Combat Doctor: Life and Death Stories from Kandahar’s Military Hospital (La Revue de l'ARC - ÉTÉ 2014 - Volume 3, Numéro 3 - Critiques des livres)

 

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Cover of Combat Doctor: Life and Death Stories from Kandahar’s Military Hospital By Marc Dauphin

Combat Doctor: Life and Death Stories from Kandahar’s Military Hospital
Par Marc Dauphin

Toronto: Dundurn, 2013
301 pages
ISBN 978-1-4597-1926-2

Compte rendu du major Mark Nasmith, CD

            La littérature non fictionnelle militaire touche à la majorité des aspects entourant les conflits qui se sont déroulés au cours de l’histoire. Il existe des récits et des exposés au sujet de militaires de l’armée, de la marine et de la force aérienne de tous grades. Or, la plupart portent surtout sur les expériences des militaires ainsi que sur ce qui se produit sur le champ de bataille. Lorsqu’un soldat est blessé, il est emporté vers une tente-hôpital ou évacué à bord d’un Huey. C’est l’étape suivante qui est généralement omise de l’histoire : la lutte pour la survie et la guérison, le soutien et les infrastructures médicales, et finalement la prise de conscience quant au fait que le coût de la guerre ne se paye pas que sur la ligne de front. C’est son expérience au cours de cette « étape suivante » que relate le capitaine (retraité) Marc Dauphin.

            Au début de l’ouvrage de Dauphin, on a moins l’impression de lire un mémoire ou un compte rendu historique qu’un récit oral des expériences qu’il a vécues au cours de déploiements. Il raconte l’histoire d’un réserviste des Forces canadiennes (FC) et chirurgien traumatologue civil chargé de la direction d’un hôpital de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord dans une zone de combat, et il relate de nombreuses expériences périphériques auxquelles le lecteur ne s’attend pas. On s’attend certes à un récit sur les soldats blessés, mais ce sont le nombre élevé de victimes civiles, le nombre record de blessés parmi les alliés, les difficultés d’ordre logistique et l’interconnectivité parfaite entre les membres du personnel qui plongent le lecteur dans les coulisses.

            Les anecdotes et les faits relatés dressent un portrait imagé de ce qu’était la vie de l’auteur à Kandahar, en 2009. De la narration de Dauphin émane sa conscience de soi : le fait qu’il y aurait un prix à payer pour ce que son équipe et lui-même faisaient et ce qu’ils voyaient. À mesure que l’humour noir, les corps brisés et les enfants brûlés devenaient partie des banalités du quotidien, ils étaient conscients qu’ils subissaient des changements fondamentaux en tant que personnes. Une fois que l’inimaginable ferait partie de la routine, Dauphin et son équipe seraient-ils capables de retourner au Canada et de se réintégrer simplement à la bonne société? Ce sujet trouvera un écho chez ceux qui ont été témoins des changements qu’ils ont subis eux-mêmes ou que des amis ont subis après une, deux ou plusieurs affectations opérationnelles. Rien n’est gratuit, et l’auteur est d’une honnêteté irréprochable par rapport au prix que son équipe et lui-même ont payé au service de leur pays.

            Dauphin donne un aperçu de la vie des civils afghans en cette période de violence et de pauvreté. Je m’attendais à y retrouver le stoïcisme et le pragmatisme que caractérise le peuple afghan. Cependant, compte tenu des situations et des dénouements souvent tragiques, les réactions émotionnelles étaient inévitables. Certains passages sont particulièrement éclairants, et tout aussi enrichissants que troublants, mais l’auteur se garde constamment d’aseptiser la réalité pour le bienfait incontestable du lecteur.

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            Je retiens un aspect positif du récit de Dauphin en ce qui a trait au rapport entre les sexes et les rôles militaires. Lorsque je parle de la vie militaire avec ma famille ou des membres de la population générale, on me pose souvent des questions sur l’égalité entre les sexes et les possibilités d’emploi. Dans les mots et les illustrations de Dauphin, la question de l’égalité entre les sexes perd toute sa pertinence. Qu’il s’agisse de la technicienne en services médicaux aéroportés de l’United States Army (un groupe professionnel bien armé qui est reconnu pour sa détermination à défendre ses patients coûte que coûte), du « Five-Foot-Two Crew » (une équipe de chirurgiennes des Forces canadiennes, dont le nom renvoie à la petite taille de ses membres, cinq pieds deux) ou de l’infirmier de l’United States Navy qui a tenu tendrement un enfant mourant dans ses bras pendant ses dernières heures de vie, le concept de l’égalité entre les sexes n’a pas de place dans l’expérience opérationnelle de Dauphin. La seule chose qui compte est le rendement, et le rendement du personnel de l’hôpital de rôle 3[1] et celui de leurs collègues est fort éloquent.

            Les photos présentées dans l’ouvrage constituent un enjolivement agréable de l’ouvrage. Les portraits des divers membres de l’équipe de l’hôpital de rôle 3 permettent au lecteur de sympathiser avec eux, en tant que collègues et professionnels. Le livre comprend quelques photos explicites de blessures et de procédures médicales, mais elles sont très bien choisies. L’auteur aurait pu pourtant en présenter un plus grand nombre : de nombreux militaires connaissent bien les ravages qu’une balle ou qu’un éclat d’obus peuvent causer sur le corps d’un soldat tandis que les lecteurs civils ne sont peut-être pas conscients de cette réalité simple, et pourtant brutale.

            Par ailleurs, ce livre manque l’occasion de nous en apprendre plus sur les soins et les traitements dispensés aux Canadiens blessés. Quelles leçons le milieu de la médecine peut-il tirer de l’utilisation accrue d’engins explosifs improvisés? Quelle est la réaction d’un jeune soldat canadien qui est en parfaite santé à part la blessure grave qu’il vient de subir? Est-ce que l’entraînement permet réellement aux soldats de surmonter le pire ou existe-t-il un moment inévitable où l’entraînement est mis aux oubliettes et où l’on devient tous des êtres humains effrayés? Dauphin soulève certaines de ces questions, mais il est d’avis qu’il s’agit de moments intensément personnels et qu’il revient à chaque blessé de raconter sa propre histoire quand il juge qu’il est prêt. Bien que je ne puisse être en désaccord avec son opinion, il reste que l’histoire de chacun des 158 Canadiens que nous avons perdus demeure en grande partie dans l’obscurité.

            Si je pouvais lancer un avertissement aux lecteurs, ce serait au sujet des blagues qui se répètent et de l’usage abusif du ton satirique. La majorité des blagues sont drôles, voire informatives à leur première occurrence, mais à la longue elles font perdre le fil au lecteur. Quoi qu’il en soit, j’ai trouvé une anecdote particulièrement efficace à l’aide de laquelle l’auteur souligne que tous les groupes professionnels des Forces canadiennes sont confrontés à la dure réalité de la guerre malgré les divers titres de poste et les différentes affectations. Il laisse entendre que certains groupes professionnels sont perçus comme étant plus prestigieux ou dignes de faire la une des journaux (notamment les pilotes, les chirurgiens et les soldats), mais il fait comprendre que l’histoire ne serait pas complète sans chacun des membres de l’équipe (les autres professionnels du domaine de la médecine, les logisticiens, les administrateurs, etc.), même s’ils sont souvent oubliés au moment de faire les éloges.

            Les anciens combattants canadiens peuvent puiser du courage dans le récit sincère et authentique des événements que présente Dauphin (particulièrement dans la section où il parle ouvertement de sa propre expérience de l’état de stress post-traumatique). En complétant le récit de leurs propres histoires, ils aideraient aux autres à comprendre que pour bon nombre de nos frères et sœurs la bataille ne s’était pas terminée au moment où ils ont été évacués par air à l’hôpital de rôle 3. Au contraire, pour beaucoup d’entre eux, qu’il s’agisse des blessés ou des sauveteurs, elle ne venait que de commencer.

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            Si vous cherchez un compte rendu rigoureux de la période de service que le major (intérimaire) Dauphin a réalisée en tant que commandant de l’Unité médicale multinationale de rôle 3, à Kandahar, annotations, chronologies et analyses opérationnelles comprises, vous trouverez que ce livre n’est qu’une curiosité. Or, si vous souhaitez savoir ce à quoi sont confrontés vos compatriotes canadiens lorsqu’ils sont plongés dans la réalité sanglante de la vie et de la mort dans un pays en plein désespoir, ce livre en vaut la peine.


Le major Mark Nasmith, officier de systèmes de combat aérien à bord de Sea King, occupe le poste d’officier responsable du soutien opérationnel de guerre électronique au sein du détachement du Centre de guerre aérospatiale des Forces canadiennes à Ottawa.

Note

[1]. En termes généraux, les hôpitaux de rôle 3 se trouvent normalement au sein d'unités plus grandes, dans les bases ou à bord de navires-hôpitaux. Ils peuvent offrir presque tous les services médicaux que l’on associe à un hôpital civil et ils peuvent être munis, entre autres, de ressources diagnostiques spécialisées, de ressources médicales et chirurgicales spécialisées et d’équipes de gestion du stress opérationnel.  (retourner)

 

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