Message du rédacteur en chef (La Revue de l'ARC - ÉTÉ 2014 - Volume 3, Numéro 3)

 

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            Depuis quelques années déjà, je prends plaisir à lire La Revue de l’Aviation royale canadienne à l’occasion. Je la considère dans l’ensemble comme un excellent produit. Cependant, j’ai parfois eu le sentiment qu’une publication professionnelle comme La Revue pourrait faire beaucoup plus pour enrichir notre compréhension collective de nos activités professionnelles. Il m’est même arrivé de me demander comment je m’y prendrais pour remplir le mandat de La Revue. Or, le destin a voulu que je devienne commandant du Centre de guerre aérospatiale des Forces canadiennes. Je me retrouve donc rédacteur en chef de la publication qui m’a inspiré de telles réflexions.

            La puissance aérienne est un sujet complexe. C’est si facile à dire, mais si difficile à résumer. En effet, comme différents groupes ont différentes interprétations de ce qu’est la puissance aérienne, le concept prend de telles proportions qu’il n’y a pas moyen d’en donner une définition toute simple. Il faut aussi composer avec l’impermanence, car un aviateur de la Première Guerre mondiale – pour qui les opérations aériennes servaient principalement à appuyer les forces terrestres – n’aurait pas vu la puissance aérienne du même œil que ses homologues, hommes et femmes, du XXIe siècle – qui misent aujourd’hui sur des véhicules aériens sans pilote à bord. L’expérience collective, constituée de notre propre expérience et de ce que nous avons glané au fil des décennies auprès d’autres adeptes de la puissance aérienne, a mené à une compréhension, tantôt réelle, tantôt erronée, de la puissance aérienne des points de vue intellectuel, culturel, pratique, institutionnel et philosophique. Bref, la puissance aérienne est un sujet complexe, qu’il faut continuellement étudier pour nous assurer d’en faire une application efficace et dont il faut continuer de discuter pour le faire progresser.

            Du point de vue de l’Aviation royale canadienne (ARC), l’absence relative d’articles de fond rigoureux sur la puissance aérienne de La Revue pourrait porter à croire que le débat sur la puissance aérienne est, sinon moribond, du moins circonscrit à quelques enthousiastes. D’anciens numéros de La Revue contiennent effectivement nombre de bons articles, surtout parmi les textes à saveur historique, mais se font plutôt discrets sur les enjeux élargis de la puissance aérienne des temps modernes (p. ex. les répercussions qu’a la nature changeante des opérations sur la raison d’être des forces aériennes indépendantes; l’opposition entre qualité et quantité face à l’augmentation des coûts de défense; l’incidence du développement de la puissance aérienne dans des pays importants comme l’Inde, la Chine, etc.). Telles sont les pistes de réflexion et d’analyse qui doivent absolument encadrer l’élaboration de la future puissance aérienne du Canada et nos interactions avec les autres détenteurs de la puissance aérienne.

En outre, les lettres à la rédaction n’alimentent guère le débat. Leurs auteurs s’attardent généralement à rectifier des erreurs ou des omissions au lieu d’approfondir la question. Peut-être est-ce signe qu’il faut aborder les sujets à la fine pointe de la technologie ou avant-gardistes qui aiguillonneraient suffisamment le lecteur pour qu’il s’installe au clavier afin de réfuter les arguments présentés ou d’en analyser les mérites. Non seulement les débats d’idées sont une saine pratique, mais nous en avons besoin pour mieux cerner la puissance aérienne.

Pour ma part, j’estime que La Revue semble souvent faire cavalier seul, et nous devons remédier à la situation. Nous devons établir clairement qu’elle s’inscrit dans un ensemble élargi de tribunes, notamment l’imminent symposium sur la puissance aérienne (novembre 2014, à Toronto), la liste des lectures recommandées aux officiers généraux, les documents publiés par le Collège des Forces canadiennes, etc. Ensemble, nous devons nous atteler à rendre les activités connexes harmonieuses, visibles et dynamiques afin de mobiliser les gens. En somme, nous devons offrir encouragements et occasions à nos Warden, Tedder et Boyd dans l’âme.

Le débat sur la puissance aérienne n’a pas l’envergure qu’il pourrait ou devrait avoir au Canada. Je vais donc m’employer, en ma qualité de rédacteur en chef, à tabler sur les points forts de La Revue (articles à caractère historique ou axés sur la technologie et les processus) et mettre l’accent sur les dossiers qui susciteront la réflexion, la discussion et peut-être un léger malaise par moments. C’est dans cet esprit que j’exhorte tous les passionnés d’aviation, qu’ils portent encore l’uniforme ou non, à examiner d’un œil critique la puissance aérienne dans son sens large et son incidence sur l’ARC et sur le Canada.

Nous devons faire équipe et nous devons TOUS mettre les bouchées doubles pour dynamiser le débat sur la puissance aérienne. Je prévois rédiger moi-même quelques articles ou éditoriaux et participer activement à la discussion qui en découlera. De plus, je serai heureux de publier quelques opinions controversées. Pour ouvrir le bal, je vous lance le défi de lire Grounded: The Case for Abolishing the United States Air Force, de Robert M. Farley, ou encore Small Wars, Big Stakes: Coercion, Persuasion, and Airpower in Counter-revolutionary Warfare, de l’United States Air Force’s School of Advanced Airpower Studies, et de trouver des moyens d’appliquer à l’ARC les idées qui y sont présentées. Je compte sur le plaisir de recevoir vos textes.

Colonel Kelvin Truss

Rédacteur en chef

 

 

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