Si près de la paix : la mort prématurée du sous-lieutenant MacHardy et du lieutenant Rodger

Article de nouvelles / Le 29 novembre 2018

Par Joanna Calder, avec le capitaine Tom McHardy

La Première Guerre mondiale était presque terminée lorsque le sous-lieutenant Alexander William MacHardy, de la Royal Air Force, a pris son envol le matin du 10 novembre 1918.

Il se trouvait loin de sa ville natale de McLellan’s Mountain, dans le comté de Pictou, en Nouvelle-Écosse, dont il ne reverrait jamais les vertes forêts.

Le sous-lieutenant MacHardy est né le 3 juin 1894. Il exerçait la profession d'enseignant avant de se joindre, le 10 novembre 1917, au Royal Flying Corps (qui deviendrait plus tard la Royal Air Force, ou RAF, le 1er avril 1918). Il a suivi son instruction de base à Borden, en Ontario, puis a reçu son instruction de vol à bord du Curtiss JN-4 Canuck au camp Taliaferro, à Fort Worth, au Texas. Il a reçu son brevet de pilote et accédé au grade de sous-lieutenant le 8 avril 1918, avant de se rendre à l’étranger pour combattre. Au mois de novembre 1918, il faisait partie du 20e Escadron de combat de la RAF, affecté à Iris Farm, près de Clary, en France.

Le matin du 10 novembre 1918, à 10 h 20, exactement un an après son enrôlement, il s’est envolé à bord du Bristol no 6195 avec sept autres chasseurs Bristol F.2b. Il était accompagné de son mitrailleur et observateur, le lieutenant William Alexander Rodger, qui venait d’Édimbourg, mais qui s’était d’abord enrôlé dans le régiment Manitoba, après avoir servi dans la Force expéditionnaire du Canada, avant de se joindre à la RAF. Les Bristol escortaient cinq bombardiers de Havilland DH.9 du 44e Escadron, décollant d’Iris Farm eux aussi, pour mener une mission de bombardement au-dessus du Hainaut, en Belgique.

La formation de la RAF venait tout juste de traverser la frontière franco-belge lorsqu’elle a subi l’attaque d’un groupe de sept Fokker D.VIIs du Jasta 50 (escadron de chasseurs), basé à Morville, en Belgique.

Gaston Descartes avait cinq ans au moment de cet affrontement fatidique. Il a comparé la scène à une ruche agitée, pleine de manœuvres et de bruits violents. Il s’est souvenu qu’un des avions a quitté les lieux du combat, est descendu au sol en tournant, et s’est écrasé près de sa maison à Martinsart, à 11 h 35. C’était l’avion du sous-lieutenant MacHardy et du lieutenant Rodger, morts moins de 24 heures avant la fin de la Première Guerre mondiale. Le commandant du Jasta 50, le lieutenant Hans von Freden, a revendiqué la victoire, sa vingtième et la dernière de la guerre. Il est lui-même mort moins d’un an plus tard, frappé par la grippe.

Les autorités belges ont d’abord inhumé le sous-lieutenant MacHardy et le lieutenant Rodger dans le cimetière communautaire de Froidchapelle. On a déplacé leur corps au cimetière communautaire de Tournai, dans l’annexe des Alliés, en mars 1949.

Le sous-lieutenant MacHardy a par conséquent reçu la distinction peu enviable d’être l’un des tout derniers, peut-être même le dernier, aviateurs canadiens à perdre la vie pendant la Première Guerre mondiale.

Le 12 mai 2018, le capitaine Tom MacHardy, petit-neveu du sous-lieutenant MacHardy et militaire de l’Aviation royale canadienne, se trouvait en Belgique pour aider les historiens belges Jacques de Ceuninck et Nicolas Clinaz à excaver les restes de l’avion Bristol F.2b de son grand-oncle. Dans son livre Morts au Combat dans le Ciel 14-18, M. de Ceuninck fait le récit de la bataille selon M. Descartes, y compris les lieux de l’écrasement à la ferme Guiot, à Martinsart. Une recherche de trente minutes a permis de découvrir le site de l’écrasement.

« Tout confirmait l’histoire du témoin, a expliqué le capitaine MacHardy au journaliste Luke Hendry, du Belleville Intelligencer. Ce sentiment était quelque peu irréel. Nous avons trouvé un morceau d’aluminium, on aurait dit un bouclier thermique, percé par un projectile. Il y avait même du contreplaqué préservé de la monture du moteur. » 

Le 10 novembre 2018, le capitaine MacHardy, aidé de la ville de Froidchapelle, en Belgique, a tenu une cérémonie commémorative pour honorer la mémoire du sous-lieutenant MacHardy et du lieutenant Rodger, cent ans après leur décès et 101 ans après l’enrôlement du sous-lieutenant. « Me voici à Froidchapelle, cent ans plus tard, pour honorer la mémoire de mon grand-oncle, William Alexander Rodger, et de son mitrailleur, qui ont sacrifié leur vie pour la paix, moins de 24 heures avant la signature de l’armistice », a affirmé le capitaine MacHardy.

« Mon grand-oncle Billy et son mitrailleur William m’ont servi d’inspiration pendant ma propre carrière d’aviateur. Ce sont mes héros. Le fait qu’autant de gens aient assisté à la cérémonie et participé à son organisation me donne de nouveau espoir que les gens qui ont sacrifié leur vie pour la paix ne sombreront pas dans l’oubli. » 

Dans le cadre de son initiative « Les héros de chez nous », Parcs Canada a créé une plaque qui a été dévoilée pendant la cérémonie. Le capitaine MacHardy et l’historien belge Nicolas Clinaz ont, quant à eux, fourni une plaque en pierre honorant le sous-lieutenant MacHardy et le lieutenant Rodger.

Le colonel Normand Gagné a représenté l’ARC à la cérémonie et a aidé le capitaine MacHardy, Willy Decuir, bourgmestre de Froidchapelle, et Jacques de Ceuninck, historien belge, à dévoiler la plaque de Parcs Canada. Messieurs Ceuninck et Nicolas Clinaz, aussi historien belge, ont accompagné le capitaine MacHardy dans le dévoilement de la seconde plaque commémorative.

« Nous sommes reconnaissants aux aviateurs comme le sous-lieutenant MacHardy des sacrifices qu’ils ont consentis, a déclaré le colonel Gagné dans son discours. Aujourd’hui, nous honorons la mémoire de ce héros de chez nous. Demain, nous honorerons les sacrifices de tous ceux qui ont combattu pendant la Grande Guerre, surtout ceux qui ne sont pas rentrés chez eux et qui ont quitté parents, frères, sœurs, conjoint et enfants.

« Des gens comme Alexander William MacHardy.

« Lest We Forget.

« Nous nous souviendrons d’eux. »

Une note sur l’orthographe du nom MacHardy

Sur la plaque « Les héros de chez nous » de Parcs Canada, le nom de famille du sous-lieutenant MacHardy s’écrit de deux façons, à savoir « McHardy » et « MacHardy ». Le capitaine MacHardy explique la différence apparente : « La prononciation originale de MacHardy, en gaélique, s’écrivait "McHardy", avec une ligne et deux points sous "Mc". Or, la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth a mal interprété ce nom, gravant le nom "McHardy" sur la pierre tombale. La ligne et les deux points soulignent l’accent mis sur la prononciation de ce qui s’écrit comme "Mac". »

Le texte figurant sur la plaque de Parcs Canada

 

ALEXANDER WILLIAM McHARDY

1894 - 1918

HÉROS DE CHEZ NOUS

Billy MacHardy grandit dans une ferme du comté de Pictou, en Nouvelle-Écosse, au Canada. Il est adolescent lorsque le premier avion de l’Empire britannique décolle de sa province d’origine, en 1909.

Au début de la Grande Guerre, en 1914, alors que MacHardy est professeur d’école, sa fascination pour l’aviation le pousse à s’enrôler dans le Royal Flying Corps Canada en 1917. Le 18 avril 1918, il obtient son brevet de pilote et est promu sous-lieutenant quelques jours plus tard. Cette même année, il sert dans plusieurs escadrons de chasseurs de la Royal Air Force (RAF) dans le sud-est de la France.

MacHardy effectuera sa dernière mission dans les heures précédant l’Armistice. Le 10 novembre 1918, MacHardy et sept autres avions Bristol quittent l’aérodrome d’Iris (près de Clary, en France) afin d’effectuer un bombardement au-dessus de la Belgique. Au cours d’intenses combats contre des avions ennemis, celui de MacHardy est abattu, tuant sur le coup le pilote âgé de 24 ans et son observateur/mitrailleur, le lieutenant William Alexander Rodger. MacHardy serait la dernière victime de la guerre parmi les pilotes canadiens de la RAF.

Le 12 mai 2018, un groupe de bénévoles dirigé par le capitaine Thomas MacHardy, petit-neveu de MacHardy, ont fouillé le site de l’écrasement à Martinsart, Froidchappelle, en Belgique et récupéré les restes de l’avion.

Héros de chez nous est une initiative de Parcs Canada qui vise à honorer de simples citoyens, militaires et civils ayant contribué à l’effort de guerre du Canada. Pour plus d’informations : pc.gc.ca/heros-heroes


 

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