The Gathering Storm: The Naval War in Northern Europe September 1939 – April 1940 (La Revue de l'ARC - AUTOMNE 2015 - Volume 4, Numéro 4)

The Gathering Storm: The Naval War in Northern Europe September 1939 – April 1940

Par Geirr H. Haarr

Annapolis, Maryland, US Naval Institute Press, 2013
550 pages
ISBN : 978-1-59114-331-4

Compte rendu du major Chris Buckham, CD, M.A.

Les premières années de la Seconde Guerre mondiale (1939‑1940) ont souvent été surnommées à l’Ouest, la période de « la drôle de guerre ». Ce surnom s’explique principalement parce que, du point de vue de l’histoire traditionnelle, il n’est pas survenu grand‑chose pendant la guerre à cette époque. Cependant, l’Ouest a totalement fait abstraction de l’élément où il se passait effectivement quelque chose : la mer. Le livre de Haarr traite exclusivement de cet aspect de la guerre et présente la question sous un jour nouveau, que ce soit sur le plan de la capacité, l’avancement de la technologie, la doctrine ainsi que le commandement et le contrôle.

Le récit commence par un examen de l'entre‑deux‑guerres pour les forces navales allemande et britannique, l’auteur attire l’attention sur les secteurs en développement et les priorités des gouvernements et du personnel supérieur d'état‑major. Ce qui est véritablement significatif à ce stade, ce sont les décisions prises à l’égard des aspects de la capacité et la doctrine qui n’ont pas été soulignés et leurs implications sur le conflit imminent. Confrontés à des réalités économiques, les Britanniques ne pouvaient pas conserver leur supériorité navale historique et ils ont eu recours à des traités pour compenser le coût de la construction navale. En fait, ils ont continué à se tourner considérablement vers une doctrine plus traditionnelle de cuirassés et de guerre de surface, en dépit des progrès technologiques réalisés dans la capacité sous l’eau. Par conséquent, les efforts n’ont pas été concentrés sur l’élaboration de la doctrine d’une capacité anti‑sous‑marine au niveau du matelotage et de la conception des navires. Par ailleurs, peu de réflexion ou d’attention a été accordée à la coopération interarmées (en particulier entre les armements aériens et navals).

De leur côté, les Allemands innovaient dans la Marine en même temps qu’ils perfectionnaient et augmentaient les autres armements. Cette stratégie représentait un défi de taille parce que la concurrence pour les ressources, le contrôle et l’argent était extrêmement musclée. De plus, compte tenu de la conception et des retards qui survenaient dans la construction des navires, il n’était pas toujours possible de faire des essais pour évaluer les concepts, ce qui occasionnait des défauts de construction qui nuisaient à la performance globale. La torpille réglementaire en est un excellent exemple; la détente à pression comportait un défaut qui a provoqué des fonctionnements défectueux significatifs. La réorganisation de la Marine a toutefois offert aux Allemands la possibilité de repartir sur une bonne base doctrinale, à partir de laquelle ils ont pu concevoir l’interopérabilité entre les politiques relatives aux ressources maritimes et aériennes, aux plates‑formes de surface ou immergées, au mouillage des mines et aux corsaires de surface. Haarr a la conviction que bien que les Forces allemandes étaient inférieures en chiffres absolus au début du conflit, leur position était avantageuse sur le plan de la doctrine et des capacités générales.

Haarr a publié de nombreux écrits sur la situation internationale dans le Nord entre les Britanniques, les Soviétiques, les Allemands et les pays scandinaves. Cette danse est captivante à suivre, étant donné que les Britanniques tenaient à empêcher les Allemands de s’approvisionner en minerai de fer, provenant de la Suède, et à aider les Finlandais en guerre contre les Soviétiques. L’Allemagne n’avait pas d’intérêt dans le Nord autre que de s’assurer de la neutralité des pays scandinaves et de protéger son accès à leurs ressources. Ironiquement, ce sont, en grande partie, les activités des Britanniques et des Alliés qui ont conduit à l’invasion allemande. Il est clair d’après les sources mentionnées dans le livre que ce n’était qu’une question de temps avant que les Britanniques ou les Allemands occupent la Norvège, et que les invasions planifiées par l’un et par l’autre devaient avoir lieu à quelques jours d’intervalle.

Haarr appelle cette période (1939‑1940) la « bataille navale d’Angleterre » et fournit un argument de poids à l’appui de son affirmation. Son exposé porte en majeure partie sur la nécessité pour l’Allemagne de repousser la Marine royale britannique de la mer du Nord pour protéger ses voies d’approvisionnement et entreprendre des opérations en haute mer (perturber les convois qui ravitaillaient l’Angleterre et la France). Au début, la souplesse de sa doctrine et la modernité de sa flotte ont permis aux Allemands de rappeler à l’ordre la Marine royale britannique avec beaucoup de succès (ils sont même parvenus à contraindre celle‑ci de déménager dans des bases situées en mer d’Irlande). Haarr démontre de façon probante que la Marine allemande a eu une très belle occasion de vaincre la Marine royale britannique; cependant, les lacunes technologiques (torpilles) et l’incapacité de réaliser la capacité et le potentiel des progrès tels que les sous‑marins mouilleurs de mines et la technologie des mines magnétiques ont fait en sorte que les Allemands ont raté des occasions. L’auteur soutient aussi qu’un autre thème central a été l’échec de la Kriegsmarine (la flotte allemande) de prioriser l’expansion de la flotte des U‑boats, avant qu’il soit trop tard, et que les Britanniques soient en mesure de répondre adéquatement à cette menace.

Haarr est un excellent auteur, qui ficelle un texte narratif très alambiqué pour concocter un récit clair et agréable. L’un des points forts du livre est le style avec lequel Haarr présente les politiques de premier plan, les exigences opérationnelles concurrentes et les faits vécus par les marins (peu importe leur nationalité). Le livre fourmille de renvois en bas de page, et une bibliographie très détaillée des sources primaires et secondaires est incluse. À cela s’ajoute une série d’appendices sur les détails des pertes et des victoires de tous les principaux combattants au cours de cette période. Ce livre est grandement recommandé, tant comme source d’information que pour le plaisir de lire.


Le major Chris Buckham est officier de logistique (Air); il est actuellement à l’emploi de l’A5 Plans de la 1re Division aérienne du Canada. Il tient un cybercarnet professionnel de lecture à l’adresse www.themilitaryreviewer.blogspot.com.

 

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