Warrior Rising: A Soldier’s Journey to PTSD and Back (Revue de l'ARC - AUTOMNE 2014 - Volume 3, Numéro 4 - Critiques de livres)

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Cover of Warrior Rising: A Soldier’s Journey to PTSD and Back By Lieutenant-Colonel Chris Linford

Warrior Rising: A Soldier’s Journey to PTSD and Back

Par le lieutenant-colonel Chris Linford

Victoria, Friesen Press, 2013
384 pages
ISBN 1-4602-1992-9-8

Compte rendu du capitaine Karen Falck

La santé mentale des militaires en service actif et des anciens combattants est une question qui préoccupe de plus en plus la société canadienne, particulièrement compte tenu des dernières données indiquant que huit pour cent des militaires ayant participé à un déploiement dans le cadre de la mission en Afghanistan ont reçu un diagnostic de trouble de stress post-traumatique (TSPT).[1] Le gouvernement canadien s’est donné beaucoup de mal récemment pour faire la promotion des ressources et des services offerts aux membres des Forces armées canadiennes et à leurs familles. Malgré le grand effort de sensibilisation auprès du public que constitue cette campagne, la forte stigmatisation et la crainte empêchent les gens d’en parler. Le lieutenant-colonel Chris Linford (retraité) lève le voile sur l’innommable dans son mémoire intitulé Warrior Rising.

Le lieutenant-colonel (Lcol) Linford a passé 24 ans au service de la Branche des services de santé des Forces canadiennes avant d’être libéré pour raisons médicales depuis que le livre est paru. Après avoir participé à des missions pendant la guerre du Golfe en 1991 et au Rwanda en 1994, il s’est trouvé atteint de TSPT dont le diagnostic a pris 10 ans. Après avoir suivi un traitement, son rétablissement a été jugé suffisant pour partir en Afghanistan en 2010. Les morts atroces et les défigurations affreuses causées par les dispositifs explosifs improvisés (IED) dont il a été témoin lui ont provoqué un TSPT grave. Après une autre année et demie de thérapie intensive à l’aide des ressources des Forces canadiennes, le Lcol Linford a pu confronter les détails horrifiants des expériences qu’il a vécues afin de les documenter. L’objectif du livre est de jeter la lumière sur les expériences que peuvent faire les militaires au cours d’opérations de déploiement ainsi que sur les répercussions qu’elles ont sur la santé et le bien-être des militaires et de leurs familles. Le livre s’adresse principalement aux anciens combattants aux prises avec des traumatismes liés au stress opérationnel et les encourage à chercher de l’aide rapidement pour qu’ils puissent recouvrer la santé et retrouver le bonheur. Il s’adresse également aux familles afin qu’elles comprennent mieux leurs proches et qu’elles puissent mieux les aider. Finalement, il s’adresse à la population canadienne puisqu’il déchire le voile du mystère qui entoure cette maladie invisible.

Ce livre se veut autobiographique, et le récit est donc à la première personne. Il s’agit d’une prose décontractée qui convient bien au public cible puisqu’elle donne l’impression qu’un bon ami raconte son histoire. Divisé en cinq parties chronologiques, le livre comprend une section de photos ainsi qu’un glossaire de termes militaires et médicaux. Le récit porte principalement sur les périodes d’affectation au Rwanda et en Afghanistan, car ce sont les expériences qui l’ont touché le plus.

Les deux premières parties constituent un récit préliminaire qui décrit le parcours du Lcol Linford avant qu’il se soit enrôlé dans les Forces canadiennes. Il considère ces expériences comme de simples échos radars, qu’il présente afin de montrer que sa jeunesse et son éducation se sont déroulées sans soucis. La troisième partie raconte ses premières expériences traumatiques qu’il a vécues au Rwanda (Afrique) pendant l’opération PASSAGE. Le Lcol Linford était membre d’un groupe de reconnaissance qui était chargé de trouver un endroit adéquat à partir duquel on pouvait offrir des soins médicaux à la population locale. Il est resté dans cet hôpital bien au-delà de 90 jours, soit la durée maximale prévue d’une affectation à l’étranger. Il raconte les problèmes de logistique et le choc culturel qui caractérisent le début des opérations. Les scènes où il décrit la population émaciée et désespérée, le grand nombre de cadavres et les petits enfants auxquels l’unité a essayé de venir en aide sans souvent y parvenir sont choquantes. Plusieurs années après son retour, les dommages émotionnels ont fini par le terrasser. Il a fait appel aux services de santé mentale, qui n’étaient qu’à leurs débuts, où on lui a prescrit des médicaments et ordonné des rendez-vous hebdomadaires avec un psychologue. Or, il affirme que cela lui a permis de maîtriser ses symptômes, mais non pas de se remettre entièrement. Après une année de thérapie, il a été réévalué et jugé apte au déploiement.

Dans la quatrième partie, il décrit les expériences qu’il a vécues à Kandahar (Afghanistan) en tant que commandant en second de l’hôpital chirurgical de campagne (rôle 3) comme « la cerise sur le sundae ». En plus de subir le stress normal des opérations de déploiement, il a été témoin, au cours des sept mois qu’a duré son affectation, de nombreuses blessures causées par des IED, y compris celles de soldats américains et canadiens ainsi que d’innocents civils. La goutte qui a fait déborder le vase a été un jeune soldat qui était arrivé à l’hôpital présentant une blessure mortelle causée par un IED; ce jeune soldat lui a rappelé de façon saisissante son propre fils, qui, à l’époque, se préparait pour partir en Afghanistan. Malgré les séances d’entraînement physique et de yoga régulières qui l’aidaient à maintenir sa résilience, sa santé mentale a dégringolé au-delà du point de retour. Cependant, il est resté en poste jusqu’à la fin de son affectation, sachant bien qu’il s’agissait d’un sacrifice personnel pour le bien de la mission.

L’auteur recommande vivement aux anciens combattants de lire la partie cinq. Dans cette section, il décrit en détail les thérapies qu’il a suivies et son rétablissement du TSPT récurrent. Il raconte ses expériences avec les méthodes thérapeutiques qui sont reconnues scientifiquement et les ressources offertes par les Forces canadiennes. Le Lcol Linford explique de manière réaliste le progrès non linéaire et il présente la dure vérité : les choses peuvent empirer avant de s’améliorer. Grâce à son équipe de spécialistes de la santé mentale, son travail acharné et sa persévérance, le Lcol Linford profite aujourd’hui d’une vie épanouissante, en santé et en paix, malgré sa lutte contre le TSPS.

Le livre comprend de nombreuses anecdotes inspiratrices au sujet du soutien qu’il a reçu de sa famille, de ses amis, de ses collègues, de ses subalternes et de ses superviseurs. Il est rédigé de manière honnête, avec de l’humour et de l’espoir. Sachez pourtant que l’auteur présente des descriptions hautement détaillées des horreurs de la guerre et que certains passages sont poignants.

Le Lcol Linford affirme que malgré le système de soutien solide dont disposent les Forces armées canadiennes de nos jours, la stigmatisation décourage les militaires à chercher tout de suite l’aide dont ils ont désespérément besoin. Tout comme bon nombre de blessures et de maladies, le TPST est plus facile à traiter lorsqu’il est diagnostiqué précocement, et lorsque le traitement est plus facile, les chances de se rétablir entièrement sont plus élevées. Je recommande vivement à toute personne aux prises avec des problèmes de santé mentale et dont le bien-être est à risque de lire Warrior Rising, car ce livre peut leur insuffler le courage dont ils ont besoin pour chercher de l’aide.


Le capitaine Karen Falck est un officier du contrôle aérospatial à la Base des Forces canadiennes Trenton. Elle détient un baccalauréat en science spatiale du Collège militaire royal du Canada et elle a participé aux opérations PODIUM, CADENCE et ENDURING FREEDOM.

Abréviations

IED―dispositif explosif improvisé

TSPT―trouble de stress post-traumatique

Note

1. Canada, ministère de la Défense nationale, « Sommaire du Rapport d'incidence cumulative du trouble de stress post-traumatique (TSPT) et d'autres troubles mentaux », http://www.forces.gc.ca/fr/a-propos-rapports-pubs-sante/etude-incidence-cumulative-sommaire.page › (consulté le 10 septembre 2014).  (retourner)

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