La mentalité aéronautique : un élément essentiel de la puissance aérienne (La Revue de l'ARC - ÉTÉ 2015 - Volume 4, Numéro 3)

Edition du 10e anniversaire

 

Formats Alternatifs

Table des matières

 

Par le brigadier-général Christopher J. Coates, OMM, MSc, CD, MSS

Réimpression tirée de La Revue de l’Aviation royale canadienne, vol. 3, no 1, hiver 2014

Notes de l’auteur :

1. L’auteur tient à remercier le colonel Chuck Oliviero, Ph.D. (retraité), et M. Randall Wakelam de l’aide qu’ils lui ont apportée au stade de la révision du présent document.

2. Le mot « airmindedness » a été traduit dans divers ouvrages par « culture aéronautique » ou « mentalité aéronautique ». Nous utiliserons ici ces deux solutions indistinctement.

3. Dans les publications alliées, l’expression « personnel navigant » désigne à la fois les hommes et les femmes (aviateurs et aviatrices) qui servent dans les diverses forces aériennes.

L’histoire de l’humanité est l’histoire de la pensée humaine – la victoire graduelle de l’esprit sur la matière : l’assujettissement de la force brute par l’intelligence[1]. [Traduction]

– B. H. Liddell Hart, 1944

Introduction

La puissance aérienne a contribué grandement à la plupart des opérations militaires récentes et à toute la gamme de celles que les Forces canadiennes (FC) ont menées depuis la fin des années 1980, ce qui a coïncidé avec la fin de la guerre froide et avec la création des opérations d’imposition de la paix et d’autres opérations contemporaines. La plupart des lecteurs sont sans doute au courant des contributions de la puissance aérienne, mais dans les Balkans, par exemple, elles ont beaucoup varié : soutien des embargos visant l’acheminement de biens par navires, maintien d’axes d’approvisionnement vitaux aboutissant en Bosnie et participation à la mission de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) au Kosovo.

Plus récemment, la puissance aérienne a joué un rôle important tout au long des dix ans qu’ont duré les opérations en Afghanistan. Au début, la puissance aérienne des FC s’est limitée au domaine de la mobilité aérienne, tant entre les théâtres qu’au sein de ces derniers, mais elle a finalement élargi sa gamme de capacités aériennes pour remplir des missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance et fournir des services de mobilité tactique et une puissance de feu. Les forces de combat canadiennes en Afghanistan ont intégré dans leurs opérations toute la gamme des atouts de la puissance aérienne alliée.

En outre, l’Aviation royale canadienne (ARC) a grandement contribué à de nombreux volets des opérations de l’OTAN contre la Libye. Par ailleurs, la puissance aérienne a joué un rôle clé dans des opérations nationales, notamment dans les domaines de la recherche et du sauvetage, de la surveillance en mer et dans l’Arctique et de la défense aérienne du continent, sans compter qu’elle a assuré la sécurité aérienne à d’importants événements nationaux. La puissance aérienne, y compris celle des FC, a apporté une aide considérable pendant des opérations de redressement après des catastrophes au Canada et quand il s’est agi d’appuyer des opérations internationales de secours humanitaire, telles que celles menées en Haïti après le séisme dévastateur de 2010.

Haut de la page

Dans la foulée de ces importantes activités opérationnelles, nous avons l’occasion d’examiner certains éléments de doctrine pour faire en sorte que les FC et l’ARC tirent profit de ces expériences et soient mieux placées pour affronter l’avenir. Les opérations de la dernière décennie ont fait intervenir des membres de forces aériennes dans tout un éventail de contextes et ont fortement exposé à la puissance aérienne le personnel n’en faisant pas partie, sur les plans de la planification et de l’exécution. Le Canada doit bien préparer les membres de l’ARC et d’autres à appliquer la puissance aérienne pour obtenir les effets voulus, et cela ne peut se produire que si l’on en comprend à fond l’utilisation. Dans leur doctrine, les alliés du Canada – les États-Unis (É.-U.) et le Royaume-Uni (R.-U.) – prennent conscience du caractère unique de l’expertise du membre d’une force aérienne; dans la United States Air Force (USAF), on emploie le mot « airmindedness », c’est-à-dire « mentalité ou culture aéronautique » pour décrire le concept[2]. La doctrine canadienne n’aborde pas ce dernier, mais étant donné l’emploi récent considérable de la puissance aérienne, il convient que l’ARC et les FC examinent la notion de mentalité aéronautique, car cela ne peut que leur être profitable.

Dans le présent article, nous ferons un examen critique du concept de mentalité aéronautique, tant dans l’ARC que dans le contexte plus vaste des FC. Pour cela, nous franchirons quatre grandes étapes : nous analyserons la notion de mentalité aéronautique; nous examinerons l’état actuel de la mentalité aéronautique; nous proposerons une version canadienne du concept; enfin, nous analyserons le développement officiel du concept dans un contexte canadien. Mes expériences personnelles, ainsi que des idées recueillies à la faveur d’entrevues avec divers officiers supérieurs expérimentés du Canada, des États-Unis et de la Grande-Bretagne soutiennent le présent article. Il ne s’agit pas ici d’une étude savante et approfondie, mais je fais parfois des renvois à d’autres auteurs qui ont procédé à un examen sérieux de ce genre.

La notion de mentalité aéronautique

Pour ceux qui nous succéderont, il sera sans doute tout aussi ordinaire d’acheter une paire d’ailes pour s’envoler vers les régions les plus lointaines que ce l’est pour nous d’acheter une paire de bottes pour partir en voyage[3]. [Traduction]

– John Glanville, 1641

Les auteurs des années 1920 ont inventé le mot anglais « airmindedness » (mentalité et expertise aéronautiques) afin de promouvoir l’évolution de l’aviation civile. Pendant cette période, les capacités de l’aviation civile ont été présentées à la société, et l’on croyait qu’une société prenant conscience du potentiel aéronautique comprendrait mieux les avantages que la puissance aérienne procurerait. Une population informée à cet égard serait plus disposée à adopter le transport aérien, appuierait l’élaboration d’une infrastructure connexe et se verrait progresser plus rapidement et avec moins d’efforts, en raison des effets bénéfiques de l’aviation civile. L’Oxford English Dictionary a défini le mot « air-minded » comme signifiant « intéressé par l’emploi et l’évolution des aéronefs, ou se passionnant pour l’aviation », d’où le mot airmindedness; le dictionnaire précise que le mot a été utilisé pour la première fois en 1927[4]. Aucune expression équivalente ne figure dans les dictionnaires français.

Haut de la page

Une discussion sur la notion de mentalité aéronautique (airmindedness) et une analyse de l’emploi du terme « airminded » (conscient des réalités aéronautiques) dans les ouvrages publiés en anglais montrent que le mot et le concept ont surtout été utilisés de 1930 à 1950[5] Le mot anglais « airmindedness » a cessé d’être employé couramment après la fin de la Seconde Guerre mondiale, à mesure que de nombreuses populations occidentales acceptaient l’activité aérienne comme étant normale, sinon commune, sous toutes ses formes. L’évolution généralisée de l’aviation civile, qui avait commencé avant le deuxième conflit mondial, a progressé plus rapidement dans les années qui ont suivi, et c’est pourquoi il a été beaucoup moins nécessaire de promouvoir la « culture aéronautique ». Le développement de la puissance aérienne en tant que capacité militaire s’est accéléré après la fin de la Seconde Guerre mondiale, et certaines forces aériennes ont alors recommencé à utiliser l’expression.

Dans le contexte militaire occidental, les deux notions (airminded et airmindedness) font partie de la doctrine officielle de l’USAF et de la Royal Air Force (RAF). Dans sa publication-cadre intitulée « Air Force Doctrine Document 1 » (AFDD), l’USAF attribue le titre « Airmindedness » à une des parties et elle y déclare ce qui suit (Traduction) : « La perspective des aviateurs est nécessairement différente; elle traduit une conscience particulière du potentiel de la puissance aérienne et elle exprime les menaces et les impératifs de survie leur étant propres[6]. » [Traduction] L’AFDD 2 (Operations and Organization) présente par ailleurs la mentalité aéronautique comme étant un concept fondamental dans la partie intitulée « The Airman’s Perspective » (La perspective de l’aviateur)[7]. Ensemble, l’AFDD 1 et l’AFDD 2 exposent une doctrine de l’USAF qui attribue aux aviateurs des perspectives à nulle autre pareilles, en raison de leur expérience opérationnelle et de leur point de vue unique en son genre. Nous avons cherché à connaître les origines du terme « airmindedness » dans l’USAF (attribué, semble-t-il, à un des chefs légendaires de l’USAF, le général Henry H. « Hap » Arnold) afin de mieux comprendre son utilisation militaire. Comme l’encart ci-dessous le fait voir, le concept de « mentalité aéronautique » semble avoir été inventé par l’USAF dans les années 1990, pendant l’élaboration de la doctrine moderne écrite.

La mentalité aéronautique (Airmindedness) dans l’USAF

Dans l’AFDD 1, on lit ce qui suit : « L’étude de la puissance aérienne débouche sur une expertise particulière et un point de vue distinct que le général Henry H. « Hap » Arnold a décrit en reprenant le terme “airmindedness” [8]. » [Traduction]

Dans la version de 2007 de l’AFDD 2, la citation d’Arnold est reprise de l’Air Force Manual (AFM) 1-1, Volume 2, Basic Aerospace Doctrine of the United States Air Force, daté de mars 1992[9]. Ce dernier ouvrage est une collection d’essais. Le 21e (Essai « U ») commence par la même citation d’Arnold, et l’auteur précise qu’elle est extraite de l’ouvrage du général Arnold intitulé Third Report of the Commanding General of the Army Air Forces to the Secretary of War [Baltimore (MD), Schneiderieth, 12 novembre 1945, p. 70][10]. Arnold a employé le terme « airmindedness » à la page 70 du livre, mais non dans le contexte présenté dans l’AFM 1-1, ou dans la doctrine ultérieure de l’USAF.

Le mot figure dans la Section 9 (Aviation civile) du chapitre intitulé « Air Power and the Future » (La puissance aérienne et l’avenir) du livre Third Report. Le général Arnold y dit ceci : « Comme l’existence de la puissance aérienne militaire dépend de l’industrie aéronautique et de la connaissance que le pays a des réalités aéronautiques, la Force aérienne doit promouvoir le développement de la puissance aérienne civile aux États-Unis, sous toutes ses formes tant commerciales que privées. » L’emploi du mot « airmindedness » par Arnold est axé sur l’exploitation de l’aviation civile au profit du pays, et le terme ne se rapporte à aucune perspective ou expertise militaire particulière. Arnold ne l’emploie nulle part ailleurs dans le Third Report.

Haut de la page

Le Col Dennis Drew (retraite [ret.]) de l’USAF a supervisé les premiers efforts faits pour rédiger le volume 2 de l’AFM 1-1 et il n’a pas réussi à identifier catégoriquement l’auteur de l’Essai « U ». Toutefois, il a fait valoir que « cet auteur avait peut-être perçu l’emploi du mot « airmindedness » par Arnold moins littéralement et plutôt figurativement comme s’appliquant à l’aviation tant civile que militaire en général[11]. » [Traduction] Dale Hayden, Ph.D., de l’Air Force Research Institute des États-Unis, a déclaré qu’en utilisant le mot proposé par le général Arnold, l’USAF en a peut-être fait un « métanarratif » qui a été accepté, du fait qu’il servait les intérêts de l’USAF[12].

Bien que le mot « airminded » (conscient des réalités aéronautiques) ait été « universellement accepté » et souvent cité, il semble qu’Arnold ne l’ait pas employé pour décrire l’expertise particulière et la perspective distinctive de l’aviateur. Tel que le concept de « mentalité aéronautique » est défini actuellement par l’USAF, il semble avoir été créé par elle dans les années 1990.

La RAF reconnaît aussi chez l’aviateur l’existence d’une perspective particulière et elle définit la mentalité aéronautique dans l’Air Publication (AP) 3000 intitulée British Air and Space Power Doctrine : « Attribut de l’aviateur qui comprend et valorise la puissance aérienne, l’explique et milite en faveur de son utilisation[13]. » [Traduction] La section de l’AP 3000 consacrée à la mentalité aéronautique décrit les principes de la guerre tels qu’ils sont appliqués à la puissance aérienne et elle met en lumière la contribution de cet attribut à la réussite d’une campagne interarmées. Contrairement à leurs alliés, les FC et l’ARC n’emploient pas les mots « airminded » (conscients des réalités aéronautiques) ou « airmindedness » (mentalité aéronautique), et elles ne reconnaissent l’existence d’aucune perspective propre au personnel navigant.

L’opinion qu’ont la RAF et, surtout, l’USAF relativement à la perspective de l’aviateur et à la mentalité aéronautique exige un examen plus approfondi, car elle implique que cette perspective même confère des qualités particulières au personnel navigant. Selon l’USAF, les aviateurs ne pensent pas de la même façon que les autres membres de l’équipe interarmées. Elle soutient qu’ils pensent naturellement dans un contexte spatial et stratégique, tandis que la réflexion des autres est plus confinée ou limitée[14]. L’USAF Lemay Center for Doctrine a réitéré ce point de vue tout récemment dans l’article intitulé « USAF Doctrine Update on Airmindedness » (Mise à jour de la doctrine de l’USAF sur la mentalité aéronautique), où il met en exergue la capacité des aviateurs « de penser et d’agir aux niveaux tactique, opérationnel et stratégique de la guerre, simultanément s’il le faut[15]. » [Traduction]

Haut de la page

Le point de vue de l’USAF sur la mentalité aéronautique fait valoir une idée que l’on pourrait qualifier d’élitiste ou d’exclusive. Dans un article sur la mentalité aéronautique, Dale L. Hayden, directeur adjoint de l’Air Force Research Institute (États-Unis), déclare ce qui suit : « Les aviateurs sont mieux équipés pour exploiter les autres patrimoines naturels mondiaux que sont l’espace et le cyberespace, car ils les perçoivent comme des domaines et non comme des outils. » Il renforce par là la notion que les aviateurs sont dotés de talents spéciaux[16]. Dans un article paru en 2007 dans la revue Air & Space Power Journal[17], le majorgénéral Charles J. Dunlap (ret.), de l’USAF, enveloppe sa vigoureuse promotion de la puissance aérienne dans un voile de mentalité aéronautique, mais il adopte un ton trop négatif à l’endroit des partenaires interarmées. Le lieutenant-colonel Buck Elton (USAF), critique la monographie de 2007 de Dunlap[18], qui est une version plus longue du même argument que celui présenté dans le numéro de l’hiver 2007 de la revue susmentionnée : il souligne en effet que « les recommandations de Dunlap ne servent qu’à donner un caractère irréaliste à la mentalité aéronautique […] »[19] [traduction]. Elton condamne vigoureusement l’argument de Dunlap, et son point de vue se retrouve aussi dans la doctrine de l’USAF, quand il souligne que « le concept le plus troublant abordé par le général Dunlap réside sans doute dans la déclaration selon laquelle seuls les aviateurs pensent de façon stratégique, ou, plus précisément, que les aviateurs tendent à réfléchir comme des stratèges alors que les soldats sont intellectuellement plus enclins à favoriser le combat rapproché et tendent à le faire comme des tacticiens[20]. » [Traduction]

Dans son blogue « Édifier la paix », Mark Jacobsen, qui s’identifie comme étant un pilote de C-17 dans l’USAF, propose de « larguer » l’expression « mentalité aéronautique » (air-mindedness). Il fait valoir qu’il « n’existe aucun signe prouvant que l’Aviation militaire a une vision plus stratégique de la guerre que l’Armée ». Selon lui, la notion actuelle de mentalité aéronautique est « élitiste » et elle contribue à entretenir une « rivalité entre les diverses armées »[21].

Certes, les aviateurs ont un avantage intrinsèque lorsqu’il s’agit de comprendre la puissance aérienne (peu importe que l’on parle des opérations de contre-insurrection, des combats conventionnels ou même des opérations humanitaires), mais en associant la mentalité aéronautique à une pensée stratégique supérieure, la notion présentée dans la doctrine de l’USAF est exclusive et prétentieuse et elle n’encourage pas les autres armées partenaires à se tourner spontanément vers la puissance aérienne. Néanmoins, il serait utile de mieux comprendre la perspective du personnel navigant et de définir la mentalité aéronautique d’une façon qui serait avantageuse dans le contexte des opérations interarmées contemporaines. Comme les opérations interarmées et multinationales ont été nombreuses au cours des dix dernières années, il existe une vaste expérience qui peut nous aider à donner à la mentalité aéronautique une définition qui contribuerait positivement à l’application de la puissance aérienne sous toutes ses formes.

Haut de la page

La mentalité aéronautique aujourd’hui

L’aviation a rompu la relation entre l’espace et le temps : elle utilise notre horloge, mais avec de nouveaux étalons de mesure[22]. [Traduction]

– Charles A. Lindbergh, The Spirit of St Louis, 1953

Afin de mieux comprendre la mentalité aéronautique, nous nous sommes entretenus, en entrevue et d’autres façons, avec toute une gamme de chefs militaires expérimentés des forces armées canadiennes, américaines et britanniques, ce qui nous a procuré une opinion à jour sur le point de vue du personnel navigant et sur la mentalité aéronautique même. Dans l’ensemble, les personnes interrogées s’entendaient pour dire qu’il existe une perspective particulière identifiable que l’on pourrait associer à une « conscience des réalités aéronautiques » ou qui reflète la « mentalité aéronautique ». Les définitions ou les descriptions pratiques de cette dernière fournies par les personnes interviewées variaient sensiblement, mais il est possible d’y détecter des axes communs. Voici comment le concept de mentalité aéronautique a été décrit [Traduction] :

  • « Comprendre les contributions particulières de la puissance aérienne à toute la gamme des conflits, y compris ceux menés par des forces interarmées et coalisées, et comprendre tous les atouts que cela peut comporter[23]. »
  • « Une compréhension de la puissance aérienne dans son ensemble[24]. »
  • « Le point de vue et le processus décisionnel particuliers étant propres aux aviateurs[25]. »
  • « L’intégration efficace de la puissance aérienne dans la planification et l’exécution des opérations interarmées[26]. »
  • « Le processus mental des aviateurs quand ils analysent les problèmes[27]. »
  • « Comprendre l’influence que la puissance aérienne peut exercer dans l’espace de combat et le rôle de soutien qu’elle joue[28]. »
  • « La façon dont les aviateurs envisagent les problèmes; leur position implicite. Une vue d’ensemble de la puissance aérienne; l’utilisation tactique et stratégique de la puissance aérienne[29]. »
  • « Peu importe ce que les forces militaires planifient ou exécutent, ayez toujours une opinion sur la façon dont un aviateur l’envisagerait ou le ferait[30]. »
  • « Une perspective multidimensionnelle offrant différentes façons d’influer sur la guerre. Une réflexion qu’aurait un étudiant de deuxième cycle sur la guerre[31]. »
  • « Une compréhension de la troisième dimension. La façon dont elle s’intègre dans les autres environnements. Un moyen de parvenir à une fin[32]. »
  • « Une lentille à travers laquelle on envisage la tactique et la stratégie. Une façon de percevoir les problèmes et de les régler dans le domaine tridimensionnel[33]. »
  • « Une compréhension complète de la troisième dimension de l’espace de combat et l’application de la puissance aérienne pour obtenir un effet maximum, voire disproportionné[34]. »
  • « Une conscience aiguë du temps et de l’espace et la capacité de les évaluer rapidement. La perception des domaines terrestre et maritime depuis un point en surplomb, puis la synthèse rapide des options et l’adaptation à ces dernières[35]. »
  • « La capacité de voir l’espace de combat exempt des contraintes inhérentes aux obstacles présents sur le terrain[36]. »
  • « Le concept d’emploi des ressources de l’aviation, ou le processus mental s’y rapportant, dans la mesure où elles soutiennent une mission globale se situant dans la gamme des opérations militaires[37]. »
  • « Une compréhension profonde des atouts et des limites de la puissance aérienne et des situations où elle peut être employée seule ou en tant qu’élément dynamisant d’une force interarmées[38]. »
  • « Une approche des opérations attestant d’une ouverture d’esprit[39]. »
  • « Posséder la mentalité aéronautique, c’est réfléchir à un problème dans son sens multidimensionnel ou tridimensionnel, dans toute la gamme des opérations[40]. »
  • « Une compréhension des capacités particulières de la puissance aérienne réunies dans un plus grand contexte[41]. »

Haut de la page

Tel qu’elles sont énumérées ci-dessus, les courtes définitions de la mentalité aéronautique offertes par chacun des chefs donnent une idée de la perception de chacun sur le sujet, mais elles ne traduisent pas toutes leurs opinions ou réflexions en la matière. Chaque chef a fourni des commentaires plus détaillés sur l’essentiel et les nuances du concept, et c’est ce sur quoi porteront les paragraphes qui suivent et qui mettent l’accent sur les divers aspects de l’utilisation du terme au Canada.

Certains des chefs militaires n’appartenant pas à l’USAF qui ont été interviewés n’avaient jamais entendu l’expression « mentalité aéronautique », mais tous ont souscrit à la notion qu’il existe une façon de penser ou d’aborder un problème qui correspond à l’attitude de quiconque est conscient des réalités aéronautiques, attitude que l’on pourrait décrire comme étant la mentalité aéronautique. Celle-ci semble donc exister réellement. Les interlocuteurs ont utilisé suffisamment d’éléments semblables pour décrire la mentalité aéronautique; par conséquent, le concept renvoie à un état réel, et ce n’est pas seulement un schème arbitraire.

Parmi les personnes interviewées, beaucoup ont trouvé que la définition existante de l’USAF était péjorative, « démodée »[42] ou « archaïque »[43]. Cette réaction négative n’était pas le propre des partenaires interarmées de l’USAF, car plusieurs officiers d’un grade très élevé dans l’USAF ont précisé qu’à leur avis, la définition de l’USAF n’apportait rien d’utile. Le lieutenant-général (Lgén) Michael C. Short (ret.), de l’USAF, a décrit la définition en question comme étant une expression de « vantardise »[44], et le Lgén Allen G. Peck (ret.), de l’USAF, a déclaré que « l’expression mentalité aéronautique, quand elle était employée avec suffisance par les aviateurs, risquait de faire plus de tort que de bien lorsqu’il s’agissait pour la force aérienne de se faire valoir comme étant un partenaire égal aux autres à la table des forces interarmées[45]. » [Traduction] Pour ces deux officiers, l’emploi par l’USAF du mot « airmindedness » (mentalité aéronautique) a sans doute contribué à aliéner les partenaires interarmées et à les inciter à adopter une position « défensive »[46]. Cela a en fait été validé par les commentaires de plusieurs participants qui n’appartenaient pas à l’USAF, par exemple le lieutenant-général (Lgén) Charles Bouchard (ret.), de l’ARC, selon qui l’approche de l’USAF au sujet de la mentalité aéronautique « était un facteur de division au sein des diverses armées »[47].

La définition de l’USAF associe la mentalité aéronautique à une perspective ou à un point de vue. Bien qu’il s’agisse d’un trait commun des opinions exprimées par les chefs sur ce concept, ils y voient beaucoup plus qu’un simple point de vue. Pour eux, la mentalité aéronautique ne correspond pas uniquement à une façon de réfléchir à un problème ou à une situation, mais elle a aussi des liens avec l’application de la puissance aérienne. Elle repose sur une connaissance vaste et approfondie de celle-ci et aussi sur une compréhension claire et appliquée de la façon dont la puissance aérienne peut produire des effets. À leurs yeux, la mentalité aéronautique revêt la plus grande pertinence quand la puissance aérienne est considérée comme étant un élément de l’équipe complète comprenant les entités politiques, nationales, interarmées, multinationales ou coalisées. Pour eux, la mentalité aéronautique se rapporte à l’application de la puissance aérienne dans toute la gamme des opérations tactiques, opérationnelles et stratégiques, et le concept désigne en outre la capacité de la puissance aérienne de produire des effets afin d’atteindre un objectif national, indépendamment ou dans un rôle de soutien. En fin de compte, ils croient qu’une dimension de la mentalité aéronautique réside dans la prise de conscience du fait que la puissance aérienne est rarement utilisée tout à fait seule, sans d’autres capacités militaires ou d’autres instruments de la puissance nationale. La différence la plus importante par rapport à la définition doctrinale de l’USAF tient à l’accent mis sur la notion selon laquelle la mentalité aéronautique doit se rapporter à l’application de la puissance aérienne pour produire des effets, au lieu d’être perçue uniquement comme un point de vue.

Haut de la page

Aux yeux des chefs interviewés, la mentalité aéronautique est une réalité modulable. Outre qu’elle intervient dans la gamme des opérations tactiques et stratégiques, elle s’applique, estiment-ils, aux individus, depuis les militaires du rang et les officiers jusqu’au personnel de soutien et aux commandants d’unité, de formation et de force. Le major-général (Mgén) Mike Hood, de l’ARC, traduit une perception commune quand il déclare que la mentalité aéronautique est « modulable » et qu’elle « n’est pas le propre des chefs supérieurs »[48]. Le Lgén André Deschamps (ret.), de l’ARC, perçoit certes la valeur de la mentalité aéronautique lorsqu’il s’agit de relever les défis au niveau stratégique, mais il estime aussi que le concept évoque « une compréhension de tout un éventail de réalités, à commencer par celles du niveau tactique[49]. » [Traduction] Adoptant un point de vue quelque peu différent, le général Bouchard affirme que la mentalité aéronautique a un sens au niveau tactique, mais qu’« une mentalité sectaire, axée sur telle ou telle armée en particulier, n’a pas sa place au niveau stratégique », niveau auquel « ce qui importe, ce sont les interventions interarmées et pangouvernementales faisant appel aux systèmes politiques, militaires, économiques, sociaux, infrastructurels et informationnels (PMESII)[50] ». [Traduction] À la lumière des commentaires fournis, on voit qu’une version canadienne de la mentalité aéronautique doit prendre en compte la vaste gamme de défis tactiques et opérationnels et les divers niveaux de conflit (stratégique, opérationnel et tactique) qui nécessitent l’emploi efficace de la puissance aérienne.

Une des constatations les plus importantes réside dans l’opinion des chefs selon laquelle la mentalité aéronautique n’est pas le propre du personnel de la force aérienne. Certes, on s’attend à ce que ce dernier possède et manifeste une telle mentalité, mais d’aucuns soulignent que des militaires d’autres armées peuvent aussi afficher ce qui est compris comme étant la mentalité aéronautique. Tous les chefs souscrivent vigoureusement à l’opinion du contre-amiral Terry B. Kraft, de la Marine américaine (USN), selon qui « la mentalité aéronautique existe plus naturellement chez les aviateurs, mais elle ne leur est pas exclusive[51]. » [Traduction] En raison de l’expérience et de l’environnement communs des membres de la composante aérienne, on s’attend à ce que cette mentalité soit innée chez eux, et c’est ainsi qu’elle est perçue essentiellement. Les militaires non membres de la force aérienne qui sont suffisamment exposés aux schèmes de pensée concernant la puissance aérienne, qui s’efforcent de surmonter les défis inhérents à cette dernière et qui en partagent les expériences peuvent acquérir la mentalité aéronautique jusqu’à un certain point. Sans doute en raison de la nature plus générique de cette mentalité aux niveaux supérieurs, ou peut-être à cause de l’exposition cumulative plus grande à la puissance aérienne des non-aviateurs parvenus à des grades élevés et possédant de longs états de service, la présence de la mentalité aéronautique était plus commune chez eux. Le Lgén Stanley Clarke III, de l’USAF, a cité le cas du général John R. Allen, membre du Corps des marines des États-Unis (USMC) et récemment devenu commandant de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) de l’OTAN, qui « comprend très rapidement la nature de la puissance aérienne »; il s’agit d’un exemple montrant que la mentalité aéronautique est présente chez certains commandants supérieurs de forces interarmées[52].

Haut de la page

Tous les chefs ont convenu que la mentalité aéronautique est le fruit d’une combinaison d’expérience, d’études, de formation et de culture. L’AFDD 1 décrit la mentalité aéronautique et la perspective du personnel de la force aérienne, mais elle ne parle pas explicitement de l’origine de cet attribut particulier. Dans sa doctrine, la RAF précise que la perspective de l’aviateur se forme à partir d’une « empathie instinctive avec l’échelle, la taille et la facilité des opérations aux différents niveaux de la guerre – parfois au cours de la même mission[53]. » [Traduction] Cette exposition aux caractéristiques complètes des opérations aériennes a été perçue comme étant un aspect de la mentalité aéronautique, mais elle serait possible par divers autres moyens. Toutes les sources susmentionnées de cette dernière — expérience, éducation, formation et culture — ont été considérées comme étant nécessaires au développement de cette mentalité chez les aviateurs et chez les militaires d’autres armées. Pour les personnes travaillant en dehors de l’environnement aérien, de solides études et cours sur la puissance aérienne combinés à une expérience de la planification et de l’exécution d’opérations faisant intervenir des éléments importants de la puissance aérienne compenseraient en partie le manque d’adaptation à la culture de l’environnement aérien. Quoi qu’il en soit, une exposition suffisante à cette culture demeure nécessaire à l’acquisition de la mentalité aéronautique.

La mentalité aéronautique a été perçue comme étant bénéfique, car, bien utilisée, elle réduisait les risques globaux pour les opérations et augmentait l’efficacité de toutes les armées. Le commodore de l’air Andrew Turner (RAF) et ses collègues britanniques ont souligné que, faute d’une prise de conscience des réalités aéronautiques, les forces du R.-U. n’avaient pas su employer la puissance aérienne judicieusement au cours de leurs premières opérations dans le sud de l’Afghanistan, ce qui s’était traduit par des pertes plus grandes que nécessaire[54]. Dans les FC, le général Bouchard soutient qu’une attitude semblable a pris forme au cours d’une génération où il y avait peu de rapports opérationnels entre l’Armée et la Force aérienne, de sorte que les FC se sont engagées dans des opérations en Afghanistan sans une puissance aérienne suffisante ou sans atténuer les risques[55]. Le général Clarke attribue à la mentalité aéronautique le jumelage efficace d’une surveillance continue et de frappes de précision au cours des opérations en Irak et en Afghanistan, par exemple, ce qui a entraîné une augmentation rapide de l’efficacité et l’utilisation accrue des aéronefs télépilotés dans l’environnement opérationnel contemporain[56]. Faute d’une mentalité aéronautique suffisante, le recours à la puissance aérienne est planifié « après coup[57]. » [Traduction] Pour le Mgén Jon Vance (Armée canadienne), la mentalité aéronautique était un attribut que l’on s’attendait à trouver chez les officiers et l’état-major de planification de la force aérienne, mais il avait une opinion très semblable à celle du Brigadier-général (Bgén) Richard Felton (R.-U.) : « […] il est essentiel que les autres planificateurs possèdent une mentalité aéronautique, car la planification ne saurait pas être bonne si elle se résume aux propos du type de la force aérienne qui dit après coup : “Les gars, n’oubliez pas l’aviation…”[58] » [Traduction]

Certains des chefs interviewés ont reconnu qu’il existait des degrés de mentalité aéronautique, en évoquant communément une forme inférieure que l’on pourrait appeler « sensibilisation à la force aérienne[59]. » [Traduction] Pour eux, celle-ci correspondait à une compréhension moindre de la puissance aérienne, comparativement à la vision plus intégrale associée à la mentalité aéronautique. La sensibilisation à la force aérienne, estimaient-ils, découlait d’une instruction ou d’une éducation limitée au sujet de la puissance aérienne, ou, peut-être, d’une expérience réduite des opérations utilisant la puissance aérienne, sans l’instruction, l’éducation ou l’acculturation officielle qu’il faudrait pour acquérir une mentalité aéronautique. La sensibilisation à la force aérienne pourrait refléter une compréhension théorique ou pratique limitée des avantages ou des effets d’une catégorie particulière de puissance aérienne. Toutefois, elle n’associerait pas cette compréhension réduite à une perception des limites ou des contraintes propres à cette catégorie de puissance aérienne, ou, aspect plus important, à une compréhension de la façon dont d’autres volets de la puissance aérienne pourraient être mis à contribution. En passant de la sensibilisation à la force aérienne à la mentalité aéronautique, puis en allant plus loin, on aboutirait au concept de la pensée interarmées et, plus encore, à une perspective pangouvernementale. À n’en pas douter, la mentalité aéronautique est un des éléments essentiels de la pensée interarmées, mais il ne nous appartient pas ici de discuter de la relation entre la mentalité aéronautique et la pensée interarmées ou « mentalité interarmées », ou de la contribution que l’une apporte à l’autre, ou du rôle que l’une joue dans l’autre. Il s’agit d’un domaine qui mérite un examen plus approfondi.

Haut de la page

L’USAF a fait entrer dans la notion de mentalité aéronautique les domaines de l’espace et du cyberespace en faisant valoir dans sa description de celle-ci que « les aviateurs envisagent aussi la projection de la puissance depuis l’intérieur des États-Unis vers n’importe quel endroit du monde en heures (dans le cas des opérations aériennes) et en nanosecondes (dans celui des opérations dans l’espace et le cyberespace)[60]. » [Traduction] Aux yeux des chefs interviewés aux fins de notre étude, la mentalité aéronautique ne nécessite pas des compétences particulières au sujet des activités dans l’espace et le cyberespace[61]. Dans le contexte canadien, bien que l’espace soit un lieu physique, le Bgén Rick Pitre, Directeur général – Espace des FC, a estimé que les effets spatiaux recouvrent plusieurs domaines, les capacités et les effets spatiaux chevauchant, dynamisant et traversant tous les domaines traditionnels, et que la mentalité aéronautique ne contribuait pas expressément à l’efficacité dans l’espace[62]. La mentalité aéronautique était axée sur le domaine aérien et la puissance aérienne, tandis que, pour l’essentiel, les chefs percevaient l’espace et le cyberespace comme étant des domaines différents et uniques en leur genre. En décrivant la complexité et les exigences des opérations contemporaines dans le cyberespace, certains soutiennent que l’United States Air Force « doit commencer à susciter chez ses membres une cybermentalité enracinée dans l’histoire et le patrimoine » et distincte de la mentalité aéronautique comme telle[63]. Pour les FC, il y a peu de raisons d’inclure l’espace et le cyberespace dans leur interprétation de la mentalité aéronautique.

Une dernière réflexion au sujet de la définition canadienne moderne de la « mentalité aéronautique » se rapporte au caractère immuable ou, à l’inverse, à la variabilité de l’expression. Comme on l’a souligné dans plusieurs rapports, en dehors de la définition donnée dans l’Oxford English Dictionary, on ne s’entend pas sur l’application concrète du terme. En défendant le concept de mentalité aéronautique, Hayden précise que « la mentalité aéronautique n’a pas de définition statique, mais que la définition intègre les nuances qui se manifestent et évoluent avec le temps[64]. » [Traduction] En fait, il est en quelque sorte naturel que l’emploi du terme se transforme au fil du temps en fonction des circonstances. Cela montre qu’il existe une certaine latitude dans l’interprétation canadienne de la mentalité aéronautique; cependant, pour que la définition demeure crédible et acceptée et qu’elle ait assez de vigueur pour perdurer et pour que son utilisation soit encouragée, elle doit aussi conserver certains de ses éléments historiques ou antérieurs.

La mentalité aéronautique : une définition canadienne

Nous voulons que l’aviation unisse les peuples, et non qu’elle les divise[65].

– Lord Swinton,
Chicago Convention on
International Aviation, 1944

Dans le contexte canadien et à la lumière de ce dont nous avons discuté plus haut, une définition appropriée de la mentalité aéronautique, pour les FC, pourrait être la suivante : La mentalité aéronautique correspond à une compréhension exhaustive de la puissance aérienne et de son application optimale dans tout l’environnement opérationnel.

À bien des égards, cette définition s’apparente à celle de la RAF qui applique le concept de mentalité aéronautique à toute une gamme de militaires et à tout l’éventail des opérations. Comme nous allons le préciser, une interprétation canadienne du concept serait la suivante : quelle que soit la situation, une mentalité aéronautique solidement enracinée garantira que l’énorme atout qu’est la puissance aérienne sera employé à son maximum, peu importe où et quand celle-ci pourra influer sur le cours des choses. Il convient que les FC partagent avec le R.-U. l’idée que la mentalité aéronautique n’est pas le propre des aviateurs[66]. La perspective canadienne doit traduire la notion que la mentalité aéronautique s’applique à tous les aspects de la puissance aérienne, depuis la supériorité aérienne jusqu’à la domination du ciel et à la prestation des services de logistique au combat et dans le cadre des opérations intérieures d’aide humanitaire et des opérations aériennes interarmées avec des partenaires des autres armées ou avec des alliés.

Haut de la page

La perspective canadienne sur la mentalité aéronautique exige que celle-ci s’applique dans toute la gamme des opérations militaires. La force aérienne joue un rôle considérable et influent et peut réagir très vite et avec souplesse. Cette force est polyvalente, et ses éléments peuvent produire de multiples effets, souvent en même temps. Toutefois, elle a des limites certaines qu’il faut prendre en compte pendant la planification et l’exécution des opérations modernes, lesquelles sont devenues « plus interdépendantes dans tous les divers domaines »[67], de sorte que la puissance aérienne doit concrétiser ses effets dans cet environnement caractérisé par la coopération et l’interdépendance. En fin de compte, la force aérienne peut influer considérablement sur le cours des choses dans toutes les opérations, depuis celles qui sont axées sur les atouts aériens et sur leur application jusqu’à celles où les ressources aériennes assument un rôle de moindre envergure. La mentalité aéronautique correspond à l’art et à la science qui servent de toile de fond à la puissance aérienne. Elle a pour objet d’exploiter cette dernière le mieux possible dans n’importe quelle situation.

Pour le Canada, la mentalité aéronautique n’est pas le propre de certains aviateurs, non plus que de certains grades ou niveaux organisationnels. Dans les FC, elle doit exister chez tous les membres de l’ARC qui doivent manifester une compréhension exhaustive de la puissance aérienne en général et pouvoir contribuer à l’application de celle-ci dans un environnement interarmées complexe. La mentalité aéronautique est souhaitable également chez les membres d’autres armées. La sensibilisation à la force aérienne, c’est-à-dire la compréhension limitée de la puissance aérienne par les partenaires interarmées, doit grandir de sorte que, quand on parvient au niveau des commandants de forces interarmées, elle s’assimile à la mentalité aéronautique et fait en sorte que les puissantes capacités aériennes soient appliquées comme il convient.

La mentalité aéronautique est un élément critique des opérations aériennes de l’ARC, mais, pour éviter le gaspillage et les risques inutiles, elle importe également même quand la force aérienne joue un rôle moindre. Dans les cas où les opérations ne comportent directement aucune activité aérienne, l’absence de la force aérienne doit être attribuable à une décision réfléchie de ne pas recourir aux atouts aériens – le résultat d’une décision reposant sur la conscience des réalités aéronautiques – et non à l’incompréhension de la puissance aérienne. Dans les FC, l’espace et le cyberespace doivent être considérés comme des domaines distincts, comme les domaines terrestre et maritime. Il existe des liens complémentaires très forts entre la force aérienne, d’une part, et les capacités spatiales et cyberspatiales, d’autre part, mais aucune de celles-ci n’est subordonnée à la puissance aérienne ou à la mentalité aéronautique. Bien que les FC affectionnent particulièrement les opérations interarmées, tant que la force aérienne existera séparément des autres types de forces militaires, il y aura des spécialistes de la puissance aérienne et il sera avantageux de continuer à envisager la mentalité aéronautique comme étant une réalité distincte d’autres types de pensée interarmées. Cela dit, il faut intégrer cette mentalité dans la pensée interarmées en plus de sa valeur dans les opérations axées sur les ressources aériennes.

Afin de mieux saisir la notion de mentalité aéronautique, il peut être utile de dresser un parallèle entre elle et la compétence aéronautique. Celle-ci se définit comme étant « l’art ou la capacité de pratiquer la navigation aérienne »[68], mais pour les adeptes de l’aviation, c’est beaucoup plus qu’une habileté ou une capacité. Chris DeMaria, instructeur de vol accrédité, décrit la compétence aéronautique comme « n’étant pas uniquement une habileté ou une technique, mais aussi une mesure des connaissances que le pilote possède sur son aéronef, sur l’environnement où celui-ci circule et sur ses propres capacités. Une de ces dernières est la force physique, mais l’aptitude à prendre des décisions judicieuses et un sens élevé de l’autodiscipline représentent des atouts tout aussi importants[69]. De bien des façons, cette combinaison de l’art, de l’habileté, de la technique, de la connaissance de la situation et de la compréhension des capacités et des limites décrit aussi la relation entre la mentalité aéronautique et la puissance aérienne. En effet, ces deux attributs sont les étais qui soutiennent l’application des capacités aériennes[70]. Pour ceux qui connaissent la notion de compétence aéronautique, l’important rôle de la mentalité aéronautique est bien traduit dans l’expression suivante : la mentalité aéronautique est à l’application de la puissance aérienne ce que la compétence aérienne est au fonctionnement de l’aéronef.

Haut de la page

Le développement de la mentalité aéronautique dans les FC

Un bon officier d’état-major interarmes doit d’abord être un bon officier dans sa propre armée. Nous risquerions de perdre plus que nous ne gagnerions en fusionnant les identités des trois collèges d’état-major[71].  [Traduction]

– John Slessor, maréchal de la RAF

La présente étude vise principalement à examiner une interprétation canadienne contemporaine de la mentalité aéronautique, mais il est utile d’offrir certains commentaires sur l’évolution de ce concept dans les FC. Comme nous l’avons déjà souligné, la mentalité aéronautique résulte d’une combinaison d’expérience, d’éducation, de formation et de culture. Au Canada, les aviateurs connaissent bien l’art et la science de leur domaine particulier de l’aviation (p. ex., le transport, l’aviation maritime, la chasse, l’aviation tactique, etc.), mais la plupart sont très peu informés sur les autres aspects de la puissance aérienne, hormis leur propre spécialité.

Pour étudier le développement de la mentalité aéronautique dans l’ARC et les FC, il convient, dans un premier temps, de reconnaître l’expression et son intégration dans la doctrine. En définissant et en adoptant la mentalité aéronautique en tant qu’élément de la doctrine de l’ARC, la Force aérienne se doterait d’une base à partir de laquelle elle pourrait construire sa culture à cet égard. Une fois le concept intégré dans la doctrine de l’ARC, il devrait être possible de se concentrer sur son évolution.

En ce qui concerne la formation de la mentalité aéronautique en leur sein, les FC doivent prendre en compte la relation entre les niveaux de perfectionnement du personnel et les niveaux d’application du concept. Bien que la mentalité aéronautique soit applicable à tous les niveaux de l’environnement militaire, celle d’un pilote faisant sa première période de service sera naturellement différente de celle d’un commandant d’unité ou de formation expérimenté, ou elle sera plus restreinte que celle de ce dernier. En outre, l’expertise de ce premier pilote dans son domaine de spécialisation lui procurera sans doute un niveau acceptable de mentalité aéronautique, mais elle ne serait pas suffisante pour un aviateur devant recourir à l’éventail plus large des capacités de la puissance aérienne. Afin de développer la mentalité aéronautique dans les FC, il faut prendre en compte les besoins à chaque niveau.

Le commandant du Collège des Forces canadiennes, le Bgén Craig Hilton (Armée canadienne), a observé que les aviateurs et les aviatrices ayant le grade de major comprennent sans doute bien leur spécialité au sein de la force aérienne, mais qu’ils ne savent en général pas grand-chose sur l’application d’autres éléments de la puissance aérienne[72]. Il a fait valoir que la clôture de la période de perfectionnement 2 (PP 2) au sein de l’ARC a contribué à cette séparation entre les divers volets de la puissance aérienne dans l’ARC[73]. Peu importe que ce soit à la faveur du programme renouvelé d’études à distance PP 2 ou au moyen d’une autre méthode, l’ARC doit, pour développer la mentalité aéronautique au-delà de ses niveaux les plus élémentaires, former et éduquer délibérément son personnel pour lui apprendre à appliquer les capacités de la force aérienne et à produire les effets aériens dans le cadre d’opérations interarmées. Le degré de réussite de l’ARC dans ce domaine est actuellement insuffisant pour la doter de la mentalité aéronautique dont elle aura besoin au cours du XXIe siècle.

Haut de la page

Un autre aspect qui a été abordé se rapporte à l’expression de la mentalité aéronautique chez les militaires n’appartenant pas à l’aviation. Comme Vance et d’autres l’ont souligné, on s’attend à ce que la mentalité aéronautique existe chez les aviateurs, mais il est très souhaitable et avantageux que des militaires d’autres armées la possèdent aussi. Les programmes de perfectionnement professionnel offerts par le Collège des Forces canadiennes ne procurent qu’une formation ou des études limitées sur l’application des capacités propres aux diverses armées, y compris la force aérienne; ils le font à un niveau que l’on pourrait catégoriser comme étant un niveau de sensibilisation ou de familiarisation. À l’heure actuelle, les FC n’abordent pas, dans le cadre de leurs programmes d’instruction ou d’études, les aspects plus larges de la puissance aérienne propres aux opérations interarmées[74]. Il est dans l’intérêt de l’ARC de le faire, car elle est l’armée possédant l’expertise sur l’application de la puissance aérienne et ayant la responsabilité de produire des effets aériens au nom du pays. Il n’est peut-être pas possible de fournir à tous les membres des FC une instruction ou une éducation suffisante sur la puissance aérienne pour développer chez eux une mentalité aéronautique, mais il serait utile et peut-être possible de les amener à un niveau de sensibilisation à la force aérienne plus élevé que celui existant actuellement. Une sensibilisation accrue aux opérations aériennes déboucherait en elle-même sur une meilleure application de la puissance aérienne dans l’environnement interarmées, et cela permettrait peut-être à certains partenaires interarmées d’acquérir en fait une mentalité aéronautique. L’USMC enseigne à tous ses officiers, quelle que soit leur spécialisation, comment appliquer la puissance aérienne. Les chefs de l’USMC s’attendent à ce que tous les officiers possèdent une mentalité aéronautique à un niveau de base, car, ce faisant, ils optimisent leur utilisation de la puissance aérienne[75]. Les FC – et l’ARC, en particulier – doivent adopter des programmes d’instruction et d’études pour sensibiliser leur personnel aux opérations aériennes interarmées et faciliter le développement de la mentalité aéronautique.

L’expérience et la culture sont les autres éléments nécessaires pour développer la mentalité aéronautique; or, les FC et l’ARC affichent toutes deux des points forts et des faiblesses à cet égard. Le concept des opérations interarmées adopté par les FC procure à certains membres de l’ARC l’occasion de travailler dans des contextes interarmées aux côtés de l’Armée, de la Marine et de partenaires chargés des opérations spéciales. Il s’agit d’un élément mutuellement bénéfique, car il expose les aviateurs aux opérations interarmées, et les militaires n’appartenant pas à la Force aérienne ont la chance de partager l’expérience et la culture de cette dernière. D’un autre côté, les aviateurs de l’ARC ne sont en général pas souvent exposés à la culture de l’ensemble de la Force aérienne, en dehors de leur domaine de spécialisation, ou ils n’acquièrent que peu d’expérience sur ce plan. Au niveau des grades supérieurs, cela commence à changer un peu, avec l’introduction d’une instruction et d’une préparation à l’intention des commandants de composante aérienne (CCA). Cette instruction met l’accent sur les aspects de la puissance aérienne se rapportant au commandement et au contrôle et, bien qu’elle ne porte pas expressément sur l’emploi tactique et opérationnel de la puissance aérienne, les exercices et l’emploi de ces premiers CCA engendrent une expérience et une acculturation transcendant les secteurs d’activité. Cette instruction est avantageuse, mais l’expérience intersectorielle est limitée et circonstancielle : or, il faut une instruction plus délibérée et ayant une large portée.

Un des éléments ayant le plus contribué au développement de la mentalité aéronautique est sans doute la récente initiative du commandant de la 1re Division aérienne du Canada, à savoir « Vol en formation ». Cet effort fait pour réunir les éléments de la puissance aérienne présents dans la Division aérienne pour qu’ils se concentrent sur les défis opérationnels et tactiques accroîtra l’expérience et la compréhension dans tous les secteurs d’activité de l’ARC. Il contribuera au développement de la mentalité aéronautique parmi les participants.

Haut de la page

Les FC ont acquis une solide expérience des opérations interarmées en Afghanistan, mais les diverses armées ont eu très peu l’occasion, dans le passé, de s’entraîner ensemble en tant que force interarmées. Un peu comme l’initiative « Vol en formation » a été avantageuse par ses effets sur le développement de la mentalité aéronautique dans l’ARC, la nouvelle série d’exercices interarmées (JOINTEX) offrira une excellente occasion à nos militaires d’acquérir une expérience des opérations multinationales et interarmes et une acculturation sur ces plans. Afin de développer la mentalité aéronautique et de comprendre et d’appliquer à fond la puissance aérienne dans l’environnement interarmées, les membres de l’ARC doivent travailler et s’entraîner avec leurs partenaires des autres armées. Le JOINTEX favorise le développement de la mentalité aéronautique chez ces membres. Afin d’encourager et de promouvoir cette dernière chez les militaires des autres armées, ceux-ci doivent être exposés dans la pratique à la puissance aérienne et en faire l’expérience. Cette nécessité est elle aussi prise en compte dans le JOINTEX.

Conclusion

La puissance aérienne a grandement contribué aux opérations au cours des dix dernières années. Son emploi optimal est enrichi par la mentalité opérationnelle de ceux qui participent à la production et à l’application des effets aériens. La mentalité aéronautique n’est pas définie dans la doctrine canadienne, mais une analyse a révélé que la définition actuellement employée par l’USAF est trop limitée pour répondre aux objectifs canadiens. Pour l’ARC et les FC, la meilleure définition de la mentalité aéronautique est la suivante : « Une compréhension exhaustive de la puissance aérienne et de son application optimale dans tout l’environnement opérationnel. » La mentalité aéronautique est fort commune chez les aviateurs et les aviatrices, mais par définition ou dans la pratique, elle n’est pas le propre de ce groupe. Résultant à la fois de l’expérience, de l’éducation, de la formation et de la culture, elle est partagée par les militaires d’autres armées ou groupes professionnels qui ont acquis une gamme suffisante d’éléments de la mentalité aéronautique et sont capables de comprendre à fond et d’appliquer la puissance aérienne dans l’éventail complet des opérations.

L’ARC doit encourager le développement de la mentalité aéronautique, mais ce processus doit commencer par l’adoption d’une définition de ce concept et par son intégration dans la doctrine canadienne. Il faut fournir une éducation en bonne et due forme sur la puissance aérienne à tous les groupes de l’ARC, susciter une acculturation par rapport aux capacités de l’ensemble de la Force aérienne et une exposition à ces dernières, et créer pour nos militaires de véritables occasions de participer à une instruction et à des exercices interarmées. Une expérience et une exposition interculturelles sont aussi nécessaires aux membres des autres armées qui amélioreraient également leur efficacité opérationnelle en se sensibilisant davantage aux réalités propres à la force aérienne. Certaines personnes, par exemple les commandants supérieurs d’entités interarmées, pourraient acquérir une mentalité aéronautique après avoir accumulé une expertise et un savoir suffisants au sujet de l’aviation militaire en général.

La mentalité aéronautique est axée sur le domaine aérien et sur l’application de la puissance aérienne, mais quiconque la possède verra les avantages que procurerait la relation intime entre les capacités et les domaines aériens, spatiaux et cybernétiques. Il convient d’envisager la relation entre la mentalité aéronautique et l’interarmisation, mais tant qu’existera la notion autonome de « puissance aérienne », le concept de « mentalité aéronautique » demeurera bénéfique. Afin de favoriser la compréhension de ce dernier concept, on aura sans doute avantage à réfléchir à l’énoncé suivant : « La mentalité aéronautique est à l’application de la puissance aérienne ce que la compétence aéronautique est au fonctionnement de l’aéronef. »

Les opérations militaires actuelles nécessitent la coopération étroite de tous les éléments de la puissance militaire et une synergie entre eux, et il en sera ainsi à l’avenir également. Pour que la puissance aérienne soit employée efficacement dans toute la gamme des opérations, il faut que les personnes concernées acquièrent et manifestent un haut degré de mentalité aéronautique, laquelle est un élément essentiel de la puissance aérienne.


Le brigadier-général Christopher J. Coates est pilote d’hélicoptères tactiques; il a rempli des missions d’observation et des missions générales ainsi que des rôles dans le cadre d’opérations spéciales. Il a été commandant d’escadrille, d’escadron et d’escadre et il a été le premier commandant de l’escadre aérienne mixte du Canada en Afghanistan; il a alors réintégré les hélicoptères Chinook dans les opérations canadiennes. Il a conseillé le Sous-chef d’état-major de la Défense sur l’emploi de la Force aérienne et, à titre de Directeur du Centre d’opérations aériennes (COA) à Winnipeg, il a dirigé les interventions du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD) dans le Nord canadien et il a amorcé la transformation du COA. Il est actuellement commandant adjoint de la Région continentale américaine du NORAD.

Haut de la page

Abréviations

AFDD―document doctrinal de la Force aérienne (USAF)
AFM―Air Force Manual (Manuel de la Force aérienne) (É.-U.)
AP―Air Publication (Publication de l’Aviation) (R.-U.)
ARC―Aviation royale canadienne
Bgén―brigadier-général (Canada)
CCA―commandant de composante aérienne
COA―centre d’opérations aériennes
Col―colonel
É.-U.―États-Unis
FC―Forces canadiennes
Gén―général
JOINTEX―exercice interarmées
Lgén―lieutenant-général (Canada)
Mgén―major-général (Canada)
MOD―Ministry of Defence (Ministère de la Défense) (R.-U.)
NORAD―Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord
OTAN―Organisation du Traité de l’Atlantique Nord
PP 2―période de perfectionnement 2
R.-U.―Royaume-Uni
RAF―Royal Air Force (R.-U.)
ret.―retraité
USAF―United States Air Force (Aviation militaire américaine)
USMC―United States Marine Corps (Corps des marines des États-Unis)
USN―United States Navy (Marine américaine)

Notes

[1]. B. H. Liddell Hart, Thoughts on War, Londres, Faber and Faber Ltd., 1944, p. 9.  (retourner)

[2]. États-Unis (É.-U.), United States Air Force (USAF), Air Force Doctrine Document (AFDD) 1, Air Force Basic Doctrine, Organization, and Command, s.p., USAF, 14 octobre 2011), http://www.au.af.mil/au/cadre/aspc/l002/pubs/afdd1.pdf (consulté le 17 juillet 2013); Royaume-Uni (R.-U.), ministère de la Défense (MOD), Air Publication (AP) 3000, British Air and Space Power Doctrine, 4e édition, Shrivenham, Swindon, Director Defence Studies, 2009, p. 25, http://www.raf.mod.uk/rafcms/mediafiles/9E435312_5056_A318_A88F14CF6F4FC6CE.pdf (consulté le 17 juillet 2013). (retourner)

[3]. James Charlton (sous la dir. de), The Military Quotation Book, New York, Thomas Dunne Books, 2002, p. 34. (retourner)

[4]. Oxford English Dictionary, 2e édition, vol. 1, Oxford, Claredon Press, 2004, p. 281. Les caractères gras et les italiques sont employés dans l’original. (retourner)

[5]. Jane Hu, « ‘Are You Airminded’ The Slang of War », The Awl, http://www.theawl.com/2011/06/are-you-airminded-the-slang-of-war (consulté le 17 juillet 2013). (retourner)

[6]. É.-U., USAF, AFDD 1, Air Force Basic Doctrine, p. 18. (retourner)

[7]. É.-U., USAF, AFDD 2, Operations and Organization, s.l., USAF, 3 avril 2007, p. 2. Document remplacé le 6 janvier 2012. (retourner)

[8]. É.-U., USAF, AFDD 1, Air Force Basic Doctrine, p. 18. (retourner)

[9]. É.-U., USAF, AFDD 2, Operations and Organization, p. 2. (retourner)

[10]. É.-U., USAF, Air Force Manual (AFM) 1-1, Volume II, Basic Aerospace Doctrine of the United States Air Force, s.l., USAF, 14 octobre 2011, p. 209 et 216. (retourner)

[11]. Colonel Dennis Drew (ret.), professeur émérite à la School of Advanced Air and Space Studies, USAF Air University, message électronique adressé à l’auteur le 20 décembre 2012. (retourner)

[12]. Dale Hayden, directeur adjoint de l’Air Force Research Institute des É.-U., entrevue avec l’auteur le 11 décembre 2012. (retourner)

[13]. R.-U., Ministère de la Défense, AP 3000, British Air and Space Power, p. 25. (retourner)

[14]. É.-U., USAF, AFDD 1, Air Force Basic Doctrine, p. 18. (retourner)

[15]. É.-U., « USAF Doctrine Update on Airmindedness », Maxwell Air Force Base: Air University Press, 4 janvier 2013, http://www.airpower.au.af.mil/digital/Doctrine/du-Airmindedness.pdf (consulté le 11 juillet 2013). (retourner)

[16]. Dale Hayden, « Air-Mindedness », Air & Space Power Journal, hiver 2008, http://www.airpower.maxwell.af.mil/airchronicles/apj/apj08/win08.htm (consulté le 17 juillet 2013). (retourner)

[17]. Major-général Charles J. Dunlap, « Air-Minded Considerations for Joint Counterinsurgency Doctrine », Air & Space Power Journal, hiver 2007, http://www.airpower.maxwell.af.mil/airchronicles/apj/apj07/win07.htm (consulté le 17 juillet 2013). (retourner)

[18]. Major-général Charles J. Dunlap, Shortchanging the Joint Fight? An Airman’s Assessment of the FM 3-24 and the Case for Developing Truly Joint COIN Doctrine. Maxwell Air Force Base: Air University Press, 2007, http://aupress.au.af.mil/bookinfo.asp?bid=112 (consulté le 17 janvier 2013). (retourner)

[19]. Lieutenant-colonel Buck Elton, « Shortchanging the Joint Doctrine Fight: One Airman’s Assessment of the Airman’s Assessment », Small Wars Journal, http://smallwarsjournal.com/blog/journal/docs-temp/74-elton.pdf?q=mag/docs-temp/74-elton.pdf (consulté le 17 juillet 2013). (retourner)

[20]. Lieutenant-colonel Buck Elton, « Shortchanging the Joint Doctrine Fight: One Airman’s Assessment of the Airman’s Assessment », Small Wars Journal, http://smallwarsjournal.com/blog/journal/docs-temp/74-elton.pdf?q=mag/docs-temp/74-elton.pdf (consulté le 17 juillet 2013). Les italiques figurent dans la version originale. (retourner)

[21]. Mark Jacobsen, « The Problem with Air-Mindedness », Building Peace, http://buildingpeace.net/2010/02/the-problem-with-air-mindedness.html (consulté le 17 janvier 2013). (retourner)

[22]. Phil Condit, « Civil Aviation: A Turning Point », Boeing, http://www.boeing.com/news/speeches/2001/condit_011219.html (consulté le 17 juillet 2013). (retourner)

[23]. Lieutenant-général Allen G. Peck (ret.), pilote de l’USAF, commandant de l’Air University, entrevue avec l’auteur, le 26 octobre 2012. (retourner)

[24]. Lieutenant-général Michael C. Short (ret.), pilote de l’USAF, commandant de la 16e Force aérienne et du Commandement des forces aériennes alliées – Sud Europe, entrevue avec l’auteur, les 26 et 27 octobre 2012. (retourner)

[25]. Brigadier-général John K. McMullen, pilote de l’USAF, commandant de la 325e Escadre de chasse, entrevue avec l’auteur, le 2 octobre 2012. (retourner)

[26]. Commodore de l’air Andrew Turner, pilote de la RAF, chef d’état-major adjoint, UK Permanent Joint HQ, entrevue avec l’auteur, le 28 septembre 2012. (retourner)

[27]. Lieutenant-général André Deschamps, pilote de l’ARC, commandant de l’ARC, entrevue avec l’auteur, le 14 septembre 2012. (retourner)

[28]. Brigadier-général Mark R. Wise, pilote de l’USMC, entrevue avec l’auteur, le 27 novembre 2012. (retourner)

[29]. Major-général Mike Hood, officier de systèmes de combat aérien, commandant adjoint de l’ARC, entrevue avec l’auteur, le 10 décembre 2012. (retourner)

[30]. Lieutenant-général Stanley Clarke III, pilote de l’USAF, commandant de la Région continentale du NORAD, 1re Force aérienne / Forces aériennes – Nord, entrevue avec l’auteur, le 6 décembre 2012. (retourner)

[31]. Contre-amiral Terry B. Kraft, pilote de l’USN, commandant de l’USS Ronald Reagan et du Groupe d’intervention de l’USS Enterprise, entrevue avec l’auteur, le 11 décembre 2012. (retourner)

[32]. Brigadier Richard Felton, Armée britannique, commandant de la Force opérationnelle Helmand 2010, entrevue avec l’auteur, le 19 décembre 2012. (retourner)

[33]. Brigadier-général Al Meinzinger, pilote de l’ARC, courriel adressé à l’auteur et entrevue avec ce dernier, le 19 décembre 2012. (retourner)

[34]. Sergent-maître chef James W. Hotaling, vétéran des combats dans l’USAF, contrôleur interarmées de la finale de l’attaque (CIFA) et sergent-maître chef du Commandement de la Région continentale du NORAD, 1re Force aérienne / Forces aériennes – Nord, entrevue avec l’auteur, le 9 janvier 2013. (retourner)

[35]. Lieutenant-général Alain Parent, pilote de l’ARC, commandant adjoint du NORAD, entrevue avec l’auteur, le 8 novembre 2012. (retourner)

[36]. Colonel Chuck Oliviero (ret.), PhD, officier des blindés dans l’Armée canadienne, courriel adressé à l’auteur le 16 octobre 2012 et entrevue avec celui-ci le 24 octobre 2012. (retourner)

[37]. Lieutenant-général Steven A. Hummer, USMC, entrevue avec l’auteur, le 8 novembre 2012. (retourner)

[38]. Colonel d’aviation Alistair Byford, pilote de la RAF, commandant de la 904e Escadre aérienne expéditionnaire à Kandahar, entrevue avec l’auteur, le 15 novembre 2012. (retourner)

[39]. Colonel Robert E. Lee, forces spéciales de l’Armée américaine, entrevue avec l’auteur, le 17 octobre 2012. (retourner)

[40]. Major-général Jon Vance, infanterie de l’Armée canadienne, commandant de la Force opérationnelle interarmées en Afghanistan, Directeur de l’état-major / État-major interarmées stratégique, entrevue avec l’auteur, le 28 janvier 2013. (retourner)

[41]. Lieutenant-général Charles Bouchard (ret.), pilote de l’ARC, commandant de l’OTAN pour l’opération Unified Protector (Libye), entrevue avec l’auteur, le 19 février 2013. (retourner)

[42]. Contre-amiral Terry B. Kraft, pilote de l’USN, commandant de l’USS Ronald Reagan et du Groupe d’intervention de l’USS Enterprise, entrevue avec l’auteur, le 11 décembre 2012. (retourner)

[43]. Brigadier-général Mark R. Wise, pilote de l’USMC, entrevue avec l’auteur, le 27 novembre 2012. (retourner)

[44]. Lieutenant-général Michael C. Short (ret.), pilote de l’USAF, commandant de la 16e Force aérienne et du Commandement des forces aériennes alliées – Sud Europe, entrevue avec l’auteur, les 26 et 27 octobre 2012. (retourner)

[45]. Lieutenant-général Allen G. Peck (ret.), pilote de l’USAF, commandant de l’Air University, entrevue avec l’auteur, le 26 octobre 2012, et courriel du lieutenant-général Peck adressé à l’auteur et daté du 6 mars 2013. (retourner)

[46]. Lieutenant-général Allen G. Peck (ret.), pilote de l’USAF, commandant de l’Air University, entrevue avec l’auteur, le 26 octobre 2012. (retourner)

[47]. Lieutenant-général Charles Bouchard (ret.), pilote de l’ARC, commandant de l’OTAN pour l’opération Unified Protector (Libye), entrevue avec l’auteur, le 19 février 2013. (retourner)

[48]. Major-général Mike Hood, officier de systèmes de combat aérien, commandant adjoint de l’ARC, entrevue avec l’auteur, le 10 décembre 2012. (retourner)

[49]. Lieutenant-général André Deschamps, pilote de l’ARC, commandant de l’ARC, entrevue avec l’auteur, le 14 septembre 2012. (retourner)

[50]. Lieutenant-général Charles Bouchard (ret.), pilote de l’ARC, commandant de l’OTAN pour l’opération Unified Protector (Libye), entrevue avec l’auteur, le 19 février 2013. (retourner)

[51]. Contre-amiral Terry B. Kraft, pilote de l’USN, commandant de l’USS Ronald Reagan et du Groupe d’intervention de l’USS Enterprise, entrevue avec l’auteur, le 11 décembre 2012. (retourner)

[52]. Lieutenant-général Stanley Clarke III, pilote de l’USAF, commandant de la Région continentale du NORAD, 1re Force aérienne / Forces aériennes – Nord, entrevue avec l’auteur, le 6 décembre 2012. (retourner)

[53]. R.-U., ministère de la Défense, AP 3000, British Air and Space Power, p. 24. (retourner)

[54]. Commodore de l’air Andrew Turner, pilote de la RAF, chef d’état-major adjoint, UK Permanent Joint HQ, entrevue avec l’auteur, le 28 septembre 2012. (retourner)

[55]. Lieutenant-général Charles Bouchard (ret.), pilote de l’ARC, commandant de l’OTAN pour l’opération Unified Protector (Libye), entrevue avec l’auteur, le 19 février 2013. (retourner)

[56]. Lieutenant-général Stanley Clarke III, pilote de l’USAF, commandant de la Région continentale du NORAD, 1re Force aérienne / Forces aériennes – Nord, entrevue avec l’auteur, le 6 décembre 2012. (retourner)

[57]. Brigadier Richard Felton, Armée britannique, commandant de la Force opérationnelle Helmand 2010, entrevue avec l’auteur, le 19 décembre 2012. (retourner)

[58]. Major-général Jon Vance, infanterie de l’Armée canadienne, commandant de la Force opérationnelle interarmées en Afghanistan, Directeur de l’état-major / État-major interarmées stratégique, entrevue avec l’auteur, le 28 janvier 2013. (retourner)

[59]. Commodore de l’air Andrew Turner, pilote de la RAF, chef d’état-major adjoint, UK Permanent Joint HQ, entrevue avec l’auteur, le 28 septembre 2012. (retourner)

[60]. É.-U., USAF, AFDD 1, Air Force Basic Doctrine, p. 18. (retourner)

[61]. McMullen : « En associant “mentalité aéronautique, espace et cyberespace, on force les choses”. »; Brigadier-général Mark R. Wise, pilote de l’USMC, entrevue avec l’auteur, le 27 novembre 2012 : « L’espace est de toute évidence un domaine distinct. »; Lieutenant-général Stanley Clarke III, pilote de l’USAF, commandant de la Région continentale du NORAD, 1re Force aérienne / Forces aériennes – Nord, entrevue avec l’auteur, le 6 décembre 2012 : « L’espace est un atout dynamisant, non un domaine. » (retourner)

[62]. Brigadier-général Rick Pitre, entretien avec l’auteur, le 14 février 2013. (retourner)

[63]. Jason Healey, « Claiming the Lost Cyber Heritage », dans Strategic Studies Quarterly, vol. 6, no 3, automne 2012, p. 11-19, http://www.au.af.mil/au/ssq/2012/fall/fall12.pdf (consulté le 17 juillet 2013). (retourner)

[64]. Hayden, « Air-Mindedness », p. 1. (retourner)

[65]. Marion C. Blakey, « Panel Discussion: Initiatives, Transitions Programmes—What will it take to get there? What is needed from ICAO, industry, etc. », observations, Forum de l’OACI sur l’intégration et l’harmonisation des programmes NextGen et SESAR dans le cadre ATM mondial, le 8 septembre 2008, http://www.aia-aerospace.org/aianews/speeches/2008/speech_icao_090808.pdf (consulté le 17 juillet 2013). (retourner)

[66]. R.-U., ministère de la Défense, AP 3000, British Air and Space Power, p. 25-26. (retourner)

[67]. Général Norton A. Schwartz (ret.) et Lieutenant-colonel Teera Tony Tunyavongs, « America’s Air Force: Strong, Indispensable, and Ready for the Twenty-First Century », dans Strategic Studies Quarterly, vol. 6, no 3, automne 2012, p. 5, http://www.au.af.mil/au/ssq/2012/fall/fall12.pdf (consulté le 17 juillet 2013). (retourner)

[68]. Merriam-Webster’s Third New International Dictionary Unabridged, http://www.mwu.eb.com/mwu (consulté le 13 février 2013; un compte est nécessaire). (retourner)

[69]. Chris DeMaria, « Understanding Airmanship », dans Aviation Channel, http://www.aviationchannel.com/article/article.php?id=5 (consulté le 17 juillet 2013). (retourner)

[70]. Major-général Pierre St-Amand, commandant de la 1re Division aérienne du Canada, entretien avec l’auteur, le 26 février 2013. (retourner)

[71]. Sir John Slessor, The Central Blue: Recollections and Reflections by Marshal of the Royal Air Force, Londres, Cassell & Company, 1956, p. 87. (retourner)

[72]. Lettre du commandant du Collège des Forces canadiennes adressée au commandant de l’Aviation royale canadienne, 5076-1 (Cmdt), 16 septembre 2011, par. 4 : « Les connaissances que les étudiants de la Force aérienne ont de leur propre environnement sont demeurées très compartimentées, de sorte que les stagiaires de la Force aérienne inscrits au cours 37 du PCEMI connaissaient très peu les capacités et les effets de la puissance aérienne en dehors de leur classification directe ou de leur sous-spécialité. » (retourner)

[73]. Brigadier-général Craig Hilton, commandant du Collège des Forces canadiennes, entretien avec l’auteur, le 12 février 2013. (retourner)

[74]. Colonel Simon Sukstorf, Directeur du programme d’études au Collège des Forces canadiennes, entretien avec l’auteur, le 22 février 2013. (retourner)

[75]. Lieutenant-général Steven A. Hummer, USMC, entrevue avec l’auteur, le 8 novembre 2012. (retourner)

Haut de la page

Table des matières

Date de modification :