Une cérémonie à Ottawa permet de saluer un pilote d’avion Banshee canadien disparu

Article de nouvelles / Le 1 juin 2018

Cliquez sur la photo sous la rubrique « Galerie d'images » pour voir d'autres photos.

Par Joanna Calder

Plus de 25 membres de la famille du lieutenant Barry Troy se sont rassemblés récemment à Ottawa pour honorer la mémoire de l’aviateur et voir des objets liés à l’écrasement fatal de son avion, en Floride, il y a plus de 60 ans.

La disparition

Le 25 février 1958, le lieutenant Troy, pilote de l’Escadron VF‑871 de la Marine royale canadienne (MRC), fait partie d’un groupe de quatre appareils F2H-3 Banshee de la MRC qui volent au large des côtes de la Floride après avoir décollé de la station navale Mayport de la Marine américaine. Le groupe se rend à un point situé au sud de Jacksonville Beach, où il doit faire demi‑tour et retourner au porte‑avions NCSM Bonaventure, qui navigue à 64 kilomètres au large des côtes.

Subitement, un banc de brouillard se forme devant le groupe. Le chef de la formation de chasseurs et les pilotes qui volent immédiatement derrière lui virent à droite, vers l’ouest, en direction de la côte, et sortent du banc de brouillard presque aussitôt. Le lieutenant Troy, lui, vire à gauche, vers l’est, au-dessus de l’océan Atlantique, sans doute parce qu’il souhaite éviter d’entrer en collision avec les avions qui le précèdent dans le brouillard aveuglant. Il vole bas et vite, probablement à seulement cent-cinquante mètres au-dessus de l’eau.

On ne le reverra plus jamais.

À l’époque, on récupère quelques objets dans l’océan Atlantique à environ trois kilomètres à l’est de Jacksonville Beach : quelques papiers, son casque, sa trousse de rasage et quelques morceaux de l’épave. Toutefois, pendant six décennies, on ne trouvera rien d’autre.

La découverte

L’automne dernier, de violents ouragans balaient la région. Après les tempêtes, Zachary Johnson, garde-parc de Jacksonville, s’intéresse à un amas de débris qui s’est formé près de la laisse de haute mer, sur la plage municipale.

M. Johnson découvre un réservoir à oxygène, un parachute, une housse et un harnais de parachute, un gilet de sauvetage gonflable et les sangles de ce gilet, ainsi que de petits morceaux d’avion. Étant donné l’état des objets, on pense que, une fois rejetés sur le rivage après l’écrasement, ils ont disparu sous les dunes pendant des années avant que les tempêtes de 2017 ne les déterrent. Apercevant le numéro de nomenclature de l’OTAN sur un des objets, M. Johnson comprend que le paquet contient des objets militaires. Le nom inscrit au pochoir sur une des sangles du gilet de sauvetage indique que l’objet a appartenu au lieutenant Troy, et c’est pour cette raison que l’on communique avec sa famille.

La cérémonie en Floride

Soixante ans et un jour après la disparition du lieutenant Troy, des représentants de l’Aviation royale canadienne (ARC) ont pris possession des objets historiques à Mayport, le 26 février 2018. Des militaires de l’ARC, de la MRC et de la United States Navy ont assisté à la cérémonie, qui a eu lieu à quelques kilomètres au nord de l’endroit où le lieutenant Troy aurait disparu.

La cérémonie a aussi permis de remercier M. Johnson et Nolan Kea, agent du Service de police de Jacksonville qui a conservé les objets en lieu sûr après leur découverte, de s’être chargés de garantir la sécurité des objets.

La cérémonie à Ottawa

Une seconde cérémonie a eu lieu au Musée de l’aviation et de l’espace du Canada, à Ottawa, le 27 avril 2018. Plus de 25 membres de la famille Troy et des représentants de l’ARC et de la MRC se sont rassemblés près d’un avion Banshee, dans l’annexe du Musée, pour rendre hommage au lieutenant Troy et évoquer son souvenir. Dick Troy et sa femme, Pauline, ont assisté à la cérémonie à Ottawa, comme ils l'ont fait en Floride, à titre d'invités d’honneur.

C’était la première fois que certains membres de la famille se rencontraient. « Barry, tu as fait quelque chose pour nous que personne d’autre n’aurait sans doute pu faire, sauf un magicien », a affirmé M. Troy.

M. Troy a expliqué que, quand il a reçu un appel téléphonique, en septembre 2017, d’un journaliste de Jacksonville qui voulait savoir s’il était le frère du lieutenant Troy, c’était la première fois qu’il entendait parler de la découverte. « C’est impossible », a-t-il dit. « Mes genoux ont fléchi; je n’arrivais pas à le croire. »

« C’est vraiment par miracle qu’on a trouvé ces objets; en fin de compte, quelque chose d’aussi dévastateur qu’un ouragan s’est révélé utile. »

Le lieutenant-général Mike Hood, commandant de l’ARC, a accueilli les membres de la famille, dont certains étaient venus d’aussi loin que la Californie, la Colombie‑Britannique et le Wisconsin. Pendant la cérémonie, il a remis à Dick Troy un morceau de l’avion Banshee (un morceau du mécanisme qui permet de plier les ailes) du lieutenant Troy récupéré sur la plage, en Floride. Le nom du lieutenant Troy et les mots « Disparu en mer » sont inscrits sur la pierre tombale de ses parents, mais, bien qu’un service funéraire ait eu lieu à sa mort, il n’y avait alors aucune dépouille à inhumer. Les membres de la famille Troy comptent enterrer l’objet à l’emplacement funéraire de leurs parents.

« Quand le garde-parc Zach Johnson a découvert certains de ces objets, il a dû croire que c’était un miracle », a dit le lieutenant-général Hood. « Je suis sûr que les émotions ont dû vous envahir à ce moment-là... Que la mer rende pendant un ouragan des choses qu’elle avait prises des décennies auparavant, voilà qui, je le soupçonne, est très rare... miraculeux même! »

« Souvenons-nous du lieutenant Troy, a-t-il poursuivi, et rendons grâce pour sa vie et commémorons sa disparition. Merci de nous permettre de vivre ce moment avec vous. Je dis cela du fond du cœur, au nom de tous les militaires de l’Aviation royale canadienne : nous sommes honorés d’être ici aujourd’hui pour vous soutenir et participer à cette importante cérémonie. Je ne saurais être plus fier de faire partie d’une organisation qui nous ramène un des siens. »

« Nous vous rendons hommage, à vous et à votre famille, et nous célébrons la mémoire de cet homme magnifique. »

Le contre‑amiral Gilles Couturier, commandant adjoint de la MRC, a souligné l’importance de la famille dans ses propos : la famille Troy, la famille de l’ARC et de la MRC, la famille des marins et des aviateurs à bord d’un navire comme le NCSM Bonaventure, et la famille de tous ceux et de toutes celles qui ont servi ensemble sous le drapeau canadien. « Que vous fassiez partie de la famille du lieutenant Troy, ou de sa famille navale, vous êtes tous les bienvenus ici aujourd’hui pour dire la même chose : “Nous ne vous avons pas oublié : nous évoquons votre souvenir aujourd’hui et nous continuerons toujours de le faire.” »

« Et quand nous disons cela au sujet du lieutenant Barry Troy, a-t-il ajouté, nous savons que nous le disons aussi au sujet de chacun de nos marins et aviateurs tombés au champ d’honneur. Je dis donc à toute la famille Troy : “Soyez de nouveau les bienvenus dans la famille de la Marine.” »

« Ma mère et mon père ont pleuré sa disparition pendant des années, a déclaré M. Troy à Mayport. C’était notre héros, notre grand frère. Nous l’avons perdu et, maintenant, nous le retrouvons d’une certaine façon. Nous allons pouvoir tourner la page, pour ainsi dire, sur quelque chose qui s’est produit il y a 60 ans », a conclu M. Troy.

L’exposition à Shearwater

Au moment de la mort du lieutenant Troy, l’aéronavale relevait de la MRC. Aujourd’hui, la responsabilité de toutes les ressources et de toutes les missions de l’aviation des Forces armées canadiennes incombe à l’ARC. Par conséquent, la Force aérienne et la Marine considèrent toutes deux le lieutenant Troy comme « un des leurs ».

Quand on exposera les objets au musée de Shearwater, dernier lieu d’affectation du lieutenant Troy, on pourra dire qu’ils sont finalement rentrés au bercail.

Date de modification :