ARCHIVÉE - Voler dans l’Arctique avec les « Vampires »

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Article de nouvelles / Le 23 mars 2015

Par le lieutenant Corey Gander

Quand j’ai appris à piloter le Twin Otter doté de skis, les sensations fortes ont vite fait d’éclipser les difficultés. J’ai dû apprendre de nouvelles techniques pour maîtriser l’appareil, mais ce n’était rien à côté de la remarquable expérience du vol à basse altitude et de l’atterrissage sur une surface de neige encore parfaitement intacte.

Le 440e Escadron de transport, surnommé l’escadron « Vampire », est l’unité permanente la plus septentrionale de l’Aviation royale canadienne (ARC). Établi à l’aéroport de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, à une latitude Nord d’environ 62 degrés, le 440e Escadron est chargé d’exécuter des opérations au Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut. Surtout axé sur le transport aérien à l’appui des activités nordiques des Forces armées canadiennes, le 440e Escadron exploite des appareils CC-138 Twin Otter depuis 1971, dans des conditions parmi les plus difficiles et les plus froides que l’on puisse trouver sur la planète.

Le Twin Otter, conçu et fabriqué au Canada, est un avion à décollage et atterrissage courts (ADAC) jouissant d’une renommée mondiale pour son caractère robuste, sa durabilité et son rendement hors piste remarquable. Produit à plus de 890 exemplaires, ce modèle d’avion est exploité partout dans le monde et dans tous les environnements que l’on puisse imaginer, dont celui de l’Arctique canadien.

Caractérisé par des hivers longs et glacials et des étés courts et frais, le climat des régions arctiques du Canada est particulièrement exigeant pour les pilotes. L’« aviation de brousse », qui consiste à exploiter des aéronefs dans des régions éloignées et sur des pistes de fortune, a permis l’accès au Nord du Canada dès le début des années 1900. Compte tenu des conditions extrêmement rigoureuses de l’Arctique, les avions destinés à être exploités dans les régions nordiques peuvent être équipés de trains d’atterrissage à diverses configurations. Le train d'atterrissage à pneus surdimensionnés, dont les gros pneus sont sous-gonflés, permet aux avions d’atterrir sur le terrain particulièrement accidenté qu’offre la toundra aride durant les courts mois d’été. Dotés plutôt de skis, les avions peuvent procéder à des décollages et à des atterrissages sur des pistes enneigées. Au cours des longs mois d’hiver, le 440e Escadron emploie un type de train d’atterrissage dit « à roues-skis ».

Le train d’atterrissage à roues-skis qu’utilise le 440e Escadron est hybride. Sur une surface dure comme celle de l’aéroport de Yellowknife, les skis sont remontés sur les roues de façon à ne pas toucher le sol. Les roues entrent en contact avec le sol à travers une ouverture pratiquée au centre de chaque ski. Une fois l’avion en vol, le système hydraulique de l’avion abaisse les skis et referme les ouvertures pour que les skis présentent une surface continue. Ce train d’atterrissage double permet au 440Escadron d’exploiter ses avions sur toute piste ordinaire à l’aide des roues, en plus de profiter des skis pour procéder à des atterrissages et à des décollages sur toute surface enneigée relativement plane, telle que celle d’un lac, d’une rivière, de la mer ou de la toundra. Puisque le Nord du Canada est surtout gelé et enneigé une bonne partie de l’année, les « Vampires » peuvent atterrir à un nombre pratiquement illimité d’endroits.

L’entraînement à l’atterrissage d’urgence en situation de voile blanc est le volet qui m’a le plus insécurisé; il fallait que je pilote l’avion en me fiant uniquement aux instruments jusqu’au moment de l’atterrissage. Les autres scénarios d’urgence m’ont appris des solutions de rechange qui ne seraient pas praticables si l’avion n’était pas équipé de skis. Dans l’éventualité d’un incendie de chalet, par exemple, on peut poser l’avion sur n’importe quelle partie d’un lac, vu qu’on peut considérer toute la surface d’un lac comme une piste d’atterrissage enneigée.

Les appareils peuvent également atterrir sur la banquise, un milieu particulièrement dur et inhospitalier, tant pour l’homme que pour ses machines. Du point de vue des mécaniciens de bord, et spécialement dans les phases préalables et ultérieures aux vols, les inspections revêtent une importance considérable du fait que les appareils sont dotés d’un train d’atterrissage qui expose le système hydraulique à un risque accru. Étant donné que le 440e Escadron agit régulièrement dans des conditions difficiles, il importe de faire preuve d’une vigilance de tous les instants, car des conditions que bien d’autres aviateurs considéreraient « anormales » sont en fait des conditions normales pour les « Vampires ». Les risques omniprésents associés au pilotage dans l’Arctique doivent demeurer présents à l’esprit collectif de l’escadron.

Cette formidable capacité s’accompagne toutefois de préoccupations et d’enjeux uniques. On pense immédiatement au rendement et au poids du Twin Otter dans sa configuration à roues-skis. En effet, les skis ajoutent du poids à l’appareil, ce qui réduit sa capacité d’emport potentielle tout en accroissant la traînée totale. Cela entraîne une réduction du rendement par rapport à la configuration à roues ordinaires et donne lieu à des restrictions applicables à l’exploitation de l’avion d’après les règles de vol aux instruments. Qui plus est, dans les conditions de vol propices à la formation de glace sur des composants de l’avion, la glace s’accumule rapidement sur les skis et les câbles qui y sont reliés. Ces deux facteurs limitent l’exploitation du Twin Otter équipé de roues-skies dans des conditions de vol aux instruments.

Certaines considérations moins évidentes (mais également importantes) s’appliquent au décollage, à l’atterrissage et à l’exécution de manœuvres sur une surface enneigée. La neige étant presque uniformément blanche, elle présente un faible contraste visuel. Il peut donc être difficile pour l’équipage de juger de l’état de la surface d’atterrissage envisagée, ainsi que de l’altitude par rapport à cette surface. Les conditions atmosphériques ajoutent de la difficulté à cet exercice. Quand le soleil est voilé, le contraste est réduit, voire entièrement éliminé; les nuages et le couvert nuageux sont extrêmement nuisibles au vol à ski. De plus, la poudrerie sur une surface enneigée a pour effet de masquer quasi-totalement la surface aux yeux de l’équipage. Pour ces raisons, le vol à skis se pratique idéalement de jour et dans des conditions météo clémentes; les équipages de « Vampires » reçoivent toutefois l’entraînement requis pour exécuter des atterrissages d’urgence en conditions de voile blanc.

Un des instructeurs a bien résumé la liberté qu’offre le vol à skis et le caractère unique de ce type de vol : « Ce n’est pas un pilote de ligne qui peut faire ça! ».

Afin d’obtenir la qualification exigée pour l’exécution de vols à skis, les mécaniciens de bord doivent accomplir deux vols, et les pilotes six. Compte tenu des facteurs que nous avons mentionnés plus haut, les vols d’entraînement se déroulent seulement de jour et par beau temps. Cet entraînement est mené de façon pratiquement identique à celui des escadrilles d’entraînement opérationnel (Ele EO) ordinaires.

Les membres d’équipage qui ont la chance de voler avec le 440e Escadron dans le Nord du Canada profitent d’expériences absolument uniques qu’on ne retrouve nulle part ailleurs que dans l’Arctique.

« Nous avons la chance d’aller là où aucun autre pilote d’appareil à voilure fixe de l’ARC n’est allé ou n’ira après nous », souligne le capitaine Dale Maedel. « Le Twin Otter équipé de skis nous donne accès à des régions du Canada que la plupart des Canadiens ne verront jamais de leur vie. » Le capitaine Maedel, officier de l’Ele EO du 440e Escadron, pilote des appareils Twin Otter dans le Nord depuis 1993.

La capacité ADAC, la multitude de sites d’atterrissage sur skis et les capacités qu’elles apportent à l’ARC sont des caractéristiques exclusives du Twin Otter et de l’escadron qui les exploite. L’environnement arctique a beau être un environnement au climat des plus rigoureux du monde, les « Vampires » font fi des difficultés et tournent le froid et la neige à leur avantage.

Je suis impatient de continuer de me perfectionner comme pilote de vol à skis au sein du 440e Escadron.

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