ARCHIVÉE - Un pilote de Spitfire pendant la Seconde Guerre mondiale se rappelle l’époque où il était prisonnier de guerre

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Article de nouvelles / Le 2 novembre 2015

Par Alexandra Baillie-David

À l’approche du jour du Souvenir, il convient de prendre le temps de nous souvenir de ces marins, soldats et aviateurs de courage – des gens comme Vern Mullen – qui ont défendu la cause de la liberté.

Par une soirée orageuse d’août à Ottawa, en Ontario, Vernon Mullen sourit tandis qu’il examine une photo de l’appareil qu’il pilotait autrefois. Cela lui rappelle des souvenirs de la période qui a sans doute été la plus dangereuse de sa vie.

Cependant, malgré les dangers qu’il a dû affronter, l’ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, âgé de 92 ans, médite sur ses expériences du temps de guerre avec un sens inébranlable du devoir et il nous raconte volontiers son histoire.

Le lieutenant d’aviation (à la retraite) Mullen est né dans le Maine, aux États‑Unis, le 23 mars 1923. Il a déménagé au Canada alors qu’il était enfant et a grandi dans les provinces pittoresques du Nouveau‑Brunswick et de la Nouvelle‑Écosse. En 1942, trois ans après le début de la Seconde Guerre mondiale, il s’est retrouvé aux États‑Unis afin de poursuivre ses études postsecondaires. Toutefois, plutôt que d’étudier, il a préféré devenir pilote dans l’Aviation royale canadienne (ARC).

Dans le cadre du Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique, le lieutenant d’aviation Mullen s’est tout d’abord entraîné à bord d’un appareil de Havilland Tiger Moth à Oshawa (Ontario), et d’un North American Harvard à Borden (Ontario). Après avoir reçu son brevet de pilote en 1944, il a conduit un Hawker Hurricane à Bagotville (Québec), avant de partir pour l’Europe ravagée par la guerre, où il a piloté un Supermarine Spitfire.

Le lieutenant d’aviation Mullen, mieux connu sous le nom de « Moon », était membre du 416e Escadron (ville d’Oshawa), qui exécutait des missions de reconnaissance et d’escorte de bombardiers à l’échelle de l’Europe. Vers la fin de la guerre, en 1945, il menait de nombreuses missions à risque élevé de patrouille de première ligne.

« À cette époque, notre principale tâche consistait à voler le long du Rhin et à veiller à ce que les avions allemands ne quittent pas l’Allemagne pour attaquer nos troupes au sol », explique‑t‑il.

Tir fratricide

Ce n’est que le 31 mars 1945, au cours d’une mission de patrouille de première ligne au-dessus de l’Allemagne, que le lieutenant d’aviation Mullen a dû faire face au tir ennemi pour la première fois. Toutefois, il se trouvait du mauvais côté des lignes ennemies.

« Je volais aux côtés de deux ou trois autres Spitfire au moment où un Mustang – un P-51 américain – s’est approché de nous. Nous l’avions repéré alors qu’il se trouvait à des kilomètres de nous et il est apparu à travers les nuages », explique‑t‑il. « Peu après, j’ai baissé les yeux et j’ai vu des balles perforer le côté de mon avion, comme ça, à moins d’un mètre de moi. »

Ayant subi des brûlures au visage et une blessure au talon causée par un éclat d’obus, le lieutenant d’aviation Mullen s’est éjecté de son avion à 300 mètres d’altitude et il a vite constaté qu’il se trouvait en territoire ennemi. « J’ai orienté mon parachute pour atterrir près de buissons et, après m’être posé, j’ai baissé les yeux et j’ai aperçu un canon antiaérien allemand camouflé dans le bois », ajoute‑t‑il. « J’ai touché le sol à cinq ou six mètres d’un canon antiaérien. »

On l’a immédiatement capturé et interrogé. Deux gardes ont reçu l’ordre de l’emmener à Osnabrück, ville située à plus de 25 kilomètres, et ils s’y sont rendus principalement à pied.

Un ami inattendu

Même si sa blessure au talon, qui n’avait toujours pas été soignée, s’était aggravée en raison de la marche, le lieutenant d’aviation Mullen a bientôt trouvé de quoi se distraire. « L’un des gardes avait mon âge et parlait un peu l’anglais », explique‑t‑il. « Et comme je devais apprendre un peu l’allemand, nous avons beaucoup parlé en chemin. Nous sommes tout de suite devenus amis. »

Tout au long du trajet, le jeune garde a très bien traité le lieutenant d’aviation Mullen, lui achetant de l’ersatz de café et partageant même son déjeuner avec lui. Par une curieuse coïncidence, le garde était un parachutiste qui s’était cassé la jambe lors d’un accident d’atterrissage, ce qui, selon le Lt avn Mullen, le rendait plus sensible à sa blessure.

Le lieutenant d’aviation Mullen se rappelle aussi le moment où son nouvel ami lui a donné une nouvelle perspective de la guerre. « Pendant que nous marchions, il m’a appris que sa mère était une baptiste de Berlin. Je me suis arrêté brusquement », raconte‑t‑il. « Sa mère, à Berlin, priait pour lui et ma mère, au Nouveau‑Brunswick, priait pour moi. »

« La situation m’est apparue dans tout son ridicule. Et j’ai dit au garde à quel point il était stupide de faire la guerre. »

Prisonnier de guerre

Le lieutenant d’aviation Mullen est arrivé à Osnabrück ce soir-là et il a été emmené au Stalag Luft I, un camp de prisonniers de guerre dirigé par la Luftwaffe, situé à Barth. Dans cette petite ville du nord-est de l’Allemagne, quelque 10 000 Britanniques, Américains et Canadiens étaient gardés en captivité.

D’après le lieutenant d’aviation Mullen, les prisonniers au camp étaient rarement maltraités et avaient toujours de la nourriture ou de l’eau. On leur donnait de la soupe et des pommes de terre, et, chaque semaine, une boîte de la Croix-Rouge remplie d’aliments en conserve et de cigarettes. Ils passaient la majeure partie de la journée à jouer aux cartes ou à marcher dans le camp.

Vers la mi-avril, la fin de la guerre étant imminente, les Allemands ont soudainement quitté le camp, choisissant d’abandonner les prisonniers de guerre plutôt que de se livrer aux forces russes. Les prisonniers déçus, maintenant sous le commandement de leurs propres officiers, ont attendu d’être secourus plutôt que de quitter le camp dans leur uniforme d’alliés et de courir le risque de se faire capturer de nouveau.

Libération temporaire

Le lieutenant d’aviation Mullen se souvient du jour où un groupe de soldats russes est arrivé au camp, le 1er mai 1945. Ces soldats étaient sous le commandement d’un colonel russe qui était irrité parce que les prisonniers de guerre se trouvaient toujours au camp. « Il est venu à notre camp vers 19 heures, sous une pluie battante, et il nous a crié : “Vous devriez être libérés!” », explique le lieutenant d’aviation Mullen.

Les Russes avaient libéré le camp, mais de nombreux prisonniers de guerre ont décidé de rester là jusqu’à la fin de la guerre. Cependant, d’autres prisonniers, dont le lieutenant d’aviation Mullen, ont décidé de sortir afin de chercher de la nourriture. « Je suis sorti en compagnie de deux ou trois autres hommes et, avec une fermière, j’ai troqué des cigarettes contre une poule et des œufs que j’ai rapportés à notre camp », ajoute-t-il. « Souffrant d’une blessure au pied, me voilà en train de courir après cette maudite poule autour de la cour. ».

« Je l’ai enfin attrapée et étranglée », ajoute-t-il en riant.

Toutefois, ce goût de la liberté s’est révélé éphémère pour le lieutenant d’aviation Mullen, car, peu après, tous les prisonniers de guerre ont été forcés de demeurer au camp, sous le commandement des Russes, jusqu’à la fin de la guerre. Les Russes, conscients des dangers que posait la circulation de prisonniers de guerre non identifiés en territoire ennemi, ne voulaient pas courir le risque qu’ils soient abattus accidentellement par d’autres troupes russes patrouillant dans la région. 

Délivrance

Le Stalag Luft I a finalement été évacué entre le 12 et le 14 mai 1945, au cours d’une opération de transport aérien à grande échelle, l’opération Revival. Un petit nombre de bombardiers Lancaster sont arrivés pour ramener en Angleterre, en toute sécurité, les quelque 2 000 prisonniers de guerre canadiens, britanniques et australiens, dont le lieutenant d’aviation Mullen. 

« Je pense toujours que j’ai eu de la chance de survivre à la guerre sans être tué », raconte-t-il, se remémorant sa délivrance, 70 années plus tard. « Je me suis attiré des ennuis, mais je suis arrivé à surmonter tout ça. Les seules gouttes de sang que j’ai versées ont été causées par l’éclat d’obus qui a atteint mon pied, et c’est tout. »

Après la guerre, le lieutenant d’aviation Mullen a obtenu un diplôme général en arts de l’Université du Nouveau-Brunswick. Pendant les deux décennies suivantes, il a voyagé et enseigné l’anglais avec son épouse Dana. Le couple habite à Ottawa depuis 1976.

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