Ces Canadiens dont a négligé le rôle dans la bataille d’Angleterre (La Revue de l'ARC - PRINTEMPS 2015 - Volume 4, Numéro 2)

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Réimpression tirée de La Revue de l’Aviation royale canadienne, vol. 1, no 4, automne 2012.

Par le major Mathias Joost, CD

Chaque année en septembre, nous célébrons et soulignons la contribution des pilotes et des membres d’équipage au sol dont les efforts ont permis de repousser les tentatives de la Luftwaffe pour détruire les forces aériennes postées en Grande-Bretagne et paver ainsi la voie à une invasion. On estime à 115 le nombre d’aviateurs canadiens qui ont participé à la bataille d’Angleterre, principalement dans le 1er Escadron de chasse de l’Aviation royale du Canada (ARC), rebaptisé plus tard le « 401e Escadron », et dans le 242e Escadron de la Royal Air Force (RAF). Cependant, deux autres escadrons canadiens se trouvaient en territoire britannique pendant la bataille d’Angleterre (du 10 juillet au 31 octobre 1940), dont on a à peine cité les activités et le soutien dans le cadre de cette bataille.

En 1932, l’ARC créait les 10e, 11e et 12e Escadrons, ses toutes premières unités de force auxiliaire, chacun tenant lieu d’escadron de coopération. Ces unités furent formées sur l’ordre du major-général A. G. L. McNaughton, qui souhaitait qu’un escadron d’avions appuie chaque division de l’Armée canadienne pouvant être expédiée en Europe au cas où un autre conflit éclaterait[1]. En 1940, le gouvernement de W. L. Mackenzie King envoyait les 10e et 12e Escadrons (renumérotés 110 et 112, puis, plus tard, 400 et 402) en Grande-Bretagne pour qu’ils fournissent cet appui respectivement à la 1re Division du Canada et à la RAF.

Ces deux escadrons de coopération furent envoyés en Angleterre, préparés pour une invasion allemande et convertis plus tard en escadrons de chasse. Pendant la bataille d’Angleterre, ils jouèrent un rôle important dans la préparation à une éventuelle invasion, mais ils apportèrent également leur appui au Fighter Command de la RAF et au 1er Escadron de chasse du Canada. Cet appui n’a pas été reconnu par le passé, et pourtant, compte tenu de sa nature, il a constitué un facteur déterminant du succès du 1er Escadron, ce qui démontre que deux unités de l’ARC ont pu contribuer à la bataille d’Angleterre même si elles n’ont pas effectué de sorties contre la Luftwaffe.

Le 20 décembre 1939, le ministre de la Défense Norman Rogers annonçait que le Canada enverrait la 1re Division du Canada en Angleterre. En plus du soutien logistique à la Division, on expédierait de Toronto le 110e Escadron de coopération d’armée[2]. À ce dernier s’ajoutèrent des membres du 2e Escadron de coopération d’armée de la Force régulière, qui avait été dissous, ainsi que des membres du 112e Escadron. Celui-ci fut déployé lorsque le gouvernement canadien offrit à la Grande-Bretagne un deuxième escadron de coopération, une offre volontiers acceptée, le 11 mai 1940, jour où l’Allemagne envahissait la Belgique, la France et les Pays-Bas[3].

Avant d’être entièrement opérationnels, les deux escadrons subirent d’abord quelques revers. Le manque de pièces pour le Westland Lysander, de matériel d’entretien courant et d’équipement essentiel tel que des parachutes retarda le début de l’entraînement[4]. L’entraînement était axé sur les fonctions de coopération avec l’armée et se déroula conjointement avec celui de la 1re Division du Canada et des unités qui y étaient adjointes. Tandis que la bataille d’Angleterre faisait rage au-dessus de leurs têtes, les pilotes et les membres d’équipage au sol des deux escadrons ne pouvaient qu’espérer y prendre part. Toutefois, la RAF et le major-général McNaughton, commandant de la 1re Division du Canada, avaient d’autres plans.

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Après que la British Expeditionary Force eut été évacuée de Dunkirk, la 1re Division du Canada devint l’épine dorsale du VII Corps, qui constituait la réserve opérationnelle de l’armée britannique dans le sud de l’Angleterre et pratiquement la seule formation mobile en Grande-Bretagne. La 1re Division se mit donc à l’entraînement en vue de défendre le pays contre une invasion, tandis que le 110e Escadron s’entraînait en parallèle. Le major-général McNaughton ne souhaitait aucunement perdre sa composante aérienne, qu’il avait acquise de longue lutte au début des années 1930. L’arrivée d’un deuxième escadron de coopération, le 112, s’accordait avec son sentiment que chaque corps d’armée devait être appuyé par deux escadrons, et augmenta la capacité des corps placés sous son commandement[5].

Parallèlement, la RAF avait créé l’Army Co-operation Command, qui figurait toutefois au dernier rang de ses priorités. La RAF n’avait assurément pas de ressources à consacrer à la création d’escadrons de coopération supplémentaires, surtout pas pendant la bataille d’Angleterre[6]. Par conséquent, en cas d’invasion, les deux escadrons de coopération de l’ARC constituaient des pièces importantes dans la défense de la Grande-Bretagne.

Pour se préparer à une telle éventualité, les deux escadrons accomplirent une grande variété de missions d’entraînement. Les soldats canadiens furent soumis à des simulacres d’attaques au gaz de même qu’à des bombardements afin de se préparer à pareilles situations[7]. Le 26 août, tous les membres du 110e Escadron suivirent un entraînement au cocktail Molotov. Le major-général McNaughton montait parfois à bord d’un avion du 110e Escadron pour constater le genre de problèmes éprouvés par ceux qui étaient ses yeux dans le ciel et pour observer la disposition des soldats canadiens pendant les exercices[8]. Le 110e Escadron testa même des canons Hispano-Suiza de 20 mm montés dans les carénages de roue d’un Lysander, de sorte que l’avion puisse servir contre les chars d’assaut[9].

Tandis que le 110e Escadron s’entraînait avec la 1re Division du Canada, il eut également l’occasion de devenir le premier escadron de l’ARC à « entrer en action », pour citer le vice-maréchal de l’Air (v/m/air) G. V. Walsh. Alors que la bataille de France tirait à sa fin, les escadrons de coopération de la RAF durent évacuer d’urgence le territoire français en laissant leurs équipes de maintenance derrière eux. Le British Air Ministry lança un appel à l’aide au vice-maréchal de l’Air afin que les escadrons puissent poursuivre leurs opérations. Par conséquent, le 110e Escadron envoya 26 membres de son personnel de maintenance à Croydon et à Wellsbourne pour assurer l’entretien des avions[10]. Quoique le 1er Escadron demeure la première unité de l’ARC à avoir engagé le combat avec l’ennemi, c’est le 110e Escadron qui a le premier appuyé une action directe contre l’ennemi lors de la Seconde Guerre mondiale.

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Ces missions d’entraînement et ces tests n’étaient pas sans risque. Des chasseurs Hurricane et Spitfire du Fighter Command pouvaient apparaître à tout moment, auxquels il fallait répondre sans tarder par le bon signal d’identification. Lors des raids aériens, le 110e Escadron avait pour consigne de rester au sol pour cette raison précise[11]. De fait, le Fighter Command a abattu quelques-uns des avions des unités de coopération et d’autres unités de la RAF pendant la bataille d’Angleterre, mais les 110e et 112e Escadrons ont eu la chance d’échapper à ce sort. Les équipes de mise en œuvre des canons antiaériens n’hésitaient pas non plus une seule seconde à ouvrir le feu si un avion ne fournissait pas rapidement le signal d’identification convenu.

La Luftwaffe constituait aussi une menace. Un avion-école ayant été abattu tout près[12], les Lysander commencèrent à transporter des munitions lors des exercices d’entraînement. Pendant la période de la bataille d’Angleterre où la Luftwaffe pilonnait les terrains d’aviation de la RAF, d’autres terrains d’aviation situés non loin furent attaqués, et quelques villages de la région furent bombardés. Quoique ni l’un ni l’autre des escadrons ne subirent de pertes pendant les attaques de la Luftwaffe, le terrain du 112e Escadron fut dévasté par le mitrailleur de queue d’un Heinkel 111[13].

Pendant que cette grande bataille aérienne se jouait autour d’eux, les deux escadrons de coopération représentaient plus que de simples cibles fortuites. C’est pendant cette phase de la bataille d’Angleterre que les deux escadrons fournirent un appui direct au Fighter Command. Ce dernier eut parfois recours aux Lysander pour tenir des séances d’entraînement au combat aérien différentes. Trois Lysander rencontreraient trois Hurricane à un endroit prédéterminé et engageraient un combat aérien rapproché[14]. Quoique les Hurricane eussent l’avantage de la rapidité dans ces batailles simulées, la lenteur des Lysander et leur qualité de giration donnèrent néanmoins du fil à retordre aux pilotes des Hurricane. Dans un sens, ces simulations reproduisaient le genre de situations auxquelles ils seraient confrontés s’ils étaient interceptés par les bombardiers de la Luftwaffe, mais ces confrontations avec un opposant possédant une meilleure manœuvrabilité leur permettaient également d’acquérir des compétences qui leur seraient utiles contre les autres avions de la Luftwaffe. Pour les pilotes des 110e et 112e Escadrons, les bienfaits de cet entraînement n’étaient pas seulement immédiats – apprendre à manœuvrer leur aéronef face à un adversaire supérieur, une situation inévitable si l’Angleterre venait à être envahie –, mais se feraient également sentir à long terme, lorsque le 112e Escadron serait transformé en escadron de chasse, en décembre 1940, et que des pilotes des deux escadrons seraient transférés dans le 1er Escadron de chasse.

Une autre forme de soutien apporté au Fighter Command fut le régimage des batteries d’artillerie antiaérienne. Un Lysander du 110e Escadron devait faire des allées et venues à une vitesse et à une altitude constantes au-dessus de l’arc de tir de la batterie antiaérienne locale, et les équipes de pièce déterminaient l’altitude, la trajectoire et la vitesse de l’avion, puis validaient ces paramètres auprès de l’équipage du Lysander. Ces opérations n’étaient pas sans risques. Si un appareil de la Luftwaffe faisait son apparition, le Lysander serait laissé à lui-même. Il lui était impossible de quitter la zone d’entraînement sous peine d’être confondu avec un bombardier de la Luftwaffe. Par ailleurs, il lui fallait éviter le tir des canons antiaériens qu’il venait tout juste d’aider à régimer. Les appareils de la Luftwaffe représentaient également une menace, que le pilote du Lysander pouvait braver en « jouant à cache-cache » parmi les ballons de protection. Le capitaine d’aviation « Jack » Bundy du 112e Escadron eut bien de la chance au cours d’une de ces missions de régimage des canons antiaériens. Il semble que trois avions de chasse italiens qui volaient à quelque 150 mètres sous lui à une distance d’environ 800 mètres ne remarquèrent pas sa présence[15].

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Peut-être la plus importante contribution des deux escadrons de coopération dans la bataille d’Angleterre fut-elle de fournir des pilotes. Le colonel d’aviation (col avn) G. V. Walsh, officier supérieur de l’ARC en Grande-Bretagne, s’inquiétait du remplacement des pertes subies par le 1er Escadron. Le gouvernement canadien et l’ARC n’ayant pris aucun arrangement pour remplacer ces pilotes, la RAF ne pouvait puiser que dans son propre personnel. Cette pénurie de pilotes canadiens aurait pour effet de graduellement transformer l’escadron, qui perdrait son identité distinctement canadienne pour se fondre avec les autres escadrons de la RAF. Le col avn Walsh, que des pilotes du 110e Escadron avaient déjà abordé officieusement, savait que les pilotes des deux escadrons de coopération étaient prêts à passer à l’action. Il savait aussi qu’il serait exaspérant pour eux de voir des remplaçants du Canada débarquer pour engager le combat contre l’ennemi tandis qu’ils resteraient rivés au sol. Par conséquent, il demanda l’autorisation d’entraîner un certain nombre de pilotes des unités de coopération en prévision de leur transfert dans le 1er Escadron et s’assura que, même si la réponse du quartier général de l’ARC était négative – comme elle le fut –, les pilotes recevraient quand même un entraînement[16]. Walsh dut probablement aussi recourir à un subterfuge, étant donné que McNaughton répugnait à voir « ses » deux escadrons diminués.

Le 19 août, six pilotes furent sélectionnés pour l’entraînement avec les Hurricane. Le journal du 112e Escadron signale simplement que les lieutenants d’aviation D. P. Brown, P. W. Lochnan et R. W. G. Norris se joignirent à la No. 5 Operation Training Unit (OTU) pour un service temporaire à Aston Down. Ils furent rayés de l’effectif le 2 septembre, date de leur transfert dans le 1er Escadron canadien. L’entrée du journal du 110e Escadron est encore plus simple : trois officiers ont été sélectionnés pour remplacer les pilotes de chasseurs et ont été transférés dans la No. 5 OTU le 19 août. Les noms de ces pilotes ne figurent pas dans le registre de l’escadron, mais il s’agissait des lieutenants d’aviation W. B. N. Millar, J. D. Pattison and C. W. Trevena.

Les six pilotes formaient un groupe hétéroclite. DePeyter Brown était Américain et s’était joint à l’ARC le 9 septembre 1939. Il se joignit plus tard aux Forces aériennes de l’Armée américaine (USAAF), en mai 1942. Peter Lochnan, enrôlé au début de 1939, était pilote dans la Force régulière et, des six, c’est lui qui connut le plus grand succès pendant la bataille d’Angleterre; on lui attribue la destruction de trois avions ennemis et des dommages considérables à trois autres. Trevena, qui était pilote dans la force auxiliaire, s’était d’abord joint au 120e Escadron en 1936[17]. Ces pilotes avaient été sélectionnés non pas parce qu’ils étaient les meilleurs de leur escadron – Walsh n’aurait pas admis que ses escadrons soient dépouillés de leurs meilleurs éléments –, mais parce qu’ils étaient de bons pilotes.

La réelle importance de ces six pilotes réside dans ce qu’ils firent pour les effectifs du 1er  Escadron. Étant donné la cadence soutenue des opérations, l’escadron était, au 30 septembre, plutôt épuisé. Ce jour-là, le capitaine R. J. Nodwell, médecin militaire de l’escadron, avait observé que les pilotes souffraient de surmenage et de fatigue générale, que leurs réactions étaient plus lentes et que leurs affections bénignes se transformaient en maux chroniques. Il recommandait entre autres qu’ils prennent plus de repos, ce qui signifiait qu’il faudrait regarnir les effectifs de l’escadron pour maintenir l’état de préparation opérationnelle et que l’escadron devrait être retiré du front[18]. Une semaine plus tard, l’escadron était redéployé à Prestwick.

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Les pertes subies par l’escadron se faisaient aussi sentir dans le nombre de pilotes disponibles. Le 2 septembre, quatre pilotes étaient postés au 112e Escadron pour prendre du repos, et le 19 septembre, cinq pilotes se remettaient de leurs blessures[19]. D’autres pilotes étaient indisponibles à cause d’un rhume, de divers maux ou de blessures infligées au combat. Les lieutenants d’aviation R. L. Edwards, R. Smither et O. J. Peterson étant déjà tombés au combat, l’effectif des pilotes de l’escadron représentait, à la mi-septembre, moins de cinquante pour cent de ce qu’il était lorsqu’il s’était joint à la bataille d’Angleterre, en août[20]. La présence des six pilotes des 110e et 112e Escadrons constituait donc une importante adjonction.

On recensa le nombre de victimes parmi les pilotes au début de l’affectation du 1er Escadron. Le 14 septembre, six autres officiers du 110e Escadron passèrent à la No. 5 OTU en vue de leur transfert dans le 1er Escadron. Quoique leur nom ne figure pas dans les registres, les recherches ont permis de révéler l’identité de quatre de ces hommes, à savoir les lieutenants d’aviation N. R. Johnstone, J. D. Morrison et J. B. Reynolds, ainsi que le sous-lieutenant d’aviation J. A. J. Chevrier[21]. Sur ces quatre hommes, seul Chevrier, qui avait servi dans le 1er Escadron de la RAF avant d’être muté au 1er Escadron de l’ARC, fut décoré de l’agrafe de la bataille d’Angleterre[22].

Le 112e Escadron envoya également au moins trois pilotes au 1er Escadron par l’entremise de l’OTU, au début de septembre, tandis qu’au Canada, le lieutenant d’aviation R. C. « Moose » Fumerton était affecté au 112e Escadron. Il débarqua en sol britannique le 1er septembre, fut envoyé dans la No. 6 OTU à Sutton Bridge le 15 septembre et suivit sa formation en cours d’emploi avec le 32e Escadron de la RAF. C’est à cette époque qu’il gagna son agrafe de la bataille d’Angleterre dans le cadre d’un vol opérationnel. Le 29 novembre, il se joignit au 1er Escadron après avoir transité brièvement par le centre militaire du 112e Escadron [23]. De façon semblable, le lieutenant d’aviation W. C. Connell participa à la bataille d’Angleterre avec le 32e Escadron, tandis que le sous-lieutenant d’aviation F. S. Watson se joignait au 112e Escadron le 8 septembre, pour être ensuite muté dans la No. 6 OTU le 21 septembre. Il gagna son agrafe de la bataille d’Angleterre avec le 3e Escadron de la RAF, auquel il se joignit le 5 octobre. Il passa au 1er Escadron de l’ARC le 21 octobre. Sept autres pilotes furent également transférés du 112e Escadron le 26 octobre, mais leur nom n’apparaît pas dans les registres de l’escadron.

Le fait que les six remplaçants initiaux provenant des 110e et 112e Escadrons furent transférés au 1er Escadron une fois leur entraînement opérationnel terminé démontre plusieurs éléments importants. Ces six premiers pilotes étaient requis d’urgence et furent immédiatement envoyés au combat. Avant même que les neuf pilotes fussent mis à l’entraînement sur les Hurricane, en septembre, la RAF avait admis que l’envoi de pilotes inexpérimentés au combat risquait de causer des pertes plus élevées que la normale parmi les pilotes inaccoutumés à un type d’aéronef ou aux opérations de combat. En conséquence, les pilotes furent brièvement affectés aux unités de la RAF. De plus, le dépôt d’équipage de la RAF s’adjoint des membres de l’ARC, qui pouvaient être envoyés dans n’importe quel escadron, selon les besoins. C’est pourquoi les lt avn Johnstone et Morrison (qui s’étaient joints au 85e Escadron après avoir quitté la No. 5 OTU) et Reynolds ne furent pas affectés à l’un des escadrons qui ont participé à la bataille d’Angleterre[24].

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La ponction sur les ressources du Fighter Command se solda par une autre tentative pour que les escadrons de coopération participent à la bataille d’Angleterre, ou du moins, pour qu’ils fournissent un appui direct. Le 18 novembre, le ministre canadien de la Défense nationale pour l’air, C. G. Power, annonçait à la Chambre des communes que le 112e Escadron entamerait sa transformation en escadron de chasse de sorte qu’il puisse prendre part à la bataille d’Angleterre[25]. Cependant, avant même que la transformation de l’escadron soit complétée, la bataille d’Angleterre était terminée.

Il est reconnu que les 110e et 112e Escadrons n’ont pas participé à la bataille d’Angleterre. Toutefois, les faits entourant leur appui sont généralement méconnus. Ces deux escadrons de coopération n’ont pas seulement joué un rôle important dans la préparation de la défense de la Grande-Bretagne à une invasion et dans l’appui du VII Corps, ils ont également rendu un service inestimable au Fighter Command et au 1er Escadron.

Surtout, l’adjonction des six pilotes de coopération fut un facteur déterminant de la participation continue du 1er Escadron à la bataille d’Angleterre. Sans l’injection de pilotes frais, cet escadron aurait probablement été retiré du combat beaucoup plus tôt. Leur présence a également permis à l’escadron de maintenir son identité canadienne, mais surtout, elle a permis à l’escadron de continuer à mener son combat aérien jusqu’au 10 octobre. Il se peut que l’on reconnaisse que les pilotes des 110e et 112e Escadrons qui ont été transférés aux OTU 5 et 6 aient participé à la bataille d’Angleterre au sein du 1er Escadron de l’ARC ou des escadrons de la RAF, mais on a oublié ou négligé leur appartenance première aux deux escadrons de coopération.

La prévoyance et l’effort du v/m/air Walsh méritent également d’être applaudis. Ce dernier avait compris que l’identité canadienne du 1er Escadron pourrait rapidement s’effriter compte tenu des remplacements si on affectait des pilotes de la RAF à l’escadron, et il avait reconnu que les 110e et 112e Escadrons constituaient eux-mêmes une source de renforts. Sa sagacité a permis aux six remplaçants initiaux de participer à la bataille d’Angleterre avec le 1er Escadron et, par conséquent, a permis à ce dernier de poursuivre le combat jusqu’au 10 octobre. Sans l’appui des six premiers remplaçants en provenance des 110e et 112e Escadrons, le 1er Escadron aurait probablement été rappelé du front ou regarni par des pilotes remplaçants de la RAF avant que les renforts arrivent du Canada et soient formés sur les Hurricane.

Les deux escadrons de coopération déployés en Grande-Bretagne ont reçu peu de reconnaissance pour le soutien qu’ils ont fourni dans la bataille d’Angleterre. Tout comme le personnel au sol du 1er Escadron, ils ne se sont pas joints aux combats aériens de la bataille d’Angleterre, mais on avait besoin de leurs services. Néanmoins, le soutien des deux escadrons de coopération était indispensable à la poursuite des opérations du 1er Escadron et au maintien de son identité canadienne. Sans eux, le 1er Escadron n’aurait pu devenir la fierté de l’ARC grâce au rôle qu’il a joué dans cette bataille décisive.

 


Le major Mathias (Mat) Joost est un historien en poste au sein de la Direction – Histoire et patrimoine (DHP). Il s’est enrôlé dans les Forces canadiennes en 1986, d’abord en service dans la Marine, puis à titre de policier militaire. Profitant du Programme de réduction des Forces en 1995, il s’est rendu en Corée du Sud, où il a enseigné l’anglais et a fait la rencontre de la femme qui allait devenir son épouse. De retour au Canada en 1998, il s’est enrôlé dans la Réserve aérienne pour laquelle il a travaillé à Winnipeg jusqu’à ce qu’il se joigne à la DHP en 2003. Mat travaille actuellement sur l’histoire de la Réserve aérienne et des Canadiens de race noire ayant servi dans l’ARC.

 

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Abréviations

ARC―Aviation royale du Canada
RAF―Royal Air Force
UEO―unité d’entraînement opérationnel

 

Notes

[1]. Divers articles et publications portant sur la force auxiliaire et la réserve aérienne attribuent la formation des escadrons auxiliaires de l’ARC à plusieurs facteurs, soit séparément soit en combinaison. Ces facteurs comprennent les pressions publiques, les pressions au sein de l’ARC et le manque de financement. Toutefois, des recherches récentes démontrent que ces escadrons ont été formés sur l’ordre du chef d’état-major général de la Milice, le major-général A. G. L. McNaughton, dont l’ARC relevait jusqu’en novembre 1938. McNaughton, un fidèle partisan de l’Aviation royale, souhaitait que chaque division canadienne envoyée en Europe en cas de conflit soit appuyée par une force aérienne canadienne. Voir, de Mathias Joost, « McNaughton’s Air Force: The Creation of the First Non-Permanent Active Air Force Squadrons, 1931–1933 », mémoire de maîtrise, Collège militaire royal du Canada, 2008. http://www.collectionscanada.gc.ca/obj/thesescanada/ vol2/002/MR47897.PDF (consulté le 23 mars 2015).  (retourner)

[2]. « Toronto R.C.A.F. Squadron Will Join First Division With 6,000 Corps Troops », Toronto Telegram, 21 décembre 1939. (retourner)

[3]. Brereton Greenhous, Stephen J. Harris, et William C. Johnstone. Le creuset de la guerre 1939–1945 : Histoire officielle de l’Aviation royale du Canada tome III, Ottawa, ministère de la Défense nationale et Travaux Publics et Services Gouvernementaux Canada – Les éditions du gouvernement du Canada, 1999, p. 187. (retourner)

[4]. Les détails concernant les opérations réalisées par le 110e Escadron sont tirés du journal quotidien du 110e Escadron, Direction – Histoire et patrimoine (DHP), 2004/3, série 8, microfilm no 117. Les détails concernant les opérations du 112e Escadron proviennent du journal quotidien du 112e Escadron, DHP, 2004/3, série 8, microfilm no 121. (retourner)

[5]. Paul Johnston, « McNaughton and the Evolution of Canadian Tactical Air Power: A Cautionary Tale of the Limits to a Junior Partner’s Innovations » (article non publié), p. 18 et 19. Cet article propose une analyse plus poussée de l’évolution de la capacité de soutien tactique aérien du Canada pendant la Seconde Guerre mondiale et la façon dont elle a influé sur les politiques de la RAF. Il convient de souligner qu’à l’origine, la RAF croyait qu’un seul escadron était nécessaire pour chaque corps d’armée, tandis que McNaughton croyait qu’il en fallait deux. La RAF a fini par se ranger à l’opinion de McNaughton. (retourner)

[6]. Paul Johnston, « McNaughton and the Evolution of Canadian Tactical Air Power: A Cautionary Tale of the Limits to a Junior Partner’s Innovations » (article non publié), p. 15. (retourner)

[7]. W. J. Bundy, « Airmen Have Many Close Shaves », Hamilton Spectator, 13 mai 1941. Pendant la bataille d’Angleterre, le capitaine d’aviation W. J. Bundy a servi à la fois dans le 110e Escadron et dans le 112e Escadron. Il a écrit une série de trois articles qui ont été publiés dans le Hamilton Spectator en mai 1941. Le 4 juillet, le journal quotidien du 110e Escadron indique qu’un officier s’est présenté au centre expérimental d’attaques au gaz de Porton pour donner un cours sur le chargement de l’équipement de dispersion des gaz et la décontamination des avions en prévision des simulations d’attaques au gaz réalisées le 24 septembre. (retourner)

[8]. W. J. Bundy, « A Brigadier Loses His Calm », Hamilton Spectator, 12 mai 1941. Les 7 et 25 juillet, le journal quotidien du 110e Escadron indique que McNaughton faisait partie des passagers. (retourner)

[9]. Journal quotidien du 110e Escadron, 13 et 20 juillet 1940. Les essais et les consultations se poursuivirent en août et jusqu’en septembre. (retourner)

[10]. Journal quotidien du 110e Escadron, 19 mai 1940; note concernant un entretien avec le vice-maréchal de l’Air G. V. Walsh, 23 avril 1959, DHP, fichier PRF, « 110 Squadron », et Ron Wylie, On Watch To Strike: History of 400 (City of Toronto) Squadron (s.p., s.d.), p. 29. (retourner)

[11]. Wylie, On Watch, p. 1. (retourner)

[12]. Journal quotidien du 112e Escadron, 22 juillet. Un Messerschmitt Bf 110 avait abattu un Hawker Hart d’entraînement de Netherhaven la veille. (retourner)

[13]. Bundy, « Airmen Have Many Close Shaves ». (retourner)

[14]. Bundy, « Airmen Have Many Close Shaves ». Voir également l’entrée du 7 juin du journal quotidien du 110e Escadron, qui signale que ce dernier s’est entraîné avec le 501e Escadron. On ignore si cette date renvoie à l’entraînement du 20 avril qui eut lieu avec le 501e Escadron. Quoique cette dernière date précède les dates acceptées de la bataille d’Angleterre, la RAF et l’ARC savaient que l’Angleterre serait la prochaine cible des attaques. Il convient également de remarquer que de nombreuses activités de vol n’ont pas été consignées dans les registres des 110e  et 112e Escadrons, telles que l’entraînement sur les avions de chasse réalisé avec le 501e Escadron, qui a été consigné seulement après les faits. De même, on n’a pas consigné les vols de régimage des canons antiaériens avant qu’ils aient débuté depuis au moins deux semaines. D’autres événements que l’on sait s’être produits ne sont également pas consignés. Les journaux de ces deux escadrons ne peuvent donc pas faire figure d’autorité en ce qui concerne les détails des activités des escadrons. (retourner)

[15]. Bundy, « Airmen Have Many Close Shaves », et Ross Munro, « Canadian Flyers Direct Fire of Defence Guns », Globe and Mail, 1er février 1941. Le journal quotidien du 110e Escadron signale, le 23 octobre, que l’escadron réalisait des essais de régimage des canons antiaériens avec les batteries locales depuis plusieurs semaines. Ces essais se sont poursuivis jusqu’en novembre lorsque, le 25 octobre, l’escadron fut chargé de réaliser ces essais au-dessus de Londres. Cette affectation ne fut consignée que le jour suivant son commencement. (retourner)

[16]. Greenhous, Harris et Johnstone, Le creuset de la guerre, p. 197 et 201. (retourner)

[17]. N. R. Johnstone et J. D. Morrison de même que Trevena faisaient partie des 15 premiers pilotes à avoir été transférés au 1er Escadron pendant la bataille d’Angleterre. Ils avaient tous été enrôlés dans le 120e Escadron avant la guerre et avaient été transférés au 110e Escadron pour garnir les effectifs peu après que la guerre fut déclarée. (retourner)

[18]. Journal quotidien du 110e Escadron, rubrique « Flying Personnel », 1-M-25, 7 octobre 1940, et Capt R. J. Nodwell au médecin militaire principal de l’ARC en Grande-Bretagne. (retourner)

[19]. Journal quotidien du 1er Escadron. Les pilotes postés le 2 septembre étaient le capitaine d’aviation Corbett et les lieutenants d’aviation Desloges, Kerwin et Hyde. Les pilotes qui se rétablissaient de leurs blessures étaient les lieutenants d’aviation Beardmore, Nesbitt, Desloges, Little et Millar. (retourner)

[20]. Le 1er Escadron comptait 21 pilotes au début de ses opérations. (retourner)

[21]. Ces quatre noms ont été trouvés et confirmés dans diverses sources. Les lieutenants d’aviation F. W. Hillock et J. B. McColl pourraient avoir été les deux autres pilotes. Après avoir terminé leur entraînement dans la No. 5 OTU, ils ont respectivement volé avec le 151e Escadron et le 607e Escadron lors de la bataille d’Angleterre, et sont donc considérés comme des pilotes de la bataille d’Angleterre. Ils ont reçu l’agrafe de la bataille d’Angleterre en plus de l’étoile 1939-1945. Les noms de Hillock et McColl figurent à côté de ceux de Johnstone et Morrison dans une note trouvée dans le journal quotidien du 1er Escadron (note S.12-7, 27 novembre 1940, du commodore de l’air L. F. Stevenson, commandant de l’aviation de l’ARC en Grande-Bretagne). Des aviateurs ont également été transférés du 1er Escadron au 110e Escadron. Deux artificiers de groupe « B » ont été transférés au 1er Escadron le 21 septembre, tandis que le 110e Escadron recevait deux artificiers de groupe « C ». Voir le journal quotidien du 110e Escadron, 21 septembre. Le 112e Escadron avait aussi vu le capitaine d’aviation W. R. Pollock partir pour le 1er Escadron le 26 juillet, pour servir de capitaine-adjudant de l’unité. (retourner)

[22]. Note S.12-7, du commodore de l’air L. F. Stevenson, et journal quotidien du 1er Escadron, 24 octobre. (retourner)

[23]. DHP, fiche biographique de Robert Carl Fumerton. Fumerton pourrait avoir fait partie du groupe de 10 hommes envoyés en renfort du Canada et arrivés dans le 112e Escadron le 8 septembre. Le sous-lieutenant d’aviation Watson pourrait également avoir fait partie de ce groupe. Le 112e Escadron n semble avoir servi de réserve de renfort pour les trois escadrons canadiens. L’entrée du 26 août du journal du 112e Escadron signale la nomination d’un capitaine-adjudant pour la réserve de renforts. D’autres entrées des journaux des 110e et 112e Escadrons laissent penser que le 112 remplissait ce rôle, alors que Greenhous, Harris et Johnstone indiquent à la page 32 dans Le creuset de la guerre, que l’escadron fournissait des renforts au 1er Escadron et au 110e Escadron. (retourner)

[24]. Le 85e Escadron s’est retiré de la bataille d’Angleterre le 3 septembre pour récupérer ses forces à North Fenton. En conséquence, les vols effectués par Johnstone et Morrison dans cet escadron ne sont pas considérés comme ayant fait partie du service dans la bataille d’Angleterre. (retourner)

[25]. « Second Unit of Fighters Aids Britain », Globe and Mail, 19 novembre 1940. Au moment de l’annonce, on n’avait pas encore déclaré que la bataille d’Angleterre était terminée et que le Troisième Reich avait changé de stratégie. Par conséquent, la volonté de rééquiper et de regarnir le 112e Escadron concourrait à la réussite de la bataille d’Angleterre. Le 112e Escadron deviendrait le 2e Escadron dans le cadre de cet effort; l’escadron fut renuméroté, puis rebaptisé de nouveau « 402e Escadron ». (retourner)

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