Les secrets du Bomarc : réexamen d’un missile canadien mal compris - Partie 2 (La Revue de l'ARC - AUTOMNE 2014 - Volume 3, Numéro 4)

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Table des matières

 

Note de la rédaction : La partie 1 de cet article portait sur l’élaboration du programme nucléaire au Canada et a été publiée dans le numéro d’été 2014 de La Revue de l’Aviation royale canadienne. La partie 2 traite des aspects techniques de l’arme.

Par Sean M. Maloney, Ph. D.

For webmaster: Par Sean M. Maloney, Doctorat en philosophie

Mise à l’essai de la résistance des armes nucléaires

Même si elles sont extrêmement techniques, les caractéristiques de l’ogive W‑40 se sont avérées pertinentes dans le cadre de notre discussion puisqu’elles nous ont donné des indices quant au mécanisme de l’ogive et, par conséquent, à ses capacités éventuelles concernant les questions traitées précédemment. Toutes les installations de lancement du Bomarc[1] aux États‑Unis (É.‑U.) et au Canada étaient dotées d’un bâtiment d’entretien des ogives distinct et protégé, adjacent aux 28 lanceurs « Coffin[2] ». Ce bâtiment se compose d’une salle solidement renforcée munie de portes et de verre blindés, ainsi que de huit compartiments comprenant chacun une porte de garage. Comme pour toute installation qui gère des armes nucléaires, il existe pour chaque structure des limites liées au personnel et aux explosifs. Ces limites sont clairement indiquées sur les murs des compartiments. Parmi les mentions figurant dans les bâtiments d’entretien des armes du site de missiles Bomarc de North Bay, citons « Ogive (1 chacun) », « Conteneur de lancement (1 chacun) » et « Initiateurs du conteneur de lancement (4 chacun)[3] » [Traduction].

Dans le cas des sites canadiens de missiles Bomarc de North Bay et de La Macaza (Québec), la division du travail entre les équipages de l’Aviation royale du Canada (ARC) ainsi que les détachements de garde du matériel nucléaire et d’entretien de la United States Air Force (USAF) était expliquée sans équivoque. Aucun Canadien ne pouvait entrer dans le complexe ou le bâtiment d’entretien des ogives. Les équipes de chargement des ogives comptaient des Américains et des Canadiens. Les ogives étaient généralement conservées dans la cellule des missiles Bomarc. La porte d’accès aux lanceurs « Coffin » était verrouillée, et les gardiens de l’USAF en détenaient la clé. À l’intérieur se trouvait une « zone jamais seul », assujettie à la règle de deux personnes. Le personnel de l’ARC gérait le chargement et le déchargement de l’ogive W‑40 à partir de la cellule, tandis que les gardiens américains prenaient le relais au bâtiment d’entretien. Selon les personnes qui ont pris part au processus, jamais un Canadien n’a vu ce qui était à l’intérieur de l’« emballage. » En effet, à ce jour, pas même une image photographique externe de l’ogive W‑40 n’est disponible[4].

Ce que nous savons, c’est que la W‑40 avait un dispositif principal reposant avant tout sur la bombe Mark 28, et qu’il s’agissait d’une arme dopée. Une arme dopée injecte un type particulier de gaz au centre de la sphère de la bombe, ce qui augmente ensuite considérablement le rendement de l’arme. Dans le cas de l’ogive W‑40, ce gaz était le tritium[5]. Nous savons aussi que, comme l’ensemble des armes nucléaires, la W‑40 était munie d’un générateur de neutrons[6]. Dans une application, les neutrons sont utilisés en partie comme initiateur de la réaction nucléaire; par le passé, ils étaient situés au centre du cœur. Cependant, compte tenu des améliorations apportées, l’initiateur a été déplacé du cœur de la conception et a dû être installé à l’extérieur. Une autre application des neutrons englobe un type de mécanisme de destruction, mais nous y reviendrons plus tard.

L’existence du conteneur de lancement est intrigante. Il y a le cœur de plutonium, la lentille explosive et, enfin, le tamper de béryllium recouvrant l’assemblage. Puis, il y a l’alimentation en tritium gazeux et l’initiateur, à l’extérieur du cœur. Le conteneur de lancement n’était‑il qu’un simple contenant pour le système de lancement? Peut‑être. Comme il en a été question précédemment, l’assemblage a gagné 100 livres (45,3 kilogrammes [kg]) par rapport aux spécifications de la conception originale. Ce poids supplémentaire a été ajouté en 1956. Cependant, la taille et, plus particulièrement, le poids de l’assemblée laissent croire que le conteneur de lancement englobait également ce que nous appelons maintenant des « produits adaptés ».

Les aspects les plus connus de l’utilisation des armes nucléaires contre le Japon et des essais réalisés dans les années 1950 tendent à renforcer la vision prédominante de ce que font les armes nucléaires ou de la façon dont elles se comportent : nombreuses explosions, chaleur intense, dommages et retombées considérables. Toutefois, à une certaine époque à la fin des années 1940 et au début des années 1950, on s’intéressait à l’exploitation de plusieurs autres types d’énergies libérées par les explosions nucléaires en vue de la canaliser de manière créative.

Prenons par exemple l’ogive W‑25 pour le Génie. Selon la vision prédominante des membres du personnel de l’ARC, qui étaient prêts à utiliser l’arme sous la forme du MB‑1 Génie depuis leurs intercepteurs CF101B Voodoo, il s’agissait d’une « plus forte explosion »; l’explosif nucléaire augmentait le rayon de l’explosion et, par conséquent, celle‑ci s’avérait plus efficace contre sa cible. Les membres du personnel de l’ARC comprenaient certainement qu’il existait d’autres effets radiologiques. Cependant, le mécanisme de destruction de l’ogive W‑25 est beaucoup plus complexe qu’une simple explosion produite par un explosif. L’ogive W‑25 génère une impulsion instantanée de rayons X qui surchauffe immédiatement l’air entourant le centre de l’explosion et qui étend rapidement cet air sur 1,16 kilomètre (km). Il existe deux types de rayons X : chauds et froids. Les rayons X chauds causent « des ondes de choc générées par la chaleur dans les composantes matérielles et internes de la structure du véhicule, […] la fonte et la volatilisation de la sous‑structure, […] le dépôt interne de l’énergie dans les composantes électroniques, produisant ainsi des dommages temporaires ou permanents, […] ou des impulsions électromagnétiques (IEM) internes ». Les rayons X froids sont « absorbés dans une mince couche de surface […]. Une courte impulsion de rayons X peut faire chauffer la surface rapidement, et entraîner la volatilisation et la projeter[7] » [Traduction].

Ces effets étaient mesurables, du moins en 1957 lors du tir JOHN, pendant l’opération PLUMBBOB, et ils ont été intégrés à la séquence d’engagement utilisée par un aéronef d’interception employant un missile Génie contre un bombardier soviétique intrus. De plus, le recours à une ogive W‑25 à haute altitude lors du tir YUCCA pendant l’opération HARDTACK laisse entendre que l’arme avait d’autres propriétés utiles pour contrer un missile entrant, ce qui était mesurable et possible en 1958.

Pourtant, les É.‑U. ont décidé de ne pas utiliser de W‑25 dans le Bomarc, mais plutôt de créer une toute nouvelle ogive pour celui‑ci; par conséquent, on créa l’ogive W‑40, une arme plus lourde qui avait un rendement vraisemblablement élevé et, ainsi, une plus grande incidence immédiate sur sa cible. Voilà qui est mystérieux. Comparons les données estimées et publiques sur le rendement de la W‑25 et de la W‑40. La boule de feu visible produite par l’ogive W‑25 s’étend sur 1,6 km. Nous savons que le système de fusion du Bomarc a fait exploser l’ogive W‑40 à 900 mètres de la cible; lorsque l’on double ce nombre, on obtient un rayon de 1,8 km. Le rendement de la W‑25 est de 1,7 à 2 kilotonnes (kt), et celui de la W‑40, de 7 à 10 kt[8]. Pourquoi une ogive d’une valeur qui semble équivalente sur le plan de l’engagement, mais plus lourde et plus complexe, reposerait sur une cellule de missile extrêmement avancée qui fait en soi partie d’un réseau de suivi de défense aérienne perfectionné, plutôt que sur une roquette non guidée relativement simple?

Ce n’est peut-être qu’une question d’altitude. Le Bomarc pouvait être dirigé par ses contrôleurs au sol afin d’intercepter des cibles jusqu’à une altitude de 25 km[9], même si la capacité aérodynamique de la cellule, avant l’échec, avait été estimée à 29 km[10]. L’altitude d’exploitation de combat des intercepteurs F89J ou CF101B, avec deux Génie à bord, était d’environ 13,4 km, mais il existait des manœuvres visant à propulser le Génie à plus haute altitude[11].

De plus, il reste l’intrigante question des 100 livres (45,3 kg) supplémentaires. Pourquoi transporter une ogive lourde et volumineuse à une altitude allant jusqu’à 25 km au moyen d’un aéronef sans pilote à statoréacteur alors qu’en théorie, l’ogive W‑25, plus légère, quoique d’un rendement inférieur, permettrait une interception à des altitudes plus élevées encore? Voilà qui nous mène à la question de la nature du conteneur de lancement, des matériaux qui le composaient, et de ses effets attendus.

Le conteneur de lancement pourrait n’avoir été qu’un conteneur pour le mécanisme de propulsion au tritium gazeux. Les réservoirs de lancement sont toutefois petits, soit d’une longueur de 4 ou 5 pouces [10,1 ou 12,7 centimètres (cm)][12]. La présence d’un initiateur du conteneur de lancement laisse croire qu’un élément déclenche une réaction, peut‑être l’utilisation du conteneur en soi. Dans le cas des armes thermonucléaires, les rayons X produits par le cœur de l’implosion d’une arme à fission ne peuvent s’élargir librement; leur énergie est canalisée dans un contenant qui renferme un carburant thermonucléaire et une mousse de polystyrène spéciale qui comprime l’énergie lorsqu’elle est soumise aux effets de l’appareil principal[13]. Ce contenant est fait de matière – dans le cas présent, probablement de l’uranium‑238 – reflétant l’énergie des rayons X de manière symétrique afin qu’elle interagisse avec la mousse de polystyrène; celle‑ci interagit à son tour avec le carburant thermonucléaire, qui consiste en un barreau d’uranium ou de plutonium entouré de deutérure de lithium‑6. Il s’agit de l’effet « secondaire » au cours d’un processus thermonucléaire[14].

Essentiellement, l’ogive W‑40 semble être une arme à fission qui est dopée et dotée d’une composante secondaire qui, d’une certaine façon, amplifie les produits de la détonation principale, qu’il s’agisse de rayons gamma, de rayons X ou de neutrons. Pourtant, son rendement n’est que de 7 à 10 kt. Le rendement des bombes à fusion se mesure habituellement en mégatonnes. En effet, les armes thermonucléaires ordinaires, lorsqu’elles explosent, génèrent des neutrons dans le contexte d’un effet « non adapté » sur une distance allant jusqu’à 800 mètres[15].

Selon toute logique, il n’y avait pas de carburant thermonucléaire dans la composante secondaire de l’ogive W‑40. Quels étaient donc les effets de la W‑40, et en quoi consistait‑elle? Le conteneur de lancement pouvait‑il propulser les rayons X, les neutrons ou un autre produit de l’arme à plus de 800 mètres? Le cas échéant, le principal dispositif revêt une importance secondaire dans ce processus, en quelque sorte. L’arme peut causer les mêmes dommages que l’ogive W‑25, mais l’ensemble du système entraîne ensuite d’autres effets sur de plus longues distances.

On observe des écarts notables pour la période où l’ogive W‑40 a été mise à l’essai. Selon une source, le tir BOLTZMANN consistait en une ogive XW‑40 de 295 livres [133,8 kg] mise à l’essai durant l’opération PlumbBob en 1957. Le rendement de ce tir effectué depuis une tour était de 12 kt[16], bien qu’un document interne de l’Atomic Energy Commission (AEC) indique qu’il était de 11,5 kt (nombre accompagné d’une variable supprimée[17]). L’analyse des données disponibles démontre que le tir BOLTZMANN était axé sur les effets du rayonnement nucléaire, les effets sur les structures d’aéronefs, et les effets électromagnétiques sur l’équipement et le matériel de service, en particulier les études sur les boules de feu et les sources neutroniques. Le rapport de la Defense Nuclear Agency des É.‑U. ne mentionne pas le type d’ogive, mais seulement le fait que son rendement était de 12 kt. Des observateurs étrangers étaient présents lors du tir BOLTZMANN, mais aucun membre du personnel canadien[18]. Cependant, les équipes canadiennes de surveillance des rayonnements se sont rendues sur le site du tir BOLTZMANN aux fins de formation dans les jours suivants. Les membres ont toutefois été déçus de découvrir que les conseils concernant les fortes « valeurs de contamination du terrain du tir BOLTZMANN étaient grandement exagérées »; l’équipe est donc partie sur un autre site « plus chaud[19] ». On doit en conclure qu’il n’y avait pas assez de rayonnements au sol pour prendre des mesures à partir du dispositif ayant explosé lors du tir BOLTZMANN, même si celui‑ci avait eu lieu depuis une tour de 500 pieds [152,4 mètres]. Le tir BOLTZMANN concorde avec la mise à l’essai d’une ogive XW‑40.

Un autre essai d’une ogive W‑40 a peut‑être eu lieu en 1962, en pleine crise des missiles de Cuba[20]. Cet essai, l’opération FISHBOWL, s’inscrivait dans une sous‑série de tirs à haute altitude faisant partie de l’opération DOMINIC, et demeure entouré du plus grand secret. Les objectifs initiaux de l’opération FISHBOWL étaient les suivants :

Obtenir des données sur l’interférence, avec les systèmes de radar et de communication, que produit une explosion nucléaire à haute altitude. Combinées à la théorie, les données disponibles à l’heure actuelle [1961] sont suffisantes pour démontrer que l’interruption des signaux a d’importantes répercussions sur les systèmes de défense essentiels comme le système de pré‑alerte contre les engins balistiques (SPEB), le système Nike‑Zeus, la pénétration des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) et de nombreux systèmes de communication; inversement, les données démontrent que l’interruption des signaux peut constituer une tactique offensive efficace pour ce qui est des ICBM[21] [Traduction].

Plus précisément, l’un des essais comportait des examens du comportement des rayons X et des neutrons, où une arme déclenchée devait générer des « débris » à partir du point d’explosion sur une distance de 1 ou 2 km. Les planificateurs de l’activité s’attendaient à ce que des « rayonnements ionisants » d’une largeur de 2 à 4 km se forment à une altitude de 60 à 70 km[22]. En effet, on estimait que la détonation d’une arme dont le rendement s’élevait à 1 kt interférait avec l’environnement de 2 à 4 km plus loin à cette altitude. Voici l’hypothèse qui avait été formulée : « Ces effets produisent des couches ionisées intenses et persistantes dans la haute atmosphère, à la fois dans la zone de l’explosion et au point conjugué magnétique, ce qui cause une interruption des signaux radio et radar sur des zones étendues[23] » [Traduction].

Plusieurs des tirs prévus nécessitaient l’explosion de dispositifs d’un rendement de 2 kt et de 10 kt. L’un des essais consistait à « déterminer les effets des rayons X sur les corps de rentrée (RV) et les systèmes spatiaux ». Deux autres armes dont le rendement n’est pas précisé devaient permettre d’étudier les « effets de l’énergie dirigée[24] » [Traduction].

La détérioration des relations entre les superpuissances, résultat de la crise des missiles de Cuba, signifiait que la plus importante série‑cadre d’essais, l’opération DOMINIC, s’était vu attribuer de nouveaux objectifs, dont l’« évaluation des mécanismes de destruction des missiles engendrés par ces événements[25] » [Traduction]. De façon plus critique, si nous traitons de la mise à l’essai d’une ogive W‑40 :

L’ajout des essais concernant les effets du faible rendement à haute altitude était nécessaire afin de permettre, dans les limites établies, l’évaluation de l’utilité de ces explosions en tant qu’aides à la pénétration, soit à titre de précurseurs pour rendre possible la pénétration de défenses sous forme de missiles antimissile balistique (ABM) à l’aide d’un ICBM [4 lignes supprimées]. En plus de l’étude des possibles explosions à faible rendement en soi, la comparaison des observations relatives à ces tirs avec des activités à rendement supérieur permettra de mieux comprendre les variations des effets à haute altitude produisant un rendement[26][Traduction].

Beaucoup de renseignements ont été supprimés. Cependant, des 35 tirs que comprenait la série d’essais réalisés d’avril à novembre 1962, les 5 tirs de la sous‑série de l’opération FISHBOWL se distinguent. Les tirs STARFISH, BLUEGILL et KINGFISH étaient tous des tirs à rendement élevé effectués à l’aide d’armes dopées volumineuses à fission et à fusion dont le rendement se mesure en mégatonnes. Deux autres tirs présentent pour nous un intérêt, soit les tirs TIGHTROPE et CHECKMATE; tous deux ont été réalisés au cœur de la crise des missiles de Cuba, en octobre et en novembre 1962[27]. Toutefois, aucun observateur canadien n’était présent.

On croit que le tir TIGHTROPE visait à mettre à l’essai une ogive W‑31 à bord d’un missile Nike‑Zeus, mais le tir CHECKMATE fait l’objet de débats. Plusieurs sources laissent entendre qu’il consistait en l’essai d’une ogive XW‑50I[28]. Voilà qui est possible, bien qu’il soit difficile d’obtenir des renseignements sur cette ogive, notamment son objectif prévu. Pourtant, une autre source indique que le tir CHECKMATE était « conçu pour qu’un missile Thor transporte un dispositif de 125 kt à une altitude de 483 000 pieds [147 218 mètres] […] en utilisant une ogive LASL XW‑50X1 lancée par […] une roquette XM‑33 Strypi[29] » [Traduction]. Selon un autre compte rendu, le tir CHECKMATE a parcouru 147,3 milles [237 km], et son rendement fut inférieur à 20 kt[30].

Cependant, le fait que le tir CHECKMATE n’a pas été réalisé au moyen d’un propulseur Nike, mais plutôt d’une roquette XM‑33 Strypi, suggère que ce tir ne faisait pas partie du régime d’essais du missile Nike-Zeus[31]. L’examen des photographies du véhicule XM‑33 avant le lancement révèle que la coiffe et le boîtier du véhicule étaient étonnamment semblables à la coiffe du Bomarc sur les plans des dimensions et de la forme; qui plus est, le véhicule utilisait une paire de propulseurs Recruit qui remplaçait presque la paire de statoréacteurs Marqardt faisant partie de la cellule du Bomarc. En fait, le véhicule XM‑33 ressemble étrangement à un missile Bomarc fixé à sa table de lancement[32].

Une source indique que le rendement du tir CHECKMATE était de « moins de 10 kt », ce qui cadre avec l’ogive W‑40[33]; toutefois, il faut dire qu’une version de l’ogive W‑31 produisait un rendement de 2 kt. Par ailleurs, une autre source affirme que l’arme utilisée pour effectuer le tir CHECKMATE a produit un rendement de 60 kt. Parmi les autres arguments en faveur de la mise à l’essai de l’ogive W‑40, mentionnons le fait que celle‑ci n’avait pas encore fait l’objet d’un essai probatoire en tant que système, à savoir au moyen d’un lanceur, en raison du moratoire de 1959 concernant les essais et parce que d’autres armes déployées, comme un engin anti‑sous‑marin et le Nike‑Zeus, ont fait l’objet d’un tel essai avec leurs porte‑avions pendant l’opération DOMINIC. Le tir CHECKMATE est survenu « des dizaines de kilomètres » au‑dessus de la zone cible, ce qui serait également conforme à l’utilisation de l’ogive W‑40 dans un missile Bomarc à 25 km, et grandement inférieur aux 91,3 milles [147 km] évoqués[34]. Par contre, on pourrait soutenir que l’ogive XW‑50X1, vraisemblablement expérimentale, faisait peut‑être l’objet d’un essai visant à en déterminer la compatibilité avec les dimensions de la cellule du Bomarc. Le cas échéant, cela laisse entendre qu’une telle ogive, si elle produit un rendement de 60 kt, pourrait avoir remplacé l’ogive W‑40, d’un rendement de 7 à 10 kt, dans le Bomarc[35].

Les seuls autres tirs de la série de l’opération DOMINIC qui auraient pu constituer une mise à l’essai de l’ogive W‑40 semblent être les tirs TANANA et PETIT. Le rendement du tir TANANA fut de 2,8 kt à 2,75 km, alors que le tir PETIT a produit un rendement de 3 kt à 14 995 pieds [4 570 mètres], et qu’il représentait « une conception avancée et novatrice » fondée sur « [texte supprimé] hautement expérimental » [Traduction] englobant la pénétration des défenses aériennes[36].

Les résultats de l’opération DOMINIC laissent entendre ce qui suit :

Rayon de destruction des ogives – Le rayon de destruction des ogives du missile antimissile balistique intercontinental ne dépasse pas une altitude de 80 à 90 km (et peut‑être beaucoup moins élevée). Il semble que l’explosion du missile antimissile balistique intercontinental à cette altitude et à un faible angle d’inclinaison n’affecterait pas sérieusement le rendement des radars d’acquisition et de poursuite à ultra‑haute fréquence et à une fréquence supérieure[37].

En outre :

De précieuses données ont été obtenues concernant les effets de la détonation nucléaire dans une éventuelle situation tactique liée au missile Nike‑Zeus. L’utilisation d’une détonation nucléaire en tant qu’aide à la pénétration des missiles entrants, perturbant les radars missiles antimissile ennemis, a été étudiée par le tir STARFISH [ligne supprimée]. On souhaitait déterminer les effets d’une détonation nucléaire sur les RV entrants, effets causés par les rayons X, les flux de neutrons, le rayonnement thermique, les explosions et les chocs, ainsi que déterminer la vulnérabilité de nos ICBM[38] [Traduction].

Plus important encore, l’opération Fishbowl, comparant les différents types d’armes pendant les essais, a démontré un phénomène fascinant. Selon un analyste, les armes à fission à faible rendement ont produit des effets généraux « adaptés » plus importants sur le plan de l’énergie gamma que les armes thermonucléaires dont le rendement se mesure en mégatonnes[39]. Il ne fallait pas nécessairement une arme thermonucléaire pour perturber les ICBM entrants.

Ogive W‑40 : le choix du mécanisme de destruction?

Au début des années 2000, le DOE a créé un manuel de déclassification dans lequel sont mises à jour les listes des sujets qui peuvent et ne peuvent pas être abordés lorsqu’il est question de la conception et des effets des armes nucléaires. Voici ce qu’indique l’édition 2001 du manuel :

L’existence d’armes produisant des résultats adaptés, comme des rayons X, des neutrons ou des rayons gamma accrus; le fait que nous renforçons nos armes afin d’en améliorer les résultats, et que les matières à teneurs élevées en Z sont utilisées pour renforcer les armes nucléaires en vue de contrer les rayons X à haute énergie[40] [Traduction].

Sans faire directement référence à l’ogive W‑40, le manuel indique ceci : « La taille et la forme de certaines armes thermonucléaires : tout renseignement révélant l’existence d’armes thermonucléaires d’un diamètre inférieur à 24 pouces [60,9 cm] ou d’un poids inférieur à 2 000 livres [907 kg] est classifié » [Traduction]. Plus tard, ces données ont été modifiées, passant respectivement à 18 pouces [45,7 cm] et à 690 livres [313 kg][41]. Nous sommes en présence d’une énigme : l’ogive W‑40 correspond à ces critères dimensionnels, et nous n’avons pas accès aux images ni même aux croquis parce que ces documents sont classifiés; or, cela signifie‑t‑il que la W‑40 est une arme thermonucléaire? Nous avons établi que l’ogive W‑40 est une arme à fission qui est dopée au tritium et dotée d’une composante suspecte ressemblant à un dispositif secondaire quelconque. Nous devons également vérifier, par rapport à ce que nous avons déjà établi, plusieurs types de mécanismes de destruction connus donnant lieu à des produits adaptés. Est‑il possible d’établir un lien entre l’un de ces mécanismes et l’ogive W‑40 ainsi que le missile Bomarc?

Un document de l’ARC de 1961 traitant du moratoire de 1958 renferme l’allusion suivante : « Les É.‑U. ont apparemment élaboré un nouveau concept d’arme qui doit faire ses preuves. On a fait connaître ce concept en tant que “bombe à neutrons”, et il s’agit vraisemblablement d’une arme “propre”. Cela pourrait révolutionner les armes nucléaires et [texte supprimé][42] » [Traduction]. D’autres analyses ont aussi été grandement expurgées : « La poursuite de la situation s’avère dangereuse du point de vue de la sécurité de l’Occident [texte supprimé] d’une nature permettant de réduire au minimum les risques de retombées radioactives afin d’améliorer ses propres armes […][43] » [Traduction]. Mentionnons également ce qui suit : « Développement d’ABM – L’équilibre du pouvoir penchera résolument en faveur du premier pays à acquérir cette capacité. Les essais nucléaires sont nécessaires afin de mieux comprendre le processus de “destruction” d’une ogive nucléaire ennemie et de créer une nouvelle ogive de défense anti‑engins[44] » [Traduction].

L’ogive W‑40 était‑elle donc l’une des premières « bombes à neutrons »? Nous connaissons bien la controverse qui, pendant les années 1970 et 1980, entourait les ogives à rayonnement renforcé jouant un rôle terrestre, dans le cadre de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. Durant les années 1950, une controverse semblable fut soulevée par ce que l’on appelait les armes thermonucléaires « propres ». De par sa conception, une bombe propre, comparativement à une bombe « sale » (qui, dans le cas présent, ne désigne pas une arme radiologique au sens actuel), visait à réduire les retombées tout en conservant les autres effets d’une détonation nucléaire. Les essais réalisés lors des opérations PLUMBBOB et HARDTACK, respectivement en 1957 et en 1958, comportaient des éléments axés sur les conceptions propres, ce qui coïncidait donc avec l’élaboration de l’ogive W‑40.

La bombe propre était une ogive à faible fission. Le barreau de plutonium du dispositif secondaire a été remplacé par un autre métal, ce qui a réduit considérablement, sans toutefois les éliminer, les produits de fission issus de la réaction fusion‑fission[45]. Les armes propres étaient plus lourdes et renfermaient une plus grande quantité de matière nucléaire[46]. Les essais de 1957 et de 1958 indiquaient ceci : « Les effets biologiques résultant de l’exposition aux neutrons dont l’énergie est de 15 méga‑électron‑volts et qui sont formés en grand nombre par fusion revêtent une importance capitale. Avec l’utilisation d’armes « propres », les aspects biologiques du rayonnement émanant du processus de fusion deviennent primordiaux[47] » [Traduction]. Plus tard, un type d’armes donnant un « résultat neutronique amélioré et propre » a été officiellement reconnu par l’AEC, principalement aux fins d’utilisation dans les « ogives de défense antimissile[48] ».

Quelle aurait été l’application d’une telle arme dans un rôle de défense anti‑aérienne, outre l’irradiation des membres de l’équipage d’un bombardier afin qu’ils meurent quelques heures ou quelques jours après le largage des bombes? Le « flux de neutrons » provenant du processus de fusion est un phénomène qui a été observé lors des essais réalisés durant l’opération FISHBOWL. Un pilote de F102 à la retraite indique ceci :

Le missile Falcon, ou GAR‑11/AIM‑26, était principalement une arme de destruction. Les bombardiers, le cas échéant, subissaient des dommages collatéraux. L’arme était dotée d’une fusée de proximité afin que la détonation se produise suffisamment près pour qu’un flux intense de neutrons engendre une réaction nucléaire instantanée (NON intégrale) dans les trous pour arme des ennemis; ainsi, le fonctionnement prévu devenait impossible. Nos stratèges ont présumé que les armes ennemies, comme nos propres armes, étaient mises à feu pour piéger – autrement dit, une fois en territoire ennemi, les armes étaient équipées de façon à fonctionner en cas d’accident et, ainsi, à empêcher quiconque de s’emparer du matériel essentiel. À l’époque, les responsables des armes présumaient également que plus une bombe était grosse, mieux c’était; abattre un bombardier seulement pour qu’une bombe de 20 mégatonnes explose au niveau du sol n’était donc pas vraiment avantageux pour nous. Les retombées, peu importe où, seraient désastreuses. Voilà pourquoi il était question d’un flux de neutrons. […] Nos premières « bombes à neutrons » furent les missiles GAR‑11 et MB‑1 Génie[49] [Traduction].

Le GAR‑11 était doté d’une ogive W‑54 conçue en 1958 et déployée en 1961 sur des intercepteurs américains. L’ogive W‑54 était donc contemporaine de l’ogive W‑40, mais son rendement, d’environ 1 kt, était grandement inférieur. Cela donne à penser que, lorsque l’on compare les effets, l’ogive W‑25 du MB‑1 Génie semble avoir généré des rayons X et des neutrons, même si ce dernier effet était involontaire et complémentaire. Le missile Nike‑Zeus, en revanche, était optimisé pour la production de rayons X[50]. Plus tard durant les années 1960, les ABM américains produisaient les deux types d’effets : le missile Spartan générait des rayons X, et le missile Sprint, des neutrons[51]. De façon générale, les rayons X étaient optimaux en tant que mécanisme de destruction à l’extérieur de l’atmosphère, tandis que les neutrons étaient optimaux à l’intérieur de l’atmosphère. Le Bomarc était un missile aérobie conçu pour une utilisation atmosphérique. Par conséquent, il était fort probablement doté d’une ogive W‑40 optimisée de façon à générer une explosion de neutrons sur plusieurs kilomètres peut‑être, soit bien au‑delà du rayon d’explosion de 3 000 pieds [914,4 mètres] de cette ogive d’un rendement de 7 kt.

Ces neutrons avaient des propriétés très efficaces contre les systèmes non blindés, mais surtout contre les bombes nucléaires, qu’elles se trouvent dans la soute à bombes d’un bombardier ou dans le RV d’un ICBM. Les rayons X et les neutrons pouvaient générer diverses formes des effets des radiations transitoires sur les circuits électroniques ainsi que des IEM à l’intérieur des systèmes du véhicule visé, et griller ceux‑ci afin de les rendre inutiles. Cependant, les neutrons pouvaient s’associer aux composantes nucléaires de la bombe cible elle‑même et entraîner une condition appelée « pré‑détonation » afin de générer un « pétillement » ou, sinon, de gêner le fonctionnement de la bombe à un certain niveau nucléaire. Selon les renseignements disponibles, le mécanisme de destruction de l’ogive W‑40 reposait sur la production de neutrons plutôt que de rayons X, et englobait les rayons X.

En ce qui concerne le Canada, la perspective que les Américains fassent exploser des missiles Bomarc chargés d’ogives W‑40 sur le territoire canadien pendant un engagement était inquiétante. Voilà l’une des raisons pour lesquelles les sites de La Macaza et de North Bay étaient situés à leur emplacement, soit au nord du triangle de Niagara. Il était préférable d’avoir à bord une ogive propre plutôt qu’une ogive standard, puisque l’explosion de l’arme entraînerait ainsi moins de produits fissiles au‑dessus du territoire canadien et sur celui‑ci. Par conséquent, la conception de l’ogive W‑40 comportait peut‑être un aspect environnemental et un aspect social.

Système ABM du Bomarc : un système de circonstance?

L’ogive W‑40 génératrice de neutrons placée dans la cellule du Bomarc pourrait‑elle avoir été utilisée pour composer avec les RV entrants des ICBM dans les années 1960? Pour ce faire, plusieurs capacités auraient été nécessaires. Le premier élément est le moyen utilisé pour détecter une trajectoire balistique dirigée contre l’Amérique du Nord. Le SPEB était en place en 1959, et il présentait des difficultés de mise au point. Fait important, il transmettait toutefois des données sur la trajectoire balistique au quartier général du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD), afin que l’état‑major de combat puisse rapidement prévoir les zones où les ogives ennemies étaient susceptibles d’atterrir. En effet, dès 1959, la MITRE Corporation transmettait des données à l’ARC concernant les routes d’approche balistique probables menant au Canada. L’ARC, puisque les systèmes Nike‑Zeus étaient en cours d’élaboration, utilisait les renseignements fournis par la MITRE, particulièrement en ce qui concerne la couverture radar liée à l’interception des ICBM[52]. Le SPEB était appuyé par le projet Shepherd, qui avait recours au système de surveillance de l’espace de la United States (US) Navy pour garder un œil sur l’espace aérien de l’Amérique du Nord[53].

De plus, le système devait pouvoir effectuer le suivi des objets une fois ceux‑ci repérés par les systèmes de détection. Voilà où l’hypothèse selon laquelle le Bomarc avait peut‑être les propriétés d’un ABM devient problématique. On ne sait pas si les radars du système semi‑automatique d’infrastructure électronique (SAGE) de toute l’Amérique du Nord auraient eu la capacité ou le pouvoir d’observer des objets qui réintègrent l’atmosphère à grande vitesse. En l’absence d’une telle capacité, la seule méthode pour mener à bien un engagement aurait été de prévoir les zones où les RV étaient susceptibles d’arriver, puis de prévoir un barrage de missiles Bomarc afin de générer une certaine forme d’énergie perturbatrice lors de l’arrivée des ogives. On ne sait pas si les états‑majors de combat régionaux du NORAD avaient été formés pour assumer un tel engagement et s’il existait une doctrine à cet égard; ces deux questions semblent constituer des points faibles majeurs de l’hypothèse selon laquelle le Bomarc possédait une certaine forme de capacité d’engagement intentionnelle liée aux ICBM. Cela dit, les travaux de l’ARC sur des projets de défense anti‑engins indiquent que l’on déployait d’importants efforts pour établir des liens entre l’alerte lointaine et les prévisions ainsi que l’engagement, peu importe à quel point cela aurait été théorique entre 1959 et 1962[54]. Il est également évident que divers systèmes de surveillance et de détection des ICBM permettaient déjà d’informer le quartier général du NORAD en 1961, comme en témoignent des séances d’information détaillées dirigées par le maréchal de l’Air Roy Slemon, commandant en chef adjoint du NORAD[55].

L’ARC surveillait de près le projet américain de système d’alerte de la défense antimissile, qui visait à utiliser les satellites pour détecter le lancement d’un missile balistique, ce qui illustre à quel point le quartier général de l’ARC était avant‑gardiste en 1959 sur le plan des systèmes ABM. Au projet susmentionné s’ajoutait le projet de défense active de la patrouille de l’espace, proposition du constructeur aéronautique Convair qui consistait « à placer un nombre suffisant de satellites en orbite pour détecter tout lancement d’ICBM, et à lancer l’un des cinquante missiles pour chaque satellite afin de détruire les ICBM avant la fin de la combustion[56] » [Traduction].

Le Canada a participé à plusieurs projets de détection des ICBM, dès 1958 au moins. Après Spoutnik, l’Établissement de recherches et de perfectionnement de l’armement (ERPA) avait mis sur pied « cinq stations d’observation infrarouge situées partout au pays pour l’observation des passages de satellites » [Traduction], à la fin de 1958[57].

Mentionnons également le projet LOOKOUT, un « programme mis en œuvre par l’ARC et le Conseil de recherches pour la défense (CRD) en vue de mesurer les caractéristiques du rayonnement infrarouge des missiles balistiques[58] » [Traduction]. Lors des essais, les chasseurs CF100 de l’ARC ont été modifiés à l’aide de fuseaux de bouts d’ailes pouvant détecter et enregistrer « les rayonnements ultraviolets, visibles et infrarouges générés par les coiffes [de missile] » [Traduction] lorsqu’elles réintègrent l’atmosphère. Ces essais ont eu lieu à l’île de l’Ascension, et des données ont été consignées au sujet de missiles américains lancés depuis la Floride[59]. Citons aussi le projet BLIND TWINKLER, qui a été « entrepris pour établir la faisabilité de la détection des missiles balistiques au moyen de la lumière du soleil réfléchie » [Traduction]. Dans le cadre de ce projet, les CF100 qui partaient de Thulé, au Groenland, et de Churchill, au Manitoba, utilisaient l’équipement de détection infrarouge pour « déterminer l’ampleur des signaux de fond en fonction desquels les ICBM seraient détectés[60] » [Traduction]. Un autre aspect du projet BLIND TWINKLER consistait à « mesurer les arrière‑plans de lumière du soleil dispersés dans le ciel de l’Arctique en vue de déterminer s’il était possible de détecter les ICBM à mi‑parcours à l’aide de la lumière du soleil réfléchie » [Traduction]. Les projets LOOKOUT et BLIND TWINKLER ont tous deux été considérés comme une réussite par le CRD[61]. En 1962, l’ERPA a participé au projet DEFENDER avec son homologue américain, l’Advanced Research Projects Agency. Les composantes canadiennes du projet DEFENDER englobaient la physique de rentrée et les mécanismes de destruction[62].

Il ne faut pas oublier l’existence du Prince Albert Research Laboratory (PARL), en Saskatchewan. Le PARL participait activement à la recherche sur le SPEB et semble avoir travaillé, à compter du début des années 1960, à l’atténuation des effets de l’« interruption des communications » à haute altitude sur le SPEB et d’autres systèmes de détection[63]. Créé en 1959, le PARL a été décrit au président Eisenhower comme une « nouvelle installation pouvant être utilisée pour les enquêtes concernant les facteurs influant sur la détection radar des aéronefs et des missiles qui entrent dans la zone aurorale[64] » [Traduction]. Le Canada possédait une variété de moyens et de compétences pour détecter les ICBM entrants.

En ce qui concerne la destruction de cibles de terminal, la constitution du missile Bomarc présente certaines possibilités positives. Le concept de l’utilisation du Bomarc contre les aéronefs exige que l’ordinateur du SAGE dirige le missile vers une boîte tridimensionnelle dans l’espace aérien. Une fois le missile arrivé, son radar détecteur de cible est activé, et il commence à « chercher ». Lorsque la situation a été définie, le missile se rend à un point d’interception où un autre système détermine la distance à parcourir pour atteindre la cible, puis il explose lorsque celle‑ci est à portée de tir. Que ce soit en perturbant l’environnement ou en nuisant à la constitution nucléaire interne de la cible, la taille et la capacité de l’ogive W‑40 rendent cette dernière apte à détruire ou à perturber un RV entrant. Cela dépend toutefois de la sensibilité d’un détecteur de cible conçu pour engager le combat contre un avion supersonique; un RV se déplacerait beaucoup plus rapidement. Tout de même, les RV soviétiques de l’époque (les missiles R‑36, UR‑100 et RT‑2P) auraient été pourvus de grandes sections efficaces radars, auraient probablement manqué d’aides à la pénétration durant les années 1960, et n’auraient peut‑être pas été protégés contre les neutrons et les rayons X.

Qu’en est‑il de la zone d’engagement potentielle du Bomarc? Les sites de missiles Bomarc du nord étaient situés à Duluth, à Kincheloe, à North Bay, à La Macaza, à Niagara Falls et à Dow, et ceux du sud, à Long Island, au New Jersey, à Langley et à Eglin. La distance oblique du Bomarc B était de 778 km tout au plus, alors que l’altitude d’interception était de 25 à 29 km. Les cibles potentielles protégées par le Bomarc dans le cadre de son rôle antibombardement auraient été les mêmes que pour tout autre rôle : bases des bombardiers du Strategic Air Command, installations de commandement et entrepôts nucléaires de K. I. Sawyer, de Kincheloe, de Wurtsmith, de Romulus, de Griffiss, de Westover, de Dow et de Loring, et centres de commandement du NORAD et installations du SAGE de Duluth, de Sawyer, de North Bay et de Syracuse. Le corridor Hamilton‑Toronto‑Ottawa‑Montréal et ses régions habitées étaient également inclus.

Le principal problème concernant le Bomarc et le SAGE dans le cadre du rôle de défense aérienne est le même que celui auquel faisait face le programme de protection ABM à la fin des années 1960 et dans les années 1970. Quels étaient les effets à court terme ou à long terme d’un grand nombre d’explosions nucléaires dans la haute atmosphère? À quel moment des systèmes d’armes, des systèmes de communication et des installations en particulier étaient‑ils protégés contre ces effets? Le centre de commandement du NORAD à North Bay était protégé dès 1963, mais qu’en était‑il des autres installations et systèmes? Le débat sur les effets des IEM se poursuit encore à ce jour, et on déploie toujours des efforts pour protéger les renseignements recueillis lors d’essais nucléaires dans les années 1950 et 1960.

Nous pouvons affirmer que bon nombre des pièces d’un système ABM semblent avoir été mises en place au Canada, mais rien ne les relie du point de vue de l’organisation, de la politique, ou même de la doctrine. En l’absence d’autres données justificatives, on ne peut qu’en arriver à la conclusion provisoire que les propriétés ABM du Bomarc pouvaient être exploitées à l’époque, mais probablement pas par les Canadiens. En effet, on a peut‑être pensé dans certains quartiers qu’il s’agissait là d’un dernier recours ou d’un système à capacité de circonstance que l’on possédait depuis longtemps plutôt que d’une forme de système ABM spécialisé. Toutefois, étant donné l’annulation du Nike Zeus et les politiques anti‑ABM du gouvernement Eisenhower, c’est peut‑être là le seul système qui était doté d’une certaine forme de capacité rudimentaire à cet égard.

Comme pour une forme de capacité accrue de la cellule du Bomarc, par exemple l’ajout d’une ogive plus volumineuse, il existe des documents qui laissent entendre que cette voie était envisagée. Après la série d’essais effectués lors de l’opération PLUMBBOB en 1957, et durant la série d’essais réalisés lors de l’opération HARDTACK en 1958, le département de la Défense a commandé une étude de faisabilité relativement à une « ogive dont le rendement se mesure en mégatonnes à l’intention du missile surface‑surface des forces aériennes, le Bomarc[65] » [Traduction]. On ne sait pas à quoi a mené cette étude de faisabilité, mais il aurait été possible de modifier l’ogive W‑40 de façon à accroître son rendement pour qu’il se mesure en mégatonnes. On aurait pu y parvenir en remplaçant des éléments du deuxième étage. La seule difficulté aurait été la mise à l’essai en vue de s’assurer de la réussite de la modification. Le tir CHECKMATE de 1962 s’avère peut‑être l’unique indice à ce sujet.

Dans les années 1960, on craignait également que les missiles de défense aérienne soviétiques ne soient faciles à modifier pour des fonctions ABM. En effet, les premiers essais ABM soviétiques avaient été effectués au moyen de systèmes de défense aérienne modifiés. Le principal exemple de dispositif déployé est le missile SA‑5 Gammon, qui pouvait propulser à une altitude de 40 km une ogive nucléaire d’un rendement de 25 kt[66].

De plus, le fait que le Bomarc fut retiré en avril 1972 et que le Traité ABM fut signé en mai 1972 ne peut pas être une coïncidence. Le libellé du Traité ABM est pertinent :

Le Traité autorise chaque partie à disposer d’un système ABM limité pour protéger son capital, et d’un autre pour protéger une aire de lancement d’ICBM. Les deux sites défendus doivent se trouver au minimum à 1 300 kilomètres l’un de l’autre, afin d’empêcher la création d’une zone de défense régionale efficace ou le début d’un système dans l’ensemble du pays […].

On s’est inquiété de la possibilité que les missiles surface‑air (MSA) conçus pour la défense contre les aéronefs, ainsi que les radars à l’appui de ces missiles, soient améliorés de façon à ce qu’ils puissent être utilisés efficacement contre les ICBM et les missiles balistiques lancés à partir d’un sous‑marin, ce que le Traité interdit. Même si le déploiement de radars visant à donner une pré‑alerte contre une attaque au missile balistique stratégique n’est pas interdit, de tels radars doivent être situés le long des frontières territoriales de chaque pays et orientés vers l’extérieur, afin de ne pas contribuer à la réussite de la défense ABM de points à l’intérieur[67] [Traduction].

Peut‑être certains appréciaient‑ils les propriétés du Bomarc et s’en préoccupaient‑ils.


Sean Maloney est historien et professeur agrégé d’histoire au Collège militaire royal du Canada. Il est l’auteur de Learning to Love the Bomb: Canada’s Nuclear Weapons and the Cold War.

Abréviations

ABM―missile antimissile balistique

AEC―Atomic Energy Commission

AI―accès à l’information

ARC―Aviation royale canadienne

BAC―Bibliothèque et Archives Canada

CDA―commandement de la défense aérienne

cm―centimètre

CRD―Conseil de recherches pour la défense

DHP―Direction – Histoire et patrimoine

DOE―Department of Energy

É.‑U.―États‑Unis

ERPA―Établissement de recherches et de perfectionnement de l’armement

FOIA―Freedom of Information Act

ICBM―missile balistique intercontinental

IEM―impulsion électromagnétique

kg―kilogramme

km―kilomètre

Kt―kilotonne

MSA―missile surface-air

NORAD―Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord

PARL―Prince Albert Research Laboratory

RG―groupe d’archives

RV―corps de rentrée

SAGE―semi‑automatique d’infrastructure électronique

SPASUR―surveillance de l’espace

SPEB―système de pré‑alerte contre les engins balistiques

USAF―United States Air Force

 

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Notes

1. Le terme « Bomarc » provient de « Boeing Michigan Aeronautical Research Center ».  (retourner)

2. Les paniers lance‑missiles utilisés pour le Bomarc ressemblaient à des cercueils, d’où ce surnom.  (retourner)

3. Observations de l’auteur sur les lieux de l’installation de lancement des missiles Bomarc de North Bay, à l’abandon.  (retourner)

4. Au cours des recherches menées en vue de la rédaction de Learning to Love the Bomb, j’ai discuté avec plusieurs anciens membres du personnel de l’ARC ayant participé à des opérations où le Bomarc était utilisé. J’ai puisé ces renseignements de ces discussions.  (retourner)

5. Chuck Hansen, US Nuclear Weapons: The Secret History, New York, Orion Books, 1987, p. 220.  (retourner)

6. « ADC [Air Defense Command] Historical Study No. 21, BOMARC and Nuclear Armament 1951–1963 », Freedom of Information Act (FOIA).  (retourner)

7.  Defense Nuclear Agency, « Defense Nuclear Agency Effects Manual Number 1: Capabilities of Nuclear Weapons 1 July 1972 », FOIA, p. 9‑67.  (retourner)

8. Voir « ADC Historical Study No. 21, BOMARC and Nuclear Armament 1951–1963 »; « ADC Historical Study No. 20, Nuclear Armament: Its Acquisition, Control and Application to Manned Interceptors 1951–1963 », en ce qui concerne les rayons; et Hansen, US Nuclear Weapons, en ce qui concerne le rendement des armes.  (retourner)

9. « BOMARC and Nuclear Armament ».  (retourner)

10. Direction – Histoire et patrimoine (DHP), « AVM M.M. Hendrick Daily Diary », le 9 juillet 1958.  (retourner)

11. Keven Keaveney, McDonnell F‑101B/F, Arlington Aerofax, 1984, p. 9.  (retourner)

12. Voir Charles R. Loeber, Building the Bombs: A History of the Nuclear Weapons Complex, 2e éd., Albuquerque, Sandia Laboratories, 2005, p. 97.  (retourner)

13. Voir Howard Morland, The Secret That Exploded, New York, Random House, 1981, p. 271.  (retourner)

14. Voir Howard Morland, The Secret That Exploded, New York, Random House, 1981, p. 278.  (retourner)

15. Voir Howard Morland, The Secret That Exploded, New York, Random House, 1981, p. 90.  (retourner)

16. Robert Norris et Thomas Cochran, « United States Nuclear Tests July 1945 to 31 Dec 1992 », dans l’étude NWD 94‑1 du Natural Resources Defense Council, 1er février 1994.  (retourner)

17. Department of Energy (DOE), liste expurgée concernant le rendement de l’opération PLUMBBOB, probablement extraite d'un rapport trimestriel du Joint Committee on Atomic Energy (annexe sur les armes), FOIA, aucune date.  (retourner)

18. Defense Nuclear Agency, United States Atmospheric Nuclear Weapons Tests, « PLUMBBOB Series 1957 », Nuclear Test Personnel Review. Il est à noter que les expériences réalisées lors du tir BOLTZMANN en ce qui concerne les neutrons ont été supprimées du rapport de la Defense Nuclear Agency.  (retourner)

19. « Report of Working Party PLUMBBOB II 10 Jul–17 Jul 57 », Bibliothèque et Archives Canada [BAC], groupe d’archives (RG) 24, vol. 21444, dossier 1894‑2.  (retourner)

20. Hansen, US Nuclear Weapons, p. 195.  (retourner)

21. Headquarters, Air Force Special Weapons Center, Air Force Systems Command, « Preliminary Plan for Operation FISHBOWL, November 1961 », FOIA, Kirtland Air Force Base, Nouveau‑Mexique.  (retourner)

22. Headquarters, Air Force Special Weapons Center, Air Force Systems Command, « Preliminary Plan for Operation FISHBOWL, November 1961 », FOIA, Kirtland Air Force Base, Nouveau‑Mexique.  (retourner)

23. Headquarters, Air Force Special Weapons Center, Air Force Systems Command, « Preliminary Plan for Operation FISHBOWL, November 1961 », FOIA, Kirtland Air Force Base, Nouveau‑Mexique.  (retourner)

24. Defense Atomic Support Agency (DASA), « Program Change Proposal for DASA », FOIA, 15 mai 1962. Note de service pour le Secrétaire de la défense.  (retourner)

25. « Enclosure L to the Report by Commander Joint Task Force Eight on the 1962 Pacific Nuclear Tests (Operation DOMINIC) Scientific Summary », FOIA.  (retourner)

26. « Enclosure L to the Report by Commander Joint Task Force Eight on the 1962 Pacific Nuclear Tests (Operation DOMINIC) Scientific Summary », FOIA.  (retourner)

27. Defense Nuclear Agency, « United States Atmospheric Nuclear Weapons Tests, Nuclear Test Personnel Review : Operation DOMINIC 1 1962 ».  (retourner)

28. William Robert Johnston, High Altitude Nuclear Explosions, Nuclear Weapons Archive, http://nuclearweaponarchive.org/Usa/Tests/Dominic.html (consulté le 23 juin 2014): l’auteur laisse entendre qu’une arme a explosé à une distance de 91 milles [146 km], produisant un rendement de 60 kt. Comme aucune source précise n’est mentionnée sur le site Web, il est difficile de vérifier ces renseignements. Robert Norris et Thomas Cochran, « United States Nuclear Tests July 1945 to 31 Dec 1992 », dans l’étude NWD 94‑1 du Natural Resources Defense Council, 1er février 1994 : les auteurs décrivent également le tir CHECKMATE comme une ogive XW‑50X1 ayant explosé à 91,5 milles [147 km] et produit un rendement en kt plutôt faible. Ces données non plus ne s’appuient sur aucune source précise.  (retourner)

29. National Association of Atomic Veterans, « The Newsletter for America’s Atomic Veterans », 4 mars 2012. L’article reprend ensuite les renseignements mentionnés dans les autres sources (ogive W‑50, 91 milles [146 km], 60 kt).  (retourner)

30. Jerry Emanuelson, Operation FISHBOWL, http://www.futurescience.com/emp/fishbowl.html (consulté le 23 juin 2014).  (retourner)

31. Operation Dominic 1 1962.  (retourner)

32. Operation Dominic 1 1962. Voir la photo de la roquette XM‑33 à la page 223.   (retourner)

33. Le rendement de 10 kt provient du site www.wikipedia.org/wiki/OperationFISHBOWL (hyperlien périmé), note 5: R. G. Allen Jr, Officier de projet, « Operation DOMINIC: Christmas Island and FISH BOWL Series Project Officers Report Project 4.1 », Rapport ADA995365, 30 mars 1965, p. 17. Malheureusement, ce document a été supprimé après que l’auteur l’eut consulté.  (retourner)

34. Dans son excellent documentaire de 1999 intitulé Nukes in Space, Peter Kuran utilise des séquences, rayées de la liste des documents secrets, de tous les essais réalisés dans le cadre de l’opération FISHBOWL, à l'exception du tir CHECKMATE.  (retourner)

35. Dans l’ensemble, il semble y avoir une importante désinformation au sujet du tir CHECKMATE, certains renseignements étant répétés aveuglément dans diverses sources. Ce n’est pas le cas pour les autres essais de la série de l’opération FISHBOWL. J’ai l'impression que, dès le départ, on a tenté d’obscurcir la nature et les résultats exacts des essais, et que nous constatons les effets à long terme de cette décision. En ce qui concerne les motivations, il faut laisser le champ libre à la spéculation pour le moment. Le tir CHECKMATE demeure mystérieux, qu’il ait ou non quelque chose à voir avec le missile Bomarc et l’ogive W‑40.  (retourner)

36. « Enclosure L to the Report by Commander Joint Task Force Eight on the 1962 Pacific Nuclear Tests (Operation DOMINIC) Scientific Summary », FOIA.  (retourner)

37. « Enclosure L to the Report by Commander Joint Task Force Eight on the 1962 Pacific Nuclear Tests (Operation DOMINIC) Scientific Summary », FOIA.   (retourner)

38. « Enclosure L to the Report by Commander Joint Task Force Eight on the 1962 Pacific Nuclear Tests (Operation DOMINIC) Scientific Summary », FOIA.   (retourner)

39. Voir le raisonnement d’Ed Thelan à ce sujet, www.ed‑thelen.org/EMP‑ElectroMagneticPulse.html (consulté le 23 juin 2014).  (retourner)

40. US Department of Energy Office of Declassification, « Restricted Data Declassification Decisions 1946 to the Present », RDD­7, 1er janvier 2001, p. 53.  (retourner)

41. US Department of Energy Office of Declassification, « Restricted Data Declassification Decisions 1946 to the Present », RDD­7, 1er janvier 2001, p. 57.  (retourner)

42. J. C. Arnell, Conseiller scientifique – Chef d’état‑major de la Force aérienne, « Minute 2 : La mise à l’essai des armes nucléaires », note de service sur l’Accès à l'information (AI), 10 juillet 1961. (retourner)

43. F. R. Miller, chef des états‑majors combinés, note de service sur l’AI à l’intention du Comité des chefs d’état‑major, 4 juillet 1961.  (retourner)

44. État-major interarmées, AI, « The Testing of Nuclear Weapons », 30 juin 1961.  (retourner)

45. DOE, Seaborg, président de l’AEC à l’intention du président John F. Kennedy, « Nuclear Test Program », FOIA, 19 septembre 1961.  (retourner)

46. DOE, « Reasons for Further Nuclear testing », note de service de l’AEC à Dearborn, adjoint spécial au président, FOIA, 20 janvier 1958.  (retourner)

47. DOE, Lanard, Young et Taylor, US Army Surgeon General (Médecin général de l’Armée de terre américaine), note de service à l’intention de Blount, FOIA, 27 juin 1963.  (retourner)

48. DOE, laboratoire scientifique de Los Alamos, « Proceedings of the Tactical Nuclear Weapons Symposium, 3–5 September 1969 », FOIA.   (retourner)

49. Sean O’Connor, « Arming America’s Interceptors: The Hughes Falcon Missile Family », rapport technique APA‑TR‑2011‑0601, http://www.ausairpower.net/Falcon­Evolution.html (consulté le 23 juin 2014).  (retourner)

50. History of Strategic Air and Ballistic Missile Defence, Volume II, 1956–1972, p. 200, http://www.history.army.mil/html/books/bmd/BMDV2.pdf (consulté le 23 juin 2014).  (retourner)

51. Abram Chayes, et coll. ABM: An Evaluation of the Decision to Deploy an Anti-Ballistic Missile System, New York, Harper and Row, 1969, p. 7.  (retourner)

52. DHP, Divisional Items of Interest, Analysis of AICBM Systems, 79/429, vol. 9, 10 avril 1959.  (retourner)

53. Defense Research and Engineering, « Report No. 10 Military Space Projects, March-April-May 1960 », FOIA. Voir le graphique de la surveillance de l’espace décrivant la couverture.  (retourner)

54. La consultation des dossiers du vice‑chef d’état‑major de l’air confirme que le missile antimissile balistique intercontinental représentait l’'une des principales questions durant cette période.  (retourner)

55. DHP, « Shorthand Transcript of 1961 Air Officers Command Conference », dossier 2008, 21 mars 1961, collection « Raymont ».  (retourner)

56. DHP, « Divisional Items of Interest », Analysis of AICBM Systems, 79/429, vol. 9, 10 avril 1959.  (retourner)

57. DRB Meeting June 1958 Review of Progress, BAC, RG 24, acc. 83‑84/167, vol. 7407, dossier 173­1, pt 1, 24 juin 1958.  (retourner)

58. DRB Meeting June 1958 Review of Progress, BAC, RG 24, acc. 83‑84/167, vol. 7407, dossier 173­1, pt 1, 24 juin 1958. CRD, « A Resume of Major DRB Activities », 8 juin 1962.   (retourner)

59. « The Cameras Saw Red », The Roundel, 1er mars 1961, p. 13­15; « Missile Monitors », The Roundel, mai 1962, p. 15.  (retourner)

60. CRD, « A Resume of Major DRB Activities », BAC, RG 24, acc 83­84/167, vol. 7407, dossier 173­1, pt 1, 10 avril 1959.  (retourner)

61. CRD, « A Resume of Major DRB Activities », BAC, RG 24, acc 83­84/167, vol. 7407, dossier 173­1, pt 1, 10 avril 1959.   (retourner)

62. CRD, Cooperative and Joint DRB/USA [United States of America] « Projects Operating Within the Board », BAC, RG 24, acc 83‑84/167, vol. 7407, dossier 173­1, pt 1, 23 mai 1962.  (retourner)

63. « Summary of Activities for Board Meeting on 30 October 1964 », BAC, RG 24, acc 83­84/167, vol. 7407, dossier 173­1, pt 3.  (retourner)

64. University of Saskatchewan, « The White House », « Diefenbaker Papers », Cylindre 26, 6 juin 1959. Communiqué de presse.  (retourner)

65. DOE, AEC, « Part III‑Weapons-Quarterly Progress Report to the Joint Committee on Atomic Energy, October-December 1957 », FOIA, 24 février 1958.  (retourner)

66. Voir Sean O’Connor, « Russian/Soviet Anti-Ballistic Missile Systems », http://www.ausairpower.net/APA­Rus­ABM­Systems.html (consulté le 23 juin 2014), et Carlo Kopp, « S‑200VE Vega SA­5 GAMMON Missile Site Design », http://www.ausairpower.net/APA­S­200VE­Vega­Sites.html (consulté le 23 juin 2014).  (retourner)

67. Le libellé du Traité, http://www.state.gov/www/global/arms/treaties/abm/abm2.html (consulté le 23 juin 2014).   (retourner)

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