Les F35 et la « réalité technico‑militaire » du Canada (La Revue de l'ARC - ÉTÉ 2014 - Volume 3, Numéro 3 - Argument et contre-argument)

 

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Argument

Contre-argument

 


ARGUMENT : 

Par le major J. D. McKillip, MSM*, CD, Ph. D., avec la collaboration de R. W. H. McKillip, CD, M.A.

La tâche fondamentale des Forces armées canadiennes, comme des forces armées de tous les pays, consiste à fournir au gouvernement une force de dernier recours. Le recours à la force contre une attaque directe ne doit pas échouer; les militaires doivent donc être en mesure de neutraliser toute menace pesant sur l’existence du pays. C’est une exigence simple et non équivoque et qui permet à de nombreux pays de structurer leurs forces militaires, en se fondant sur les menaces perçues ou prévues. Par contre, la situation qui concerne l’utilisation — réelle ou prévue — d’une force militaire à l’échelle internationale est nettement plus complexe et imprévisible.

            Pour de nombreux membres de la communauté de la défense canadienne et pour beaucoup d’observateurs et de commentateurs, le contraste qui existe entre les besoins de défense au pays et à l’étranger représente un problème épineux. Il est généralement plus ou moins accepté que les forces miliaires du Canada doivent être organisées, formées et équipées en fonction des exigences perçues découlant des besoins de défense collectifs du moment. Il en est ainsi depuis le début de l’histoire du Canada, et il est presque certain que rien ne changera dans un avenir prévisible. Le statut du Canada a évolué, et d’élément organique de l’Empire britannique, il est devenu un pays souverain, un processus qui a pris un certain temps. Néanmoins, ce qu’il faut retenir, c’est que le Canada était, à l’origine, un partenaire mineur dans les accords de défense britanniques, ceux‑là mêmes qui visaient à assurer sa protection et sa sécurité. Plus récemment, et principalement en raison de la nouvelle répartition des pouvoirs qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, le Canada est devenu un partenaire important, mais toujours mineur, dans les accords de défense des États‑Unis qui, tout comme les anciens accords britanniques, visent à assurer sa protection et sa sécurité.

            Selon certains, le concept de forces militaires pouvant servir au pays de « force de dernier recours » reposait en toute logique sur l’hypothèse qu’à peu près toute structure militaire capable d’assurer la défense collective suffirait amplement pour relever n’importe quel défi à l’échelon national. Le problème de cette approche, c’est qu’elle rend presque impossible l’établissement d’une structure de force basée sur des critères de menaces précis. Se demander combien le Canada devrait avoir de militaires disponibles pour participer aux accords de défense collective équivaut à se poser la question : quelle est la longueur d’un bout de ficelle?

Comme le Canada ne peut pas espérer constituer une force capable de combattre à elle seule un adversaire majeur, la même question revient sans cesse : quelle force suffit? Bien qu’on ait tenté d’associer le coût des structures de défense à des données de référence, comme le pourcentage du produit intérieur brut ou le pourcentage des dépenses du gouvernement du Canada, ces mesures ne se sont jamais avérées très utiles. Par conséquent, la portée et l’ampleur de la force militaire du Canada ont toujours été limitées par la somme d’argent que les gouvernements successifs étaient prêts à affecter à la défense en général, et le montant consenti a toujours été établi en fonction de considérations politiques et financières plutôt que militaires. Il existe une opinion générale selon laquelle toute structure de défense collective conviendrait tout à fait aux besoins de défense nationaux. C’est pourquoi l’approvisionnement en matière de défense au Canada, à moins qu’il soit détourné à des fins politiques, comme dans le cas des initiatives de développement économique régionales et des contreparties industrielles, a généralement fait l’objet d’une lutte entre la Marine, l’Armée de terre et la Force aérienne, chacune voulant obtenir l’équipement le plus haut de gamme, le plus avancé sur le plan technologique et le plus cher que peut le permettre un budget.

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            Cette approche est à la fois compréhensible et aberrante. Premièrement, il y a longtemps qu’on a remis en cause la notion qui veut que le Canada doive organiser ses forces militaires de façon à être en mesure de participer à des missions de défense collective. En 1972, Colin Gray a réalisé ce qui est probablement la seule véritable analyse stratégique objective des besoins militaires canadiens pour la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale. Il y observait avec justesse que la question de l’ampleur des forces dont le Canada devait disposer pour les missions de défense collective était plus ou moins pertinente. Certes, les forces militaires canadiennes auraient un poids, mais elles joueraient inévitablement un rôle modeste dans tout effort réel de défense collective. Ces forces revêtiraient donc une plus grande importance sur le plan politique que sur le plan pratique. Comme sa valeur politique dépasserait son utilité pratique, toute contribution des forces canadiennes serait toujours la bienvenue, quelle que soit sa nature précise. Au lieu de tenter d’établir une structure de force reposant sur les sables mouvants de vagues défis internationaux en matière de défense, le Canada devrait constituer ses forces en fonction de ses besoins nationaux et comprendre que peu importe ce qui en résulte, le processus pourrait être, et serait en fait, utile à la défense collective. Gray ajoute que  « les Forces armées canadiennes ne devraient être chargées que des tâches que les Canadiens jugent nécessaires. L’exécution de ces tâches ne devrait pas être motivée par le simple fait qu’elles sont censées inspirer de la sympathie dans les capitales alliées[1] » [traduction].

            L’autre problème de l’approche « haute‑gamme, haute‑technologie », c’est qu’elle est compromise par ce que j’appellerai ici la « réalité technico‑militaire » à laquelle le Canada doit faire face. Les grandes puissances peuvent très bien, et elles le font souvent, se mettre mutuellement au défi, dans une sorte de course aux armements à petite échelle, dans le but d’obtenir et de conserver l’avantage au combat, ce que le Canada ne peut pas se permettre. Le Canada fait rarement l’acquisition d’équipement d’envergure, et on peut être certain qu’en raison de l’énorme dépense que suppose l’achat des tout derniers systèmes d’armes, le Canada emploiera très, très longtemps le matériel qu’il achète. S’il paie un prix plus élevé pour la technologie la plus récente disponible à un moment donné, il est fort possible, et même presque inévitable, que l’argent ainsi dépensé aura été gaspillé lorsque les combats se profileront à l’horizon. En d’autres mots, les systèmes du Canada seront toujours dépassés, tout simplement parce que les grandes nations ne cesseront jamais de mettre au point de nouvelles armes, de nouvelles techniques et de nouvelles tactiques, et même de nouvelles technologies, qui accélèrent l’obsolescence de tout ce qui a été conçu avant.

            Si ces critiques et ces observations sont valables, quel type d’approche doit donc privilégier le Canada pour équiper ses forces militaires? Heureusement, une solution de rechange découle de l’échec quasi total de tout ce qui se rapproche d’un consensus sur la meilleure façon de composer avec la fin de la durée de vie utile, qui n’est d’ailleurs pas si imminente, du seul chasseur en service du Canada, le CF18. En fait, l’impasse actuelle offre une rare occasion de réexaminer le problème, non seulement du CF18, mais de l’acquisition de l’équipement en général. Malheureusement, la plus grande partie des discussions sur le sujet tourne autour d’un appareil ou d’un autre et de la question de savoir lequel sera le meilleur chasseur pour le Canada. Le débat, qui est marqué par une absence de cohérence, est aussi embrouillé par le fait que le grand public semble prêt à accepter l’idée que seul l’équipement « de pointe » sera acceptable — d’où la mention constante du concept presque dénué de sens de la quatrième, cinquième et, maintenant, sixième « génération » de chasseurs. Il est étonnant — du moins pour l’auteur — qu’il ait fallu attendre que le prix d’une éventuelle flotte de F35 frôle la barre des 40 milliards de dollars avant que le public réagisse. Dès l’estimation initiale de 9 milliards de dollars (estimation très optimiste), la dépense d’une somme aussi colossale aurait dû donner à réfléchir.

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            Si nous voulons réellement reprendre à zéro cette discussion, ou n’importe quelles autres touchant l’acquisition de l’équipement, il faut avant tout se demander si les caractéristiques réelles de toute arme ou tout « système » répondent à des besoins stratégiques ou tactiques clairement formulés. La prochaine étape consiste à concevoir ou à acheter l’équipement en tenant compte de ces besoins, tout en comprenant et en acceptant que : (1) l’article acheté fera longtemps partie de l’inventaire; (2) la technologie de l’article évoluera certainement, probablement rapidement et souvent; (3) par conséquent, le concept de l’article doit permettre une mise à niveau fréquente et rapide; (4) et le plus important peut‑être, peu importe l’article, il est presque assuré qu’il sera acceptable en tant que contribution du Canada à une initiative de défense collective, davantage en raison de son rôle de représentation que de son utilité opérationnelle.

Cela signifie qu’à peu près toutes les grandes plates‑formes militaires — des chars aux navires, en passant par les avions — devront obligatoirement posséder certaines caractéristiques. En règle générale, il faudrait que les plates‑formes soient grandes. Elles disposeraient ainsi de l’espace nécessaire pour l’ajout de nouvelles armes, de nouvelles technologies et de nouveaux concepts d’emploi. Les plates‑formes devraient être robustes. Bien que ce critère puisse sembler évident, pensons à la faiblesse des navires construits en aluminium ou des avions faits de panneaux fragiles servant à absorber les ondes radars. Finalement, les plates‑formes devraient disposer d’une très grande puissance. Une fois de plus, il s’agit ici de s’assurer qu’il sera possible de répondre à toute demande d’amélioration ou d’adaptation.

Si nous acceptons que tout ce que nous construisons ou achetons sera gros, robuste et puissant, nous pouvons facilement imaginer que nous pourrons répondre aux besoins fondés sur les exigences stratégiques. On peut imaginer comment cela fonctionnerait en revenant à la question de l’achat d’un chasseur pour l’Aviation royale canadienne. De nombreuses raisons ont été invoquées pour expliquer pourquoi le Canada a besoin de chasseurs. Certaines sont fondées; la capacité de contribuer véritablement aux opérations de coalition est probablement la raison la plus facile à défendre. D’autres sont moins convaincantes. Même s’il semble assez évident qu’il faut posséder des armes air‑air, la nécessité des combats impliquant un seul aéronef contre un ennemi disposant d’un matériel moderne — combat aérien rapproché — est moins bien expliquée et ne repose sur rien de solide dans l’histoire de l’emploi de la puissance aérienne par le Canada depuis la Seconde Guerre mondiale. Certaines raisons sont carrément ridicules; l’idée que nous devons dépenser des milliards de dollars pour attirer des candidats pilotes est probablement l’exemple le plus flagrant.

Certains ont également avancé qu’à l’avenir, le ciel appartiendra aux aéronefs pilotés à distance, dits véhicules téléguidés, et que nous n’avons absolument pas besoin d’aéronefs avec équipage. D’autres ont affirmé que le Canada devrait se passer complètement des chasseurs, et qu’il serait préférable que nous mettions sur pied une capacité spécialisée pouvant répondre à différents besoins nationaux et servir comme contribution du Canada dans des opérations expéditionnaires auxquelles nous choisissons de participer. L’achat d’une grande flotte d’aéronefs de transport lourd que nous pourrions « louer » est un exemple de ce type de capacités.

Toutefois, si nous partons du principe que la tâche la plus importante des Forces armées canadiennes est de protéger notre territoire souverain (comme il a été si souvent affirmé dans un grand nombre de documents de défense, d’énoncés de politique publique et de déclarations du gouvernement), un besoin impérieux demeure. Le Canada doit disposer de la capacité nécessaire pour intervenir plus ou moins immédiatement et de façon autonome à toute intrusion sur notre territoire, en démontrant sans ambiguïté sa détermination, qui sera soutenue par une force réelle. Étant donné l’immensité de nos terres et l’étendue de nos eaux, la seule façon d’y parvenir maintenant et dans un avenir prévisible, c’est de posséder une flotte d’aéronefs pilotés qui peuvent se déplacer à grande vitesse sur un long rayon d’action et qui sont capables d’attaquer des cibles dans les airs, sur terre et en mer.

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Si nous admettons les arguments concernant la technologie, l’argent ne devrait pas être inutilement consacré à des super aéronefs et à des technologies exotiques, comme la furtivité, qui deviendront rapidement dépassés et qui ne sont pas très utiles dans le contexte canadien quand tout va bien. L’argent économisé en évitant le prix fort lié à l’acquisition d’un aéronef de pointe pourrait servir à acheter de nouvelles armes à mesure qu’elles sont offertes. Les armes et les capteurs de pointe peuvent être installés à bord des aéronefs existants, à une fraction du coût d’un nouvel aéronef, dans la mesure où celui-ci dispose de suffisamment d’espace et de puissance. Ce n’est pas par hasard que les anciens appareils, tels que les B‑52, volent toujours. Équipés d’armes modernes, comme les bombes et les missiles guidés par satellite et par laser, ils demeurent aujourd’hui des plates‑formes hautement efficaces. Plus près de nous, nos vénérables CF18, dotés d’armes de précision modernes, ont participé récemment aux opérations de la coalition en Libye, ne récoltant que des éloges — tant à l’échelon national qu’international.

Alors, à quoi ressemble cet aéronef à long rayon d’action, rapide, piloté et armé? Il semble que personne ne le sache. Même si nous pouvons envisager d’acheter à un prix raisonnable des aéronefs dérivés qui sont déjà en service, le magasinage d’un aéronef n’est pas la seule option. Pourquoi ne pas poser la question à l’industrie aéronautique canadienne pour découvrir ce qu’elle a à offrir? Peu importe la méthode d’acquisition adoptée, notre choix ne doit pas s’appuyer sur une tentative vaine et coûteuse d’être à l’avant‑garde, en nous dotant de l’appareil le plus haut de gamme et le plus avancé sur le plan technologique, ni être fondé sur les exigences impossibles à définir d’une coalition. Ce sont plutôt nos propres besoins fondamentaux de défense et notre statut de puissance moyenne qui doivent déterminer les critères à établir pour nos aéronefs et le reste du matériel militaire. Nous pourrons ainsi mieux répondre à nos besoins, et nos alliés accepteront certainement avec empressement toute contribution que peut offrir le Canada au moyen des forces qu’il met sur pied.


Le major James McKillip est un officier de l’arme blindée qui possède une vaste expérience outre‑mer. Il travaille actuellement à la Direction – Histoire et patrimoine, à Ottawa. Il est titulaire d’un doctorat spécialisé en histoire coloniale, autochtone et militaire comparée. Fait exceptionnel, il a reçu deux Médailles du service méritoire (division militaire)[2].


Bill McKillip est un ancien officier de la Marine qui travaille dans le secteur privé, où il appuie les essais d’armes et de capteurs. Il possède une expérience militaire et civile de l’acquisition d’équipement. Il est titulaire d’une maîtrise en études de la guerre du Collège militaire royal du Canada.

Notes

[1]. Colin S. Gray, Canadian Defence Priorities: A Question of Relevance, Toronto, Clarke, Irwin and Company, 1972, p. 70.  (retourner)

[2]. L’astérisque dans la signature de l’article indique que l’auteur a reçu deux fois la MSM. (retourner)

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CONTRE-ARGUMENT :


Par le colonel Kelvin Truss

Je remercie les McKillip pour leur contribution. Ils ont soulevé certains points intéressants qui méritent d’être approfondis. En partie, leur article porte sur la question précise du remplacement des CF188 par les F35. Le débat relatif au remplacement des chasseurs a lieu depuis un certain temps. Un certain nombre de collaborateurs communiquent des commentaires intéressants qui sont parfois judicieux et d’autres le sont moins. La position de l’ARC est claire et uniforme et il y a peu à gagner à utiliser la présente revue comme tribune de comparaison des avantages d’un type de chasseur par rapport à un autre à cette étape du processus. L’article des McKillip va au-delà de la question du « choix du chasseur ». Il vise plutôt à s’interroger sur la nécessité d’un chasseur, et la conclusion de l’article est qu’un tel chasseur n’est pas nécessaire. Même si je ne suis pas d’accord avec certains des arguments présentés dans l’article (n’est-ce pas l’objectif de la présente section), normalement, à titre d’éditeur en chef, je ne critiquerais pas la logique des auteurs; cependant, puisqu’il s’agit du premier article de la section Argument et Contre-argument, je prends la liberté d’alimenter le feu. 

Les auteurs demandent au lecteur d’accepter plusieurs éléments non justifiés, notamment, comme il est indiqué à la page 61; « En règle générale,... il faudrait que les plates-formes (militaires importantes) soient grandes. » En plus de ce genre d’acte de foi, trois observations formulées par les McKillip méritent définitivement une considération supplémentaire et, nous l’espérons, vous inciteront en temps voulu à formuler des commentaires.

Premièrement, l’affirmation selon laquelle les contributions militaires canadiennes seraient toujours appréciées, peu importe la nature précise de ces forces, ne correspond pas à ma propre expérience des opérations aériennes dans le cadre desquelles l’influence et les efforts politiques et militaires s’exercent à une table de ciblage. La présence à une table de ciblage repose sur la participation avec les forces adéquates, pas avec n’importe quelle force. On pourrait présumer que la seule chose pire que d’être membre d’une coalition établie pour une cause utile est d’être un membre inutile de cette coalition, incapable de s’intégrer facilement aux autres partenaires de la coalition ou d’accepter une proportion appropriée de la tâche. Compte tenu des aspirations de la Stratégie de défense Le Canada d’abord visant à démontrer le leadership canadien à l’étranger, la mesure symbolique des opérations ne semble pas être une approche appropriée. J’aimerais savoir ce que d’autres personnes pensent de cette question.

Ensuite, les auteurs dénoncent « la mention constante du concept presque dénué de sens de la quatrième, cinquième et, maintenant, sixième "génération" de chasseurs » [voir la page 61]. Ils ont peut-être raison. Nous pourrions, et certains diront que nous devrions, arrêter d’utiliser la fausse appellation « chasseur » pour les petites plates-formes rapides et agiles qui peuvent exécuter un contrôle aérospatial, une attaque de surface et des activités de renseignements, de surveillance et de reconnaissance simultanément. Il serait ainsi plus facile de visualiser tout remplacement des CF188 en termes de capacité holistique, brisant ainsi les modèles mentaux inutiles de la raison d’être des chasseurs. Le lieutenant‑général David Deptula (retraité), de la United States Air Force, fait valoir ce point dans son article récent, « A New Era for Command and Control of Aerospace Operations », lorsqu’il mentionne que les aéronefs comme les F22 et F35 ne sont pas du tout des chasseurs et qu’ils sont plutôt classés comme des « F-, A-, B, E, EA, RC, AWACS 22 et 35 ».[1] Notre (Canada) fixation apparente sur la notion des chasseurs n’est-elle pas une diversion malheureuse pour nuire à la qualité du débat sur les capacités requises?

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Enfin, les auteurs demandent aux lecteurs d’accepter que « l’argent ne devrait pas être inutilement consacré à des super aéronefs et à des technologies exotiques, comme la furtivité, qui deviendront rapidement dépassés et qui ne sont pas très utiles dans le contexte canadien quand tout va bien », [page 62]. Mis à part le fait que je souhaiterais que ces capacités soient utiles pour nous dans les pires moments plutôt que dans les meilleurs, j’ai du mal avec cette logique si je l’applique au-delà des limites du contexte du remplacement des CF188. Si nous ne devons pas investir dans la détection parce que les technologies en matière de détection d’engins furtifs évolueront vraisemblablement, devons-nous arrêter le camouflage des navires parce que les capacités de surveillance rendront inefficaces les techniques de camouflage actuelles ou devons-nous cesser d’armer nos chars parce que les technologies d’armement en matière de balle perforante s’amélioreront à un point où ce serait inutile? Je ne le crois pas. Ce qui importe, et peut-être devons-nous l’affirmer à un certain moment, c’est qu’« il y a des limites à la technologie » et que nous devrions éviter d’essayer d’atteindre des objectifs trop coûteux découlant d’un désir irrationnel d’être à la fine pointe de la technologie pour le plaisir de le faire. Est-ce là où nous en sommes? Sommes-nous, du point de vue des capacités de l’équipement, suffisamment courageux institutionnellement pour nous contenter du « suffisamment bon » lorsque l’« excellent » est tendu devant nous? 

Je remercie de nouveau les McKillip pour leur précieuse contribution, et j’espère qu’ils m’excuseront d’utiliser leur article comme catalyseur de débat, pour lequel j’ai présenté ce qui me semble être une critique raisonnable. Ce qu’il faut retenir c’est qu’ils sont suffisamment intéressés pour présenter leur opinion personnelle, et je vous demande de démontrer un engagement équivalent et de prendre le temps de répondre à leurs points de vue ou au mien.

 


Le colonel Kelvin Truss est né en 1962 à Maldon, en Angleterre. En 1982, il s’est enrôlé dans la Royal Air Force (RAF) comme artilleur au sein du Régiment de la RAF. Toutefois, il est rapidement devenu officier et il a été affecté à son premier poste d’instructeur de vol après avoir obtenu son brevet de pilote. Par la suite, il a piloté le Tornado F3 en tant qu’instructeur et pilote en première ligne jusqu’en 1993, lorsqu’il est devenu membre de la Royal Air Force Aerobatic Team, The Red Arrows. Alors qu’il faisait partie des Red Arrows, le colonel Truss a été promu commandant d’aviation et a terminé son service à titre de chef pilote en solo. Au cours des trois années qu’il a passées au sein de l’équipe, il a participé à plus de 300 représentations au Royaume-Uni et à l’étranger, notamment en Afrique du Sud, en Australie, en Extrême-Orient et au Moyen-Orient. Le colonel Truss est retourné au sein de la Force Tornado en 1997, d’abord à titre de commandant d’escadrille et de cmdtA du 5e Escadron de coopération d’armée et, en 2004, à titre de commandant du 111e Escadron de chasse. Le colonel Truss a effectué des vols opérationnels aux Îles Malouines et en Irak, puis il a été commandant de la force pour la défense aérienne du Royaume-Uni. Il a accumulé plus 4 000 heures de vol effectuées en Jet Provosts, en Hawks et en Tornado F3.

Alors qu’il était dans la RAF, le colonel Truss a occupé des postes d’officiers supérieurs en tant que commandant d’aviation à la Direction de la sécurité des vols du Royaume-Uni. En 2002, après ses études au Collège d’état-major des Forces canadiennes, il a été affecté à la Direction des ressources aériennes et des plans au ministère de la Défense du Royaume-Uni, au grade de lieutenant-colonel puis à celui de colonel d’aviation.

Entré dans l’Aviation royale canadienne en 2008, le colonel Truss a d’abord travaillé à la Direction – Plans stratégiques (Air); au cours de cette période, il a été détaché un an auprès de l’équipe de l’Examen de la structure des forces de la Défense. En 2011, il a participé à une mission au Quartier général de la composante aérienne de la Force interarmées de l’OTAN chargée de soutenir l’opération UNIFIED PROTECTOR. Là-bas, il était responsable de la stratégie et du ciblage. Le colonel Truss a par la suite occupé le poste de commandant du détachement d’Ottawa du Centre de guerre aérospatiale des Forces canadiennes (CGAFC). Il a ensuite été promu au grade de colonel et de sa nomination au poste de Directeur – Plans stratégiques (Air) en 2013, et il est maintenant le commandant du CGAFC de Trenton.

Note

[1]. David A. Deptula, « A New Era for Command and Control of Aerospace Operations », Air and Space Power Journal, vol. 28, no 4 (2014), p. 8, http://www.airpower.maxwell.af.mil/digital/pdf/articles/2014-Jul-Aug/SLP-Deptula.pdf (consulté le 10 septembre 2014). Les abréviations énumérées dans la citation représentent les éléments suivants : chasseur, attaque, bombardier, guerre électronique, attaque électronique, reconnaissance, alerte aérienne et système de contrôle.  (retourner)

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