Un exemple de courage : Jack Vincent Watts rend l’âme à 98 ans

Article de nouvelles / Le 5 novembre 2019

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À l’approche du jour du Souvenir, le 11 novembre, nous rendonshommage à ceux qui ont servi,
et continuent de servir, dans l’Aviation royale canadienne.

Le brigadier-général Jack Vincent Watts, ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, a rendu l’âme plus tôt cette année à l’âge de 98 ans, ayant survécu à sa femme, Norma, également militaire pendant la guerre, notamment durant la bataille d’Angleterre, qui est décédée en 2018. Les deux ont assisté au défilé national de la batailled’Angleterre tenu en 2013, à Ottawa, en tant qu’invités d’honneur. Voici un article au sujet du brigadier-général Wattsque nous avons publié cette année-là, ainsi que son article nécrologique.

Par Dominique Boily

Environ 50 000 Canadiens servant dans l’Aviation royale canadienne et la Royal Air Force ont participé à des opérations du Bomber Command dans le ciel de l’Europe occupée pendant la Seconde Guerre mondiale.

Parmi ces braves Canadiens figurait un navigateur courageux et très compétent : Jack Vincent Watts.

Le brigadier-général Watts est né en 1920, à Hamilton, en Ontario, et s’est enrôlé dans l’ARC le 2 juillet 1940.

Il a rencontré sa femme, la caporal Norma Tilley, en Angleterre, au printemps 1944, pendant qu’elle servait dans la Women’s Auxiliary Air Force, dans le Bomber Command. Il l’a épousé à l’automne de la même année.

Il a exécuté plus de 100 sorties pendant son service dans le Bomber Command et a fait partie de plusieurs unités.

Pendant son remarquable service en temps de guerre, il a obtenu l’Ordre du service distingué (DSO) et la Croix du service distingué (DFC) avec agrafe. Il a quitté l’ARC après la guerre au grade de commandant d’aviation, mais il s’est enrôlé de nouveau dans la Force aérienne, prenant sa retraite de celle-ci au grade de brigadier-général, en 1975. Il a commandé le contingent de l’ARC lors du couronnement de la reine Elizabeth II, en 1953, en plus d’obtenir la médaille du couronnement de la reine elle-même.

Bien qu’il n’ait pas servi pendant la bataille d’Angleterre, le brigadier-général Watts connaissait un pilote ayant un dossier militaire reluisant qui avait, lui, participé à la bataille, et qui avait eu beaucoup de mal à s’adapter à la vie normale après la guerre.

« C’était une autre victime [de la guerre], un peu comme s’il avait subi des blessures au combat, a dit M. Watts. Aujourd’hui, [on appelle cela] le stress post-traumatique. »

« Il y avait des militaires qui ne se sentaient pas normaux à moins de mener des opérations. C’était un peu comme revenir chez soi … la familiarité des choses. C’était le fait d’avoir quitté l’enfance et l’adolescence pour devenir un homme. »

Pendant son service dans le 10e Escadron de la Royal Air Force, le brigadier-général Watts était aux premières loges lors des fameuses attaques contre le cuirassé allemand Tirpitz, navire-frère du Bismarck, mieux connu.

Pendant la majeure partie de son service en temps de guerre, le Tirpitz est resté dans les fjords norvégiens, à Trondheim. Constituant une menace constante pour la Royal Navy, il faisait constamment l’objet d’attaques britanniques, mais les fjords rendaient toute attaque contre le navire difficile pour les aviateurs alliés.

Cependant, le 27 avril 1942, le capitaine d’aviation Watts a guidé d’une main experte et calme le pilote de son bombardier Halifax à travers une embuscade tendue par plusieurs chasseurs ennemis, pour faire descendre l’avion à une étonnante altitude de 76 mètres, d’où il a largué sa cargaison explosive sur le navire.

« Je crois que [l’attaque contre le Tirpitz] s’est révélée la plus difficile de toutes », a-t-il déclaré.

« Il faisait nuit, et nous transportions des mines au lieu de bombes; les mines devaient couler sous la poupe du Tirpitz et exploser afin d’endommager l’arrière du navire. Nous avons attaqué à 76 mètres d’altitude, c’est-à-dire tout juste au-dessus de la mâture. Nous ne pouvions descendre plus bas si nous voulions nous en sortir. Nous avons exécuté des sorties deux nuits de suite. »

La première nuit, le navire, complètement enveloppé d’une fumée protectrice, n’a subi aucun dommage. « On n’y voyait absolument rien », a-t-il dit. L’attaque de la nuit suivante a porté des fruits, toutefois. Le capitaine d’aviation Watts a obtenu la Croix du service distingué en raison de son travail pendant les deux nuits.

Son sang-froid et son courage ont de nouveau été mis à l’épreuve le 11 novembre 1942, quand son avion a été abattu en Méditerranée, près de Tobrouk, en Libye.

Il a survécu, mais son parachute l’a blessé. Puisque son avion a été abattu au milieu de la nuit, il n’avait que les étoiles pour se diriger dans l’obscurité. Malgré la situation extrêmement périlleuse, il a su trouver le courage et la force de caractère nécessaires pour conserver son sang-froid et faire abstraction de la peur, de la douleur causée par sa blessure et de la peine entraînée par la perte apparente de ses compagnons d’équipage. Il s’est servi de ses compétences de navigateur aguerri pour survivre et nager jusqu’à la rive : un cauchemar qui a duré plus de cinq heures.

« J’ai fait toutes les sortes de nage possibles. Chaque fois que je me retournais pour nager sur le dos, je suivais les étoiles… À trois reprises au moins, j’ai pensé que j’allais me noyer. »

À un moment donné, le capitaine d’aviation Watts a crû entendre les vagues se brisant sur le rivage, mais il a refusé de s’abandonner à l’idée que c’était effectivement la rive.

« En raison de l’expérience que j’avais acquise dans la mer du Nord, je ne voulais pas me donner de faux espoirs, donc j’ai continué à nager sans me laisser berner. Finalement, mes mains et mes genoux ont touché le fond. J’ai gravi la pente en rampant jusqu’à ce que je parvienne au rivage, je me suis glissé entre deux gros rochers et je me suis évanoui. »

Quand il est revenu à lui, il a compris qu’il se trouvait sur la berge d’un camp occupé par l’armée allemande. Voyant des gens se déplacer et une tour de guet à proximité, il a choisi de ne pas bouger du tout pendant deux ou trois jours, de peur d’être repéré. Toutefois, après avoir été exposé aux éléments, sans eau, nourriture ou abri, il a décidé de sortir de sa cachette, une fois la nuit tombée.

« Je me suis rendu jusqu’au poste de garde, dont j’ai gravi les marches, a-t-il expliqué. À l’intérieur, il y avait une grande salle carrée, de grosses tables et du courrier trié dans des boîtes, puis j’ai vu sur le mur une grande photo du feld‑maréchal Erwin Rommel, commandant de l’armée allemande en Afrique. »

Le capitaine d’aviation Watts a trouvé des vêtements, de la nourriture et d’autres objets utiles, y compris une baïonnette et un pistolet automatique. Il n’a pu trouver d’eau qui lui paraissait potable, mais il a rapidement avalé un peu de Chianti, avant de tomber endormi, complètement épuisé.

Il s’est réveillé lorsqu’il a entendu un bruit de moteur de véhicule et, quand la porte a été enfoncée d’un coup de pied, il a reconnu la silhouette d’un casque britannique.

Il s’est levé rapidement et a demandé : « Êtes-vous britannique? » Le policier militaire britannique étonné a porté la main à son pistolet, mais celui-ci était bien rangé dans son étui, ce qui a donné au capitaine d’aviation Watts le temps de lancer : « Je suis canadien! Mon avion a été abattu! Je suis un aviateur de l’ARC! »

Après une échauffourée et un dialogue intense, le policier militaire a conclu qu’il s’agissait bien d’un Canadien égaré portant des vêtements allemands. Les Britanniques l’ont aidé à s’asseoir et lui ont demandé s’il avait faim. Ils ont préparé du thé, lui ont donné un manteau de l’armée britannique et l’ont conduit à une base de la RAF.

En cours de route, ils ont croisé des unités de l’armée à la poursuite des Allemands qui avaient abandonné Tobrouk la veille du jour où le capitaine d’aviation Watts avait fait irruption dans leur camp.

Le capitaine d’aviation Watts a déclaré que garder le moral et rester optimiste s'étaient révélés essentiels à sa survie.

« Si un chasseur de nuit vous attaque, que vous vous retrouvez au milieu des faisceaux des projecteurs et que les obus éclatent tout autour de vous, il vous faut alors faire preuve de force de caractère. Au fait, c’est là un combat très personnel. Dire que vous avez recruté de nombreux jeunes gens dans la rue, que vous les avez entraînés et que vous les avez placés dans un tel contexte après les avoir munis d’une attitude et d’une capacité de ce genre, c’est décrire quelque chose d’assez stupéfiant. »

Le sens du devoir et de la loyauté était aussi primordial.

« Beaucoup de gens avaient perdu la vie, mais pas moi, a-t-il dit. J’avais un travail à faire, une responsabilité qui m’incombait encore. Je n’avais pas peur et je ne tremblais pas. Je savais que j’avais les connaissances, l’équipement et les capacités nécessaires et que j’étais là pour accomplir cette tâche. De nombreuses personnes méritaient ce genre de loyauté de ma part. »

Quand on a demandé au brigadier-général Watts ce qui persistait encore le plus dans sa mémoire après toutes ces années, il a répondu d’un ton songeur : « Même si vous y réfléchissez, vous ne pouvez vous rappeler ce que vous avez ressenti il y a si longtemps. Ce qui demeure en vous, c’est la nécessité de prendre conscience de l’attitude incroyable dont les équipages aériens du Bomber Command faisaient preuve quand ils décollaient nuit après nuit en sachant parfaitement que plusieurs d’entre eux ne reviendraient pas. »

« Chaque fois que nous rentrions de mission, un repas nous attendait au mess, mais il y avait toujours des places vides. Nous n’en parlions pas, je pense. Nous ne savions pas si ceux qui manquaient à l’appel étaient tombés aux mains des ennemis ou s’ils avaient perdu la vie. C’était, d’une certaine façon, les règles du jeu. Tous étaient conscients des probabilités et savaient que certains trouveraient la mort, mais la majorité des aviateurs estimaient pouvoir subir l’épreuve, accomplir la mission et rentrer. »

Article nécrologique

Brigadier-général (retraité) Jack V. Watts, DSO, DFC, CD, Croix de guerre et Légion d’honneur, chevalier de Saint-George

Né le 10 novembre 1920, mort le 20 septembre 2019

« Per ardua ad astra », « à travers les embûches jusqu’aux étoiles », la devise de l’Aviation royale canadienne, qu’a incarnée notre père tout au long de sa vie et de sa carrière militaire remarquables à titre de navigateur canadien le plus hautement décoré de la Seconde Guerre mondiale.

Il était un spécialiste de l’administration et un commandant de base de sauvetage aéronaval qualifié, en plus d’être devenu un diplomate grandement respecté, représentant son pays tant en Inde qu’en Afrique jusqu’à ce qu’il prenne sa retraite de l’ARC, en 1975.

Toujours énergique, il a poursuivi une autre carrière pendant quelques années dans la Corporation commerciale canadienne, qui l’a amené à se rendre de nouveau en Afrique, après quoi il a quitté définitivement le marché du travail.

La vie de chalet et les séjours hivernaux en Floride sont devenus ses nouvelles passions. Notre père, le brigadier-général Jack Vincent Watts, mari, grand-père, arrière-grand-père et auteur, né à Hamilton, en Ontario, où il a grandi, a rendu l’âme en douceur au Perley and Rideau Veterans' Health Centre, retrouvant ainsi ses proches et ses nombreux camarades d’armes.

Papa avait survécu à Norma, sa femme bien-aimée de 74 ans (septembre 2018) et à sa fille chérie, Linda Jeanne (octobre 2012). Il manquera cruellement à son fils Peter (Karen), toujours fier, et à sa fille Lois (Richard et la famille), entièrement dévouée, à ses petits-fils Ben, Luke (Maddy), Peter et Tyler (Sarah), à sa petite-fille Megan (Kevin), à ses arrière-petites-filles Abigail, Elle et Parker, ainsi qu’à son arrière-petit-fils Garrett.

Comme le souhaitait papa, on enterrera la grande partie de ses cendres avec maman lors d’une cérémonie privée et une petite partie en Grèce, aux côtés de sa fille, Linda, où elle repose. On placera une stèle funéraire à la mémoire de papa et de maman au Cimetière militaire national, situé au cimetière Beechwood, à Ottawa (date à déterminer).

Merci à toutes les personnes aimables au centre Perley qui ont pris le temps d’aider papa et de le guider au cours de ses dernières années. Nous vous serions reconnaissants de tout don au Perley and Rideau Veterans' Health Centre (1750, chemin Russell, Ottawa, ON, K1G 5Z6). Vous pouvez faire parvenir un message de condoléances à lawscult@gmail.com. Merci au nom de toute notre famille.


 

Joignez-vous à l'ARC : Osez vous surpasser

Les officiers de systèmes de combat aérien planifient, coordonnent et dirigent les missions de l’aéronef et de l’équipage. Ils gèrent les systèmes de navigation tactique de précision, les capteurs de pointe, les systèmes de communication, l’équipement de guerre électronique ainsi que les systèmes de lancement d’armes.

Ils dirigent et coordonnent les activités tactiques des autres unités. Ils dirigent une large gamme de missions, y compris les opérations suivantes :

         - Recherche et sauvetage 
         - Opérations anti-sous-marines
         - Surveillance et repérage maritime de surface
         - Patrouille d’affirmation de la souveraineté et de surveillance des pêches
         - Opérations antidrogues
         - Ravitaillement air-air
         - Secours humanitaire
         - Opérations interalliées avec les forces d’autres nations
         - Entraînement et appui à la guerre électronique
         - Opérations faisant appel aux véhicules aériens sans pilote

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