Un triomphe retentissant : les Ailes d’époque accueillent le Lancaster Mynarski

Article de nouvelles / Le 17 octobre 2014

Par Dave O’Malley

Il s’est passé dans l’univers des aéronefs de guerre, l’été dernier, une chose qui ne s’était pas vue depuis plus de cinquante ans. Une chose si créative, si téméraire, une chose attendue avec tant d’enthousiasme qu’elle a éclipsé toutes les autres activités des aéronefs de guerre en cours sur la planète.

Quelqu’un – je ne sais trop qui – au Canadian Warplane Heritage Museum (CWHM) d’Hamilton, en Ontario, a eu l’idée audacieuse et électrisante de préparer le bien‑aimé Avro Lancaster Andrew Mynarski du musée et de lui faire suivre le trajet des années de guerre (Toronto-Gander-Groenland-Islande-Écosse) jusqu’en Grande‑Bretagne et, à destination, de le faire accompagner de l’unique autre Lancaster au monde qui soit encore en état de voler, pour ravir et faire vibrer des Britanniques de tous les âges 

Il a fallu des montagnes de planification et de coordination avec l’escadrille commémorative Battle of Britain [Bataille d’Angleterre] de la Royal Air Force (RAF), utilisatrice de l’autre Lancaster, pour respecter un calendrier de prestations presque parfait, mais quand même frénétique. Sous la direction du président du CWHM, Dave Rohrer, les bénévoles du grand musée d’Hamilton ont monté un programme dont les Britanniques leur sont reconnaissants, tant ils en ont été émus.

Ce n’est pas que les citoyens de Grande‑Bretagne n’aient jamais vu ni entendu de Lancaster, pendant toutes ces années qui se sont écoulées depuis qu’ils ne sont plus opérationnels. Chaque année, l’escadrille Battle of Britain fait battre le cœur de la population, à l’échelle du pays, par ses survols puissamment évocateurs réalisés lors de spectacles aériens et d’anniversaires royaux.

Mais il y a 70 ans, le peuple britannique voyait, ou plutôt entendait, des centaines de Lancaster et de Halifax s’envoler de dizaines de terrains d’aviation, se placer en formation et mettre le cap sur le « flot de bombardiers », un fleuve de 160 kilomètres de longueur sur huit kilomètres de largeur de bombardiers quadrimoteurs, à des altitudes échelonnées, se dirigeant vers l’Allemagne et vers d’autres cibles de l’Europe occupée pour déclencher un cataclysme.

Ces sons de tonnerre, gutturaux, vrombissants, furieux, mais pleins d’espoir se combinaient dans le ciel nocturne pour exprimer la colère des dieux. Ils ont été, bien des nuits, la dernière manifestation de jeunes vies qui venaient de s’éteindre. Pour la population britannique, ils sont devenus des souvenirs très profonds, le symbole sonore d’une tristesse insondable, la bannière tonitruante du triomphe et de la victoire.

Il s’agissait sans aucun doute, pour les Britanniques, de leur dernière chance de voir et d’entendre plus d’un de ces splendides aéronefs dans le ciel. C’était leur dernière chance d’en voir deux voler ensemble (et un autre qui roule sur le tarmac), deux qui s’élèvent à nouveau vers la victoire, attisant les braises longtemps vacillantes de la fierté et du chagrin d’une nation.

Tous deux de concert, leurs puissants moteurs palpitant de fierté, revenants dépêchés de par l’Écosse et l’Angleterre pour visiter les lieux anciens, les vieux souvenirs, les amis d’antan de Beachy Head au barrage Derwent. Partout sur leur passage, les routes étaient bloquées tant il y avait de voitures et les spectateurs avaient envahi les axes de vol, les larmes aux yeux. Ils étaient nombreux à être venus admirer le deuxième Lancaster, celui qu’ils n’avaient encore jamais vu, mais la vraie beauté de leur expérience a été de les voir ensemble, d’entendre tourner leurs huit moteurs, et de sentir l’odeur de la victoire. 

Le 27 septembre 2014, les Ailes d’époque du Canada ont eu l’honneur d’escorter le Lancaster du CWHM au‑dessus de la capitale nationale, au terme du long avant‑dernier tronçon de son voyage d’un mois.

Mike Potter, des Ailes d’époque, voulait accueillir son retour avec fanfare, aussi a‑t‑il pris les commandes du P‑51 Mustang des Ailes d’époque, qui est dédié aux pilotes de chasse de l’Aviation royale canadienne (ARC) Larry et Rocky Robillard et s’est‑il fait accompagner par Rob Erdos, aux commandes du Curtiss P‑40 Kittyhawk dédié au commandant d’escadre Stocky Edwards; ils ont fait route vers l’est, allant à la rencontre du Lancaster qui volait vers l’ouest, dans le soleil de fin d’après‑midi d’une journée automnale parfaite.

Chacun des deux petits appareils avait à son bord un photographe qui allait immortaliser l’événement. Après le rendez‑vous, le Lancaster a pris la tête de la formation sur les deux circuits de la ville et s’est posé sous les applaudissements de centaines de gens rassemblés devant le hangar des Ailes d’époque, à Gatineau, au Québec. 

Les Ailes d’époque du Canada félicitent les bénévoles du Canadian Warplane Heritage Museum pour leur audace, leur créativité et – oui, parfaitement – le courage dont ils ont fait preuve tout au long de cet exploit d’aviation qu’on n’avait plus vu depuis des années dans le monde des aéronefs de guerre. Ils sont descendus sur les Britanniques et nous ont communiqué la fierté d’être leurs amis et leurs collègues.

L’équipe du CWHM compte des pilotes bénévoles riches de milliers d’heures d’expérience. Il est très peu probable que l’escadrille commémorative Battle of Britain fasse le trajet en sens inverse, car les émotions viscérales suscitées par la vue d’un Lancaster sont plus puissantes et plus concentrées en Grande‑Bretagne, un pays beaucoup plus petit, duquel les Lancaster, en temps de guerre, ont décollé et où, souvent, ils ne sont pas revenus se poser. Cela se ressent là‑bas comme nulle part ailleurs au monde.

Et la RAF, il faut le dire, est aux prises avec des contraintes budgétaires. Cela dit, les deux opérateurs ont beaucoup bénéficié de l’activité de vol de cet été et tous, des deux côtés de l’Atlantique, en sont fiers.

Voici, pour le plaisir des yeux, le témoignage photographique de l’honneur qui nous a été fait, à nous des Ailes d’époque, d’accueillir nos amis à leur retour. Merci aux photographes Peter Handley et Pierre Lapprand.

Cet article a été publié à l’origine, accompagné de photographies supplémentaires, sur le site Web des Ailes d’époque du Canada. Il est traduit et reproduit avec leur permission.

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