Lettre à la rédaction (La Revue de l'ARC - AUTOMNE 2014 - Volume 3, Numéro 4)

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Maj March,

Permette-moi tout d’abord de me présenter. Je suis le major Dwight Bazinet, et je suis actuellement affecté à l’Escadrille d’évaluation et d’essais opérationnels – Hélicoptères de la 12e Escadre Shearwater à titre de chef tech du projet 91 de l’Aviation royale canadienne (ARC), un développement prototype visant à assurer la pertinence opérationnelle du Sea King jusqu’à son retrait tout en l’utilisant autant que possible comme outil précurseur du Cyclone. J’ai participé à des missions au Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord, notamment à titre de membre du Groupe de planification binational, et à la capacité aéroportée de surveillance terrestre (AGS) de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) et au J2 Ciblage, tous deux m’ayant permis de me familiariser avec le commandement et le contrôle (C2).

Bien qu’exact en-soi, l’article cité en rubrique[1] est trompeur puisqu’il est incomplet. La question se résume en ces mots : « Il incombe aux dirigeants de l’ARC, à tous les échelons, de faire savoir que c’est le concept du CCA [commandant de composante aérienne]/COA [centre d’opérations aériennes] qui est le plus susceptible d’assurer l’efficacité du C2 de la puissance aérienne dans les opérations interarmées ou multinationales[2] ». Cela reflète tout à fait l’opinion de la United States Air Force, du commandement de la composante aérienne (CCA) Ramstein, de la Royal Air Force, etc., mais pas celle de la United States Navy, du commandement de composante maritime (MCC) Northwood, de la Royal Navy et de divers éléments terrestres, y compris le commandement de composante Opérations spéciales (SOCC). Le C2, tel qu’il est décrit dans cet article, ne tient pas compte des questions de coordination avec d’autres commandements de composante (CC) qui, eux aussi, possèdent des ressources aériennes organiques ou assignées. Il s’agit d’une opinion axée sur la force aérienne du C2 et non une opinion conjointe.

Dans les limites des opérations nationales, le C2 tel qu’il est décrit dans l’article pourrait fonctionner. Toutefois, l’expérience nous a appris que l’aéronavale est beaucoup plus efficace lorsqu’elle est assignée à un centre d’opérations aéronavales rattaché à un groupe aérien maritime. Pour les opérations interarmées importantes, le C2 tel qu’il est décrit, est inefficace. La situation générale m’a paru très évidente lorsque j’étais à l’AGS OTAN à tenter de réécrire la partie du concept des opérations portant sur le C2. Le CCA Ramstein estimait qu’il devait disposer d’un C2 complet en tout temps, mais il ne comprenait pas comment employer l’AGS de manière efficace en tant que plateforme de surveillance maritime, et ce, à un point tel que le CCA a refusé de l’employer de la sorte.

Le manque de compréhension du C2 m’a paru évident à l’OTAN, le CCA  Ramstein n’ayant pas compris le rôle du centre des opérations aéronavales du MCC Northwood, le fait que le Centre d’opération et d’analyse maritime possédait des ressources aériennes sous contrôle (le bassin d’aéronef de patrouille maritime de l’OTAN) et l’objectif de l’élément de coordination des opérations aéronavales et de l’élément de coordination sol-air. Il ne comprenait pas non plus le rôle des opérations aéronavales organiques. Au niveau de la division et au niveau supérieur, les ressources sol-air demeurent sous le C2 du commandant terrestre et les éléments aéronavals restent sous celui du commandant de marine, et ce, pour des raisons d’unité de commandement.

Cela signifie également que les ressources contrôlées par le MCC/commandement de la composante terrestre peuvent être transférées au CCA  pour une tâche et une durée données. De même, les ressources contrôlées par le CCA peuvent être transférées au MCC/LCC [commandement de composante terrestre]. L’ordre de mission aérienne n’est pas uniquement un moyen pour le CCA d’affecter ses ressources assignées; il s’agit également d’un outil de coordination avec le MCC/LCC (par l’entremise de l’élément de coordination des opérations aéronavales au centre d’opérations aéronavales et de l’élément de coordination air-sol aux ressources aériennes organiques terrestres) et les CCA, MCC et LCC des théâtres adjacents. L’aviation des SOCC est également traitée différemment; la coordination est donc nécessaire aussi à ce chapitre.

La haute direction de l’ARC n’est pas tenue d’assurer la connaissance du concept du CCA/centre multinational d’opérations aériennes (COAC), mais elle doit tout de même comprendre la façon dont les autres CC mènent leurs opérations de combat, y compris la façon dont ils se servent de la puissance aérienne, et elle doit transmettre cette information.

Veuillez agréer, Maj March, mes salutations distinguées,

Major Dwight Bazinet

Abréviations

 

AGS―capacité aéroportée de surveillance terrestre

ARC―Aviation royale canadienne

C2―commandement et contrôle

CC―commandement de composante

CCA―commandant de composante aérienne/commandement de composante aérienne

LCC―commandement de composante terrestre

MCC―commandement de composante maritime

OTAN―Organisation du traité de l’Atlantique nord

SOCC―commandement de composante d’opérations spéciales

Note

1. Major Pux Barnes, « Le CCAFIM et l’ARC centre sur le CAOC : Réflexions sur l’emploi de la puissance aérienne dans les opérations interarmées », Revue de l’Aviation royale canadienne, vol. 3, no 3 (été 2014).  (retourner)

2. Major Pux Barnes, « Le CCAFIM et l’ARC centre sur le CAOC : Réflexions sur l’emploi de la puissance aérienne dans les opérations interarmées », Revue de l’Aviation royale canadienne, vol. 3, no 3 (été 2014), p. 19.  (retourner)

 

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