Ma première mission dans le Golfe : Le 17 décembre 1990

Article de nouvelles / Le 29 janvier 2016

À l’automne 1990, le Canada a commencé à déployer des forces aériennes pendant la guerre du Golfe. En effet, dans le cadre de l’opération Scimitar, le Canada a déployé des CF-188 Hornet, principalement du 409e Escadron et des renforts du 421e Escadron et du 439e Escadron, ainsi que du personnel de soutien dans la région du Golfe en vue de fournir une couverture supérieure à ses navires qui s’y trouvaient pour l’opération Friction.

Des pilotes de la Force aérienne du Canada ont participé à des patrouilles aériennes de combat pendant la période qui a précédé la campagne de bombardements aériens du 17 janvier 1991 ainsi que pendant la campagne de bombardements. Dans l’article ci-après, un pilote de CF-188 décrit sa première mission de patrouille aérienne de combat, qui s’est déroulée le 17 décembre 1990.

Par le capitaine (à la retraite) David Deere

J’avais grandement eu besoin de ces sept heures de sommeil, mais le fait de commencer sa journée à 2 h du matin est malgré tout ardu pour notre horloge interne. Après avoir rapidement déjeuné avec des céréales, quelques rôties et trois cafés, j’étais fin prêt à remplir ma première vraie mission opérationnelle dans le golfe Persique.

Le décollage était prévu à 3 h 25, et nous avons passé l’heure précédente à prendre connaissance des derniers renseignements reçus, à nous informer sur les diverses éventualités, à revêtir notre combinaison de vol et à aller chercher nos pistolets et notre cahier de mission (qui indiquait l’emplacement des menaces et des forces amies, les voies et points d’intérêt situés dans la zone d’engagement de missiles, etc.). L’équipement de survie habituel de notre combinaison comprenait maintenant des lunettes de protection à porter en cas de tempête de sable, un produit servant à éloigner les requins ainsi que des bouteilles et sacs d’eau dans toutes les pochettes libres.

La zone d’alerte était à dix minutes de route, et dix CF-188 Hornet s’y trouvaient déjà, attendant impatiemment de passer à l’action. La vue était impressionnante : tous les dix Hornet étaient éclairés par des projecteurs portatifs. Ils se découpaient nettement sur l’arrière-plan d’un noir d’encre, et leur charge maximale de missiles air-air bien visible prenait un air menaçant.

Alors que je m’approchais de mon avion pour effectuer l’inspection d’avant vol, je me suis rappelé la scène semblable que l’on voit dans le film Top Gun. Pendant que je plaçais un par un les interrupteurs d’armement en position « armée », je sentais mon adrénaline monter comme l’eau d’un ruisseau pendant une inondation printanière. En plus de 1 300 heures de vol aux commandes d’un avion à réaction, je n’avais encore jamais piloté d’appareil avec des missiles armés. Je n’avais jamais eu à le faire.

Une fois l’inspection d’avant vol terminée, j’ai bouclé ma ceinture, mis les moteurs en marche et quelques secondes plus tard, le vrombissement des GE 404 retentissait dans le silence du désert. Les générateurs éclairaient le tableau de bord du poste de pilotage, et le dispositif indiquant l’armement de l’avion m’a rappelé que j’avais à portée de main des armes extrêmement létales.

Nous avons vérifié les systèmes, et tous fonctionnaient. Nous avons ensuite rejoint la piste, qui était située tout près, et nous avons décollé en mettant plein gaz. Comme il s’agissait de ma première mission dans le Golfe, j’étais l’ailier. C’était plaisant de se sentir poussé sur la piste par les réacteurs en direction de la flamme bleue de 20 pieds (six mètres) de l’avion qui me précédait, et nous avons quitté le sol pour gagner le ciel sombre et peu familier du golfe Persique.

Après avoir volé 30 minutes environ en direction plein nord, nous avions atteint l’altitude et la vitesse de la patrouille aérienne de combat et étions en formation. Au-dessus de nous scintillaient des milliers d’étoiles, au-dessous se trouvaient les eaux foncées du Golfe et les faibles flammes des nombreuses installations de forage pétrolier et devant, nous apercevions les vives lumières de la ville de Koweït, qui était occupée. C’était très étrange pour moi d’avoir vu une si grande partie de cette région, de ce pays et de cette ville aux nouvelles depuis plus de quatre mois et de tout retrouver finalement juste devant mes yeux.

La mission s’est déroulée sans anicroche.

Il n’y avait que le contact radar occasionnel avec les combattants et les ravitailleurs du U.S. Marine Corps, qui effectuaient la même tâche que nous, soit assurer la défense aérienne des navires alliés dans le Golfe.

Après une heure de surveillance et de patrouille, deux autres CF-188 ont pris notre relève, et cette procédure s’est poursuivie pendant une période de huit heures.

Nous avons ensuite fait demi-tour en direction sud, et pendant le trajet d’une demi-heure qui nous séparait de la base, nous avons assisté à l’un des levers de soleil les plus ahurissants qu’il m’ait été donné de voir : pendant sa lente ascension au-dessus de l’horizon, le soleil découpait nettement le pourtour des montagnes iraniennes et lui donnait une vive teinte dorée. On aurait dit qu’une lumière au néon avait été placée juste au-dessus des montages pour découper les contours accidentés de leurs crêtes et de leurs vallées.

Lorsque nous sommes arrivés à la hauteur de la péninsule du Qatar, nous avons mis plein gaz, avons fait demi-tour et sommes descendus en direction du désert. La dernière partie du vol s’est déroulée à basse altitude au-dessus du désert, alors que nous cherchions à apercevoir tout ce qui s’avérait hors de l’ordinaire pour nous, comme des chameaux. Toutefois, nous avons seulement aperçu quelques tentes blanches de Bédouins au milieu de nulle part. Et dire que je trouvais que Cold Lake était un endroit isolé!

Nous avons atterri, coupé les moteurs et discuté avec le personnel chargé du renseignement de tout ce que nous avions vu, plutôt de ce que nous n’avions pas vu, et notre journée s’est terminée à 8 h.

Bien que cette première mission opérationnelle ait été peu mouvementée, elle restera à tout jamais gravée dans ma mémoire.

Le capitaine (à la retraite) Dave Deere de Calgary, en Alberta, était pilote de CF-188 pendant la guerre du Golfe. Le présent article est extrait de son ouvrage Desert Cats: The Canadian Fighter Squadron in the Gulf War, publié en 1991. L’article a été publié dans Airforce Magazine, volume 35, no 1, en 2011. Sa traduction et sa reproduction ont été autorisées.

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