Un hommage aux soldats tombés au combat en France

Article de nouvelles / Le 13 septembre 2017

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Par la caporal Crystal Roche

Lorsque je me tenais sur les plages de Dieppe, en France, aux côtés de 120 militaires canadiens, je me suis sentie fière et honorée de représenter la 14e Escadre Greenwood, de la Nouvelle-Écosse, de même que l’Aviation royale canadienne, durant l’opération Distinction, qui a eu lieu du 11 au 21 août pour souligner le 75e anniversaire du raid contre Dieppe.

Notre voyage a commencé à Ottawa, où se sont rassemblés les membres du contingent provenant de partout au Canada pour y recevoir leur mission et suivre de l’instruction. Le contingent comptait des militaires de la garde d’honneur et de la garde de drapeau, des sentinelles ainsi que des membres de la Musique Naden de la Marine royale canadienne. Une fois l’activité terminée, nous avons amorcé notre voyage vers Dieppe.

À notre arrivée, nous avons aussitôt ressenti tout le respect et l’attachement de la France envers le Canada et envers tous ces Canadiens qui ont fait le sacrifice suprême durant le raid contre Dieppe. Partout, on pouvait voir des drapeaux canadiens flottant haut dans le ciel et des gens qui distribuaient fièrement des coquelicots pour souligner l'événement. C’était très émouvant de recevoir un accueil aussi chaleureux. Nous nous sentions encore plus fiers et honorés de représenter notre pays.

Le premier jour, nous avons eu droit à une visite guidée mémorable du champ de bataille, dirigée par M. Steve Harris, Ph. D., directeur et historien en chef de la Direction – Histoire et patrimoine. Nous avons parcouru chacune des plages pendant qu’il relatait les événements qui se sont déroulés le jour du raid. Aucune image ne saurait rendre justice à ces plages; rien n’est comparable à les voir de ses propres yeux. Lorsque j’ai regardé au-delà des larges plages de galets, vers les collines escarpées, et que mon regard s’est posé sur la falaise les surplombant, les obstacles qu’ont dû surmonter nos soldats me sont apparus clairement.

Une grande tristesse m’a d’abord submergée, mais elle s’est rapidement muée en un sentiment de fierté et d’humilité; j’étais touchée par le courage dont tous ces hommes ont fait preuve. Ils ont atterri sur les plages et ont tenté d’atteindre la falaise sous un feu incessant, n’ayant aucun endroit où se mettre à l’abri. Même si la situation ne leur était pas favorable, ils n’ont jamais baissé les bras.

Nous avons passé les deux jours suivants à nous exercer et à nous entraîner intensément pour être certains d’exécuter parfaitement les exercices lors des quatre cérémonies à venir. J’ai eu l’honneur d’être sentinelle aux côtés de trois aviateurs. Notre rôle en tant que sentinelles consistait à marcher jusqu’à nos places respectives à chaque coin du cénotaphe avant l’arrivée du défilé et le début de la cérémonie. Une fois à notre poste, nous devions exécuter un exercice synchronisé : dos au cénotaphe, la pointe de notre arme appuyée sur notre botte, la tête inclinée vers l’avant et une main sur la crosse de notre fusil, nous devions monter la garde, immobiles, jusqu’à ce que le défilé quitte les lieux et que la cérémonie prenne fin.

Le jour précédant les cérémonies officielles, nous avons partagé un repas avec des dignitaires et des anciens combattants canadiens. Quatre des 15 anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale qui étaient présents, c’est-à-dire Paul Delorme, Stan Edwards, David Hart et Maurice LeBlanc, ont participé au raid contre Dieppe, le 19 août 1942. J’étais impressionnée : non seulement ces hommes ont vécu le raid et y ont survécu, mais ils sont retournés 75 ans plus tard sur les lieux pour honorer leurs camarades disparus. C’était un honneur pour moi de me trouver dans la même pièce qu’eux.

Plus tard en après-midi, j’ai assisté à une cérémonie en hommage aux aviateurs qui ont pris part au raid canadien au cimetière Saint-Aubin-Le-Cauf, dans un petit village au sud-est de Dieppe. C’est là que reposent les sous-lieutenants d’aviation John Edwin Gardiner et Norman Monchier, deux aviateurs canadiens qui ont perdu la vie le jour du raid. Sachant que le service allait avoir lieu dans une petite ville, je m’attendais à un petit rassemblement. Toutefois, je me trompais : 150 personnes sont venues rendre hommage à ces deux aviateurs et à l’énorme sacrifice qu’ils ont fait.

Au cours des deux jours suivants, nous avons participé à des cérémonies à Puys, au Square du Canada, à Pourville et au Cimetière de guerre canadien. Jamais auparavant n’avais-je été aussi fière de porter mon uniforme et de représenter le Canada que ces journées-là. Je me souviens d’un moment en particulier au Square du Canada, lorsqu’un de nos anciens combattants a récité Ode of Remembrance. Je montais la garde au cénotaphe tout en me concentrant sur chaque mot qu’il prononçait. Vers la fin du poème, il s’efforçait de retenir sa tristesse pour pouvoir réciter les derniers mots, mais sa voix s’est brisée pendant un instant. Mes yeux se sont immédiatement remplis de larmes. Même si je ne comprendrai jamais ce qu’a vécu ce brave ancien combattant, j’ai éprouvé de la sympathie pour lui et tous ceux qui n’ont pas pu rentrer à la maison.

Participer au 75e anniversaire du raid contre Dieppe s’est révélé une expérience inoubliable que je suis fière et honorée d’avoir vécue. On peut regarder des documentaires et lire des ouvrages sur l’histoire, mais rien ne nous touche autant que marcher sur les traces de ceux qui ont vécu cette expérience. J’ai été surprise de voir de mes propres yeux le lien spécial qui unit la France au Canada, qui est demeuré solide au cours des 75 dernières années et qui le restera, j’en suis certaine, pour l’éternité.

Les Français n’ont pas oublié l’énorme sacrifice qu’ont fait de nombreux Canadiens en se battant pour leur liberté. Nous non plus. Ensemble, nous continuerons à nous souvenir de ceux qui ont tout sacrifié en faisant preuve de grand courage.

La caporal Crystal Roche fait partie du 404e Escadron de patrouille à longue portée et d’entraînement (élaboration de didacticiels).

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