Le système de contrôle aérien de théâtre de l’ARC Réflexion sur l’emploi de la puissance aérienne dans les opérations interarmées (La Revue de l'ARC - ÉTÉ 2014 - Volume 3, Numéro 3)

 

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Table des matières

 

 

Troisième article d’une série consacrée au commandement et au contrôle et l’Aviation royale canadienne[1]

par le major Pux Barnes, CD, M.A.

L’histoire commence[2]

Sous un ciel bleu. Tandis que le train d’atterrissage rentre après le décollage, les deux CF188 Hornets de l’Aviation royale canadienne (ARC) amorcent une montée dans le ciel bleu à partir d’une base d’opérations déployée pour exécuter les missions qui leur ont été assignées. Le Canada a déployé une force opérationnelle interarmées (FOI) des Forces armées canadiennes (FAC) pour faire partie d’une opération de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) quelque part dans le monde, et une partie importante de la FOI des FAC est un groupement tactique aérien (GTA) de l’ARC composé de personnel, de matériel et de capacités. Durant la mission de cinq heures à venir, les pilotes de chasse entreront en contact avec une série complexe et interdépendante d’organisations de commandement et de contrôle (C2) qui assurera de nombreuses fonctions, toutes consacrées à les aider à atteindre un but : leur mission. Ce réseau de personnes, d’organisations et de capteurs est appelé le système de contrôle aérien de théâtre (TACS)[3].

Dès le début de la planification de mission ce matin-là, les pilotes travaillent avec des éléments du TACS, une coordination constante qui prendra fin seulement après l’établissement du compte rendu après mission plus tard dans la journée. Une fois les détails de la mission établis au centre d’opérations de l’escadron (SQOC), les pilotes se coordonnent avec l’équipage du CC150(T) Polaris qui décollera avant les Hornet afin d’assurer le ravitaillement air-air (RAA) nécessaire aux chasseurs chargés de munitions qui se rendront à leur zone assignée de patrouille aérienne de combat (PAC) pour une période de trois heures en station avant le retour à la base. La coordination se poursuit avec le contrôle de la circulation aérienne (ATC), tandis que les avions démarrent leurs moteurs, circulent et décollent.

Une fois en vol, les pilotes sont transférés à l’ATC en route qui les prend en charge jusqu’à la zone d’opérations (ZO). L’ordre d’attribution de mission aérienne (ATO) publié par le centre multinational d’opérations aériennes (CAOC) de l’OTAN leur indique alors de communiquer avec leur contrôleur tactique, un E-3A de l’OTAN équipé d’un système aéroporté d’alerte et de contrôle (AWACS) en circuit au large de la côte à 30 000 pieds (9144 mètres) d’altitude pour une mission relativement courte de 14 heures. L’équipage de l’AWACS coordonne le RAA entre les appareils de l’ARC et, après un ravitaillement de 7000 livres (3175 kilogrammes) chacun en carburant, les chasseurs franchissent le littoral et survolent la terre ferme pour prendre leur position de PAC. Ils effectuent un circuit d’attente en hippodrome en attendant d’être appelés. Les Hornet sont équipés d’une variété d’armes et de capteurs pour aider les troupes au sol qui entrent en contact avec l’ennemi, situation désignée par le sigle TEC, qui signifie « troupe en contact ». L’objectif consiste à répondre en quelques secondes lorsqu’ils reçoivent un appel.

Direction Sud. Les pilotes des Hornet reçoivent des mises à jour périodiques du contrôleur tactique (l’AWACS) et se préparent pour une patrouille de trois heures qui risque d’être longue. Durant la mission, les pilotes sont informés d’une modification de la mission prévue. Il semble que le bureau des opérations de combat du CAOC a obtenu des renseignements crédibles selon lesquels une menace pourrait se profiler dans une autre partie de la ZO où des troupes au sol amies sont actives. Le commandant de la composante aérienne de la force interarmées multinationale (CCAFIM) décide de déplacer la PAC de 30 kilomètres à l’intérieur des terres pour que les Hornet soient en meilleure position si leur aide est demandée. Étant donné que cet espace aérien relève d’un autre contrôleur tactique, les Hornet sélectionnent une nouvelle fréquence et communiquent avec les contrôleurs du radar de contrôle tactique (RCT) au sol. L’équipage de l’AWACS maintient un contact radar avec les Hornet et surveille leurs transmissions radio à mesure qu’ils se dirigent vers le sud, l’E-3A étant chargé de produire une situation aérienne générale (RAP) de la ZO qui alimente l’image commune de la situation opérationnelle (ICSO) du CCAFIM, laquelle fournit à son tour une connaissance de la situation critique de l’espace de bataille en constante évolution[4].

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Les contrôleurs du RCT informent les pilotes de Hornet de la situation en cours au sol. Une brigade de l’Armée canadienne se prépare à effectuer des opérations dans une vallée où l’ennemi a récemment été aperçu. La brigade est appuyée par une des unités d’aviation de l’ARC composées d’hélicoptères CH146 Griffon et CH147 Chinook qui volent à moins de 300 mètres au‑dessus du sol (AGL). Le contrôleur rappelle aux pilotes de chasse que les hélicoptères utilisent l’espace aérien inférieur et que chaque appareil peut être identifié grâce à ses renseignements ATO, y compris son indicatif d’appel et son code de transpondeur. L’ennemi dispose également d’hélicoptères, donc il est essentiel de pouvoir distinguer les appareils amis des aéronefs ennemis. En plus des hélicoptères de l’ARC, un CP140 Aurora effectue une mission de surveillance dans la zone, et deux CC130J Hercules sont attendus pour ravitailler la brigade dans la prochaine heure. Puisque ces aéronefs sont sous le contrôle tactique (TACON) [5] d’un membre du TACS, ça devrait bien aller.

La descente. Il faut peu de temps avant qu’un appel de TEC soit reçu et que l’on commande aux Hornet d’abandonner leur PAC pour effectuer une descente et rejoindre les troupes qui ont lancé l’appel. La mission des Hornet vient de passer d’une PAC à un appui aérien rapproché (AAR) [6]. Les contrôleurs du RCT transfèrent les pilotes à une autre fréquence radio pour qu’ils communiquent avec leur nouveau contrôleur tactique, l’élément de contrôle aérien tactique (ECAT), une organisation interarmées entre la force aérienne et la force terrestre qui coordonne toutes les activités aériennes dans l’espace aérien autour des troupes au sol. Le contrôleur de l’ECAT donne aux pilotes des renseignements sur l’emplacement des TEC ainsi que sur d’autres détails liés à la zone des cibles. Alors que les pilotes franchissent rapidement 3000 mètres en descente, on leur indique l’emplacement des autres aéronefs avec ou sans pilote qui se trouvent dans les environs. Le contrôleur de l’ECAT transfère les pilotes de chasse au prochain contrôleur tactique, le contrôleur aérien avancé (CAA) qui fait partie de l’unité au sol essuyant le feu ennemi.

Le soulagement du CAA est manifeste à la radio. Le besoin d’AAR est immédiat puisqu’à chaque fois que le CAA effectue une transmission, les pilotes entendent le « tac, tac, tac! » des projectiles de l’ennemi qui ricochent sur la caisse du véhicule blindé derrière lequel le CAA est accroupi. Le CAA donne des instructions précises aux pilotes sur ce qu’il faut faire : un passage à haute vitesse à basse altitude dans la vallée avec la postcombustion activée pour faire une démonstration de force afin d’effrayer l’ennemi et le pousser à se réfugier derrière la crête qui surplombe le fond de la vallée. Toutefois, cette « démonstration de force » doit être approuvée par le CCAFIM avant que le pilote du chasseur de tête puisse descendre aussi bas en raison des risques que pose l’ennemi et les conflits dans l’espace aérien avec les forces amies. Il ne faut pas oublier… les hélicoptères sont toujours là quelque part. Comment un CAA à 1000 milles (1609 kilomètres) du CCAFIM peut-il obtenir l’approbation de cette démonstration de force? Plus important encore, comment cette approbation peut-elle être accordée en quelques secondes plutôt qu’en quelques minutes?

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Légende de la photo. Le centre d’opérations de secteur de Middle Wallop où on peut voir, de gauche à droite, le personnel de commandement, le personnel de communications, le personnel des cartes et les cartes d’état des escadrons de chasseur (photo de la RAF). Fin de la légende.

(photo de la RAF)

Le centre d’opérations de secteur de Middle Wallop où on peut voir, de gauche à droite, le personnel de commandement, le personnel de communications, le personnel des cartes et les cartes d’état des escadrons de chasseur

  

La figure 1 représente les stations radars alimentent la salle de filtrage et d’opérations du quartier général du Fighter Command.

(ministre de la Défense nationale)

Figure 1. Le système de défense antiaérienne du Fighter Command de la RAF en 1940

   

Le TACS entre en jeu. La compréhension, à la fois de la chaîne de commandement et de la fonction des commandants et des organisations aux différents niveaux, représente un élément critique du succès de chaque opération militaire. C’est grâce à cette structure que les commandants exercent le commandement et le contrôle d’opérations de puissance aérienne complexes, intégrant ainsi les effets aériens dans les opérations interarmées. Le TACS moderne tire ses origines de la Seconde Guerre mondiale durant la bataille d’Angleterre, où le Royal Air Force (RAF) Fighter Command a utilisé un système complexe de radars, de radios et de centres de contrôle pour diriger les Spitfire et les Hurricane contre la Luftwaffe de l’Allemagne. Après leur décollage rapide, les escadrons de chasseurs pouvaient intercepter les appareils ennemis. Après un combat tournoyant, les chasseurs pouvaient recevoir de nouvelles instructions pour intercepter de nouvelles cibles à l’aide de l’imagerie visionnée par les contrôleurs au sol sur leur écran radar. L’agilité des chasseurs était essentielle puisque la durée de vol était limitée par le carburant. Devant un ennemi déterminé, cette coordination entre contrôleur radar et pilote de chasse a permis de multiplier l’effet des défenses de la RAF et, ultimement, de remporter la victoire. Depuis, la raison d’être du TACS est essentiellement la même – une puissance aérienne aussi agile, polyvalente et souple que possible.

Système de contrôle aérien de théâtre de l’ARC

Bonne nouvelle, l’ARC a un TACS. Les opérations de l’ARC sont également contrôlées par un TACS global. Le TACS est centré sur le CAOC et comprend les organisations, unités, personnel, équipement et procédures nécessaires à la planification, à la direction et au contrôle des opérations aériennes, ainsi qu’à la coordination de celles-ci avec d’autres composantes dans un environnement interarmées. Le TACS de l’ARC comprend les éléments suivants de la chaîne du C2 aérien qui fournit le C2 opérationnel et tactique pour les forces exécutant des missions de puissance aérienne.[7]

a. Le centre multinational d’opérations aériennes, situé à Winnipeg, est le principal centre duquel les opérations aériennes sont dirigées, surveillées, contrôlées et coordonnées avec les autres composantes. Il est structuré pour fonctionner comme une installation complètement intégrée, et il dispose du personnel et de l’équipement nécessaires pour réaliser des opérations aériennes à l’échelle d’un théâtre. Le CAOC permet au commandant de la composante aérienne de la force interarmées (CCAFI) de l’ARC d’avoir la connaissance de la situation nécessaire pour effectuer des opérations aériennes au pays et ailleurs dans le monde.

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Légende de la photo. Le centre multinational d’opérations aériennes est une grande salle ouverte. De grands écrans couvrent la moitié supérieure des murs. De nombreux postes de travail sont occupés par des personnes travaillant sur leur ordinateur et se consultant entre eux. Fin de la légende.

(United States Air Force)

Un CAOC typique

   

b. Le quartier général de la composante aérienne (QGCA) est un quartier général (QG) modulable de niveau opérationnel qui appuie un commandant de composante aérienne (CCA) qui n’est pas sur place au CAOC. Un QGCA est composé d’une combinaison de personnel de l’état-major A et des opérations qui fournit une CS au CCA en déploiement et assure la planification et la coordination entre le QGCA, le QG de la FOI et le CAOC en ayant recourt à un lien arrière. Le QGCA est une exigence essentielle qui permet au CCA d’intégrer des effets aériens dans des opérations interarmées qui ne sont pas contrôlées par le CAOC de l’ARC.

c. L’élément de coordination de la composante aérienne (ECCA)[8] est une équipe, à taille variable, de planification et de coordination affectée par le CCAFI à l’appui de divers commandants de niveau opérationnel. Un ECCA est chargé de la planification et de la coordination de niveau opérationnel pour faciliter l’intégration d’effets aériens dans des opérations interarmées. Dans la mesure du possible, un ECCA exploite les capacités du CAOC en faisant appel à un lien arrière. Le déploiement d’un ECCA est une option lorsque le CCAFI canadien est physiquement séparé du QG de la FOI ou lorsqu’une FOI canadienne fait partie d’une opération alliée/de coalition ayant son propre CCAFMI. L’ARC possède un ECCA pouvant être déployé à la 2e Escadre. Un ECCA est normalement déployé aux emplacements suivants :

1.  QG du Commandement des opérations interarmées du Canada (COIC). Il s’agit normalement d’un ECCA permanent situé au QG du COIC de manière définitive;

2.  QG de force opérationnelle interarmées régionale (FOI régionale). Il s’agit normalement d’un ECAT permanent situé à chaque QG de FOI régionale des FAC;

3.  QG FOI. Lorsqu’un commandant de FOI – autre qu’un commandant de FOI régionale – est désigné pour commander une opération, un ECAT est utilisé au QG FOI;

4. QGCA. Un ECAT est utilisé comme QGCA pour appuyer un CCA déployé;

5.  CAOAC allié/de coalition et élément de commandement national (ECN). Durant des opérations par des forces alliées/de coalition, le Commandant national du Canada (CNC) utilise un ECAT au CAOC allié/de coalition et au QG ECN canadien.

d. Le centre de détection et de contrôle (CDC) est une unité de C2 intégrée et basée au sol qui peut être statique, mobile ou déployable. Le CDC relève du CAOC et est chargé de l’exécution décentralisée de toutes les activités aériennes défensives, offensives et de gestion de l’espace aérien dans une zone assignée. Ces activités sont exécutées au moyen de la surveillance, de l’identification, du contrôle des armes, du contrôle de l’espace aérien positif et procédural et de la gestion de liaison de données. Le CDC produit une situation aérienne générale (RAP) qui contribue à l’ICSO. L’ARC utilise quotidiennement la 22e Escadre comme CDC et peut déployer des escadrons de radar de contrôle tactique (RCT) de la 3e et de la 4e Escadre comme CDC.

e. Le centre des opérations d’escadre (COE) assure une coordination constante entre le CAOC, l’escadre et les escadrons subordonnés. La faisabilité des missions et des tâches assignées par le CAOC est vérifiée par le COE. Le COE surveille les progrès de la mission, assure la communication des résultats de la mission et fournit au CAOC un état de la situation presque en temps réel. La plupart des escadres de l’ARC comptent un COE, y compris l’escadre expéditionnaire aérienne (EEA) déployable, la 2e Escadre.

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f. Le centre d’opérations de l’escadron assure la coordination avec le COE et est chargé de la préparation des missions et des tâches assignées, de leur exécution en temps opportun et de la communication des résultats de la mission au CAOC par l’intermédiaire du COE.

g. Le centre des opérations de combat (COC) remplit le rôle de liaison du C2 entre le CDC et le commandant de la force en alerte pour les opérations du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD). Le COC fournit continuellement au CDC des rapports et signale l’état des ressources assignées par le NORAD tout en proposant au commandant de la force en alerte des mises à jour sur la connaissance de la situation. Le COC représente un lien vital dans la chaîne de C2 entre les commandants de bord d’aéronef assignés par le CCAFI et le NORAD. La 3e et la 4e Escadre utilisent toutes les deux un COC.

h. L’élément de contrôle aérien tactique (ECAT) est le principal élément de liaison et de contrôle aligné sur les unités de manœuvre de la force terrestre, depuis les bataillons jusqu’aux corps. La principale mission d’un ECAT est d’informer les commandants terrestres respectifs des capacités et des limites de la puissance aérienne et d’assister le commandant terrestre dans la planification, la demande, la coordination et le contrôle des effets aériens. Le rôle d’ECAT est attribué au personnel de l’ARC.

i. Le contrôleur aérien avancé (CAA) est un « spécialiste dirigeant, d’une position avancée au sol ou dans les airs, l’action des aéronefs de combat engagés dans l’appui aérien rapproché des forces terrestres[9]. » Un CAA qui mène des opérations à partir d’une plateforme aéroportée est appelé un CAA(A). Le rôle de CAA est attribué au personnel de l’ARC.
Légende de la photo. Deux soldats, l’un portant un émetteur radio sur son dos, sont accroupis sur un sol rocailleux alors qu’un A-10 Thunderbolt les survole. Fin de la légende.

(Photo du Department of Defense)

Des CAA demandent une « démonstration de force » à un A-10 Thunderbolt

  

Fermer la boucle TACON

Lorsqu’on comprend les composantes du TACS et son rôle global, sa contribution à l’amélioration collective de l’agilité de la puissance aérienne peut être appréciée. Ce processus est particulièrement important lorsqu’on tient compte de la guerre asymétrique, où il faut répondre aux changements dans les missions afin de profiter d’occasions de ciblage dynamiques et éphémères. Les commandants de tous les niveaux s’appuient sur le TACS pour mettre en œuvre les modifications rapides qui sont exigées de la puissance aérienne. Des aéronefs reviennent souvent de missions qui, en raison d’importantes modifications en route, ne ressemblent en aucune façon aux missions qui avaient été assignées dans l’ATO. En raison du rythme rapide de la guerre interarmées, les aéronefs doivent être souples, parfois à l’extrême. Un TACS bien coordonné peut gérer ces modifications et même permettre à un CAA d’obtenir l’approbation d’une modification de la mission sur-le-champ. Le TACS répond ainsi le mieux aux besoins dynamiques de l’espace de bataille, en veillant à ce qu’il n’y ait aucune interruption dans le contrôle tactique des aéronefs durant la mission.

La fermeture de la « boucle TACON »[10] incombe au CCA, le commandant de niveau opérationnel qui commande le TACS[11]. Un TACS bien établi qui répond rapidement à des demandes de modification sur le terrain peut accélérer le cycle demande / approbation / coordination / exécution et augmenter l’agilité, la souplesse et la pertinence de la puissance aérienne pour le commandant de la force interarmées. En ce qui concerne les relations de C2, l’essentiel consiste à s’assurer que les éléments du TACS puissent assurer un TACON suffisant des aéronefs durant toutes les phases de vol. Comme l’illustre la figure 1, un aéronef obéit à une « trajectoire de mission d’ATO » à laquelle s’interconnectent les éléments du TACS qui assurent un TACON durant la mission. Ces éléments de TACON sont reliés les uns aux autres ainsi qu’au CCA et au CAOC. Lorsqu’un élément du TACS effectue une demande pour modifier une mission en cours, des activités ont lieu simultanément pour fournir à tous les intervenants une CS qui va en s’améliorant, tandis que la demande est envisagée au CAOC. Lorsque l’approbation est donnée, le TACS s’assure que le message est communiqué aux aéronefs touchés par l’entremise de tous les éléments. Dans de nombreux cas, l’autorité de décision peut être déléguée à un élément de TACON pour accélérer le processus.

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La figure 2 représente le commandant de la composante aérienne de la force interarmées attribue des tâches aux unités par l’entremise du centre multinational d’opérations aériennes en utilisant un ordre d’attribution de mission aérienne. L’ordre d’attribution de mission aérienne est donné au commandant de l’escadre / escadre expéditionnaire aérienne (et au centre d’opérations d’escadre). Le commandant de la composante aérienne de la force interarmées assure le contrôle opérationnel du commandant de l’escadre / escadre expéditionnaire aérienne et de l’ordre d’attribution de mission aérienne. Le commandant de la composante aérienne de la force interarmées reçoit les comptes rendus de mission des unités de contrôle tactique et y répond en communiquant des modifications de mission et des renseignements de comptes rendus de mission aux unités de contrôle tactique. Le commandant de la composante aérienne de la force interarmées assure le contrôle opérationnel de ces unités et de l’ordre d’attribution de mission aérienne. La trajectoire de mission de l’ordre d’attribution de mission aérienne commence par franchir les quatre étapes suivantes : 1. le commandant de l’escadre / escadre expéditionnaire aérienne (y compris le centre d’opérations d’escadre) assure le contrôle tactique de la mission jusqu’à ce qu’il soit transféré au contrôle de la circulation aérienne de théâtre. 2. le contrôle de la circulation aérienne de théâtre assure le contrôle tactique de la mission jusqu’à ce qu’il soit transféré aux unités de contrôle tactique, lesquelles peuvent comprendre les éléments suivants : a. élément de coordination de la composante aérienne; b. radar de contrôle tactique; c. système aéroporté d’alerte et de contrôle; d. système de défense antiaérienne; e. centre de coordination des opérations aériennes (terrestre); f. contrôle de la circulation aérienne. 3. les unités de contrôle tactique assurent le contrôle tactique de la mission jusqu’à ce qu’il soit transféré à l’élément de contrôle aérien tactique. 4. l’élément de contrôle aérien tactique assure le contrôle tactique de la mission jusqu’à ce qu’il soit transféré au contrôleur aérien avancé. Par la suite, la trajectoire de mission de l’ordre d’attribution de mission aérienne franchit les mêmes étapes dans l’ordre inverse de contrôle tactique, c’est-à-dire qu’il passe du contrôleur aérien avancé à l’élément de contrôle aérien tactique, ensuite aux unités de contrôle tactique, et finalement au commandant de l’escadre / escadre expéditionnaire aérienne (y compris le centre d’opérations d’escadre). Fin de la figure 2.

Figure 2. Utiliser le TACS : Fermer la boucle TACON

    

La « boucle TACON » de l’ARC. Dans le cas de l’ARC, la « trajectoire de mission d’ATO » d’un aéronef s’étant fait attribuer une tâche dans le cadre d’un ATO commence avec le CAOC, l’organisation qui donne l’ATO (au nom du CCAFI) au COE d’escadre ou d’EEA. Le COE s’assure que les escadrons sont suffisamment bien appuyés pour qu’ils puissent effectuer la mission de l’ATO « as fragged »[12] (conformément à l’ATO). Étant donné que l’élaboration de l’ATO se fait plusieurs jours avant le jour du vol, les modifications de mission peuvent être envoyées du CAOC au COE avant le commencement de la mission. À tout moment lorsque l’aéronef est en déplacement, même durant la circulation au sol et au départ, l’ATC et le COE peuvent effectuer une modification de mission[13].

Lorsque des modifications de mission atteignent une unité de TACON, elles peuvent être traitées relativement rapidement, comme décrit précédemment. Les aéronefs dont la trajectoire de mission de l’ATO est dans l’ordre normal ou inverse de contrôle tactique peuvent être joints pour des modifications de mission. Si, par exemple, l’aéronef de remplacement devient inutilisable ou se fait attribuer une tâche de façon dynamique, le retour à la base peut être retardé. Le TACS peut rediriger un aéronef à un avion-citerne pour qu’il s’y ravitaille afin de pouvoir retourner combattre. La boucle TACON se termine lorsque l’aéronef atterrit et que le compte rendu de mission est remis.

Légende de la photo. Un CC150(T) de l'ARC ravitaille une paire de CF188 Hornets (photo du MDN) Fin de la légende.

(photo du MDN)

Un CC150(T) de l’ARC ravitaille une paire de CF188 Hornets

  

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Résumé

C’est un fait que dans les conflits modernes, l’espace de bataille est un milieu de plus en plus complexe où tout se déroule rapidement. Pour que la puissance aérienne demeure suffisamment souple afin de relever les nouveaux défis d’un espace aérien encombré à toutes les altitudes par des systèmes avec et sans pilote, elle doit être soutenue par un TACS bien équipé et doté de personnel qualifié. L’ARC a mis en place un TACS qui peut répondre aux besoins de toute opération nationale ou opération de déploiement, et ce, tout en préparant les équipages de conduite et le personnel de C2 à fonctionner de manière efficace dans les systèmes de contrôle aérien du NORAD, de l’OTAN ou de partenaires de coalition possibles. Il est très important que les planificateurs d’exercice commencent à incorporer les éléments du TACS à mesure qu’ils préparent l’ARC pour ses futurs déploiements.

Épilogue

Et puis, comment ce CAA s’y est-il pris pour obtenir cette approbation de « démonstration de force » à la dernière minute pour résoudre la situation de TEC dans la vallée? En faisant appel à un TACS bien organisé. Dans ce scénario, le CAA a coordonné l’AAR avec les pilotes de chasse et cette conversation était surveillée par l’ECAT et l’AWACS. L’AWACS a demandé la modification de la mission au CCAFIM et au CAOC. Une fois approuvé, le message a été envoyé en sens inverse jusqu’au CAA, alors que l’ECAT communiquait avec les hélicoptères dans la vallée pour qu’ils libèrent l’espace aérien et avec l’artillerie pour qu’elle cesse ses tirs. La mission a été exécutée avec succès et l’effet aérien a fonctionné. Cet exemple de « démonstration de force » est fondé sur des événements réels qui se sont produits durant l’opération ENDURING FREEDOM et présente un portrait réaliste du TACS en action. Un cycle complet pour répondre à des demandes de cette nature durant l’opération prenait régulièrement moins de 30 secondes. Même si la mise en œuvre d’une réponse aussi rapide peut être valorisante à juste titre pour un TACS, ces 30 secondes peuvent sembler une éternité pour un CAA dans la vallée.

Le major Pux Barnes est contrôleur – Aérospatiale. Il est affecté au Centre de guerre aérospatiale des Forces canadiennes où il travaille comme analyste de la doctrine du C2. Il est né et il a grandi à Toronto, où il a obtenu un baccalauréat en histoire au Collège Glendon avant de s’enrôler dans la Force aérienne. En 2007, il est devenu titulaire d’une maîtrise ès arts en études sur la conduite de la guerre du Collège militaire royal du Canada. De plus, il est diplômé du Collège de commandement et d’état-major des Forces aériennes des États-Unis. Le major Barnes compte à son actif plus de 3 000 heures de vol à bord du système aéroporté d’alerte et de contrôle (AWACS) E‑3 Sentry, heures qu’il a accumulées dans diverses missions, notamment dans la Force de mise en œuvre et la Force pour le Kosovo de l’OTAN et pendant l’opération ALLIED FORCE, l’opération IRAQI FREEDOM, l’opération ENDURING FREEDOM et l’opération NOBLE EAGLE. Le major Barnes est chargé de cours associé à l’Université d’Oklahoma; il y donne des cours de niveau supérieur en histoire et en relations internationales depuis 2008.

Abréviations

AAR―appui aérien rapproché

ADS―système de défense antiaérienne

AOCC(L)―centre de coordination des opérations aériennes (terrestre)

ARC―Aviation royale canadienne

ATC―contrôle de la circulation aérienne

ATO―ordre d’attribution de mission aérienne

AWACS―système aéroporté d’alerte et de contrôle

B-GA-401―B-GA-401-000/FP-001, Doctrine aérospatiale des Forces Canadiennes – Commandement

C2―commandement et contrôle

CAA―contrôleur aérien avancé

CAOC―centre multinational d’opérations aériennes

CCA―commandant de composante aérienne

CCAFI―commandant de la composante aérienne de la force interarmées

CCAFIM―commandant de la composante aérienne de la force interarmées multinationale

CDC―centre de détection et de contrôle

COC―centre des opérations de combat

COE―centre des opérations d’escadre

COIC―Commandement des opérations interarmées du Canada

CS―connaissance de la situation

ECAT―élément de contrôle aérien tactique

ECCA―élément de coordination de la composante aérienne

ECN―élément de commandement national

EEA―escadre expéditionnaire aérienne

FAC―Forces armées canadiennes

FOI―force opérationnelle interarmées

FOI régionale―force opérationnelle interarmées régionale

MISREP―compte rendu de mission

MSN―mission

NORAD―Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord

OTAN―Organisation du Traité de l’Atlantique Nord

PAC―patrouille aérienne de combat

QG―quartier général

QGCA―quartier général de la composante aérienne

RAA―ravitaillement air-air

RAF―Royal Air Force

RCT―radar de contrôle tactique

TACOM―commandement tactique

TACON―contrôle tactique

TACS―système de contrôle aérien de théâtre

TEC―troupes en contact

ZO―zone d’opérations

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Notes

[1]. Il s’agit du troisième d’une série de courts articles portant sur le commandement et le contrôle dans l’ARC. Pour de plus amples renseignements, consultez le document B‑GA‑401‑000/FP‑001, Doctrine aérospatiale des Forces canadiennes – Commandement, à l’adresse Internet http://www.rcaf-arc.forces.gc.ca/fr/centre-guerre-aerospatiale-fc/doctrine-aerospatiale.page? et sur le Réseau étendu de la Défense à l’adresse http://trenton.mil.ca/lodger/CFAWC/CDD/Doctrine_f.asp (les deux sites ont été consultés le 30 octobre 2013).  (retourner)

[2]. Bien que fictif, ce scénario est fondé sur l’expérience de l’auteur après plus de 20 ans de carrière dans des organisations de C2 au sein du NORAD, de l’OTAN et de l’ARC tant sur le plan tactique qu’opérationnel, y compris plus de 300 missions effectuées dans des AWACS E‑3 de l’OTAN et de la United States Air Force dans le cadre d’opérations comme des forces de stabilisation de l’OTAN, l’opération ALLIED FORCE, l’opération NOBLE EAGLE ainsi que l’opération IRAQI FREEDOM. (retourner)

[3]. Dans la doctrine de l’OTAN, ce système est connu sous le nom de Système de commandement et de contrôle aériens (ACCS). (retourner)

[4]. L’équipage de l’AWACS surveille également les progrès des pilotes pour une autre raison. Si les chasseurs doivent évoluer à une basse altitude pour appuyer les troupes au sol pendant une période prolongée, ils consomment du carburant à un rythme beaucoup plus élevé, ce qui réduit considérablement leur disponibilité (leur période « en station »). Le commandant d’équipage de mission de l’AWACS indiquerait aux contrôleurs embarqués d’élaborer rapidement un plan avec le CAOC et le RCT afin de prioriser les éléments de RAA, au cas où les Hornet demandent du carburant au milieu d’un engagement. Dans ce cas, l’ensemble du TACS assure la coordination pour qu’un avion‑citerne soit à proximité et prêt. (retourner)

[5]. Le TACON permet une direction locale efficace et le contrôle des mouvements des manœuvres nécessaires pour exécuter les missions ou les tâches assignées. En général, le TACON est délégué lorsqu’au moins deux unités qui ne sont pas sous le même contrôle opérationnel (OPCON) sont combinées pour former une unité unifiée pendant une période en particulier. Ministère de la Défense nationale, B-GA-401-000/FP-001, Doctrine aérospatiale des Forces canadiennes – Commandement, Centre de guerre aérospatiale des Forces canadiennes, Trenton (Ontario), 2012, p. 7. Le numéro du document sera abrégé (B-GA-401). (retourner)

[6]. Une mission d’AAR est une « action aérienne contre des cibles ennemies qui sont à proximité immédiate des forces amies et qui exigent une intégration détaillée de chaque mission aérienne avec le feu et le mouvement de ces forces ». Banque de terminologie de la Défense, fiche 23335. (retourner)

[7]. B-GA-401, p. 22-25. (retourner)

[8]. Le document B-GA-401, p. 27-29, fournit des descriptions détaillées des tâches et des responsabilités d’un ECCA et d’un directeur d’ECCA. (retourner)

[9]. Banque de terminologie de la Défense, fiche 552. (retourner)

[10]. La « fermeture de la boucle TACON » est un concept élaboré par le Centre de guerre aérospatiale des Forces canadiennes en 2012–2013. (retourner)

[11]. Voir le premier article de cette série pour de plus amples renseignements sur l’utilisation de C2 dans les opérations de puissance aérienne. Pux Barnes, « Commandement ou contrôle? Réflexion sur l’emploi de la puissance aérienne dans les opérations interarmées », Revue de l’Aviation royale canadienne, vol. 3, no 1, hiver 2014. http://www.rcaf-arc.forces.gc.ca/fr/centre-guerre-aerospatiale-fc/commandement-et-controle.page et Réseau étendu de la Défense (RED) : http://trenton.mil.ca/lodger/cfawc/CDD/C2_f.asp (consultés le 11 juin 2014). (retourner)

[12]. Le terme « fragged » remonte à la guerre du Vietnam où des ordres de vol complexes étaient adoptés dans un endroit centralisé et distribués aux quartiers généraux subordonnés et aux unités de vol, puis en étoile et du sommet vers la base, de façon fragmentaire. (retourner)

[13]. À l’ère des ATO sur papier, à de nombreuses occasions, l’auteur a passé jusqu’à 30 minutes dans l’aire de circulation avec les moteurs en marche à attendre que des modifications de dernière minute aux ATO soient livrées à l’aéronef avant sa circulation au sol. Heureusement, de nos jours, les modifications aux ATO sont habituellement envoyées électroniquement lorsque l’aéronef est en vol. (retourner)

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