ARCHIVÉE - Un courageux pilote canadien raconte le rôle qu’il a joué lors de la bataille d’Angleterre

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Article de nouvelles / Le 17 septembre 2015

Par Holly Bridges

John Stewart Hart, 99 ans, est probablement le dernier pilote canadien vivant au Canada qui a participé à la bataille d’Angleterre. Il a été interrogé récemment à propos de son service pendant la seule bataille de la Seconde Guerre mondiale livrée et gagnée entièrement dans les airs. La participation du lieutenant d’aviation Hart, et celle de tous les membres d’équipage aérien et du personnel de piste canadiens, britanniques et alliés, a permis de remporter une difficile bataille il y a 75 ans.

John Hart est né à Sackville, au Nouveau-Brunswick en septembre 1916. Il a commencé ses études à la Mount Allison Academy de Sackville en 1931, et est entré à la Mount Allison University en 1936. Il n’a pas obtenu son diplôme; il a plutôt obtenu sa licence de pilote du Halifax Flying Club à l’été de 1938. À l’automne, il s’est rendu en Angleterre et, en janvier 1939, il s’est enrôlé dans la Royal Air Force (RAF) pour une affectation de courte durée. En 1940, il a intégré la No. 7 Operational Training Unit en Angleterre. Alors âgé de 24 ans, il s’est rapidement vu confier les commandes d’un Westland Lysander.

Après quelques affectations dans d’autres régions du pays, notamment au sein du No. 614 Squadron et du No. 613 Squadron, le lieutenant d'aviation Hart a été transféré du No. 54 Squadron au No. 602 (City of Glasgow) Squadron en Écosse. Il s’agissait d’un solide escadron d’avions de chasse qui a rapidement gagné Westhampnett, une piste atterrissage d’urgence sur le terrain d’aviation satellite de la RAF de Tangmere, dans le sud-est de l’Angleterre, installé pour repousser la Luftwaffe allemande. La RAF préparait l’aérodrome en vue de la bataille d’Angleterre.

Contexte de la bataille d’Angleterre

Pour bien comprendre le rôle de John Hart ainsi que de tous les membres d’équipage aérien et du personnel de piste qui ont pris part à la bataille d’Angleterre, il est important de mettre les événements en contexte.

À cette époque, la machine militaire d’Hitler avait envahi la France à une vitesse fulgurante. La bataille de France avait commencé le 10 mai 1940 avec l’invasion des Pays-Bas et de la Belgique. La Pologne, le Danemark et la Norvège avaient déjà capitulé.

Au mois de juin, la France capitulait à son tour, et les Alliés étaient forcés de quitter le continent. Quelques jours après la capitulation, Winston Churchill, le nouveau premier ministre de la Grande-Bretagne, prononçait un discours à la Chambre des communes britannique sur la situation critique des Alliés : « La bataille de France est terminée, celle d’Angleterre va bientôt commencer. Hitler sait qu’il devra nous vaincre sur notre île ou perdre la guerre. Préparons-nous donc à faire notre devoir et n’oublions pas que, si l’Empire britannique et son Commonwealth perdurent pendant 1 000 ans, les hommes diront encore “C’était leur heure de gloire” ».

Hitler planifiait désormais de lancer une offensive majeure sur la Grande-Bretagne. Pour réussir l’invasion, il devait dominer l’espace aérien sur la Manche et le sud-ouest de l’Angleterre. La Luftwaffe avait pour mission d’éliminer la British Air Force au point où elle serait incapable d’opposer une force substantielle aux troupes d’invasion.

Le lieutenant d’aviation Hart rassemble tout son courage pour la bataille à venir

En préparation de la future marquante bataille, le lieutenant d’aviation Hart a cessé de piloter un Lysander pour apprendre à voler sur le Supermarine Spitfire au sein du No. 54 Squadron. Le cours de conversion a duré seulement une semaine, ce qui n’est rien si l’on compare avec ce qui se fait aujourd’hui, où les équipages aériens militaires s’entraînent pendant des mois sur de nouveaux aéronefs.

Dès qu’il a terminé le cours, John Hart s’est passionné pour le pilotage des appareils Spitfire.

« C’est très agréable de voler sur un Spitfire », a-t-il déclaré depuis chez lui, en Colombie-Britannique. « Il est très maniable. Il suffit de penser à la manœuvre que vous souhaitez effectuer, et il la réalise. Ça se fait tout seul, pas besoin de forcer. Vous ne faites qu’un avec lui. Il est aussi beau que facile à piloter. »

Ce dont John Hart ne se rendait peut-être pas compte, c’est que le terrain d’aviation de la RAF Tangmere où il travaillait, à Westhampnett, et les autres terrains d’aviation du même genre, comme ceux de Kenley, Croydon, Biggin Hill, West Malling, Horchurch, Hawkinge, Gravesend, Manston, Rochford, North Weald, Martlesham Heath, Stapleford Tawney, Debden et Northolt, seraient le théâtre des combats les plus acharnés de toute la bataille d’Angleterre.

Il occupait un poste dangereux, c’est le moins qu’on puisse dire.

Nombre des pilotes, ou des « quelques » pilotes, comme sir Winston Churchill appellera plus tard les pilotes canadiens, les pilotes britanniques et les autres pilotes alliés qui ont participé à la bataille d’Angleterre, ont été les plus durement touchés pendant les attaques de la Luftwaffe dans son espace aérien vital au-dessus de la Manche et le sud-est de l’Angleterre. Nombre d’entre eux ont perdu la vie lorsque leurs avions se sont écrasés dans la tranquille campagne britannique. C’est notamment le cas de l’ami d’enfance de John Hart, Alex Trueman, qui était lui aussi pilote et originaire de Sackville. L’avion d’Alex Trueman s’est écrasé durant les premiers jours de la bataille d’Angleterre, mais la perte de son ami n’a pas découragé John Hart de se battre. Il n’a jamais laissé la peur avoir raison de lui.

« Nous n’avions pas le temps d’avoir peur » a-t-il dit. « Nous étions concentrés sur ce que nous faisions. »

L’aéronef de John Hart a été touché par un tir d’aéronef polyvalent bimoteur Junkers Ju 88 le 30 septembre 1940, au-dessus de la Manche, mais il a réussi à faire atterrir son Spitfire en toute sécurité. « J’étais seulement à 20 milles [32 kilomètres] et à 20 000 pieds [6 096 mètres] quand l’avion a été touché », se souvient-il.

Il a également essuyé des tirs ennemis plus tard pendant la guerre, en Italie et en Inde, mais il a chaque fois réussi à poser son appareil en toute sécurité.

À cette époque, on faisait appel à des Canadiens ordinaires, comme le lieutenant d’aviation John Hart et des centaines d’autres, pour accomplir des choses extraordinaires, pour gagner des batailles ainsi que pour préserver la paix et la liberté dont nous bénéficions aujourd’hui. Et pourtant, il dit que son rôle dans la bataille menée par les forces aériennes alliées pour repousser la Luftwaffe et gagner la bataille d’Angleterre n’avait rien d’exceptionnel.

« D’accord, j’ai [la médaille de la bataille d’Angleterre] avec une étoile, mais je n’ai pas grand-chose à y voir », dit-il avec modestie. « Je servais au sein d’un escadron, et je faisais mon travail. »

Combien de personnes a-t-il tuées pendant la Bataille? « Pas autant que j’aurais voulu », répond-il. Pilote de chasse un jour, pilote de chasse toujours.

Il est devenu commandant du 67 Squadron en Birmanie, de mai à juillet 1943, et du 112 Squadron en Italie d’avril à août 1945.

Le commandant d'aviation John Hart été décoré de la Croix du service distingué dans l’Aviation le 22 juin 1945, et a été libéré de la RAF en 1946.

Dossiers provenant des archives du Mount Allison University.

Note du rédacteur : D’après l’organisation responsable du monument de la bataille d’Angleterre en Angleterre, le seul autre pilote survivant canadien de la bataille d’Angleterre, Percy Harold Beake, vit à Bristol, en Angleterre. Sa famille avait émigré de Bristol au Canada avant la Deuxième Guerre mondiale.

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