Une journée parmi bien d’autres à Doha, au Qatar

Article de nouvelles / Le 28 janvier 2016

Il y a 25 ans, le 17 janvier 1991, des bombardements aériens contre l’Iraq ont lancé l’opération Desert Storm, menée par les États-Unis. Dès l’automne 1990, le Canada avait commencé à déployer des forces aériennes pendant la guerre du Golfe. En effet, dans le cadre de l’opération Scimitar, le Canada avait déployé des CF-188 Hornet et du personnel de soutien dans la région du Golfe en vue de fournir une couverture supérieure à ses navires qui s’y trouvaient pour l’opération Friction.

Après son arrivée au Qatar en octobre 1990, c’est avec rapidité et assiduité que le personnel chargé de la maintenance des aéronefs s’est mis au travail. Toutes les unités de soutien du Groupe opérationnel aérien du Canada au Moyen-Orient finalisaient alors le travail préparatoire devant permettre le déroulement sans anicroche de l’opération. Pour leur part, les pilotes entamaient un programme d’entraînement au vol et au sol intensif tout en poursuivant leurs patrouilles aériennes de combat au-dessus du Golfe. L’équipe au sol travaillait quant à elle avec acharnement pour assurer le bon fonctionnement des aéronefs.

Constamment, jour et nuit, les activités suivaient leur cours. Le sergent Hugh Nickel, superviseur de la maintenance, décrit un quart de travail typique de douze heures pendant les jours qui ont précédé la campagne de bombardements aériens.

Par le sergent Hugh Nickel

Une alarme sonne et vient briser le silence de la nuit : il est 23 h 30. Comme à l’habitude, c’est en quittant difficilement mon lit, où j’étais bien au chaud, les yeux encore fatigués, qu’une autre journée commence. Le temps est frisquet, et je m’habille chaudement : t-shirt, chemise de combat et chandail. Toutefois, je sens encore le froid, probablement en raison de l’humidité.

Nous commençons notre travail sur l’aire de trafic. Il fait noir, et la seule lumière perceptible provient des remorques portables, dont le bourdonnement des générateurs se fait constamment entendre dans la nuit.

De nombreuses activités se déroulent sur l’aire de trafic alors que le personnel prépare les avions à réaction en vue du premier décollage. Nous terminons toutes nos tâches environ 15 minutes avant l’arrivée des trois premiers pilotes, ce qui nous laisse le temps d’une brève pause-café.

L’ambiance est à la bonne humeur, et des rires fusent de partout, mais cela changera bientôt du tout au tout alors que les activités de la journée atteindront leur point culminant.

Tout à coup, le son sans équivoque de moteurs à turbine se fait entendre et fait paraître les générateurs de lumière bien peu bruyants en comparaison. On aperçoit trois séries de clignotants qui indiquent la mise en marche des moteurs et des générateurs. Un grésillement sur la radio informe alors le Centre d’opérations de l’escadron (SQOC).

Le personnel procède ensuite aux vérifications avec efficacité et professionnalisme, comme il l’a déjà fait des milliers de fois. Lorsque le pilote indique qu’il est prêt, on retire la cale de roue avant de l’avion. Pendant que deux des avions s’avancent au sol, le troisième reste sur place, en réserve. Je communique avec le SQOC pour l’informer. Je songe alors au pilote qui attend, assis dans l’avion en réserve. Il entreprendra trois fois la procédure, mais il ne quittera vraisemblablement jamais sa position. Toutefois, tous savent que sa présence est essentielle.

Un vrombissement tonitruant se fait entendre alors que les deux CF-188 mettent les gaz, puis les ralentissent dans la tuyère de postcombustion. Le bruit fait vibrer les fenêtres de mon camion.

En ce matin où il fait encore nuit, on aperçoit les flammes au bout de la queue de l’avion. Alors que les roues se rétractent, un sourire se dessine sur mon visage, comme lors de chaque premier décollage. C’est un réveil brutal pour la ville de Doha : il est 4 h du matin, et à partir de maintenant, le bruit ne cessera plus.

Une demi-heure après le premier décollage, deux autres pilotes arrivent. Le pilote de réserve reçoit de nouveaux ordres au cas où il devrait décoller. 

La même procédure est suivie, et deux autres pilotes décollent.

Tout à coup, sans que personne ne s’en soit aperçu, il fait jour, et je me rends sur l’aire de trafic pour aller éteindre les générateurs de lumière.

Deux autres pilotes arrivent, et la procédure se répète. Le pilote en réserve continue pour sa part d’attendre un ordre qui pourrait ne jamais venir.

On aperçoit maintenant dans le ciel les deux premiers avions à réaction à avoir décollé, et tout le monde les observe pour voir si toutes leurs pièces sont encore en place. C’est bel et bien le cas, et tous semblent soulagés.

L’équipe s’élance pour stationner l’avion de retour, et les avitailleurs en carburant attendent que l’on fasse appel à eux. De nombreuses voix se font maintenant entendre sur les ondes radio, et je dois attendre mon tour pour communiquer avec le SQOC pour l’informer de nos activités.

Il est 6 h; le temps se réchauffe rapidement, et les gens se départissent de quelques vêtements. Deux autres avions ont décollé, et un troisième est en marche. Deux autres avions sont de plus alignés sur la piste d’atterrissage. La procédure est encore une fois répétée. Pour le non-initié, la scène pourrait sembler chaotique, et peut-être l’est-elle aussi, mais nous nous plaisons à croire qu’il s’agit d’un chaos bien ordonné.

Une irrégularité a été relevée sur un appareil, et le personnel chargé des réparations intervient rapidement afin qu’aucune opération ne soit retardée.

Un avion de remplacement est remorqué jusqu’à l’endroit approprié, car il doit être chargé. Des techniciens en systèmes d’armement (Air) s’affairent soudainement partout.

On pourrait pratiquement croire qu’ils peuvent déplacer l’appareil eux-mêmes.

Un plan de rechange est rapidement élaboré en ce qui concerne l’avion prévu par le SQOC, et aucun vol n’est annulé.

À mesure que le soleil se lève, les gens commencent à être incommodés par la chaleur et s’efforcent de se tenir à l’ombre et dans la fraîcheur produite par le climatiseur le plus proche.

Notre quart de travail de douze heures tire à sa fin aussi rapidement qu’il a commencé. Les membres de l’équipe saluent l’équipe qui les remplacera, ramassent leur matériel et retournent au camp pour y prendre le repas chaud que les cuisiniers, sourire aux lèvres, ont préparé. La mise en pratique de notre instruction nous procure à tous le sentiment du devoir accompli.

Personnellement, je suis reconnaissant et très fier de travailler avec ces professionnels grandement spécialisés et je suis satisfait du travail accompli.

On ne remercie peut-être pas assez les membres du personnel, mais la reconnaissance que nous éprouvons à leur endroit ne fait aucun doute.

Le temps de se doucher et d’adresser une lettre à la maison et il faut se mettre au lit, car une autre journée débutera bientôt.

Ce sera une journée de plus à Doha.

Le présent article est extrait de Desert Cats: The Canadian Fighter Squadron in the Gulf War, un ouvrage qui a été rédigé par le capitaine (à la retraite) David Deere et publié en 1991. L’article a été publié dans Airforce Magazine, volume 35, no 1, en 2011. Sa traduction et sa reproduction ont été autorisées.

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