Le professionnel de l’ARC et le PPO de la Force aérienne : conception et planification opérationnelles pour des quartiers généraux de petite taille (La Revue de l'ARC - HIVER 2015 - Volume 4, Numéro 1)

Table des matières

 

Par le lieutenant-colonel Dan S. Coutts, CD, M.A.

Le défi

Le discours des professionnels concernant les pratiques exemplaires de l’Aviation royale canadienne (ARC) continue d’évoluer, mais aucun document de doctrine traitant en particulier de la conception et de la planification de la puissance aérienne expéditionnaire du Canada au niveau opérationnel n’a encore été publié. Le processus de planification opérationnelle (PPO) des Forces canadiennes (FC) a été optimisé pour un quartier général de grande taille. Une force opérationnelle aérienne (FOA) doit être en mesure d’assurer la conception et la planification au niveau opérationnel, mais la taille de l’ARC signifie que toute structure déployée sera relativement petite. Par exemple, le modèle actuel de FOA comprend un effectif d’environ 250 personnes, dont beaucoup jouent un rôle dans le soutien aux opérations et le soutien aux missions[1]. Par comparaison, le personnel du Quartier général du Commandement des opérations interarmées du Canada, une entité axée uniquement sur la conception, la planification et le contrôle des opérations, compte à peu près 500 membres[2]. Le professionnel de l’ARC a besoin d’un PPO réduit pour la Force aérienne afin de maximiser son efficacité sans s’exposer à un risque trop grand en matière de planification; le présent résumé propose à cet effet quatre modifications conservatrices à apporter au PPO des FC.

Méthode et ouvrages de référence

Le présent résumé est une adaptation d’un document analysant deux grandes traditions en matière de prise de décisions : la prise de décision analytique (PDA) et la prise de décision naturaliste (PDN). On y analyse les forces et les faiblesses de chacune en vue de proposer des modifications au PPO des FC[3]. Or, PDA et PDN sont plus ou moins synonymes de « planification » et de « conception », deux termes qui retiennent davantage l’attention des professionnels occidentaux du domaine militaire. « La planification est un processus consistant en une préparation détaillée en vue d’atteindre un objectif précis[4] » [non souligné dans l’original, traduction] tandis que la conception est une activité ou un exercice naturaliste qui contribue à la communication du cadre conceptuel d’un système complexe permettant la planification.

La plupart des méthodes occidentales de résolution de problèmes au niveau opérationnel incluent un certain degré de planification et de conception. Les Israéliens ont soumis les méthodes de PDN à de nombreux essais, et les nouvelles doctrines de planification de l’Armée de terre, de la Marine et des opérations interarmées américaines mettent surtout l’accent sur la PDN[5]. La doctrine du Canada et de ses proches partenaires continue d’accorder une trop grande place à la tradition de la PDA[6].

Une solution possible

La PPO des FC contient à la fois des éléments de la PDA et de la PDN, mais un meilleur équilibre entre ces traditions serait une réponse au défi décrit précédemment. Du point de vue de la PDN, la formulation (« le fait d’établir des modèles mentaux pour aider les gens à comprendre des situations et à réagir à des événements[7] » [traduction]) devrait être incluse dès le début du PPO de la Force aérienne, en même temps que les autres activités de la phase 1 (initiation). La formulation pourrait aussi être modulée en fonction de certaines étapes de la phase 2 (orientation), par exemple « examen de la situation » et « examen (niveau supérieur)[8] ». [Traduction] Les étapes plutôt techniques de la phase 2 devraient demeurer au même point[9].

À la phase 3, les « facteurs d’analyse du personnel » renvoient directement aux avantages premiers de la PDA pour ce qui est de la clarté et du détail, tout en aidant les intéressés à acquérir une bonne compréhension de la situation[10]. On devrait continuer de mettre l’accent sur cette phase. Toutefois, on devrait cesser d’élaborer de multiples plans d’action amis, tous les plans d’action étant ultimement issus du même grand concept et ne comportant donc pas de différences importantes. L’élaboration d’un seul plan d’action constituera probablement un meilleur investissement des efforts, particulièrement si l’on dispose du temps requis pour procéder à de multiples essais et modifications du plan d’action[11]. Un plus grand accent sur les jeux de guerre peut permettre de réduire au maximum cette planification; la plupart des pays et l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) accordent une grande importance aux jeux de guerre en tant qu’activité à valeur ajoutée[12].

Les autres travaux approfondis liés aux PPO des FC seraient difficiles à limiter davantage. Toutefois, une autre pratique à valeur ajoutée qui fait son apparition dans les doctrines américaine et britannique offre la promesse considérable d’une planification à cadence rapide : la méthode de l’équipe rouge. En termes simples, « la méthode de l’équipe rouge fournit une capacité indépendante à explorer pleinement les autres possibilités en matière de plans et d’opérations dans le contexte de l’environnement opérationnel, du point de vue des adversaires et d’autres personnes[13] » [traduction], ce qui se traduit par des concepts et des plans bien équilibrés[14]. Le recours à une petite équipe rouge au sein d’une FOA pourrait atténuer les risques inhérents à la réduction de l’ampleur de la planification opérationnelle et à l’accélération de sa cadence.

Recommandations

Le présent résumé comporte quatre recommandations : placer la formulation au début du processus de conception et de planification; élaborer seulement un plan d’action ami; mettre davantage l’accent sur les jeux de guerre et ajouter la composante de la méthode de l’équipe rouge à la planification opérationnelle. Le PPO de la Force aérienne pourrait devenir plus exhaustif, plus rapide et plus facile à adapter, et ce, en maintenant sa clarté, son niveau de détail, sa facilité de reproduction et sa simplicité d’utilisation pour l’utilisateur inexpérimenté. Le professionnel de l’ARC profiterait grandement de l’élaboration d’un PPO pour la Force aérienne; on devrait consacrer davantage d’efforts de recherche à l’élaboration et à la validation d’un processus de validation adapté aux réalités auxquelles sont confrontées les FOA expéditionnaires.

 


Le lieutenant-colonel Dan Coutts est un pilote d’hélicoptère ayant servi au sein des 427e et 400e Escadrons, en plus d’avoir assumé divers postes et fonctions d’instructeur au sein de la 1re Escadre. Diplômé du Collège militaire royal du Canada et du Collège des Forces canadiennes, il est actuellement le commandant du 2e Escadron expéditionnaire aérien de la 2e Escadre à Bagotville.

 

Abréviations

ADF―Australian Defence Force (Force de Défense de l’Australie)

ADFP―Australian Defence Force Publication (publication de la Force de défense de l’Australie)

AJP―Publication interalliée interarmées

ARC―Aviation royale canadienne

É.-U.―États-Unis

FA―Force aérienne

FC―Forces canadiennes

FOA―Force opérationnelle aérienne

JP―publication interarmées

MCWP―Marine Corps Warfighting Publication (publication sur la façon de faire la guerre du Corps de Marine des États-Unis)

MDN―ministère de la Défense nationale

MOD―Ministry of Defence (Ministère de la Défense, R.-U.)

OTAN―Organisation du Traité de l’Atlantique Nord

PDA―prise de décision analytique

PDN―prise de décision naturaliste

PPO―processus de planification opérationnelle

R.-U.―Royaume-Uni

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Notes

[1]. Colonel Erick Simoneau, « 2 Wing / ATF Concept », présentation, 2e Escadre expéditionnaire de la Force aérienne à Bagotville, diapositives 3 à 7.  (retourner)

[2]. Murray Brewster, « Canadian Military Decision to Combine Three Headquarters Will Save $18 Million », The Huffington Post, le 6 octobre 2013, mis à jour le 23 janvier 2014, http://www.huffingtonpost.ca/2013/10/06/national-defence-military-budget-cuts_n_4054497.html (consulté le 6 janvier 2015). (retourner)

[3]. OTAN, Allied Joint Doctrine for Operational-Level Planning, publication interalliée interarmées AJP-5, Bruxelles, Bureau OTAN de normalisation, juin 2013, p. 2-11; Gary A. Klein, Sources of Power: How People Make Decisions, Cambridge, Massachussetts, MIT Press, 1998, p. 127; David J. Bryant, « Rethinking OODA: Toward a Modern Cognitive Framework of Command Decision Making », Military Psychology, vol. 18, no 3, 2006, p. 199. (retourner)

[4]. Lcol L. Craig Dalton, Systemic Operational Design: Epistemological Bumpf or the Way Ahead for Operational Design?, Fort Leavenworth, Kansas, United States Army Command and General Staff College, School of Advanced Military Studies, 25 mai 2006, p. 6, http://www.dtic.mil/dtic/tr/fulltext/u2/a451283.pdf (consulté le 6 janvier 2015). (retourner)

[5]. États-Unis (É.-U.), Joint Chiefs of Staff. Joint Operation Planning, publication interarmées JP 5-0, Washington, DC, Government Printing Office, 11 août 2011, p. III-13, http://www.dtic.mil/doctrine/new_pubs/jp5_0.pdf (consulté le 6 janvier 2015); É.-U., Department of the Navy, Marine Corps Planning Process, Marine Corps Warfighting Publication (MCWP), Washington, DC, Headquarters United States Marine Corps, 24 août 2010, Foreword, p. 5-1, https://www.mca-marines.org/files/MCWP%205-1%20MCPP.pdf (consulté le 6 janvier 2015). (retourner)

[6]. Canada, ministère de la Défense nationale (MDN), Processus de planification opérationnelle des FC (PPO), B-GJ-005-500/FP-000, publication interarmées des Forces canadiennes 5.0 (PIFC 5.0), Ottawa, Chef – Développement des Forces, avril 2008, p. 4-1, http://cjoc-coic.mil.ca/sites/intranet-fra.aspx?page=3560 (consulté le 6 janvier 2015) (Réseau étendu de la Défense seulement); Royaume-Uni (R.-U.), Ministry of Defence (MOD), Campaign Planning, publication sur la doctrine interarmées JDP 5-00, 2e éd., Shrivenham, MOD, juillet 2013, p. 2-11, 2-14, 2-32, https://www.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/239345/20130827_JDP_5_00_Web_Secure.pdf (consulté le 6 janvier 2015); Australie, Australian Defence Force (ADF), Joint Military Appreciation Process, Australian Defence Force Publication (ADFP) 5.0.1, Canberra, Defence Publishing Service, 2009, p. 1-10 à 1-13; OTAN. Allied Joint Doctrine for Operational-Level Planning, AJP-5, p. 3-1. (retourner)

[7]. É.-U., Department of the Army, The Operations Process, publication de référence sur la doctrine de l’Armée ADRP 5-0, Washington, DC, Department of the Army, mai 2012, p. 2-5, http://armypubs.army.mil/doctrine/DR_pubs/dr_a/pdf/adrp5_0.pdf (consulté le 6 janvier 2015).  (retourner)

[8]. Canada, MDN, Processus de planification opérationnelle des FC, PIFC 5.0, p. 4-4.  (retourner)

[9]. Canada, MDN, Processus de planification opérationnelle des FC, PIFC 5.0, p. 4-4. (retourner)

[10]. Canada, MDN, Processus de planification opérationnelle des FC, PIFC 5.0, p. 4-8 à 4-10; É.-U., Department of the Navy, Marine Corps Planning Process, MCWP 5-1, p. 2-4; OTAN, Allied Joint Doctrine for Operational-Level Planning, AJP-5, p. 3-32; Klein. Sources of Power, p. 144. (retourner)

[11]. Ross, et al., « The Recognition-Primed Decision Model », Military Review, vol. 84, no 5, juillet-août 2004, p. 7-8, http://cgsc.contentdm.oclc.org/cdm/singleitem/collection/p124201coll1/id/182/rec/8 (consulté le 6 janvier 2015); É.-U., Department of the Army, The Operations Process, ADRP 5-0, p. 4-6. (retourner)

[12]. É.-U., Joint Chiefs of Staff, Joint Operation Planning, JP 5-0, p. IV-30; Canada, MDN, Processus de planification opérationnelle des FC, PIFC 5.0, p. 4-10; Australie, ADF, Joint Military Appreciation Process, ADFP 5.0.1, p. 6-3; É.-U., Department of the Navy, Marine Corps Planning Process, MCWP 5-1, p. 4-1; R.-U., MOD, Campaign Planning, JDP 5-00, p. 2I-1; OTAN, Allied Joint Doctrine for Operational-Level Planning, AJP-5, p. 3-32. (retourner)

[13]. É.-U., Joint Chiefs of Staff, Joint Operation Planning, JP 5-0, p. III-5. (retourner)

[14]. É.-U., Joint Chiefs of Staff, Joint Operation Planning, JP 5-0, p. III-5; R.-U., MOD, Campaign Planning, JDP 5-00, p. 2I-2. (retourner)

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