Présents et visibles : des colonels honoraires de l’ARC offrent leurs services

Article de nouvelles / Le 6 octobre 2014

Par David D. Peart

Lorsque le terme « colonel honoraire » est mentionné, il est inévitablement suivi de questions : qui sont-ils, que font-ils et comment sont-ils nommés?

On peut aussi avoir l’impression que les colonels honoraires sont purement « décoratifs » et qu’ils n’ont d’autre raison d’être que de se faire prendre en photo ou d’assumer un rôle de « faire-valoir », comme l’un des colonels honoraires de l’ARC l’a décrit de façon si imagée.

Genèse du programme des colonels honoraires

Le programme des colonels honoraires a pris ses origines au Royaume-Uni, et le concept est arrivé au Canada une décennie avant la Confédération. Il a fallu presque 40 ans avant que la première nomination ait eu lieu en 1895.

Manifestement, il ne s’agissait pas d’un colonel honoraire de la Force aérienne, puisqu’il faudrait encore 14 ans avant le premier vol d’un Silver Dart. La nomination était jugée comme un honneur, conféré à des membres en vue de la collectivité en raison de leur influence; toutefois, cela impliquait aussi de convaincre les civils de s’enrôler en temps de conflit ou d’urgence, ainsi que de vêtir et même d’équiper les troupes en temps de paix.

Grâce aux recherches effectuées par le Major Mathias Joost, un officier de l’Aviation royale canadienne (ARC) travaillant à la Direction – Histoire et patrimoine de la Défense nationale, on a déterminé que les premières nominations de colonels honoraires de l’ARC remontent à 1931, et que les noms des candidats retenus sont légendaires dans l’histoire de l’aviation militaire de notre pays : les Colonels d’aviation James Stanley Scott et Redford Henry « Red » Mulock, le Commandant d’escadre William « Billy » Bishop et le Commandant d’aviation Donald Roderick MacLaren. Comme ils venaient de prendre leur retraite du service actif, le fait de leur conférer une nomination honoraire était à la fois un moyen d’honorer leur service et de les garder comme exemple à suivre et comme mentors pour ceux qui continueront de porter l’uniforme.

D’autres militaires à la retraite et des civils en vue ont par la suite été nommés au fil des ans, pour reconnaître leur contribution dans le domaine de l’aviation, à l’égard de l’ARC durant la Deuxième Guerre mondiale, ou leur réputation au sein de la collectivité.

Il est intéressant de souligner que la première nomination à un escadron, à une escadre en particulier ou à l’ARC n’était à nul autre que John Alexander Douglas McCurdy, soit la première personne au Canada à faire voler un appareil motorisé plus lourd que l’air, soit le Silver Dart. Il a été le premier à être nommé colonel honoraire de l’ARC en 1959, marquant le 50e anniversaire du vol de Silver Dart. Le colonel honoraire McCurdy a servi à ce titre jusqu’à son décès en 1961.

En 1934, la Force auxiliaire de l’ARC (la Réserve de l’Air en langage moderne) a commencé à nommer ses premiers candidats – des dignitaires locaux choisis, comme des éditeurs, des avocats et des propriétaires d’entreprise. Le rôle des colonels honoraires était de créer un lien entre l’escadron auxiliaire et la collectivité locale afin de mieux faire connaître l’escadron – rôle qui est demeuré pratiquement inchangé à ce jour. Contrairement à leurs prédécesseurs de l’Armée, ils n’avaient pas à prêter main‑forte à l’enrôlement ou à équiper l’escadron.

Ce n’est qu’à partir des années 1970 que les escadrons de la Force régulière de l’ARC ont demandé la nomination de leurs premiers colonels honoraires.

Le dernier quart de siècle a vu des Canadiens distingués de toutes les sphères de la société portés à la liste des colonels honoraires. La visibilité qu’ils apportent à l’ARC et la fierté qu’ont les hommes et les femmes de la Force aérienne à l’égard de leurs colonels honoraires crée un lien important entre l’aviation et les communautés où celle‑ci est installée. Les colonels honoraires perpétuent une tradition de service séculaire, et ils sont tout aussi importants, voire davantage, que lorsque le programme a vu le jour.

Le processus de nomination

L’objectif du programme des colonels honoraires – soit de créer un lien auprès de la collectivité – demeure essentiellement inchangé, mais il a été élargi pour inclure les collectivités professionnelles ainsi que des références géographiques.

Au sein de l’ARC, toutes les nominations se font de façon ascendante, dans la mesure où le commandant d’escadron nomme des candidats potentiels en fonction de leur « correspondance » avec les rôles et les missions de l’escadron. Les candidatures pouvant être prises en considération comprennent celles d’officiers commissionnés du Canada ou du Commonwealth à la retraite ou de civils distingués. Bien que cette dernière catégorie puisse sembler mal définie, elle n’a créé aucune difficulté en matière de choix. L’on respecte le même adage que celui qui caractérise un « leader », soit une personne qui peut être difficile à trouver, mais facile à remarquer.

Il y a de nombreux filtres ou niveaux d’examen pour chaque candidat potentiel, et le point culminant est la nomination faite par le ministre de la Défense nationale. Actuellement, le brillant ensemble des colonels honoraires de l’ARC comprend des hommes et des femmes en vue provenant du monde des affaires et de l’industrie; des gens du milieu de l’enseignement provenant des université, des collèges et des écoles secondaires; des membres du secteur bancaire; des élus municipaux et provinciaux; des avocats; des membres du clergé et des professionnels de la santé; des membres des médias; des vedettes du sport et du spectacle; ainsi que des officiers commissionnés à la retraite (surtout de la Force aérienne).

Plus particulièrement, lorsque les nominations des colonels honoraires des escadrons et des escadres de la Force régulière ont vraiment pris racine au début des années 1990, ils étaient presqu’exclusivement des officiers à la retraite de l’ARC. Au cours de la dernière décennie, la proportion de militaires à la retraite par rapport aux canadiens distingués a grandement changé. Pour l’heure, le programme compte plus de 70 colonels honoraires de l’ARC, dont 75 pour cent font partie de la catégorie des Canadiens distingués comptant peu d’expérience militaire, voire aucune; les autres sont des officiers commissionnés à la retraite. Grâce à ce changement, la Force aérienne peut engager bien plus de collectivités professionnelles dans réduire le lien avec les collectivités géographiques.

Leur rôle

Que font les colonels honoraires?

Sans exception, ces bénévoles sont attachés à leurs tâches, enthousiastes à l’idée de contribuer et cherchent constamment des façons nouvelles et différentes d’aider les membres de leur escadron ou leur unité à faire partie de leur collectivité d’adoption. À titre de bénévoles, ils ne sont pas payés pour leurs services, bien que leurs frais de déplacement, de repas et d’hébergement soient remboursés. Il n’y a pas de liste exhaustive concernant leur participation, mais leurs tâches s’inscrivent dans les grandes catégories suivantes :

  • favoriser l’esprit de corps
  • développer, promouvoir et entretenir un soutien communautaire solide à l’égard de l’unité
  • maintenir un rapport étroit avec le commandant de l’unité ainsi que les autres colonels honoraires de la région
  • aider l’unité à tenir des défilés et d’autres événements
  • se rendre disponibles pour tous les membres de l’unité, lorsqu’ils le peuvent, pour fournir des conseils et du soutien
  • représenter l’escadron, ou peut-être l’ensemble de l’ARC, au sein de la collectivité lors de rassemblements publics et de conférences
  • contribuer au moral global de l’unité et à son efficacité

Plus précisément, ils servent de mentors à l’égard du commandant de l’unité et de la direction de l’escadron. Ils aident à combler les besoins personnels et individuels, comme l’hébergement pour les nouveaux arrivants, les besoins en éducation spécialisée, les soins médicaux et dentaires pour les conjoints et les enfants, ou ils peuvent même aider en ce qui concerne les problèmes juridiques.

L’aide à ce niveau est particulièrement utile pour les étudiants étrangers et les officiers d’échange qui servent dans les escadrons de la Force aérienne et fréquentent les écoles d’entraînement au vol. Poursuivant sur le thème du soutien aux familles, les colonels honoraires sont particulièrement attentifs à l’égard des familles des militaires de l’unité qui sont déployés et ils prennent contact avec les aviateurs en mission durant la période des Fêtes et lors de dates marquant des événements importants.

Ils facilitent souvent les séances de leadership ou les séminaires au niveau de l’unité ou de l’escadre grâce à leur participation; ils gagnent l’appui de conférenciers et de panélistes compétents. Dans leur rôle le plus fondamental – consistant à créer des liens avec la collectivité – ils peuvent être appelés à clarifier des malentendus, des renseignements erronés voire de la désinformation entre des amis aux clubs militaires ou même en prenant un café « au Tim ».

Ce ne sont pas tous les colonels honoraires qui sont installés localement près de leur escadron ou de leur escadre. Bien qu’il soit ainsi plus facile pour les colonels honoraires de visiter leurs unités et d’apporter leur contribution principale – soit celle de leur « présence » – ceux qui habitent plus loin présentent aussi un gros avantage.

L’ARC a eu beaucoup de bases à l’échelle du Canada, particulièrement pendant les années 1950 et 1960. Des opérations de vol ont avaient lieu dans des zones urbaines comme Toronto, Montréal, Calgary et Vancouver, alors l’ARC était beaucoup plus visible à cette époque. Les hommes et les femmes portant l’uniforme bleu clair étaient bien en vue à l’échelle du pays, mais ce n’est plus le cas.

Contrairement à la Réserve de l’Armée, qui compte des unités implantées dans quelque 105 collectivités à l’échelle du Canada, l’ARC est maintenant installée à une douzaine d’endroits à peine et, mis à part Winnipeg et Halifax – et dans une moindre mesure Montréal avec le 438e Escadron – l’ARC n’est pas très visible dans les grandes zones urbaines du Canada.

Bien que nous soyons peu nombreux au sein d’une grande population, nous apprécions beaucoup les colonels honoraires qui habitent à Toronto, Vancouver, Montréal et dans d’autres zones urbaines. Ils représentent l’ARC en portant fièrement l’uniforme bleu clair lors des défilés du jour du Souvenir et d’autres occasions. Leur présence suscite de l’intérêt pour l’ARC et leur offre une occasion de parler des hommes et des femmes de la Force aérienne ainsi que des opérations dans lesquelles ils sont engagés. Même Stratford (Ontario), lieu de résidence du colonel honoraire Loreena McKennitt, bénéficie de la présence d’un colonel honoraire de l’ARC en de telles occasions.

Former un colonel honoraire nouvellement nommé au sein de l’ARC, particulièrement lorsqu’il n’a aucune expérience militaire, est un effort collectif.

Puisqu’ils portent l’uniforme et représentent leur escadron, l’ARC et, de fait, les Forces armées canadiennes au sein de leur collectivité respective, on leur enseigne les protocoles traditionnels liés aux uniformes, à la marche et aux marques de respect – c’est‑à‑dire faire le salut – durant un mini « camp d’entraînement » tenu à leur escadron.

L’adjudant de l’unité donne cette formation, et il est toujours disponible  pour répondre à leurs questions en ce qui concerne l’endroit où placer l’insigne et le porte-nom, ainsi que la façon et le moment où porter le calot de l’ARC. Les colonels honoraires sont ensuite invités à apprendre ce que sont le rôle et les missions de l’escadron en lisant, en parlant aux membres de l’unité, en effectuant des vols avec eux, s’il y a lieu et même en se déployant avec eux. Rien ne peut mieux montrer en quoi constitue une mission que de passer une nuit ou deux dans un sac de couchage sous la tente avec un escadron tactique d’hélicoptères – pendant l’hiver – ou de partir en mission de recherche et de sauvetage.

Le dernier échelon du processus éducatif se donne lors de la conférence annuelle des colonels honoraires de l’ARC. Ce rassemblement a plusieurs objectifs. Il vise d’abord à élargir leurs horizons afin d’englober la perspective du niveau stratégique, grâce à des exposés et à la présence du commandant de l’ARC, des commandants des deux divisions aériennes ainsi que des officiers supérieurs principaux d’Ottawa et de Winnipeg.

Le deuxième objectif est de promouvoir le réseautage entre tous les colonels honoraires de l’ARC. Cela leur permet de faire connaître leurs expériences et de transmettre les « pratiques exemplaires ». L’objectif final est d’étendre leur exposition à d’autres collectivités opérationnelles de la Force aérienne.

La conférence se tient en divers lieux chaque année, afin que les colonels honoraires puissent voir tout l’éventail des opérations de mobilité aérienne, d’aviation tactique, aéronavales, de combat, ainsi que de recherche et de sauvetage, de même que diverses écoles d’entraînement de l’ARC à l’échelle du Canada.

Atteindre ces objectifs n’est pas une mince affaire, d’autant plus qu’on est limité dans le temps. Après tout, rassembler chaque année un tel ensemble de Canadiens en vue et de commandants de plusieurs échelons pendant trois jours représente un énorme engagement de part et d’autre. Mais, grâce aux participants enthousiastes de ce niveau, les objectifs sont chaque fois atteints.

Le pouvoir de plus de 70

Finalement, bien que chacun des membres du cadre des colonels honoraires ait un pouvoir et une influence considérables, lorsqu’ils sont pris ensemble pour former une entité de 70 bénévoles éminents, voire davantage, ce pouvoir et cette influence s’accroissent de façon exponentielle.

Le terme « le pouvoir de plus de 70 » est devenu manifeste au fil des ans, et il a continué d’évoluer. Comme les hommes et les femmes de l’ARC déménagent d’un lieu à un autre, un lien de colonel honoraire à colonel honoraire peut aider à combler les besoins en matière d’éducation spécialisée ou de santé, d’emploi du conjoint et à réaliser une installation plus harmonieuse. Collectivement, le cadre établira les fondements, aidera à l’exploitation des Centres des ressources pour les familles des militaires et aidera les familles durant les périodes de deuil.

Au tout début du programme des colonels honoraires, nous avons rendu hommage à des pionniers de l’aviation comme Scott, Mulock, Bishop et McLaren, en leur conférant le grade honoraire.

Comme l’a bien résumé John Wright, le colonel honoraire du 400e Escadron tactique d’hélicoptères, il a accepté sa nomination « pour honorer les hommes et les femmes qui servent de la Force aérienne du Canada et non pour être honoré. »

Ce sentiment est partagé par chacun des fiers Canadiens qui font du bénévolat avec tant d’abnégation, et par les hommes et les femmes de l’ARC qui sont à la fois reconnaissants et honorés.

David D. Peart est colonel à la retraite et conseiller spécial auprès du commandant de l’Aviation royale canadienne.

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