Un exemple de courage : le sous-lieutenant Briggs Kilburn Adams

Article de nouvelles / Le 20 avril 2017

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Par le major Bill March

Le Royal Flying Corps Canada (RFCC) ayant entamé depuis peu son processus de recrutement, en janvier et février 1917, le personnel supérieur d’état-major constate qu’il sera difficile d’enrôler suffisamment de personnel canadien, car après presque deux ans et demi de guerre, le Canada se trouve à court de recrues. La plupart des hommes admissibles se sont déjà joints au Corps expéditionnaire canadien.

C’est donc ainsi que le RFCC se met à recruter activement aux États-Unis, en dépit de l’absence de toute sanction officielle. Des centaines de jeunes États-Uniens affluent au Canada pour se joindre au Royal Flying Corps. L’entrée en guerre des États-Unis, le 6 avril 1917, et le fait que le gouvernement des États-Unis condamne le recrutement de ses citoyens par des pays étrangers ralentissent toutefois l’arrivée de recrues états-uniennes. Il n’en demeure pas moins que, pour ceux qui se soustraient à l’administration militaire des États-Unis ou qui sont trop impatients pour attendre que les services aériens de leur pays s’organisent, le RFC constitue une solution.

Briggs Kilburn Adams fait partie de ceux qui ne peuvent pas attendre; il se porte donc volontaire pour se joindre aux services d’aviation britanniques.

Né à Montclair, dans l’État du New Jersey, le 6 mai 1893, Adams connaît bien la guerre. Au cours de l’été 1916, il se porte volontaire comme chauffeur des services ambulanciers des États-Unis et est témoin des atrocités des combats modernes en France. Cet automne-là, il rentre chez lui, plus convaincu que jamais de la participation de son pays à la guerre. Après avoir terminé ses études universitaires à Harvard, il traverse la frontière et se rend au bureau de recrutement du RFC à Toronto, en Ontario. Dans une lettre adressée à sa mère le 10 août 1917, il lui annonce fièrement : « Je suis arrivé mercredi matin et j’ai passé la journée à faire l’examen physique et à suivre le processus d'enrôlement. Je suis dorénavant un sujet britannique et je garderai ma commission dès que je la recevrai jusqu’à ce que la guerre se termine. »

Vêtu d’un uniforme en laine rugueux et affichant la fierté de l’apprenti aviateur portant son calot, Adams passe les prochaines semaines à l’école d’aéronautique de l’Université de Toronto. En plus de consacrer des heures à l’apprentissage de la marche, il passe beaucoup de temps à étudier les rudiments de l’aviation, la structure des aéronefs et le fonctionnement des moteurs aéronautiques.

Au début du mois de septembre, il se rend au camp Rathbun, un des deux aérodromes situés près de Deseronto, en Ontario, afin d’y suivre une instruction de base en vol à bord de l’avion Curtiss JN-4, fabriqué au Canada et communément appelé le « Canuck ». Affecté à l’Escadron d’entraînement canadien no 85, Adams tente de rassurer sa famille sur sa sécurité, lui écrivant que, si des écrasements surviennent toutes les heures à l’aérodrome, ils se produisent tous à l’atterrissage ou au décollage, donc les pilotes s’en sortent toujours sans subir de blessures. « Hier, le gars dont la couchette est à côté de la mienne a fait une culbute et a atterri à l’envers, mais il s’en est tiré avec rien de plus qu’une bosse sur le nez! » écrit-il. 

En octobre, ayant terminé son entraînement de base à Rathbun, il se rend au camp Borden, situé à environ 88 kilomètres au nord de Toronto. Là, il suit une formation plus approfondie, toujours à bord du populaire « Canuck ». Piloter dans une cabine ouverte pendant l’automne canadien nécessite toutefois une endurance remarquable. À la suite d’une journée particulièrement froide, Adams se plaint du fait que, en redescendant, son appareil s’est recouvert de glace formée par la condensation de la vapeur qui gelait. « Je n’ai jamais eu si froid, même vêtu de deux tricots, d'un manteau et d'un pardessus en cuir muni d’une bonne doublure, dit le pilote. J’aurais préféré recevoir une fessée plutôt que de remonter après mon deuxième vol, mais je devais y retourner. »

Puisqu’Adams passe plus de temps dans les airs, son programme d’entraînement s’intensifie : il compte désormais des simulations de combat et des exercices de tir. Pour lui, c’est un rappel brutal : malgré la nouveauté et le sentiment de bonheur que piloter lui procure, il se prépare à la guerre. Comme beaucoup de gens de l’époque, Adams doit s’habituer malgré lui à l’idée de se battre, ce qu’il explique dans une lettre qu’il envoie à sa mère le 24 octobre 1917 : « Je n’ai rien contre les Huns [les Allemands] en tant que personnes ou race. C’est la guerre que je déteste, et je suis prêt à tout sacrifier pour y mettre un terme de la façon la plus durable possible, car la guerre, bien qu’elle tue des hommes, détruit le cœur des mères. »

À la fin du mois, il reçoit quelques bonnes nouvelles. Le RFCC accepte de former une partie du personnel des États-Unis en échange d’installations de vol pour l’hiver. Par conséquent, Adams et l’entière School of Aerial Gunnery de Borden déménagent au Texas. Après avoir passé plusieurs jours à bord d’un train, le personnel du RFC se retrouve au terrain d’aviation de Hicks Field, situé tout près de la ville de Fort Worth. L’entraînement s’y révèle tout aussi rigoureux et dangereux qu’au Canada, mais, au moins, il fait plus chaud.

Loin d’être habitués au personnel militaire étranger, les citoyens de Fort Worth ne savent que penser de l’arrivée incessante de jeunes hommes étrangement vêtus. Au cours d’une belle et rare journée de congé, le 4 novembre, ils « créent tout un émoi » selon Adams, qui écrit alors ceci : « Des soldats nous saluaient et les gens nous fixaient. J’ai parlé à un soldat et il a affirmé avec surprise “Je ne savais pas que les Canadiens parlaient anglais! ” Un autre soldat m’a demandé d’où nous venions et, lorsque j’ai répondu “du Canada”, il m’a demandé “C’est dans quel État, ça?” » Il va sans dire que l’incongruité de voir une personne des États-Unis vêtue d’un uniforme britannique expliquer la situation du Canada à un soldat des États-Unis est ahurissante.

Le séjour d’Adams au Texas est court. Après avoir terminé son entraînement en décembre et échappé à un sort pire que la mort, c’est-à-dire être retenu comme instructeur, il se retrouve, le 22 décembre, à bord d’un navire en direction de l’Angleterre. Il passe les deux premiers mois de l’année 1918 à s’entraîner aux aérodromes près d’Andover, de Hampshire et de Turnbury, en Écosse. Toutefois, il vole cette fois à bord d’appareils de service plus avancés en vue d’un déploiement dans un escadron de combat. Enfin, à la fin du mois de février 1918, on ordonne l’affectation d’Adams à l’Escadron no 18, en France.

Équipé d’aéronefs Airco De Havilland 4, l’escadron mène des missions de reconnaissance, de photographie et de bombardement. Le sous-lieutenant Briggs Kilburn Adams arrive au terrain de l’escadron près d’Aire, en France, le 1er mars 1918, mais en raison de mauvaises conditions météorologiques, il ne peut effectuer sa première mission que la semaine suivante. Il en profite pour s’installer dans ses nouveaux quartiers, une remise de fer galvanisé commune, faire la connaissance de ses compagnons d’escadron, « des types formidables », et se familiariser avec le mess, qui est muni d'« un piano plutôt bien ». 

Le 14 mars, on l’envoie à l’aéroparc situé près de Saint-Omer, en France, afin de récupérer un aéronef de remplacement. Peu de temps après son décollage, l’aéronef s’écrase pour une raison qui reste inconnue. Le sous-lieutenant Briggs succombe à ses blessures à l’Hôpital militaire fixe no 10. Il n’a alors que 25 ans. 

Briggs Kilburn Adams repose au cimetière du souvenir de Longuenesse à Saint-Omer, en France.

Pour en savoir plus sur le sous-lieutenant Adams, on peut lire bon nombre des lettres qu’il a envoyées à ses parents. Celles-ci ont été publiées en 1918, dans un court livre intitulé The American Spirit : Letters of Briggs Kilburn Adams, Lieutenant of the Royal Flying Corps.

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