.

« Le CIAC a pour visée de mettre les connaissances des candidats à l’épreuve et de les pousser jusqu’à un point qu’eux-mêmes n’auraient jamais cru pouvoir atteindre », précise le Capt Latwaitis. « L’instruction est ainsi conçue qu’elle tient les candidats à la fine pointe des techniques d’instruction, de l’élaboration des tactiques et des compétences essentielles du pilotage. »

Chaque IAC incarne le mantra « modeste, crédible, facile d’approche ». Il est essentiel au pilote de chasse d’avoir la capacité de répondre ouvertement et franchement aux questions, de discerner les problèmes et de s’analyser lui-même. Lors de son passage au CIAC, le candidat perfectionne ses compétences analytiques avancées au point de mener ses escadrons et ses pairs au combat et de donner aux commandants la perspective tactique dont ils ont besoin pour prendre des décisions efficaces et éclairées en temps de paix comme lors de conflits.

Le Major Lawrence Golja est le commandant de l’Équipe d’évaluation et de normalisation des chasseurs.

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