Message du Commandant de l’ARC (La Revue de l'ARC - PRINTEMPS 2015 - Volume 4, Numéro 2)

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Réflexion du commandant de l’ARC sur la bataille d’Angleterre

À l’automne 1939, l’Aviation royale du Canada (ARC) n’a que 15 ans, et comme toute organisation « adolescente », elle commence à peine à gagner en taille et en maturité. Son expansion rapide vise cependant une tâche immense : la planification, la mise sur pied et la prestation du Programme d’entraînement aérien du Commonwealth. Tout de même, deux escadrons de coopération d’armée, le no 110 et le no 112, accompagnent l’Armée canadienne en Europe, alors que la majorité de l’ARC est requise au pays pour protéger nos côtes et fournir le cadre d’entraînement grandement nécessaire. Puis, au printemps 1940, l’impensable se produit. L’Allemagne écrase l’opposition alliée en Europe et menace l’Angleterre. Le Canada dépêche rapidement son seul escadron doté de chasseurs Hurricane modernes pour aider les forces dépassées du Fighter Command de la Royal Air Force (RAF). Les hommes du 1er Escadron de l'ARC, aux côtés de leurs compatriotes qui s’étaient joints à la RAF dans les années 30, aident à contenir l’attaque de la Luftwaffe, assurant ainsi l’annulation de l’invasion prévue de l’Angleterre par les Allemands. Les pilotes de chasse sont à l’honneur pendant cet été; la bataille d’Angleterre représente une victoire stratégique; tout le reste, selon le dicton, passe à l’histoire.

Est-ce bien le cas? Y a-t-il de la pertinence à trouver dans les actions des équipages aériens et dans les équipes au sol, dont les exploits sont seulement visibles dans les images granuleuses en noir et blanc et dans les pages poussiéreuses des livres rarement lus? Mais bien sûr! La participation des Canadiens à la bataille d’Angleterre n’est pas qu’un simple pan de notre patrimoine et de notre histoire : elle met en évidence TOUS les concepts qui sous-tendent l’ARC du XXIe siècle.

Une planification délibérée a mené à l’envoi des escadrons de coopération d’armée. L’ARC a ensuite démontré une souplesse organisationnelle impressionnante, à la suite du déploiement rapide et imprévu du 1er Escadron de l’ARC. À partir d’un effectif en temps de guerre, l’unité a été mise sur pied avec des personnes issues de l’Escadron no 115 et de membres relativement nouveaux de l’ARC provenant du dépôt d’effectif. Je suis époustouflé par la quantité de difficultés que l’ARC a eu à surmonter pour rassembler ce groupe spécial et en faire un escadron efficace, apte au combat. L’échec ne faisait pas partie de leur vocabulaire, mais les actions de ces Canadiens exceptionnels reflétaient l’agilité, l’intégration, la portée et la puissance, des concepts clés de l’ARC.[1]

À partir d’une doctrine et d’une culture communes, renforcées par des années de travail et d’études avec leurs homologues des Alliés, l’escadron s’intègre rapidement aux efforts aériens de la coalition. Depuis leur arrivée au Royaume-Uni en juillet 1940 jusqu’à la déclaration d’unité opérationnelle le 16 août, les pilotes et les équipes au sol s’exercent sans relâche jusqu’à ce qu’ils soient à l’aise à fonctionner comme un élément intégral de la puissance aérienne de la campagne aérienne de la RAF. Tout cet entraînement est nécessaire pour voir à ce qu’ils répondent aux instructions du contrôle de groupe et de secteur (les centres des opérations aériennes de l’époque), dans le cadre d’un effort cohérent contre l’ennemi.

Grâce à sa participation à la bataille d’Angleterre, le 1er Escadron de l’ARC a démontré l’agilité, l’intégration, la portée et la puissance du Canada et sa détermination à appuyer l’Angleterre quand elle en avait le plus besoin. Même si l’envoi d’un seul escadron de chasse semble faible en comparaison à la taille de l’engagement de l’ARC dans les années subséquentes, cet escadron a fait la preuve qu’une capacité expéditionnaire aérienne offrait au gouvernement de l’époque une option pour participer à la bataille. Acquis pour la défense du territoire canadien, les appareils Hurricane, dont faisait usage cet escadron, ont contribué de manière importante aux efforts des Alliés de l’autre côté de l’océan.

Pendant 53 jours, les pilotes du 1er Escadron de l’ARC combattent dans le ciel au-dessus de l’Angleterre. Au sol, les arrimeurs, les armuriers, les ajusteurs et le personnel de soutien travaillent sans cesse à garder le plus grand nombre humainement possible d’appareils en état de vol. Leur dévouement et leur sacrifice forment une part importante de la lutte pour empêcher la Luftwaffe de circuler librement au-dessus de l’Angleterre. La défaite qu’ils aident à infliger à un ennemi aussi capable que la RAF met en lumière la puissance d’une force intégrée qui combine les éléments de stratégie, de leadership, de doctrine, de tactiques et d’objectif.

Ainsi, quand je regarde la contribution du Canada à la bataille d’Angleterre, je vois l’envoi rapide outre-mer d’une unité de la taille d’un escadron, avec des renforts de l’ARC provenant d’autres endroits, capable de s’intégrer rapidement à des opérations aériennes de coalition et de participer à la puissance opérationnelle dans l’environnement de combat. Selon moi, cet exemple résume comment nous fonctionnons au XXIe siècle. La participation du 1er Escadron de l’ARC à la bataille d’Angleterre incarne « l’agilité, l’intégration, la portée et la puissance », comme le décrit Vecteurs de la Force aérienne. Dans l’hommage que nous rendons pendant les défilés et les cérémonies partout au pays aux sacrifices des Canadiens, de cette « poignée de héros » dans la RAF et dans l’ARC, souvenez-vous toujours qu’ils ont été les pionniers de qui nous sommes et de ce que nous faisons aujourd’hui.

Lieutenant-général M. J. Hood, CD, M.A.
Commandant, Aviation royale canadienne

 

Abréviations

ARC―Aviation royale du Canada (avant 1968)
Aviation royale canadienne (après 1968)
RAF―Royal Air Force

Note

[1]. Les principes d’agilité, d’intégration, de portée et de puissance sont fondamentalement dérivés de la vision de l’ARC qui est décrite dans la publication cadre, Vecteurs de la Force aérienne, qui rassemble les concepts et les capacités qui positionnent l’ARC comme « Une force aérienne agile et intégrée dotée de la portée et la puissance essentielles aux opérations des FAC ». Ce concept comporte un élément pratique et un élément intellectuel. Les deux éléments, de l’application tactique de la puissance aérienne à l’état d’esprit stratégique relatif à la puissance aérienne, doivent être maîtrisés pour assurer une application totale et intégrale de cette puissance aérienne (qui représente, pour le commandant de l’ARC, le message central destiné aux femmes et aux hommes de l’ARC).  (retourner)

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