Programme des leçons retenues de l’Aviation royale canadienne (La Revue de l'ARC - ÉTÉ 2014 - Volume 3, Numéro 3)

 

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Par le major Dax Chambers

Introduction

Dans le numéro du printemps 2011 de La Revue de la Force aérienne, un article intitulé « Leçons retenues : La Force aérienne sur la voie de l’amélioration continue[1] » exposait au lecteur le contexte et le sommaire d’un programme de leçons retenues (PLR) cohérent, qui venait tout juste d’être mis sur pied. Cet article, qui comportait un diagramme de processus, un organigramme et un graphique en couleurs, traitait de façon très détaillée d’un certain nombre de sujets : la description du processus en cinq étapes du PLR et de ses éléments; le rôle et les responsabilités du Centre de guerre aérospatiale des Forces canadiennes (CGAFC); la gouvernance du programme; et finalement, le projet opération (Op) HESTIA. Rappelons que l’Op HESTIA était la contribution du Canada aux secours humanitaires apportés à près du tiers des citoyens d’Haïti, dans la foulée du terrible séisme et de ses répliques survenus en janvier 2010. Le personnel du CGAFC a effectué une analyse après opération des observations des leçons qui a révélé un certain nombre d’améliorations possibles. Sans trop entrer dans les détails ici, les constatations des leçons mettaient en évidence des problèmes dans le commandement et le contrôle du transport par voie aérienne ainsi que dans la doctrine et les processus opérationnels[2].

Le présent article fournit un bref aperçu de la situation du Programme des leçons retenues de l’Aviation royale canadienne (ARC). Il se veut davantage un document d’information qu’un rapport éducatif thématique comme celui publié en 2011. Si vous le voulez, imaginez le présent article comme la suite d’un très bon film; même si un grand nombre de personnes ont vu la première production, les cinéphiles qui découvrent ici la franchise ne seront pas désavantagés.

L’instauration du changement

Il s’est passé beaucoup de choses dans l’ARC au cours des trois dernières années. Les équipes de commandement se sont succédé et les organigrammes ont été revus et modifiés. Une fois de plus, la Force aérienne a fait la preuve de sa polyvalence en tant que responsable de la mise sur pied de forces, notamment en contribuant aux efforts dirigés par l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord pour imposer l’embargo sur les armes et la zone d’exclusion aérienne en Libye (Op MOBILE) et en participant au transport de l’aide humanitaire aux Philippines pendant l’Op RENAISSANCE 13‑01. Parmi les plus récents développements, et non le moindre, mentionnons notre détermination à nous réapproprier notre héritage, en ajoutant tout simplement le qualificatif « royale » à notre titre; si bien que les discussions entourant la probabilité de rajeunir les grades et les insignes font les manchettes. Le fait est que le changement est inévitable, qu’il est en cours et qu’il nous touchera tous.

Le pourquoi des leçons retenues

Les Forces armées canadiennes (FAC) forment une organisation d’envergure employant des dizaines de milliers d’hommes et de femmes. Les FAC jouent un rôle crucial dans la défense du Canada et dans la capacité de notre gouvernement à exercer son influence, au pays et à l’étranger. Étant donné son importance politique, l’étendue de ses opérations et la quantité de ressources dont elles ont besoin pour maintenir leur puissance dans les conditions actuelles, les Forces armées canadiennes constituent sans doute l’organisation idéale dans laquelle instituer un programme de leçons retenues. Quelle personne sensée nierait que des avantages peuvent découler de la connaissance et de la compréhension des problèmes, des mesures prises pour éviter leur répétition et de la promotion des pratiques exemplaires?

L’ARC, l’Armée canadienne et la Marine royale canadienne se sont toutes trois dotées de programmes de leçons retenues. Même si les programmes sont propres à chacune des armées, tous sont mis en œuvre et exécutés sous la direction de la chaîne de commandement, qui est elle‑même assistée par des officiers d’état‑major des leçons retenues (OEM LR) qualifiés. De plus, l’objectif de ces différents programmes est le même : opérer une transformation culturelle de façon à devenir des organisations apprenantes efficaces, au cœur desquelles se trouve un Centre de guerre des Forces canadiennes, dont le rôle est de participer activement aux processus interarmées des leçons retenues.

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La mise en œuvre du programme

En décembre 2011, le commandant de l’ARC a publié une directive de mise en œuvre visant à opérationnaliser le PLR de l’ARC. Avec ce document, l’ARC est passée de la planification et de la conceptualisation à la concrétisation du programme. Les commandants de division aérienne disposaient désormais des orientations et des lignes directrices nécessaires pour donner leurs ordres, qui devaient suivre la chaîne de commandement, de haut en bas. Il y avait enfin un objectif privilégié, à savoir la nécessité d’établir les structures du personnel responsable des leçons retenues et d’élaborer des plans stratégiques et opérationnels pour recueillir l’information qui seraient à la mesure des exigences du commandant de l’ARC. Le CGAFC, en tant que centre d’excellence des leçons retenues de l’ARC, a fourni sur demande un encadrement au groupe des OEM LR des escadres, par l’intermédiaire du Service des analyses et des leçons retenues (ALR). Les efforts, qui ont été consacrés à l’élaboration de plans de collecte et de stratégies de communication, mettaient l’accent sur l’importance de la mise en commun de l’information à l’échelle des communautés.

Les défis

La mise en œuvre du programme de l’ARC ne s’est pas faite sans heurt. Le texte qui suit illustre que dans toute organisation de taille, la transformation culturelle prend du temps. À cet égard, nous avons souvent été témoins de parallèles établis entre les programmes de leçons retenues et les programmes de sécurité des vols. Quels sont donc ces fameux « défis » exactement?

Il a fallu du temps pour établir un rythme de bataille à l’échelle de l’ARC, et il s’est avéré difficile de trouver des OEM LR formés pour participer aux exercices et aux opérations. Le personnel des ALR a occupé beaucoup de ces postes, mais on escompte satisfaire plus tard à ce besoin en puisant dans le bassin qui comprend plus de 150 personnes déjà formées par le CGAFC. L’une des contraintes majeures du PLR, c’est que toutes les ressources (personnel, financement et équipement) doivent provenir de capacités existantes. Les restrictions budgétaires et la réalité d’une grande organisation qui n’a tout simplement pas la chance de disposer d’une abondance de personnel excédentaire, et encore moins du personnel possédant l’expérience nécessaire des opérations et d’état‑major pour assurer la mise en place du PLR, sont des faits éloquents. Réfléchissez à ce qui suit : la majorité des officiers d’état‑major des leçons retenues compétents, qui sont choisis par les commandants et les officiers supérieurs d’état‑major concernés, ont des tâches principales qui ne relèvent pas du domaine des LR.

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La discussion sur les défis associés au PLR de l’ARC ne serait pas complète sans l’examen du processus en cinq étapes (voir la figure 1[3]).

La figure 1 montre les cinq étapes du processus des leçons retenues. Elles sont présentées dans cinq rangées. De haut en bas, on trouve dans la première rangée l’étape 1 : Préparation; dans la deuxième rangée, l’étape 2 : Collecte; dans la troisième rangée l’étape 3 : Analyse, laquelle contient deux sous unités, soit Analyse de la collecte et Analyse du changement; dans la quatrième rangée, l’étape 4 : Approbation et orientation du changement; et finalement, dans la cinquième rangée, l’étape 5 : Instauration du changement. Fin de la figure 1.

Figure 1 : Processus en cinq étapes

   

Bien que des résultats positifs aient découlé des efforts des trois premières étapes du processus, nous nous efforçons toujours d’acquérir les moyens nécessaires pour faire avancer les étapes « Approbation et orientation du changement » et « Instauration du changement ». Le peu de résultats obtenus de ces étapes ainsi que de la fonction de l’étape 3 « Analyse des changements » a considérablement ralenti notre élan vers l’aboutissement des leçons retenues. Le terme « leçon retenue » est souvent mal utilisé. En effet, une leçon est déclarée retenue lorsque le changement est mis en œuvre à la suite d’une analyse et que les résultats du changement visés sont validés. Poursuivez votre lecture pour découvrir quelles mesures permettront de savoir pourquoi notre programme n’a pas produit de leçon retenue et quelle stratégie nous aidera à nous remettre sur la voie.

La phase 3 et après

L’exécution du PLR comprend quatre phases qui sont énoncées dans la directive de mise en œuvre du commandant de l’ARC et décrites dans le plan de campagne des leçons retenues :

  • définition des éléments de base;
  • mise en œuvre d’un rythme de bataille;
  • validation du programme;
  • état stable.

Le PLR de l’ARC doit être validé avant que l’état stable puisse être initialement reconnu. L’élaboration d’un plan de validation, dirigée par le CGAFC, est le moyen devant servir à déterminer les lacunes ou les pratiques exemplaires dans la mise en œuvre du programme. Lorsque le plan sera établi, tout changement stratégique nécessaire sera géré dans l’esprit des étapes 4 et 5 du processus des leçons retenues; dans les faits, nous devons appliquer ce processus au PLR.

Alors que nous sommes à concevoir une stratégie pour assurer la transition du PLR de l’ARC vers la phase 3, le Service des ALR a commencé le processus important qui consiste à examiner et à mettre à jour le document B‑GA‑005‑780/AG‑001, Manuel de Programme des leçons retenues de la Force aérienne. Ce travail donnera lieu à une publication‑cadre plus achevée que le document original, qui comportera l’information nécessaire, approfondie et détaillée.

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Conclusion

Le Service des ALR du CGAFC compte sur une collaboration continue avec les intervenants concernés par les leçons retenues, qu’ils soient de l’ARC ou de l’extérieur de celle‑ci. Le CGAFC offre actuellement son appui à deux projets. Dans le premier cas, il soutient le personnel des leçons retenues de la 1re Division aérienne du Canada (DAC) en gérant et en analysant de l’information provenant de divers rapports post‑activité (RPA) qui remontent à aussi loin que mars 2010[4]. Ce projet vise à connaître les tendances dans les secteurs problématiques ou dans les pratiques exemplaires afin de faciliter, au besoin, les étapes de la gestion du changement. Jusqu’à maintenant, on a conclu que c’est dans la planification des opérations interarmées et multinationales ainsi que dans l’instruction que des améliorations s’imposent. Dans le deuxième projet, le CGAFC appuie une analyse du système d’instruction des pilotes, qui est dirigée par la 2 DAC. L’objectif est de produire un rapport présentant des conclusions et des recommandations qui pourraient déterminer l’avenir de toute l’instruction en vol dans l’ARC.

Les leçons retenues donnent lieu à un mouvement qui se développe sans cesse dans les FAC et qui s’étend à nos alliés. Un programme qui repose uniquement sur les efforts de quelques‑uns ne peut pas réussir. Peut‑être que vous adhérerez, vous aussi, à l’idée que cet excellent programme sera un jour reconnu comme une institution pour l’apprentissage et l’amélioration continus, tel qu’il a été imaginé au départ. Tous à l’œuvre! Les efforts de chacun de nous seront nécessaires pour mener à bien cette entreprise.


Le major (Maj) Dax Chambers fait partie du personnel du Service des analyses et des leçons retenues du CGAFC depuis 2010. Il a été employé comme officier des leçons retenues dans l’élément de coordination de la composante aérienne pendant l’exercice MAPLE GUARDIAN à l’automne de 2011, puis il est retourné à Wainwright l’année suivante, où il a occupé un poste similaire. De novembre 2002 à juillet 2003, le Maj Chambers a passé un total de six mois en ex‑Yougoslavie comme pilote de ligne dans le détachement d’hélicoptères CH146 Griffon. Outre sa première affectation dans le 427e Escadron à Petawawa, le Maj Chambers a travaillé au Collège militaire royal à Kingston et dans le 400e Escadron à Borden alors qu’il était membre de la Force aérienne. Il habite à Kingston, en Ontario.

Abréviations

ALR―analyses et leçons retenues

ARC―Aviation royale canadienne

CGAFC―Centre de guerre aérospatiale des Forces canadiennes

DAC―Division aérienne du Canada

FAC ―Forces armées canadiennes

OEM LR―officiers d’état‑major des leçons retenues

Op―opération

PLR―Programme des leçons retenues

RPA―rapport post‑activité

Notes

[1]. Mario Fortin. « Leçons retenues : La Force aérienne sur la voie de l’amélioration continue », La Revue de la Force aérienne, vol 4, no 2, printemps 2011, p. 60.  (retourner)

[2]. Pour le rapport intégral intitulé AF-AP-2010-01 Airlift Command and Control - OPERATION HESTIA - Final Report voir le Système de gestion des connaissances (SGC), http://kms.mil.ca/kms/CentralInstance.aspx?Type=Operation&Id=565 (consulté le 25 juin 2014). Note : Ce site ne peut être consulté que sur un ordinateur connecté au Réseau étendu de la Défense (RED). (retourner)

[3]. Cette figure a d’abord été publiée dans La Revue de la Force aérienne, vol 4, no 2, printemps 2011, p. 63. (retourner)

[4]. Un RPA se définit comme un « rapport rédigé après toute activité militaire pour consigner ce qui s’est passé et pourquoi, et la manière d’améliorer les choses ou de les perpétuer. Note : Les rapports post-activité comprennent les comptes rendus post‑action (CRPA), les rapports post‑déploiement (RPD), les rapports post‑exercice (RPX), les rapports post‑opération (RPO), etc. » (Banque de terminologie de la Défense, fiche no 43732). (retourner)

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