Variantes de l’avenir dans l’Arctique (La Revue de l'ARC - ÉTÉ 2015 - Volume 4, Numéro 3)

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Variantes de l’avenir[1] dans l’Arctique

Par le Lieutenant-colonel Daniel Lachance, CD, BA, MDS

Réimpression tirée de La Revue de la Force aérienne du Canada, vol. 4, no 2, printemps 2011

Ne sois pas troublé par l’avenir. Avec la raison dont tu te sers aujourd’hui pour le présent, s’il le faut, tu y arriveras.

– Marc Aurèle[2]

Introduction

Il peut y avoir bien des aléas à la projection des tendances[3] de l’avenir, particulièrement sur un horizon lointain. Les imprécisions de la prédiction résultent souvent de l’inaptitude des prédicteurs à pressentir avec justesse l’adaptation de l’humain au changement et, plus souvent encore, du défaut d’envisager les événements imprévisibles (qualifiés en anglais de ‘wild cards’[4]) et les percées révolutionnaires. La projection de tendances à court terme (10 ans ou moins) est également plutôt difficile car il est fréquemment ardu de faire la distinction entre les caractéristiques significatives de l’avenir proche et celles de la réalité actuelle, sans compter que des événements imprévisibles peuvent survenir et retourner complètement les tendances.

Pour ce qui touche l’Arctique canadien, il n’y a certainement rien d’aisé à projeter des tendances dans ce milieu dynamique. Une chose, toutefois, est certaine : si la tendance actuelle en matière de sécurité dans l’Arctique demeure sur sa lancée, la décennie à venir jettera nombre d’obstacles sur le chemin de la Force aérienne, qui pourra se trouver toujours plus présente dans l’extrême‑Nord canadien. Les planificateurs militaires s’affairent présentement à établir les conditions de la participation future de la Force aérienne en se fondant sur leurs vues de l’avenir, mais que se ­passera‑t‑il si ces prévisions sont erronées? Que se passera‑t‑il si l’Arctique se refroidit beaucoup? S’il se réchauffe plus vite que prévu? La Force aérienne sera‑t‑elle prête à faire face à ces variantes de l’avenir?

Le présent article invite le lecteur à songer à ce qui pourrait se passer si les tendances actuellement dégagées quant à l’avenir de la sécurité dans l’Arctique étaient modifiées par un événement imprévisible. En procédant à une analyse des variantes de l’avenir au sens des futures opérations de la Force aérienne dans l’Arctique, il attire l’attention sur les répercussions qu’auraient sur la Force aérienne le scénario le plus favorable et le scénario le moins favorable.

Variantes de l’avenir

L’examen de l’environnement futur est une pratique importante pour les institutions qui désirent conserver longtemps leur pertinence et leur capacité. Cet exercice a un poids particulier pour la Force aérienne car la période de préparation à l’acquisition de capacités peut être longue. L’examen des tendances à venir et la gestion des scénarios d’avenir sont des exercices souvent mis en œuvre pour aider à l’identification des capacités futures.

Mais qu’est‑ce, au fait, qu’une variante de l’avenir? Si l’on voulait, à partir de ce que l’on sait, tracer une tendance sur une échéance donnée, l’avenir le plus vraisemblable se situerait dans les limites du Probable (la zone verte de la figure 1). Plus loin on tente de percer l’avenir, plus la zone du Probable s’agrandit. Ce phénomène découle des incertitudes propres aux tendances actuelles et du fait que, quels que soient les efforts qu’on y investit, la prédiction de l’avenir n’est jamais une science exacte.

On se trouve devant des variantes de l’avenir quand des événements repoussent la ligne de tendance hors de la zone du Probable. Si des événements se conjuguent pour produire des effets positifs, la ligne de tendance se déplace vers le scénario le plus favorable (la zone bleue de la figure 1). À l’opposé, des événements ayant tous des effets négatifs poussent la ligne de tendance vers le scénario le moins favorable (la zone rouge de la figure 1). Aux fins du présent article, les événements imaginés et les scénarios auxquels ils donnent lieu ont dû être jugés assez plausibles pour que les variantes résultantes de l’avenir se situent dans les zones du Possible (les zones rouge et bleue de la figure 1) plutôt que dans la zone du Improbable (à l’extérieur des zones rouge ou bleue de la figure 1). On le voit, l’examen des variantes de l’avenir peut être utile aux planificateurs militaires car, en principe, les situations que l’on peut raisonnablement s’attendre à voir se produire dans l’avenir proche devraient, pour la plupart, se situer quelque part dans les limites de ces extrêmes possibles.

La figure 1 montre la projection de la ligne des tendances de 2010 (actuelle) sur la gauche jusqu’en 2020 et ses variantes de l’avenir sur la droite. À cause des incertitudes inhérentes aux tendances actuelles, la prédiction de l’avenir n’est jamais une science exacte. Il y a cinq variantes de l’avenir : a. un scénario très positif  qui est improbable (au-delà de la zone bleue dans la figure); b. un scénario favorable qui est possible (zone bleue de la figure); c. un avenir probable (zone verte dans la figure); d. un scénario le moins favorable qui est possible (zone rouge dans la figure); et e. un scénario très négatif qui est improbable (sous la zone rouge dans la figure). Fin de la figure 1.

Figure 1. Projection des lignes de l’avenir jusqu’en 2020 et variantes de l’avenir

Facteurs clés[5]

Avant de présenter chacun des scénarios, il faut cerner les facteurs clés, c’est‑à‑dire ce que l’on considère comme les caractéristiques contributives les plus importantes de la tendance d’avenir en matière de sécurité. D’autres facteurs peuvent très bien entrer en jeu mais, pour que l’exercice demeure gérable, les scénarios envisagés ici ne tiendront compte que des facteurs jugés clés pour l’avenir de l’Arctique. Lors de la création des scénarios, on a associé aux facteurs clés des effets extrêmement bénéfiques ou extrêmement néfastes (tout en leur conservant leur plausibilité), ce qui a donné lieu à un scénario le plus favorable (utopique) et à un scénario le moins favorable (dystopique) ou, de concert, aux variantes de l’avenir. À n’en pas douter, l’évolution de ces facteurs clés au cours des dix années à venir façonnera l’avenir des opérations de la Force aérienne dans l’Arctique[6].

Au chapitre de la future participation de la Force aérienne dans l’Arctique, les trois facteurs suivants influeront, semble‑t‑il, sur le cadre de tous les scénarios possibles. Les facteurs clés sont abordés ci‑dessous.

Le climat. Comme il fallait s’y attendre, le climat constitue le premier facteur clé. Le degré de changement climatique qui se produira au cours de la prochaine décennie fait l’objet d’importants débats. Le lecteur verra à ce sujet la vignette « Réchauffement planétaire effréné » pour se faire une idée d’une variante de l’avenir née d’un événement imprévisible. Il existe de toute manière des preuves scientifiques considérables donnant tout lieu de croire que le climat arctique maintiendra sa tendance au réchauffement mais, sans égard à ce qui précède, il faut être au courant de l’existence d’un important courant de pensée théorique voulant que nous soyons à la veille d’une période de refroidissement. On ne saurait passer sous silence, finalement, une corrélation marquée entre le niveau d’activité humaine et la température. Plus le glissement vers le réchauffement s’accentuera, plus nous devons nous attendre à voir croître l’activité humaine. À l’opposé, un refroidissement aurait un effet modérateur.

La gouvernance. Régir un territoire extrêmement vaste, peu peuplé et n’ayant que peu d’actifs développés au moyen de ressources financières limitées peut constituer une entreprise intimidante, pour dire le moins. Maintenant que les échéances de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM)[7] approchent à grands pas, les États nordiques revendiquent leurs droits au territoire arctique, et beaucoup de ces revendications se chevauchent. Certains analystes prévoient une confrontation tandis que d’autres perçoivent des signes d’accroissement de la coopération.

Les ressources. L’Arctique, en plus de ses importantes réserves de combustibles fossiles, est riche de grands gisements houillers et de minéraux stratégiques. L’extraction de ces ressources peut coûter très cher car elle est directement liée au prix au marché de ces produits et aux rigueurs du milieu ainsi qu’au degré et à la qualité de la gouvernance de la région.

Variantes de l’avenir par suite d’un événement imprévisible : un réchauffement planétaire effréné

Selon la majorité des scientifiques, d’ici 2019, après des années de températures maximales record dans l’Arctique, les tendances actuelles au réchauffement planétaire mèneront, en une période de cinq ans, à la fonte massive du pergélisol. Il en résultera, en plus de l’endommagement considérable des infrastructures (car pour la plupart, les immeubles, les pipelines, les routes, les voies ferrées et les terrains d’aviation arctiques sont bâtis sur le pergélisol), un dégagement substantiel du méthane emmagasiné dans le pergélisol. Ce méthane, une fois libre, entraînera un réchauffement abrupt et très marqué car il s’agit du gaz à effet de serre puissant; il en résultera un épisode supplémentaire de fonte du pergélisol et de dégagement de méthane. Il y a, en fait, tellement de méthane emmagasiné dans le pergélisol arctique que, s’il s’en libérait une tranche de 10 pour 100, ce dégagement aurait un effet équivalent à dix hausses des concentrations de CO2 dans l’atmosphère. Vient s’ajouter à ce problème le fait que le méthane est 20 fois plus efficace que le CO2 en matière de rétention de la chaleur dans l’atmosphère.

D’ici 2022, les efforts mondiaux de séquestration du carbone se révéleront insuffisants et les températures mondiales moyennes auront augmenté d’un incroyable 3,5º Celsius depuis 2010. En conséquences de la fonte des glaciers du Groenland, de l’Arctique et de l’Antarctique, les niveaux de la mer, dans le monde entier, auront monté en moyenne de 7,5 centimètres en 10 ans. D’ici 2027, la Nouvelle-Orléans aura essentiellement disparu, tout comme les banlieues de Bangkok et de Dhaka, déjà submergées, tandis que nombre d’autres villes côtières de faible élévation, partout au monde, seront menacées par la hausse des niveaux marins.[8]

Scénario le plus favorable – L’arrière‑pays arctique gelé

La légende de l’illustration du haut de la figure 2 se lit comme suit : La convexion océanique naît de la plongée d’eaux froides et salées (donc, très denses) dans l’Atlantique nord (lignes blanches). Les courants de surface chauds (lignes sombres) transmettent de la chaleur à l’atmosphère au-dessus de l’Atlantique nord et les vents dominants (grandes flèches) transportent cette chaleur, réchauffant ainsi l’Europe. Fin de la légende.La légende de l’illustration du bas de la figure 2 se lit comme suit : S’il pénètre trop d’eau douce dans l’Atlantique nord, ses eaux risquent de ne plus plonger. Advenant la réalisation d’un tel scénario, les eaux chaudes du Gulfstream (lignes sombres) ne s’écouleront plus dans la zone septentrionale de l’Atlantique nord et ne communiqueront plus de chaleur à l’atmosphère. Les hivers, en Europe et dans la partie est de l’Amérique du Nord, se feront donc plus rigoureux. Fin de la légende.

Figure 2. Système océan‑atmosphère de l’Atlantique nord

Généralités. Comme on prévoit que les Forces canadiennes (FC) et la Force aérienne devront s’en tenir à leurs moyens limités de fonctionnement dans le Nord, le scénario le plus favorable du point de vue de la Force aérienne ne la motive guère à accroître sa présence dans la région. Dans le cadre d’un pareil scénario, l’Arctique demeure gelé sous la forme d’un genre d’arrière‑pays économique où même la saine gouvernance ne suffit pas à lancer un développement économique soutenable, surtout en raison des rigueurs du milieu.

Projetons‑nous maintenant dans le monde de 2020 et imaginons le scénario d’avenir le plus favorable pour les opérations de la Force aérienne dans l’Arctique en envisageant la façon dont les trois facteurs clés pourront s’être combinés pour produire cette variante de l’avenir.

Le climat. En 2020, le réchauffement planétaire demeure sujet à de fortes controverses. Pour la plupart, les scientifiques croient maintenant que les changements climatiques se produisent sur toute la planète, mais pas de la même façon. Bien que les rives occidentales de l’Amérique du Nord soient plus chaudes et plus sèches que vingt ans auparavant, ses rives orientales sont plus froides et reçoivent beaucoup plus de précipitations. Les hivers de 2017 et 2018 dans l’est du Canada, en fait, ont tous deux produit les plus importantes accumulations de neige jamais enregistrées. Nombre d’universitaires renommés ont désormais pour théorie que le réchauffement planétaire a introduit une grande quantité d’eau douce dans l’Atlantique nord, ce qui a perturbé la circulation thermohaline[9] (aussi connue sous le nom de convection océanique) de la dérive nord‑atlantique (voir la figure 2[10]). En 2019, la Grande‑Bretagne a enregistré son mois de juin le plus froid depuis 1652. Nombreux sont ceux, donc, qui prévoient le retour d’une version réduite de la période glaciaire[11].

Ainsi, après des années de tendance au réchauffement, la température moyenne de l’Arctique canadien s’est stabilisée, après quoi elle a commencé à se refroidir radicalement depuis le maximum record de 2012. Le passage du Nord‑Ouest n’est jamais vraiment devenu un corridor de transport maritime pratique car il est toujours semé d’icebergs et parce qu’il s’y déroule un écoulement glaciaire imprévisible. En réalité, la plupart des entreprises commerciales ont préféré les eaux relativement plus sures de la route maritime du Nord[12], un corridor russe (voir la figure 3[13]).

La figure 3 est une carte de l’hémisphère Nord qui présente trois catégories d’information : le rétrécissement de la calotte polaire, les routes maritimes et les changements de température. La carte présente la couverture glaciaire observée en septembre 2002 et sa réduction (significative) projetée jusqu’en 2090. Le passage du Nord-Ouest (qui couvre la région entre l’Amérique du Nord et la calotte polaire) et la route maritime du Nord (qui s’étend entre l’Eurasie et la calotte polaire) sont notés sur la carte. Enfin, la carte illustre les changements dans les projections de la température de l’air à la surface entre 1990 et 2090. L’accroissement varie entre 0 et 12 degrés Celsius, avec les augmentations les plus élevées dans les régions les plus près du Pôle Nord. Fin de la figure 3.

Figure 3. Le passage du Nord‑Ouest et la route maritime du Nord

La gouvernance. Selon ce scénario, la majeure partie de la surveillance de l’Arctique est confiée à des moyens spatiaux et quasi spatiaux. Outre les patrouilles régulières de surveillance des pêcheries et les patrouilles occasionnelles de préservation de l’intégrité territoriale, la Force aérienne n’est guère appelée à se déployer dans l’Arctique. C’est heureux car la Force aérienne, confrontée à de dures contraintes budgétaires, a dû réduire de beaucoup le contingent annuel d’heures de vol (CAHV) de différents parcs d’appareils. Bien que le gouvernement ait renoncé en 2013 à son intention de développer le port de Nanisivik, il est encore nécessaire à la Force aérienne de s’occuper du réapprovisionnement logistique de la Station des Forces canadiennes (SFC) Alert et du Centre de formation des Forces canadiennes dans l’Arctique (CFFCA), ouvert récemment à Resolute Bay.

En raison de la résurgence d’hivers particulièrement durs, le passage du Nord‑Ouest est essentiellement impraticable depuis 2016. La souveraineté du Canada n’est donc pas souvent contestée bien qu’il circule des rumeurs de patrouilles menées par des sous‑marins nucléaires et des véhicules sous‑marins sans équipage (UUV) américains, russes et chinois.

En fin de compte, le gouvernement du Canada n’a été que peu appelé à déployer sa Force aérienne dans les zones nordiques. La coopération entre États arctiques a beaucoup augmenté au cours des dernières années, à mesure que les États comprenaient qu’ils gagneraient beaucoup plus à coopérer qu’à se faire concurrence au moment de déposer leurs revendications respectives devant la CNUDM (voir la figure 4[14]).

La figure 4 illustre les échéances des États nordiques à déposer leurs revendications devant la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer est entrée en vigueur en 1994. La Norvège l’a ratifiée en 1996 et déposé sa revendication arctique en 2006. La Russie a ratifié la Convention en 1997 et déposé sa revendication arctique en 2007, celle-ci a été rejetée et déposée à nouveau. Le Canada a ratifié la Convention en 2003 et avait jusqu’en 2013 pour soumettre sa revendication sur l’Arctique. Le Danemark (au nom du Groenland) a ratifié la Convention en 2004 et avait jusqu’en 2014 pour soumettre sa revendication sur l’Arctique. Les États-Unis ont signé la Convention en 2007, mais ne l’ont pas ratifiée. Lorsque cette figure a été élaborée, le Sénat des États-Unis n’avait pas encore tenu son scrutin. La ratification par les États-Unis aurait eu lieu au plus tôt en 2009. Si ratifiée en 2009, les États-Unis auraient jusqu’en 2019 pour déposer leur revendication sur l’Arctique. Les échéances suggèrent que la résolution des revendications de l’Arctique de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer est prévue pour 2013. Fin de la figure 4.

Figure 4. Échéances de la CNUDM quant à ses travaux sur l’Arctique. Il est utile de noter que le Canada est la prochaine nation à soumettre sa revendication (2013) et que les États‑Unis (É.‑U.) n’ont pas encore ratifié la Convention

L’ensemble de la région, pour finir, a décliné en tant que priorité aux yeux des dernières administrations fédérales et, à nouveau, s’est retrouvé presque oublié par une administration occupée à des problèmes plus urgents. La récession de 2008 a laissé les finances fédérales dans une situation difficile. Selon ce scénario, subissant des pressions en faveur de la mise en équilibre des budgets, le gouvernement a peu investi dans l’amélioration de la capacité des Forces canadiennes et de la Force aérienne de fonctionner dans le Nord. Pour épargner, il en est progressivement venu à s’en remettre à des moyens spatiaux et à des systèmes quasi spatiaux à longue endurance, sans équipage, pour la surveillance de l’Arctique, au lieu d’y installer des militaires et de nouveaux aéronefs.

Les ressources. Bien que le prix des produits ait connu une croissance continue depuis la fin de la récession, les coûts d’extraction des ressources de l’Arctique en ont constamment bloqué la viabilité économique. Exception faite des mines de diamants, d’or et d’uranium (toutes dans le voisinage de Yellowknife), il ne s’est guère manifesté d’appétit commercial pour l’exploration et l’ouverture de nouvelles mines situées beaucoup plus loin. En dépit des efforts désespérés investis par les administrations provinciales, municipales et territoriales pour promouvoir le développement commercial dans la région, le retour de conditions hivernales extrêmement dures a empêché toute croissance. Même le pétrole, dont le prix a récemment atteint les 200 $ le baril, n’est toujours pas considéré assez cher pour justifier les coûts et les difficultés environnementales énormes de son extraction dans les régions arctiques.

En bref. L’Arctique, donc, demeure figé dans une sorte d’hiver économique. Le passage du Nord‑Ouest n’est pas devenu un corridor de transport pratique et la souveraineté du Canada n’a que très peu été contestée. Pour l’essentiel, les activités de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (RSR) sont menées par des moyens spatiaux et quasi spatiaux. Et bien que l’intérêt envers les richesses du Nord, comme le pétrole et le gaz, demeure présent, ce qu’il en coûte pour les extraire de l’Arctique gelé a rendu cette exploitation économiquement impossible. La saine gouvernance et la coopération prévalent et, par conséquent, le gouvernement n’a guère de motifs de déployer la Force aérienne dans le Nord. C’est bien ainsi car, selon ce scénario grevé de contraintes budgétaires, la Force aérienne n’a que des moyens limités de mener des opérations dans les latitudes boréales polaires.

Mais comment les choses se seraient‑elles passées si les facteurs clés s’étaient agencés de telle manière que la Force aérienne soit tenue de demeurer constamment en déploiement dans le Nord? Tournons‑nous vers ce scénario, celui qui est le moins favorable.

Scénario le moins favorable – Ruée vers l’or dans l’Arctique

Généralités. Dans le scénario le moins favorable du point de vue de la Force aérienne, celle‑ci est mal préparée à fonctionner dans l’Arctique. Selon cette variante de l’avenir, le réchauffement planétaire rend la région plus accessible et une multitude d’activités humaines, y compris le tourisme, l’exploitation minière et l’activité criminelle, soumettent à des contraintes énormes les infrastructures et la gouvernance de la région. Qui plus est, les États arctiques ne sont guère enclins à coopérer et plusieurs revendications qui se recoupent les unes les autres créent des tensions dans cette ruée à l’extraction des ressources de l’Arctique. Imaginons, encore une fois, le monde de 2020 et la façon dont les trois facteurs pourront s’être rencontrés pour produire cette variante de l’avenir.

Le climat. En 2020, la fonte de la glace marine entamée il y a des décennies ne donne pas signe de s’inverser (voir la figure 3[15]). De fait, en septembre 2019, l’étendue de la calotte glaciaire arctique a presque atteint un minimum record, n’étant supérieure que de 6 pour 100 au record de 2017 et se situant à 46,6 pour 100 de l’étendue moyenne de la glace marine de 1980 à 2000. En conséquence de la fonte des glaciers du Groenland et de l’Arctique, les niveaux de la mer, dans le monde, ont augmenté en moyenne de 3,5 centimètres au cours des 15 dernières années, ce qui a eu un effet marqué, et sans précédent, sur les régimes climatiques. La saison des ouragans la plus active jamais enregistrée a été celle de 2018, au cours de laquelle 32 cyclones tropicaux se sont formés, dont un nombre record de 19 sont devenus des ouragans (notamment les terribles ouragans de catégorie 1 Erika et Michael qui ont dévasté tour à tour, à trois mois d’intervalle, la péninsule du Yucatan).

La gouvernance. Selon ce scénario, il n’y a qu’un minimum de coopération, sinon aucune, entre les pays arctiques et de nombreux conflits territoriaux[16] engorgent les greffes du Tribunal international. En 2016, la Russie a mis fin à sa participation aux affaires du Conseil de l’Arctique[17], protestant ainsi contre les menaces de représailles de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) après la crise du Svalbard[18], survenue plus tôt la même année. Les analystes militaires, en fait, ont baptisé « Deuxième guerre froide » la crise actuelle entre la Russie et l’Occident. Les moyens du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD) (et particulièrement les moyens canadiens) sont sans cesse mis à l’épreuve par des véhicules russes avec et sans équipage. De même, de nombreux sous‑marins et brise‑glace nucléaires russes ont violé les eaux territoriales canadiennes et américaines. En 2017, un véhicule sans pilote canadien de surveillance arctique a pris des images d’un iceberg artificiel, tout juste au nord d’Inuvik, sur lequel semblait se trouver un campement de scientifiques russes. Le temps que le NORAD dépêche des aéronefs sur place pour faire enquête, le mystérieux iceberg et ses occupants avaient disparu.

Chacun plante son drapeau. Lit‑on dans ces images les signes avant‑coureurs de la confrontation? En 2002, le Danemark a planté son drapeau sur l’île Hans. En 2005, le Canada en a fait autant. Plus récemment, en 2007, la Russie a planté le sien au fond de l’océan Arctique, suscitant par ce geste la colère de nombre de pays.

Pratiquement exempt de glace depuis l’été 2016, le passage du Nord‑Ouest devient rapidement la route de navigation privilégiée entre l’Asie et l’Europe. Même si le gouvernement canadien a déclaré que le passage du Nord‑Ouest faisait partie de ses eaux territoriales, n’ayant pour appuyer cette déclaration que très peu de moyens de préserver sa souveraineté, il n’est pas rare de voir des navires américains, asiatiques et européens se déplacer dans l’archipel de l’Arctique canadien. Le scénario le moins favorable aux yeux de la Force aérienne trouve celle‑ci mal préparée pour fonctionner dans l’Arctique, et ce fait est devenu manifeste quand un pétrolier polonais a heurté un petit iceberg, pendant l’été 2016, laissant s’échapper des millions de litres de pétrole brut dans la baie de Baffin. La majeure partie de ce pétrole s’est déposée sur les rives occidentales du Groenland et Ottawa a fait l’objet de critiques très sévères dans la presse internationale (particulièrement de la part de politiciens danois) pour son incapacité à réagir à cette urgence. En 2018, un touriste allemand a perdu la vie lors d’un accident subi par un petit navire de croisière près de Cambridge Bay. Une fois encore, le gouvernement s’est trouvé couvert d’embarras car il a fallu aux moyens de recherche et sauvetage (SAR) bien au‑delà de 30 heures pour intervenir sur les lieux[19].

Hausse du tourisme dans l’Arctique : en novembre 2007, au large de la côte antarctique, ce petit navire de croisière canadien a heurté un bloc de glace et a coulé. Les passagers et l’équipage ont tous été recueillis à bord d’un navire se trouvant aux alentours, mais que se serait‑il passé dans le Haut‑Arctique canadien? Le Canada aurait‑il été en mesure de réagir à temps?

On entend beaucoup dire, d’autre part, que la mafia russe se livre au trafic des diamants canadiens au moyen de mini‑sous‑marins sans équipage et d’aéronefs. Le crime organisé peut fort bien être également engagé dans le trafic illégal du pétrole, puisant à même les pipelines terrestres et marins (dans la mer de Beaufort). En 2015, le gouvernement américain a officiellement demandé au gouvernement canadien d’accroître ses efforts pour mettre fin à la circulation des immigrants illégaux et des criminels russes en Alaska, mais ici encore, au vu des maigres moyens dont il dispose, l’État canadien n’avait que peu d’options parmi lesquelles choisir[20].

Les ressources. Les climats chauds sont très favorables à l’activité humaine et, dès 2020, l’Arctique connaît une vague de prospérité grâce à des activités allant de l’exploration et du tourisme à la pêche et à l’extraction minière. Ce mouvement étant accéléré par les impacts du réchauffement planétaire et par une hausse sans précédent du prix des produits, nous assistons à une ruée sans réserve des nations vers la récolte de pétrole, de poisson, de diamants et vers l’accès aux routes de navigation[21]. Comme le pic pétrolier[22] s’est produit en 2012, donc plus tôt que prévu, les pétrolières enfiévrées se livrent maintenant une concurrence sans merci pour l’obtention des droits aux réserves pétrolières et gazières lucratives situées sous le plancher océanique (voir la figure 5[23]). Hélas, dans leur hâte pour extraire ce pétrole, plusieurs d’entre elles ont fait preuve d’un mépris total du droit canadien et des préoccupations d’ordre environnemental. Ses capacités étant limitées, le Canada n’a pas pu appliquer de sanctions significatives. Nombre de stocks de poissons montrent de graves signes de stress par suite de la surpêche et d’une mauvaise gestion de la ressource. Dès 2016, les stocks d’omble chevalier étaient épuisés, à tel point que l’on doute de jamais voir l’espèce se rétablir jusqu’à faire à nouveau l’objet d’une pêche active.

La figure 5 est une carte de l’hémisphère Nord indiquant les sites d’exploitation minière dans l’Arctique ainsi que les zones de prospection du pétrole et du gaz, et de réserves connues. Sauf le Groenland (qui n’en possède aucun) les sites d’exploitation minière sont également répartis dans les régions nordiques de l’Amérique du Nord et de l’Eurasie. Les zones de réserves connues de pétrole et de gaz sont regroupées dans l’Archipel de la Reine-Élisabeth, en Alberta, au nord de la côte de l’Alaska, en Sibérie occidentale, en Russie continentale, dans le bassin de Timan Pechora en Russie et, dans une moindre mesure, au large de la côte est de la Norvège. Les zones de réserves connues et de prospection du pétrole et du gaz représentent près de 30 pour cent du secteur et entoure la calotte polaire. Fin de la figure 5.

Figure 5: Principales régions où se trouvent, dans l’Arctique, des réserves d’hydrocarbures

 

La figure 6 est une carte de l’hémisphère Nord indiquant les eaux intérieures, les eaux territoriales, les zones économiques exclusives et les plateaux continentaux revendiqués par les nations arctiques. Certaines revendications se chevauchent, dont les régions médiales sont les plus près du Pôle nord. La zone du traité de Svalbard est également indiquée. Il y a une petite région qui est un plateau continental non revendiqué ou qui ne peut être revendiqué. Fin de la figure 6.

Figure 6. Carte des revendications territoriales

Selon ce scénario, la CNUDM se trouve devant une impasse car presque chacun des pays arctiques a déposé des revendications qui recoupent celles d’autres pays et entrent en conflit avec elles. Il est utile de savoir que les revendications territoriales arctiques se recoupent déjà et que nombre de pays ont encore à établir leur position officielle quant aux zones visées (voir la figure 6[24]). En outre, le Canada, le Danemark et la Russie ont tous trois utilisé le rebord externe de formations glaciaires pour tracer leurs dessins préliminaires. Maintenant que cette marge recule, révélant une nouvelle géographie côtière, les doutes sur la légitimité des cartes existantes ajoutent à la complexité des revendications de compétence maritime[25].

Dès 2020, la plupart des nations avaient interjeté appel auprès du Tribunal international et il s’écoulera bien des années avant que se prennent des décisions. Pendant ce temps, la marine russe et la marine américaine déploient de vastes forces opérationnelles navales dans la zone contestée de la mer de Beaufort, près de la dorsale Lomonosov[26], même si la zone faisant l’objet de différends se trouve en eaux canadiennes.

Sommaire. Selon le scénario le moins favorable, la Force aérienne est mal préparée aux opérations arctiques alors même que l’Arctique croît en tant que zone d’activité. L’accentuation du réchauffement planétaire mène à l’augmentation des activités humaines, depuis l’exploration pétrolière et minérale jusqu’aux activités illégales, en passant par la pêche et le tourisme. Selon ce scénario, le gouvernement canadien ne dispose que de capacités restreintes pour faire respecter sa souveraineté et ses lois en matière d’environnement. Il n’y a que peu de coopération, sinon aucune, entre les pays arctiques et les tensions vont montant entre la Russie et l’Occident au chapitre des revendications arctiques.

Conclusion – Les opérations de la Force aérienne dans l’Arctique

Voilà que notre voyage dans les mondes futurs possibles de 2020 touche à sa fin. Les deux scénarios présentés sont purement fictifs, mais ils reposent sur les tendances actuelles et sur les preuves scientifiques dont nous disposons en ce moment. Poussés à la limite du plausible, ils ont été élaborés en tant que travail de réflexion destiné à aider les planificateurs militaires. Les paragraphes ci‑dessous énumèrent les « conclusions » tirées de l’étude des deux scénarios.

Changement climatique. D’une part, le changement climatique oblige à une participation de la Force aérienne dans l’Arctique, car un climat plus chaud donnera lieu à une hausse des activités dans le Nord. D’autre part, un climat plus rigoureux risque de réduire les activités humaines tout en accroissant la difficulté de fonctionner dans cette région advenant que la Force aérienne soit appelée à s’y déployer.

Surveillance arctique. On estime qu’au‑delà de 50 pour 100 des ressources mondiales non découvertes dorment dans l’Arctique. Si l’Arctique vit une période de prospérité découlant de l’exploration et de l’extraction des ressources, la gouvernance, les activités policières et la surveillance seront ardues au vu ne serait‑ce que de l’étendue de la région. Si coûteuse que soit cette tâche, il sera tout de même essentiel que la Force aérienne envisage les meilleures options possibles, des dirigeables atmosphériques aux aérostats captifs, aux véhicules sans pilote et aux satellites. Il faut savoir que, si une menace était détectée, la protection de notre frontière arctique lointaine constituerait une tâche monumentale.

Besoin en recherche et sauvetage (SAR). La Force aérienne devra se donner une capacité plus agile et plus robuste de réaction en SAR dans l’Arctique. À l’heure actuelle, le délai de réaction et les capacités en SAR nordique posent problème. De toute évidence, une présence permanente accrue, le tourisme et l’activité économique dans l’Arctique, tout comme la prolongation transpolaire des routes aériennes requerront, en dernier ressort, une augmentation des ressources de SAR dans le Nord ainsi que l’élargissement et l’établissement ferme du soutien de la mobilité aérienne dans l’Arctique. Une capacité permanente de SAR peut même devenir une exigence d’avenir.

Besoin accru d’opérations dans l’Arctique. Le CFFCA proposé du gouvernement, à Resolute Bay, devrait loger une centaine de personnes qui y seront employées à temps plein. Il n’est que logique de supposer que le niveau d’effort que devra investir la Force aérienne pour maintenir en puissance et prendre en charge le nouveau CFFCA sera plus ou moins sur un pied d’égalité avec celui de la SFC Alert[27]. Dans la même veine, le port en eau profonde de Nanisivik aura besoin d’une certaine mesure d’aérotransport pour assurer la continuité des opérations de la nouvelle base, même à un niveau moindre.

Potentiel de conflits. L’extraction et le transport des minéraux seront à l’avenir, selon toute vraisemblance, des sources de tension et de conflit. De nouvelles routes de navigation pourront aussi refaçonner le réseau mondial de transport. Bien que ces développements présentent des possibilités de croissance, ils constituent des sources potentielles de concurrence et de conflit pour l’accès et les ressources naturelles. En ce moment, les FC ne sont pas en mesure de projeter une puissance ferme dans le Haut‑Arctique. Pour la Force aérienne comme pour la Marine et, dans une moindre mesure, pour la Force terrestre, le Haut‑Arctique peut devenir un théâtre permanent de déploiement à portée stratégique. 

 


Le Lieutenant‑colonel Daniel J. L. Lachance est pilote; il a accumulé plus de 3 800 heures de vol sur hélicoptère à titre de pilote de SAR et d’instructeur de vol. Responsable du développement de concepts au Centre de guerre aérospatiale des Forces canadiennes, il a été directeur de projet du rapport publié récemment, Projecting Power: Canada’s Air Force 2035, et des documents de travail intitulés Trends Shaping Canada’s Air Force in the Year 2019 et Alternative Futures for Canada’s Air Force in 2020. Tous ces documents sont accessibles à l’adresse http://trenton.mil.ca/lodger/cfawc/index_f.asp.

 

Liste des abréviations

CFFCA―Centre de formation des Forces canadiennes dans l’Arctique
CGAFC―Centre de guerre aérospatiale des Forces canadiennes
CNUDM―Convention des Nations Unies sur le droit de la mer
É.-U.―État-Unis
FC―Forces canadiennes
MDN―ministère de la Défense nationale
NORAD―Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord
SAR―recherche et sauvetage
SFC―Station des Forces canadiennes

Notes

[1]. Une variante de l’avenir est un avenir possible qui se réalise quand l’occurrence de certains événements ou l’exercice de certaines influences entraîne une déviation de l’orientation générale d’une tendance donnée. Les variantes de l’avenir peuvent aussi résulter de percées révolutionnaires, d’un choc stratégique (un événement ou catalyseur [un événement ou une activité humaine produisant l’élan ou la motivation nécessaire pour alimenter ou maintenir une tendance] soudain et (ou) inattendu et souvent puissant qui entraîne un écart important de la trajectoire d’une tendance relativement à sa course existante) ou d’un événement imprévisible.  (retourner)

[2]. D’après Marc Aurèle, empereur romain de 161 à 180, dans Pensées pour moi‑même, rédigé en 200, http://www.quotationspage.com/subjects/the+future/, (consulté en anglais le 17 février 2011). (retourner)

[3]. Tendance ou mouvement vers une chose donnée ou dans une direction donnée. (retourner)

[4]. Un événement imprévisible (parfois appelé ‘cygne noir’) est un événement lourd de conséquences qui ne risque guère de survenir mais qui, s’il se produit, a des suites dramatiques. Les événements imprévisibles sont rares et dépassent le cadre normal des attentes, ce qui les rend pratiquement impossibles à prédire. L’attentat terroriste du 11 septembre 2001 (emploi d’avions commerciaux en tant que missiles) est souvent cité comme cygne noir en raison de l’impact qu’il a eu sur notre vie à tous. (retourner)

[5]. On qualifie de facteurs clés les caractéristiques les plus importantes à avoir contribué à une tendance d’avenir en matière de sécurité. Les facteurs clés servent à la création de scénarios. Ils sont formulés de manière à avoir un effet extrêmement positif ou extrêmement négatif (tout en demeurant plausibles), ce qui produit un scénario le plus favorable (meilleur) (utopique) et un scénario le moins favorable (pire) (dystopique), ces scénarios constituant des variantes de l’avenir. (retourner)

[6]. Il est bon de savoir que les scénarios le plus et le moins favorables présentés dans cet article sont vus sous l’angle de la participation future de la Force aérienne dans l’Arctique et pas forcément du point de vue de la population locale, de l’environnement, de la politique mondiale, etc. (retourner)

[7]. La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM) est une entente internationale définissant les droits et responsabilités des pays dans l’usage qu’ils font des océans du monde et établissant des lignes directrices quant au commerce, à l’environnement et à la gestion des ressources naturelles marines. La Convention, entrée en vigueur en 1994, a d’importantes ramifications pour les États arctiques. Elle leur permet de se réclamer du droit de récolter des minéraux et des matières non vivantes dans le sous‑sol de leur plateau continental au‑delà de la zone économique actuelle de 200 milles nautiques. On remarquera que les États ont 10 ans à compter de leur ratification de la Convention pour présenter leurs revendications d’accès et de compétence reposant sur des preuves géologiques et autres. (retourner)

[8]. Plus des deux tiers des grandes villes du monde se trouvent dans des zones vulnérables au réchauffement planétaire et à la hausse des niveaux de la mer et des millions de gens risquent d’être touchés par des inondations et des tempêtes intenses, selon une étude publiée récemment dans Environment and Urbanization. En tout, 634 millions de gens vivent dans les zones côtières menacées du monde. Voir à ce sujet le reportage « Cities at risk from rising sea levels, scientists say » du service des nouvelles de la CBC, http://www.cbc.ca/technology/story/2007/03/28/tech‑flood.html, (consulté le 17 février 2011). (retourner)

[9]. L’expression circulation thermohaline désigne la partie de la circulation océanique à grande échelle qui est régie par des gradients mondiaux de densité créés par la chaleur en surface et les flux d’eau douce. L’adjectif ‘thermohaline’ est composé de thermo, qui renvoie à la température, et de haline, qui renvoie à la salinité, ces deux facteurs déterminant de concert la densité de l’eau de mer. (retourner)

[10]. Richard F. Pittenger et Robert B. Gagosian. « Global Warming Could Have a Chilling Effect on the Military », dans Defense Horizons, no 33, octobre 2003. (retourner)

[11]. Il s’agit d’un renvoi à l’ère climatologique connue sous le nom de ‘Petit âge glaciaire’, soit une période débutant vers 1350, au cours de laquelle les températures hivernales moyennes sont soudain devenues plus froides dans la région de l’Atlantique Nord et sont demeurées basses pendant environ 500 ans. (retourner)

[12].  D’après certaines estimations, les routes arctiques pourraient réduire les coûts de transport de quelque 40 p. 100, en moyenne, sur les trajets clés Asie‑Europe et couper les distances des deux tiers. Le simple recours à des données économiques indique que de telles réductions feront que les eaux arctiques libres pourront attirer 80 p. 100 du marché mondial des transports. (retourner)

[13]. ©1994, carte de l’ACIA (Arctic Climate Impact Assessment), ©Clifford Grabhorn. (retourner)

[14]. Données attribuées au ministère britannique de la Défense, The DCDC Strategic Trends Programme, the Arctic out to 2040, p. 52. (retourner)

[15]. Image tirée de « What is Climate Change? », http://www.bcca.org/ief/climate_what.html, (consulté le 17 février 2011). (retourner)

[16]. Le Canada conteste actuellement au Danemark la souveraineté de l’île Hans, à la Russie et au Danemark la propriété de la dorsale sous‑marine Lomonosov et aux États‑Unis l’emplacement de la frontière maritime dans la mer de Beaufort, et à la communauté internationale le statut du passage du Nord‑Ouest. Ces différends ne seront pas faciles à résoudre et on s’attend à ce qu’ils se poursuivent pendant encore une décennie. Voir aussi la note 22. (retourner)

[17]. Le Conseil de l’Arctique est un forum intergouvernemental auquel prennent part les gouvernements et les peuples arctiques. Les États membres du Conseil de l’Arctique sont le Canada, le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège, la Suède, la Russie et les États‑Unis. (retourner)

[18]. Le traité concernant le Spitzberg (entré en vigueur en 1925) reconnaît la souveraineté entière et absolue de la Norvège sur l’archipel arctique du Spitzberg (rebaptisé ‘Svalbard’). Une contestation dure depuis longtemps, surtout entre la Norvège et l’Union soviétique (désormais la Russie) quant aux droits de pêche dans la région. La Norvège revendique également l’archipel en tant que partie de son plateau continental, une position que la Russie conteste aussi. (retourner)

[19]. La SAR dans l’Arctique est un souci de taille pour la Force aérienne car la région n’a pas même les infrastructures les plus élémentaires, que l’on parle de réseaux routiers, de terrains d’aviation, de bases d’approvisionnement/de rassemblement ou d’installations médicales. Le potentiel d’intervention SAR en Haut‑Arctique est beaucoup plus probable maintenant, et le sera plus encore dans l’avenir, qu’il ne l’a été jusqu’à présent. Comme une population éparse court un risque statistiquement faible, il ne serait pas efficient de situer des moyens SAR dans l’Arctique. Il faut savoir, cependant, que plus de 100 000 personnes survolent l’Arctique canadien chaque jour le long des routes aériennes en haute altitude vers l’Europe et l’Asie. S’il survenait une grave catastrophe aérienne, il faudrait à un avion Hercules parti de sa base dans le sud du Canada au moins six heures pour atteindre l’Arctique, et beaucoup plus longtemps à un hélicoptère (même s’il partait en C17 car il faudrait procéder à un réassemblage partiel). (retourner)

[20]. Paul Celluci, ex‑ambassadeur des États‑Unis au Canada, a dit craindre que les terroristes n’empruntent le passage du Nord‑Ouest, une fois les glaces disparues, pour se livrer au trafic des armes de destruction de masse. Voir l’article de Michael Byers, « Wanted: Mid‑sized Icebreakers, Long‑range Choppers, Perspective », paru dans le Globe and Mail du 12 juin 2009. (retourner)

[21]. Les ressources arctiques inexploitées représentent quelque 22 p. 100 des ressources non découvertes et techniquement récoltables du monde. Elles représentent aussi quelque 13 p. 100 du pétrole non repéré, 30 p. 100 du gaz naturel non repéré et 20 p. 100 du liquide de gaz naturel (LGN) non repéré du monde. Environ 84 p. 100 des ressources estimées devraient se trouver au large. Le réchauffement continu de l’Arctique signifie que l’accessibilité et la rentabilité de ces ressources augmenteront très nettement. Voir l’étude produite par le Department of the Interior des États‑Unis, « 90 Billion Barrels of Oil and 1,670 Trillion Cubic Feet of Natural Gas Assessed in the Arctic »; United States Geological Survey, 23 juillet 2008, http://www.usgs.gov/newsroom/article.asp?ID=1980 (consulté le 17 février 2011). (retourner)

[22]. On nomme « pic pétrolier » le moment où la production pétrolière atteint son point culminant et où il ne reste que des réserves dont l’existence n’est certaine qu’à 50 p. 100. Cette connaissance est importante car le volume restant connu est déterminé et parce que les lois de l’offre et de la demande portent à une demande accrue quand l’offre vacille, ce qui résulte en une hausse des prix. On ne saurait dire avec précision à quelle date le monde atteindra le pic pétrolier mondial. Les dates projetées vont, chez les très pessimistes, de 2010 à, chez les très optimistes, 2035. (retourner)

[23]. Philippe Rekacewicz et Hugo Ahlenius, UNEP/Grid‑Arendal (United States Geological Society, 2002, et Programme des Nations Unies pour l’environnement, 2007), http://maps.grida.no/go/graphic/fossil‑fuel‑les ressources‑and‑oil‑and‑gas‑production‑in‑the‑arctic (consulté le 17 février 2011). (retourner)

[24]. Selon l’unité de recherche sur les frontières internationales de l’université de Durham (Royaume‑Uni), « Maritime jurisdiction and boundaries in the Arctic region », 2010, http://www.dur.ac.uk/ibru/les ressources/arctic, (consulté le 17 février 2011). (retourner)

[25]. Royaume‑Uni, ministère de la Défense, The DCDC Global Strategic Trends Programme 2007‑2036, Development, Concepts and Doctrine Centre, décembre 2006, p. 51, http://www.cuttingthroughthematrix.ca/articles/strat_trends_23jan07.pdf (consulté le 17 février 2011). (retourner)

[26]. La dorsale Lomonosov est une crête sous‑marine inhabituelle de la croûte continentale située dans l’océan Arctique. Elle couvre 1 800 km, partant des îles de la Nouvelle‑Sibérie et parcourant la partie centrale de l’océan pour finir sur l’île d’Ellesmere, l’une des îles de l’Arctique canadien. Dans le cadre de la présentation de leurs prétentions respectives à la CNUDM, la Russie soutient que la dorsale Lomonosov est un prolongement du continent eurasien tandis que le Canada y voit le prolongement de son plateau continental et que les scientifiques danois comptent prouver qu’il s’agit en fait d’un prolongement du Groenland, ce qui ferait du Danemark un autre revendicateur ayant des vues sur la région. Voir aussi la note 13. (retourner)

[27]. La SFC Alert est l’établissement habité en permanence situé, pour le monde entier, le plus loin au nord. La SFC se trouve sur la pointe nord‑est de l’île d’Ellesmere, dans l’archipel arctique canadien. Il s’y trouvait en 2008 quelque 70 employés à temps plein. Deux fois l’an, la station reçoit d’importants réapprovisionnements dans le cadre de l’opération Boxtop. Prenant pour point d’étape la base aérienne américaine Thule, au Groenland, pendant deux à trois semaines chaque printemps et chaque automne, la Force aérienne du Canada s’active jour et nuit à transporter des vivres et des combustibles jusqu’à la station. Au cours des dernières années, on a transporté pendant l’opération Boxtop plus de 431 000 kilogrammes (950 000 livres) de fret et plus de 1 386 558 litres (305 000 gallons impériaux) de combustibles à la SFC Alert. Il faut, pour maintenir ce niveau d’activité, quatre CC130, un CC150 et un CC177 accomplissant plus de 550 heures de vol et effectuant au‑delà de 130 transports de fret. Les CC130, par surcroît, font des vols réguliers en direction et en provenance de la SFC Alert (à peu près chaque semaine) pour y livrer des produits périssables. Ces vols partent de la 8e Escadre Trenton; ils assurent la livraison d’aliments, de fournitures médicales et de personnel des FC en rotation à la SFC Alert. (retourner)

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