Un hommage à des héros du Bomber Command

Article de nouvelles / Le 5 juillet 2012

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Le texte suivant a d'abord paru en 2012, tout juste après la cérémonie d'inauguration.

Par l’adjudant-maître Normand Marion

« Je croyais que ce jour n’arriverait jamais. Je suis très heureux de voir le monument devenir une réalité, dit Fraser Muir, qui était mitrailleur de queue à bord de bombardiers de l’Aviation royale canadienne (ARC) pendant la Seconde Guerre mondiale. Il ne s’agit pas de glorifier la guerre. Nous rendons hommage aux 55 573 hommes qui ont donné leur vie durant la campagne aérienne. »

M. Muir et plus de 40 autres Canadiens qui relevaient du Bomber Command de la Royal Air Force (RAF) pendant la Seconde Guerre mondiale sont retournés en Angleterre cette semaine pour assister à une cérémonie très spéciale tenue en leur honneur, en reconnaissance des services qu’ils ont rendus et des sacrifices qu’ils ont faits : le dévoilement du monument commémoratif du Bomber Command, au parc Green, à Londres, près du palais de Buckingham. Il s’agit d’un impressionnant monument érigé en l’honneur des aviateurs alliés qui ont perdu la vie au cours d’opérations menées par le Bomber Command (plus de 10 000 d’entre eux étaient des Canadiens). La reine Elizabeth II a inauguré le monument le jeudi 28 juin 2012, durant une cérémonie à laquelle ont assisté plus de 7 000 personnes, dont 900 anciens combattants du Bomber Command qui provenaient de divers pays du Commonwealth et alliés.

« Je crois qu’il était grand temps que ça se fasse, dit Frank Boyd, ancien sergent de l’ARC qui faisait partie de la délégation canadienne. Il était grand temps que nous rendions hommage à ces jeunes gens extraordinaires qui ne sont jamais rentrés au pays. À mes yeux, il s’agit des meilleurs d’entre les meilleurs, et le temps était venu de les honorer. »

Plus de 67 ans se sont écoulés depuis la dernière fois que le sergent (à la retraite) Boyd est parti des îles Britanniques pour mener une opération aérienne, mais certains souvenirs de ces années de guerre lui reviennent en tête comme s’ils dataient d’hier. Le sergent Boyd était mitrailleur de tourelle dorsale à bord du bombardier Avro Lancaster, dans le 101e Escadron de la RAF. Il a participé à 31 missions avant que son avion ne soit abattu durant le dernier vol de son affectation. Le sergent Boyd et le reste de l’équipage ont survécu, mais ils ont rapidement été capturés par des soldats allemands et ont été emprisonnés dans un camp jusqu’à la fin de la guerre.

Pour les soldats qui sont rentrés au pays, comme le sergent Boyd, la perte de camarades aviateurs et d’amis proches faisait partie des aléas de la guerre, et le temps de faire des adieux était bien trop court. « Souvent, il nous arrivait de constater à notre arrivée au mess, le matin, que certaines chaises étaient vides, dit l’ancien militaire. Ou si le gars logeait au même cantonnement que vous, vous vous rendiez compte au retour de votre mission qu'il n'y avait plus de literie sur son lit et que ses biens avaient disparu, tout simplement. Certaines personnes étaient affectées à cette tâche en permanence. »

Bien que les Canadiens aient servi dans la RAF, l’ARC et d’autres escadrons du Commonwealth durant la guerre, les 15 escadrons de l’ARC ont été regroupés pour former le Groupe de bombardiers no 6 du Canada, en 1943, le seul groupe de bombardiers qui n’appartenait pas à la Force aérienne britannique à avoir servi durant la guerre. Quelque 40 000 aviateurs canadiens ont fait partie du Groupe de bombardiers no 6, dont James Moffat, de Timmins, en Ontario.

M. Moffat était mitrailleur de bord dans le 427e Escadron, une unité du Groupe de bombardiers no 6. Son affectation a subitement pris fin durant sa 13e mission, lorsque son bombardier est entré en collision avec un autre appareil, en plein vol. D’une manière ou d’une autre, il est parvenu à sauter en parachute et à atterrir dans un lieu relativement sûr de la Belgique occupée, pour découvrir qu’il était le seul à avoir survécu parmi les membres d’équipage des deux appareils. Il a passé les six mois suivants à travailler avec des groupes clandestins, en Belgique et en France, pour aider d’autres aviateurs de forces alliées à s’échapper.

Lorsqu’on lui demande ce qu’il pense de sa contribution et de celle des autres militaires du Bomber Command pendant la guerre, il répond sans hésitation : « Sans le Bomber Command, nous n’aurions jamais connu le jour J. Le jour où les soldats sont débarqués en Normandie, les Allemands n’ont envoyé qu’un très petit nombre d’aéronefs pour nous attaquer tant notre campagne aérienne leur avait causé des dommages. Plutôt que de s’en prendre à nos forces terrestres, les Allemands ont dû concentrer le gros de leurs efforts sur la défense de leur pays contre les attaques de nos bombardiers. »

L’expérience qu’ont vécue les militaires du Bomber Command a grandement varié durant la guerre. Certains, comme James Fawcett, s’en sont tirés presque indemnes à la fin de leur première affectation et en ont eu une deuxième ou plus. M. Fawcett a participé à 62 missions. D’autres militaires du Bomber Command n’ont pas fait carrière longtemps dans le domaine des opérations, comme le lieutenant d’aviation George Mitchell, pilote de Lancaster blessé durant sa toute première mission, au cours du décollage, dans l’explosion du bombardier qui précédait le sien sur la piste.

Toutefois, l’expérience qu’ont vécue M. Muir, le sergent Boyd, M. Moffat, M. Fawcett, le lieutenant d’aviation Mitchell et tous les anciens combattants du Bomber Command au moment où la reine a dévoilé en personne « leur » monument commémoratif était teintée d’un mélange de fierté, de joie et de soulagement, car le jour tant attendu durant toutes ces années arrivait enfin.

Leur seul regret était sans doute qu’un si grand nombre (au moins 55 573) d’entre eux n’aient pas pu assister à la cérémonie à leurs côtés.

À propos du monument

L’Association du Bomber Command, au Royaume-Uni, a organisé la cérémonie de dévoilement du monument érigé en l’honneur des personnes qui ont participé à la campagne de bombardement stratégique. Le Canada a participé à la campagne en affectant une formation composée de 15 escadrons canadiens, y compris le Groupe de bombardiers no 6, au Bomber Command. Ces escadrons ont exécuté 40 000 missions. En tout, plus de 50 000 Canadiens ont servi dans des escadrons de l’Aviation royale canadienne ou de la Royal Air Force, dont 10 600 ont perdu leur vie. Le contingent d’aviateurs canadiens était le deuxième en importance au sein du Bomber Command.

La construction du monument commémoratif a commencé en août 2011. L’architecte Liam O’Connor en a signé la conception, comme celle du monument commémoratif des Forces armées qui se trouve à l’Arboretum national de Stafford, au Royaume-Uni. Le monument compte une sculpture de Philip Jackson qui représente un équipage de bombardier lourd composé de sept personnes.

Le ministère de la Défense du Royaume-Uni a fourni le soutien nécessaire à la cérémonie, qui comprenait un défilé aérien de bombardiers Lancaster de l’Escadrille commémorative de la bataille d’Angleterre (Battle of Britain Memorial Flight) et d’avions de combat Tornado GR.4 de la Royal Air Force.

Fait en pierre de Portland, le monument commémoratif abrite en son centre une sculpture de bronze représentant les membres d’un équipage. Un espace ouvert sur le ciel laisse passer la lumière afin d’éclairer directement les aviateurs.

Le toit, dont la conception est inspirée de la construction géodésique du bombardier Vickers Wellington, contient de l’aluminium provenant d’un bombardier canadien Handley Page Halifax III (LW682) du 426e Escadron abattu au-dessus de la Belgique dans la nuit du 13 mai 1944. Huit membres de l’équipage du bombardier ont perdu la vie. Trois se trouvaient toujours à leur poste lorsque l’appareil a été dégagé de l’endroit où il s’était écrasé. Ils ont été inhumés avec tous les honneurs militaires qui leur revenaient, aux côtés de leurs cinq camarades d’arme.

L’intérieur du monument compte des gravures du principal avion du Bomber Command. On y trouve aussi une citation extraite d’un discours prononcé par le premier ministre Winston Churchill, en 1940 : « Il n’est pas de foyer dans notre île …ni même dans le monde entier – si ce n’est chez les coupables – qui ne soit plein de reconnaissance envers ces vaillants aviateurs britanniques qui, sans se laisser intimider par le nombre, relevant sans cesse le défi et affrontant sans cesse la mort, font basculer le sort du monde par leur dévouement. »

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